Nouvelle Societe

13-03-08

44. Le diagnostic

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:04

La crise que nous vivons n’est pas un phénomène local, c’est un problème mondial. A divers degrés, ce que l’on vit aujourd’hui, où que ce soit, n’est qu’une facette de ce qui se passe partout. Nous avons un problème d’ordre. On a pu croire que pauvreté et désordre allaient de paire et que le temps apporterait une commune solution dans un enrichissement collectif. Le désordre, hélas, ne croît plus seulement dans la pauvreté, mais partout.

Dans le monde sous-développé, en Afrique, en Amérique latine, une partie de l’Asie, une pauvreté objective abjecte crée une crise permanente. Le pouvoir formel est précaire, son emprise réelle faible, sa légitimité nulle. Parfois, un pouvoir clanique, arbitraire, devenant toujours de plus en plus mafieux – puisque la criminalité y est le seul secteur porteur de l’économie – peut s’y exercer de fait, ici ou là, mais sur des territoires trop restreints pour que puisse s’y maintenir une structure de développement stable. Le désordre est déjà presque total ; on y meurt au jour le jour, sans attirer l’attention

Dans les pays « en voie de développement », on voit que presque toujours, s’est établi un pouvoir totalitaire. Ces régimes sont dénoncés et souvent sabotés par le reste des nations; pour ce motif de dictature, ou ce prétexte en cachant de moins avouables. Ces pays, de toute façon, ont perdu la partie de créer le bonheur, lequel n’est vraiment possible que dans la liberté. Il en est d’autres qui feignent une forme de démocratie, mais celle-ci est tout entière soumise à une omniprésente corruption et leurs assises mêmes sont sapées par les deux (2) problèmes systémiques, auxquels ils n’échappent jamais, que sont un chômage endémique et une dette publique en croissance ininterrompue

Ajouter, dans le tiers-monde, les guerres spontanées ou fomentées qui viennent et vont, comme toujours, mais semblant plus que jamais inutiles. Des guerres qui apparaissent maintenant encore plus désespérantes, car elles se terminent, mais la paix ne revient pas. La violence se poursuit un peu partout, plus ou moins larvée, dans le désordre Les oasis de sécurité deviennent plus rares sur cette planète. Cette sécurité, là où elle subsiste, est d’ailleurs sans cesse plus précaire, moins sereine.

Dans les pays dits développés, les USA offrent l’exemple qui semble prémonitoire d’une fracture sociale entre les pauvres et les riches, entre les blancs et les autres. Une fracture qui s’élargit et conduit à un inévitable éclatement, dont l’imminence est occultée par un cirque médiatique: un déluge d’informations incohérentes qui, paradoxalement, sert de censure et permet que le citoyen moyen n’ait plus qu’une vision de plus en plus floue de l’ensemble de la situation.

L’Europe suit la même voie, encouragée par les inégalités inhérentes à une expansion qui lui a permis de faire cohabiter ses nations riches et pauvres et par une immigration qui lui crée peu à peu des opposition ethnique et raciales à la mesure de celles de l’Amérique. C’est une voie balisée par la concentration de la richesse, l’exclusion progressive des travailleurs, la récupération de la démocratie par la manipulation des médias, la rupture de la solidarité sociale, le choix de la décroissance, la diminution inexorable des services sociaux et une perte d’éthique.

Cette perte d’éthique favorise la criminalité, comme dans le tiers-monde, mais dans les pays riches elle mène d’abord à la prolifération de la délinquance et à une désaffection croissante envers les valeurs sociales sans lesquelles une société complexe ne peut survivre. On assiste de plus en plus à l’abus de biens publics, à la fraude fiscale généralisée, au travail au noir et, surtout, toutes ces tares deviennent socialement tolérées. Il devient acceptable de ne pas respecter les règles qui ne nous conviennent pas et l’on peut compter sur l’indulgence des autres, puisqu’ils en font tout autant.

Le seuil à partir duquel le désordre s’impose se situe sans cesse plus haut sur l’échelle de la richesse. Voyez Alain Juppé sortir de prison et se représenter sans gêne devant les électeurs, voyez, aux USA, Martha Stewart signer des contrats à partir de sa cellule de prison et sourire aux photographes invités. il n’y a plus de véritable opprobre à l’illégalité. Institutions, méthodes, mécanismes, objectifs ne font plus consensus.

Chacun prend donc ses distances de l’ordre établi et il est devenu acceptable de ne plus EN être. Chacun s’en dégage presque en catimini, mais sans trop de pudeur, content d’en sortir, mais sans entendre l’appel d’une alternative autre que son propre individualisme. Chacun le quitte sans se sentir encadré par autre chose et devient donc ainsi vulnérable, plus ou moins consciemment réceptif, même, au désordre.

Le « système » qui gère la société n’inspire plus aucun respect. Que ce soit à tort ou à raison, regrettable ou non, ce sont d’autres débats. Ce qu’il faut d’abord s’admettre, c’est qu’une société ne vit pas sans un système qui la gère et des lois qu’on respecte. Sans un large respect d’un système qui serve de référentiel pour ce qui est bien, il n’y a pas de société possible. Elle s’étiole, entre en crise et meurt. Somme nous une société moribonde ?

Pourquoi cette désaffection, comme si les principes, les valeurs les raisons de vivre qui devraient encadrer notre société et y maintenir l’ordre ne collaient plus avec la réalité et l’esprit du monde actuel ? Serait-ce qu’après des siècles à se gaver de progrès, comme Rome s’était nourrie de conquêtes, la vaste majorité de l’humanité ne croit plus que demain sera mieux qu’aujourd’hui et… que l’espoir nous ait donc abandonné? Ne serai-ce pas plutôt qu’insidieusement soit venue l’inappétence et que c’est d’un autre menu qu’on a besoin?

Quelles que soient les raisons et les causes du phénomène, le désordre s’installe partout. Même en Occident, au coeur de la société globale, la croissance du nombre de ceux qui rejettent le système est exponentielle. Qu’on les appelle exclus ou rebelles, il faut faire le constat que ce rejet annonce l’agonie d’une société en phase terminale.
Pierre JC Allard

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