Nouvelle Societe

12-03-08

168. Ne tuez pas Georges Bush!

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 10:34

Un film de fiction a été tourné ayant pour thème l’assassinat du Président américain. On en a vu des extraits sur le Web. Personne, cependant, ni aux USA ni en Europe, ne semble jusqu’à présent se bousculer au portillon pour en faire la distribution. Pas la censure formelle, mais parions que quelqu’un n’aime pas beaucoup et l’a laissé savoir. De sorte qu’il se pourrait bien que ce film ne soit jamais montré en salle. Il se pourrait même, avec le temps, qu’on finisse par croire qu’il n’a jamais existé.

Je ne compatis pas tellement avec le producteur qui en sera pour ses frais, car je dénonce la censure, mais je trouve l’idée d’assez mauvais goût. Parler de l’assassinat de Georges W, par les temps qui courent, semble un truc assez gros pour s’assurer la sympathie et engranger du fric. Un peu comme ce descriptif bien graphique sur la passion du Christ que nous a servi Mel Gibson, ou comme ces documentaires, toujours les mêmes, sur les petits canards couverts de mazout au Koweit ou en Alaska.  J’ai compris le message, n’insistons plus.

Allant au fond des choses, d’ailleurs, même si elle est à première vue séduisante, comme toutes ces scènes de kung-fu où le méchant est foudroyé par le Ciel ou le Hasard au nom de la justice immanente, l’idée d’assassiner George W. Bush me semble un mauvais scénario.

Pour la morale, d’abord, car on ne devrait pas inciter les jeunes enfants ni les innocents à se réjouir de la mort de qui que ce soit. Pour l’avenir immédiat du monde, ensuite, car ce serait Cheyney qui le remplacerait et les séides seraient les mêmes. Pour tout le développement subséquent de la pensée politique, enfin, car ce serait tomber dans le piège de PERSONNALISER le Mal, alors que l’horreur que nous vivons présentement est systémique.

L’horreur que nous vivons presentement n’est pas le geste d’un seul homme, mais le fruit d’un collectif de production d’abominations, auxquels bien nombreux sont ceux qui collaborent, au moins par omission, et dont chacun est responsable à la mesure de son inconscience.

Tuer Bush serait dans la logique de charger le bouc émissaire, ce qui ne serait ni efficace ni même juste. Dire qu’il n’est pas doué est une évidence, mais dire qu’il est méchant est gratuit. C’est prétendre qu’il est une singularité significative dans le système, ce qui n’est pas vrai.

L’Histoire a connu des personnages qui, pour le meilleur ou pour le pire, ont courbé l’univers des événements par leur seule force gravitationnelle. Alexandre, César, Napoléon, Lénine, Mao… On peut penser que, sans eux, le monde aurait été différent.

À côté de ces géants, cependant, il y a ceux qui ne font pas l’Histoire, mais que les circonstances déposent, un peu par inadvertance, dans le Maelström des événements et qui reçoivent ­ ou ne reçoivent pas ­ la grâce d’état qui en fait les symboles et les porte-parole du destin.

Personne ne peut penser que la Grande Guerre de  »14 n’aurait pas eu lieu, si c’est Cabrinovitch, plutôt que Gavrilo Prinzip, qui avait tué L’archiduc François-Ferdinand. Personne ne peut penser que Mai  » 68 n’aurait pas eu lieu, si Cohn-Bandit avait pris à cette époque un mois de vacances. Tout était prêt. La logique des événements se serait manifestée d’une autre façon sans eux et aurait suivi son cours, pas tellement différente dans ses effets. Il n’y a que dans les romans qu’on peut revenir dans le passé et sauver l’empire en clouant mieux le sabot du cheval, parce que les empires qui ont de ces négligences en ont aussi bien d’autres.

Grave erreur, donc, de penser que c’est Bush qui a rendu l’Amérique monstrueuse. Il y a longtemps qu’un monstre qu’on pourrait appeler « Américanisme » se développe au sein de l’Amérique; se donner un président comme Georges W. Bush n’est que la dernière étape de son développement. Bush n’est que le vecteur du mal, le porteur des « memes » de la violence, la preuve vivante de la thèse de Dawkins.

Le mal en Amérique n’est pas une personne. Ce n’est même pas un groupe d’individus ,dont on pourrait souhaiter comme Marat ou Saint-Just, je ne me souviens pas, « qu’ils n’aient qu’une seule tête que l’on puisse la trancher d’un seul coup ». Le mal en Amérique est un égrégore. Une monstruosité culturelle palpable, issue de ces memes de la violence qui se reproduisent dans le cloaque des films d’action de Hollywood, grandissent dans les salons de l’Américain moyen qui regarde la télévision 7 heures par jour, puis rampent de son inconscient vers les gangs de rue du Bronx, vers Guantanamo, Abu Ghraib…

Considérant Bush lui-même, il ne faut pas le voir comme une « incarnation » du mal – ce qui signifierait qu’il en assume la conduite, est libre et donc responsable de ses actes – mais uniquement comme un « manifestation » d’un mal sous-jacent, de cet égrégore dont il est en quelque sorte possédé. Possédé, mais sans violence ni souffrance, puisque aucune part en lui ne résiste à cette possession. Il y a eu en lui parfaite métastase des memes de la violence.

Il ne faut pas tuer Bush. Ne tuez pas le messager pour la nouvelle. Il faut le voir comme la victime d’une pathologie et cette pathologie, véhiculée par les memes de la violence qui ont infiltré la culture américaine, est celle de millions d’Américains. Si Bush partait, il serait vraisemblablement remplacé par la même chose… ou pire.

Inutile, donc, d’entretenir vis-à-vis Bush, Cheney et les autres bourreaux de Washington, des velléités homicides. La nature a déjà porté sur eux cette « sentence plus lourde » dont l’exilé athénien admonestait ses juges et elle l’exécutera à son heure. En attendant, on ne devrait souhaiter que leur mise au rancart permanente et que la clef soit bien gardée.

Trop peu pour trop ? Souvenons-nous que la mort n’est que naturelle et inévitable. Le MAL, c’est la souffrance, la cruauté et l’on ne peut souhaiter la mal à personne qu’en étant soi-même victime de la contagion, en devenant aussi alors soi-même un vecteur du mal.

Ne souhaitons donc rien aux méchants que leur disparition tranquille, qui n’a d’autre mérite que celle d’enlever un hôte docile au mal qui est en eux. Même l’Histoire verra la vraie responsabilitné ailleurs et ne retiendra sans doute d’eux que l’image de quelques immondices jonchant le sentier de l’évolution, dont on préservera d’autant mieux la mémoire collective qu’on les contournera sans trop s’y attarder.

Tuer Bush est sans intérêt. Tuer les memes de la violence serait autre chose, ce serait changer la culture américaine… mais ce serait un tout autre combat.

Pierre JC Allard

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3 commentaires »

  1. PJCA

    Moi aussi je suis un grand pacifiste, je ne suis pas pour le tuer mais uniquement pour le torturer de la même façon qu’il a fait torturer 2000 personnes .
    Ce, jusqu’à qui préfères se tuer lui-même .

    Grand pacifiste, je n’en suis pas à tendre l’autre joue …
    Quand les solutions sympathiques sont épuisées en ne fonctionnent plus, il est largement temps de ne plus être sympathique du tout .

    En face, ils n’ont rien de sympathique …

    Commentaire par Sun Tzu — 25-05-09 @ 9:32

  2. @ Sun Tzu:

    En lisant votre commentaire je me suis souvenu de cet extrait d’une satire que j’ai publiée il y a quelques années:

    «  » Les prêtres et les scribes dirent d’abord entre eux: « Qui est cet homme qui met les lépreux à leur place et leur fait chanter des cantiques ?« . Puis ils comprirent le message du Fils de l’Autre et dirent: « Loué celui qui a permis que « les Bénis qui souffrent dans leur chair » trouvent leur place, place qui n’est pas avec nous mais qu’on peut dire égale à la nôtre et où ils se purifient dans leur âme et sont sans amertume et sans violence« . Et ainsi ils apprenaient qu’il ne faut pas changer les choses – car leur nature ne permet pas qu’elles soient changées – mais la manière dont elles sont dites, ce qui est le pouvoir de l’homme «  »

    Je vous invite à décharger en version pdf ce petit bouquin, même si l’humour en est parfois un peu grinçant

    L’Evangile de l’Autre

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 25-05-09 @ 10:47

  3. […] croyaient avoir mérité qu’on leur fasse confiance. C’est une mesure d’un autre âge – l’Âge de Bush – et il serait opportun qu’on y mette fin au plus […]

    Ping par LE SENS DES FAITS – Volume 3 | Pierre JC Allard — 16-06-14 @ 11:39


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