Nouvelle Societe

10-03-08

21. La magie du tapis roulant

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:19

1. LE FISC QUI LOUCHE

ll y a les taxes et il y a les impôts; la TPS, la TVQ, les taxes foncières, les scolaires, les municipales, les taxes d’affaires, les taxes d’eau, et j’en passe: il faut bien que l’État finance tous ces services gratuits qu’il nous donne, de l’Éducation aux autoroutes, au BS, en passant par la Santé.

Le fisc cherche à prendre plus à ceux qui ont plus; et ça, au profit du monde ordinaire. Quand vous payez le fisc, consolez-vous donc un peu en pensant que chaque fois que l’État vient taper votre voisin, c’est comme s’il vous donnait quelque chose à vous … ou presque. Le problème n’est donc pas qu’on taxe les contribuables; c’est plutôt qu’on les taxe d’une façon qui semble tellement contradictoire avec tous nos objectifs! Comme si l’État « voyait croche », et visait la mauvaise cible: l’action au lieu de l’inertie.

Car s’il y a deux choses que nous voulons encourager dans notre société, c’est le travail et la consommation ! Or, on recueille le plus clair de nos fonds publics par un impôt sur le revenu, – salaire du travail – et par des taxes de vente qui rendent la consommation plus onéreuse! Tout le contraire de ce que nous voulons encourager.

Bizarre de taxer le revenu, les salaires et les profits. C’est ça l’argent qui circule, le dynamisme économique qu’on veut soutenir! Ne serait-il pas plus habile de taxer le capital plutôt que le revenu? Et d’imposer celui qui regarde grandir son magot sans rien apporter de neuf à l’économie, plutôt que le travailleur et l’entrepreneur qui contribuent de leur initiative et de leur activité? Pourquoi ne pas taxer le capital qui sommeille, l’argent parasite?


2. L’ARGENT PARESSEUX

C’est la faute des Russes, bien sûr… Les marxistes-léninistes ont dit tant de mal du capital – en faisant tellement de bêtises! – que tout le monde a été depuis longtemps obligé de n’en dire que du bien pour ne pas paraître un peu attardé. Parler de taxer le capital faisait trop « à gauche ».
Mais maintenant que les Terribles Soviétiques sont devenus des sous-développés comme les autres et qu’il n’y en a plus que pour la libre entreprise – (dont la plus douce vengeance est sans doute d’avoir vendu comme souvenirs, les derniers vestiges du Mur de Berlin!) – on peut peut-être redevenir plus critique.

Et pour commencer, on peut dire sans craindre le bûcher que c’est une autre bêtise de parler, comme si c’était la même chose, de la libre-entreprise et du capitalisme. Car on ne trouve pas plus différent d’un entrepreneur qu’un capitaliste. Alors que l’entrepreneur pense, décide, prend un risque et fait un profit s’il a eu raison, le capitaliste, est celui qui profite sans courir de risque, celui qui se nourrit d’intérêts plutôt que de profits.

Le capitaliste est l’homme à l’argent paresseux. Il vit au crochet du profit de l’entrepreneur et semble si inutile que, pendant des siècles, la religion chrétienne a interdit le prêt à intérêt. Une pratique d’ailleurs encore interdite aux Musulmans.

Pour voir à quel point capitalisme et entrepreneuriat s’opposent, regardez comment diverge en Bourse la valeur des obligations – qui payent un intérêt, de celle des actions qui, elles, distribuent des profits: quand les unes montent, les autres baissent… !


3. LE TAPIS ROULANT

Et quand c’est la valeur des actions qui grimpe, les entrepreneurs font des profits, les travailleurs travaillent, et notre économie est en expansion. Si, au contraire, les gens préfèrent ne pas trop risquer, ne pas investir mais plutôt placer leur argent à la banque, ou dans des Obligations du Canada, par exemple, les entrepreneurs font faillite, et le chômage augmente. On dit que l’argent est rare; en fait, il est devenu un peu trop paresseux.

Il faudrait activer le tapis roulant, et faire courir alors un peu plus vite ce capital paresseux ! Pas pour le faire mourir, mais pour lui faire prendre un peu d’exercice…. Taxer le capital ne veut pas dire « aller chercher l’argent des riches »; ça veut simplement dire aller chercher l’argent autrement.

Autrement, mais pas nécessairement ailleurs. Car, vous comme moi, nous sommes tous à la fois un peu entrepreneurs et un peu capitalistes. Ainsi, un dépanneur ou un chauffeur de taxi sont des « entrepreneurs » durant leur travail, mais sont des « capitalistes » quand ils spéculent sur la hausse de valeur, celui-ci de son permis, celui-là de son fonds de commerce.

Si plutôt que de taxer l’argent qu’ils gagnent, on taxe l’argent que les gens ont, rien ne prouve que tous les riches payeront plus d’impôts et les pauvres moins. Chacun sera seulement taxé comme propriétaire et investisseur plutôt que comme entrepreneur, commerçant ou travailleur.

La différence alors? Quand on taxe le revenu, on pousse le contribuable à ne pas prendre de risques; quand on taxe le capital, celui-ci doit devenir actif… il court sur un tapis roulant!


4. LA PLANCHE A BILLETS

Pour taxer le capital, il faut voir qu’il y en a deux sortes. D’un coté, le capital des choses qui ont une vraie valeur – usines, maisons, équipements, etc. – et de l’autre, l’ombre de toutes ces choses: l’argent. En soi, l’argent est un bout de papier qui n’a pas d’utilité; c’est l’État qui lui en donne, en disant qu’on peut l’échanger contre les autres biens et services dont le commerce est légal. La monnaie a la valeur qu’on veut bien lui donner. La façon facile d’imposer le capital est donc de « taxer » l’argent.

Pour taxer l’argent, un gouvernement n’a pas besoin d’être bien subtil. Il n’a qu’à faire tourner la planche à billets et à en imprimer d’autres! Si vous doublez ainsi le nombre de billets en circulation, vous venez – en théorie – de diminuer de moitié la valeur de votre argent. Ce qui fait un bel impôt de 50% prélevé à la source sur les détenteurs de billets, puisque l’État a en main les nouveaux billets.

Ça, c’est en théorie. En pratique… c’est encore plus facile! L’État n’a pas à imprimer de billets; il lui suffit de manipuler la masse monétaire par des émissions d’obligations du gouvernement, des variations des fonds de réserve des banques à charte et autres trucs de magie financière.

Dites « Presto! », et l’argent est taxé! La plupart des pays du Tiers-monde se financent exclusivement de cette façon. Une remarque importante, toutefois: le mot magique n’est pas vraiment « Presto! »; c’est « Inflation ». L’inflation est un remède dangereux. A petites doses, elle dynamise; mais trop, et la perte de confiance est telle qu’on perd vite bien plus que tout ce que peut produire la planche à billets.


5. LES APPRENTIS SORCIERS

Ce qui donne à l’argent paresseux une peur maladive de toute inflation qui le fasse courir un peu plus vite. Courir pour garder sa place… et pour tirer le pays avec lui, car pas un pays ne peut survivre sans une inflation raisonnable qui force les détenteurs de capitaux à bouger au moins un peu. Nous avons eu, en 1991, moins de 5% d’inflation mais une récession extrêmement pénible. Entre 6% et 8%, nous aurions eu une reprise. La différence, pour ceux qui l’ont empochée, valait-elle toute cette sueur et ces larmes du monde ordinaire?

L’État jure qu’il ne se financera pas par la magie de l’inflation et, pour le prouver, laisse la Banque du Canada contrôler la masse monétaire. Une vertueuse coquetterie, mais nocive pour le monde ordinaire, puisqu’on emprunte à intérêt, ces milliards de dollars qu’on n’imprime pas: l’intérêt sur la dette représente 28% du budget fédéral! Nos sorciers des finances sont des apprentis… ou ne pensent pas au monde ordinaire. Il faudrait que nos apprentis-sorciers nous donnent une inflation contrôlée.

Qu’arriverait-t-il, si on annonçait que la masse monétaire du pays – d’environ 400 milliards de dollars (M 2+) – sera désormais accrue de 0,66% par mois, cette somme étant créditée au compte de l’État? D’abord, des entrées de 32 milliards au budget de l’État; on pourrait donc déjà réduire l’impôt sur le revenu des particuliers de 55 %.

Mais attention! Il ne faut surtout pas en rester là, car le tapis qui démarre à 8% peut vite faire du 50%… ou du 1000%. Le capitaliste va s’affoler, se précipiter pour acheter une maison ou un Van Gogh. Surtout une maison.


6. LE TOUR DU PROPRIÉTAIRE

Surtout une maison. La maison qui valait 10 000 dollars en 1950 et qui en coûte 150 000 en 1990 est toujours la même maison. La maison ne « vaut » pas plus: c’est l’argent qui vaut moins.

Parce qu’on a imposé plutôt le revenu que le capital, l’immobilier est devenu un refuge; le propriétaire immobilier s’est joint au prêteur, pour empocher ces milliards dont l’État nous a privés. Prenez la maison qui vaut trois fois le revenu annuel de son propriétaire. Si sa valeur augmente par l’inflation de 8% par année, ce gain capital égal à 24% de son revenu payera une bonne partie de l’impôt de celui-ci… Mais le poids du budget sera encore plus lourd sur les entrepreneurs. Et sur les locataires, qui ne sont certes pas les plus riches du monde ordinaire.

Si on passe de l’impôt sur le revenu à un impôt sur le capital, il faut que cette plus-value artificielle que cause la baisse de valeur de l’argent soit récupérée du propriétaire. Si l’inflation est de 8%, la taxe sur les immeubles doit être aussi de 8%. Si l’État en prend 7%, en laissant 1% aux municipalités, le refuge immobilier disparaît.

Et l’État complète son financement. Car appliquée au 1,8 trillion que vaut au Canada la propriété immobilière, ce 7% vient ajouter 126 milliards de dollars au 32 milliards perçus de la presse à billets et on dépasse le revenu réel de l’État en 1991, lequel n’a été que de 151 milliards de dollars.

L’impôt peut donc disparaître; mais, si on ferme le refuge immobilier, l’argent paresseux trouvera enfin des ailes… pour fuir le pays plus vite qu’on ne peut dire « Cuba ». A moins qu’on ne lui offre tout de suite un meilleur refuge.


7. BELUGAS ET BELUGA

Nos baleines sont menacées. Mais « Beluga » est aussi un caviar précieux. Contrairement à l’avis des théologiens, le capitaliste n’est pas inutile; il évite que tout le pouvoir soit aux mains des fonctionnaires, ce qui menerait à une inertie encore plus grande. Il faut donc ouvrir un refuge pour cette autre espèce menacée que devient le capital. Le capital n’a pas peur d’une inflation de 8%: il a peur de l’incertitude. Comment lui garantir que l’inflation ne dépassera pas 8%?

Une façon est l’émission de bons d’État indexés, remboursables en tout temps au prix d’achat majoré du taux d’inflation réel excédant 8%. Ainsi, celui qui ne veut pas courir sur le tapis roulant mais seulement protéger son avoir, pourra acheter ces bons et être sûr qu’il ne sera pas taxé de plus de 8% de son capital-argent.

Vous croyez qu’il n’y aurait pas preneurs pour ces bons? Prenant les taux d’inflation et d’intérêt réels offerts, et les taux d’imposition qui se sont appliqués aux revenus élevés au cours des dernières décennies, il aurait mieux valu la plupart du temps, pour un « capitaliste » qui paye fidèlement ses impôts, acheter des bons indexés de la sorte dans un régime sans impôt sur le revenu, plutôt que des Obligations du Canada dans le régime fiscal en vigueur. Ce n’est donc pas sur son dos que se fait la réforme fiscale. Elle se fait en privilégiant l’action sur l’inaction, et en ne payant plus le prix de l’incertitude que laissent planer les apprentis sorciers du fisc actuel.

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