Nouvelle Societe

10-03-08

094. Allons, enfants de la patrie…

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:15

Personne ne parle jamais de la « Quatrième Voie ». La majorité de la population veut rester canadienne, une minorité plus que significative de la population veut devenir québécoise, un petit groupe est à coaguler autour du concept de « monnaie unique » et des bienfaits du libre-échange qui ne tardera pas à nous dire que notre avenir est « américain »… mais au Québec – « pays de langue et culture française »- il semble que personne ne veuille être Français.

Est-ce bien vrai? Ou n’y a-t-il pas une solide conspiration du silence pour occulter cette évidence qu’il n’y a pas que les trois options traditionnelles Quebec-Canada-USA qui s’offrent à nous, mais aussi un quatrième choix d’avenir qui serait de renouer avec notre histoire et de redevenir Français?

Hier soir, veille du 14 juillet, j’ai eu la curiosité de poser la question à quelques amis réunis. La France ? ha… ha… ha! Un canular! Et quand on repose la question sérieusement, c’est non. Non, parce que les Français sont comme ci…, et qu’ils sont comme ça… et qu’ils parlent une langue qui n’est pas tout à fait la nôtre… Bon. Affaire classée? Minute! Après deux verres de vin rouge, ce n’est plus « la France, non », c’est devenu « la France, si… ». Puis, quand on va au fond des choses et de la bouteille – « in vino veritas » – on s’aperçoit que TOUT LE MONDE ou presque voudrait être Français. Tiens donc!

Et pas seulement les intellos nostalgiques qui sirotent un pastis, ne mangent que du pain baguette et feignent de s’intéresser au Tour de France. Oh non ! On en arrive au même résultat avec le chauffeur de taxi, les col-blanc, les col-bleu et toute la gamme des cols-roulés… On y arrive même plus vite avec eux – et le verre de vin en moins – car la vérité vient plus naturellement aux gens simples. « La France? Oui, si…  »

Si quoi? Quand on enlève une à une les pelures de réticence, on en arrive à des vérités qui ne font pas plaisir. Oui, devenir Français…, si on se sentait de taille à occuper un espace culturel valable dans une France où le Québec trouverait sa place. Oui, devenir Français, si les Américains nous « laissaient partir » (sic). Oui… si la France et les « vrais » Français voulaient de nous… . C’est avec des « si » comme ceux-là qu’on ne va pas à Paris.

Un peu navrant, vous ne trouvez pas? Comme si le grand tabou à toute discussion concernant l’hypothèse d’un rattachement à la France venait du refus de nous avouer à nous-mêmes un sentiment viscéral d’infériorité et une peur morbide de nos voisins anglo-saxons. Un sentiment d’infériorité qu’on veut cacher sous une fierté affichée avec cette énergie qu’on met à défendre les causes qui ne sont pas évidentes.

« Je suis fier d’être Québécois »! Oui, bien sûr, qui en doute? Mais on est ni plus ni moins fier d’être Bourguignon ou Provençal, ce qui n’empêche pas d’être Français. Est-ce que nous ne pourrions pas être tout ce que nous sommes, ne rien renier de ce que nous avons été … mais renouer avec Saint-Louis, Voltaire et Napoléon et nous offrir ainsi l’encadrement le plus « porteur » pour devenir le mieux de ce que nous pourrons être? On ne parle pas assez de la Quatrième Voie: la France.

L’encadrement le plus porteur pour l’avenir du Québec, c’est la France et, derrière la France, l’Europe. Un Québec qui serait la troisième région économique de France – après Paris et Rhône-Alpes – n’aurait à rougir de rien. Bastion avancé en Amérique du Nord d’une Europe dynamique, nous verrions les entreprises non seulement françaises mais allemandes, hollandaises, etc. s’établir chez-nous pour y préparer la conquête du marché des USA. Pas seulement pour des raisons de proximité et de logistique, mais aussi et surtout parce que nous connaissons à fond la langue, les lois, les coutumes de ce marché USA. Être des Français (Européens) en Amérique serait infiniment plus profitable pour les Québécois que d’être les partenaires juniors de l’ALENA.

Et la culture? Alors, là, c’est la voie royale! Le problème culturel fondamental pour l’avenir du Québec francophone n’est-il pas son incapacité à assimiler la masse des immigrants qui viennent ici se substituer à une relève que notre faible taux de natalité ne produit pas? C’est ce problème qui rejoint et amplifie celui d’une minorité irrédentiste au Québec qui choisit de ne PAS être de culture francophone. Or le problème de l’assimilation serait totalement réglé si le Québec était la France.

D’abord, un immigrant qui arrive en France (au Québec) ne pense pas à autre chose qu’à devenir Français: si c’est l’Amérique-USA qu’il veut, il ne tardera pas passer la frontière de nuit et l’on n’en entendra plus parler! Ensuite, la question du bilinguisme ne se posera même pas. On pourra toujours, dans un beau geste de générosité, maintenir des services en anglais pendant quelques années; mais ce sera une période de grâce et il n’y aura pas de malentendus à ce sujet.

Enfin, notre propre assimilation à la France d’Europe dans le respect de notre spécificité sera facilitée par un phénomène de migration interne Québec-Hexagone qui prendra une ampleur considérable, à la mesure des mythes dont les deux populations actuelles s’affublent. Des dizaines de milliers de Parisiens viendront chercher leur « cabane au Canada »… alors qu’un nombre sans doute similaire de francophiles inconditionnels chez-nous se hâteront d’aller la-bas réaliser leurs fantasmes culturels.

Ce brassage de population sera bénéfique pour tout le monde. Même les « accents » qui nous séparent tendront à converger. Avec un peu de chance, Antenne -2 se rapprochera du français international de Bernard Derome et Lucien Bouchard s’exprimera un peu plus comme Giscard d’Estaing. Pasqua et Jean Chrétien ne changeront sans doute pas de langage, mais une langue sûre d’elle-même peut bien tolérer un peu de folklore.

Une bonne campagne médiatique – on pourrait l’appeler « Opération Roussillon »- et je serais curieux de voir les sondages sur une souveraineté-association… avec la France.

Allons ! Défions toutes les Bastilles! Pensez « France » et passez un joyeux 14 juillet… et sans rancune pour ce pavé dans la mare des options OUI et NON qui stagnent depuis quarante ans.

Pierre JC Allard

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5 commentaires »

  1. Pierre,
    🙂
    il faudrait faire un sondage plus vaste et sans alcool. 😉

    1. Nationalité
    Je pense que nos intérêts économiques seront mieux défendu au sein du Canada(30M) que de la France(65M) de l’autre côté de l’atlantique qui a déjà plusieurs territoires outre-mer à gérer. Les politiciens français sont en général très fort pour faire de grandes promesses mais quand il s’agit de réaliser les choses et mettre la main au portefeuille c’est une autre affaire. Ça coute rien de dire « Vive le Québec libre ».

    2. Culture
    Pour la culture française, rien n’empêche actuellement les québécois francophones d’en ingérer davantage (avec l’accès internet). La mentalité me semble plus nord américaine que française de France avec ses avantages et inconvénients. Aujourd’hui je suis bien content de pas être dans une région administrée par Sarkozy.zy. Je me suis intégré sans perdre mon accent et ma culture française. Au bout de 10 ans, j’ai évolué dans ma mentalité/comportement et mon style de communication. Le Québec (francophone & anglophone) y a joué un rôle certain. La principale chose qui me ferait revenir en Europe c’est les soins de santé si je trouve pas un meilleur service/accès ici que ce soit médecin/spécialiste ou service d’urgence dans un hôpital.

    3. Langage
    Le bilinguisme anglais-français est un atout avec la mondialisation actuelle et notre situation géographique. Dans mon quartier, je vois beaucoup d’immigrants qui parlent 3 langues ainsi que leur très jeunes enfant. C’est assez surprenant de voir de si jeunes enfants comprendre et parler 2 ou 3 langues! En Amérique du Nord, l’anglais me semble incontournable. Le français avec sa grammaire + complexe n’est malheureusement pas très facile à apprendre.

    4. Accords économiques
    Maintenant il y a des accords qui vont se mettre en place entre le Canada et l’Europe. Je suis content de la reconnaissance des diplômes en particulier dans le domaine de la santé entre la France et le Québec. Espérons que le flux migratoire avec le surplus de médecin français viendra exercer au QC plutôt que le contraire.

    5. flux migratoire canadien
    La fiscalité QC n’est avantageuse que pour les familles avec de jeunes enfants pour les garderies à 7$. Sinon l’avantage va aux autres provinces voisines comme l’Ontario ou l’Alberta.

    Commentaire par Paul de Montreal — 24-05-09 @ 8:53

  2. @ P de M.

    OK

    Commentaire par pierrejcallard — 24-05-09 @ 3:14

  3. Article étonnant. Il est pondéré et relativement nuancé, comme souvent chez vous, Pierre : ce n’est pas le ton qui est le sujet de mon étonnement.
    Étant français, je connais bien sûr le « vive le Québec libre » qui a coûté sans doute bien plus que ce que sous entend Paul. Je n’ai cependant jamais entendu parler de cette 4ème voie. Elle me semble surprenante, même si c’est vrai, nous pouvons sembler si proches de par langue et l’héritage. Et cette langue, et cet héritage pèsent beaucoup. Mais les « cousins » Québécois me semblent *physiquement* tellement loin… Nous sommes ici plus familiers avec le thème de la Wallonie directement voisines (nos voisins francophones Belges), où la langue et la culture nous rapprochent encore une fois tellement, même si la situation économique est sans doute très différente du Québec.
    On parle parfois du Québec comme d’un bout France que la France a oublié, et pourtant, parlez du Québec aux français et vous verrez qu’il y a un sentiment curieux de mémoire et de fraternité avec ce « bout de France ». La langue et l’héritage culturel pèsent tellement…

    Je parle culture, langue, héritage et de fait, je suis un peu surpris de l’aspect tellement pragmatique (est ce le bon mot?) et comment dire…intéressé (nord américain?) de Paul qui parle d’avantages fiscaux de garderie à 7 $ ou de mondialisation. C’est tellement anglo-saxon, la « mondialisation ». J’ajouterais, Paul, que vous vous trompez concernant la langue anglaise : malgré les poncifs, l’anglais est une langue horrible à parler, bien plus difficile que le français : langue contextuelle, non phonétique, à accent tonique chaotique et idiomatique, avec un nombres incalculable de verbes irréguliers, de « phrasal verbs »…La grammaire française est en fait un avantage sur le long terme pour l’apprentissage : l’apparente facilité de l’anglais (son réel point fort) se transforme en une foule de règles bizarres et arbitraires quand on cherche à bien le parler.

    La peur (relative) des anglo-saxons me semble normale et je ne comprends pas qu’elle soit tabou chez vous! L’îlot francophone du Québec est perdu dans l’océan anglophone Nord-Américain : c’est ne pas s’inquiéter qui serait bizarre!

    Enfin, la question politique me semble essentielle. Honnêtement, QUI POLITIQUEMENT, serait franchement prêt à parler de la « France » en Amérique du nord? Un cataclysme pour les anglo-saxons! Inimaginable pour eux…

    Commentaire par Eusèbe — 08-01-10 @ 5:39

  4. @ Eusebe:

    Cette solution est un rêve. Impensable aujourd’hui, parce que 75% + de nos transactions commercialess et financières se font avec l’Amerique du Nord. Le rattachement à la France, pour un Québécois, est plutôt un initiative personnelle et si la France réfléchissait un peu à long terme elle l’ encouragerait… Mais c’est une autre histoire.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 08-01-10 @ 7:17

  5. @Eusèbe
    Concernant le français, si c’est notre langue maternelle nous sommes mal placés pour evaluer objectivement sa difficulté d’apprentissage. Prenez un allophone (ni anglais ni francais), il vous dira souvent que l’anglais est plus facile a apprendre que le francais avec sa grammaire qui par ex. donne un genre masculin ou féminin a un objet : une table , un bureau. Ma conjointe a etudié l’anglais mais ne connait pas les regles grammaticales avancées qu’on nous apprend en France. Elle parle parfaitement l’anglais et je suis tres moyen. Il faudrait revoir l’enseignement de l’anglais en France quand on voit Sarkozy.zy, avocat de formation, parlait l’anglais tres mais vraiment tres mal.

    Pour le reste, venez vivre qq années au QC et vous parlerez plus de fraternité mais de tres lointains cousins qui parlent le québécois. Ceux qui restent par choix, ont probablement évalué un bilan positif entre leurs interets et les inconvenients comme 6 mois d’hiver ou des soins de santé plus médiocre qu’en France. Ceux qui viennent de pays en guerre ou tres pauvre, ont une évaluation plus simple et rapide a faire. D’apres ce que j’ai lu, la majorité des expatries francais rentrent en France.

    Commentaire par Paul Napoli — 12-01-10 @ 8:04


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