Nouvelle Societe

10-03-08

064. Tiens, si on virait le concierge…

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:24

Quand les peuples s’ennuient, il n’y a pas qu’une révolution pour les amuser. Il y a les guerres, les famines, les ouragans, voire les Jeux du Cirque. Tout ce qui est méchant peut distraire le peuple. Faute de mieux, on peut toujours congédier les domestiques. Laissons dormir un instant notre petite satrapie québécoise (si loin dans les marches de l’Empire…) et allons au coeur du problème: à Washington. Il se passe des choses dans la Capitale qui vont avoir un impact sur tous les colonisés. Les Congolais, les Québécois, les Japonais, les Américains…

Les Américains aussi? Colonisés? Mais oui, bien sûr; quand on parle de colonisation, aujourd’hui, ce n’est pas un peuple qui en opprime un autre, c’est une certaine classe qui exploite toutes les autres et qui opprime les Blancs comme les Noirs, les Jaunes comme les Bruns. Oh, il y a tout de même plus d’exploiteurs aux USA qu’au Bangladesh; mais le système est global et il y a des exploiteurs de toutes les nations. Le directeur du Fond monétaire International (FMI), par exemple – celui qu’on pourrait considérer comme le coordonnateur en chef de l’exploitation – est un Français…

Il ne faut pas penser « Amérique » quand on accuse le Système, mais le FMI est à Washington. Washington est une siège social commode pour le Système. C’est à deux pas de Wall Street où on se distribue la richesse, des Nations-unies où on écoute les doléances des manants, du CIA qui surveille le jeu, du Pentagone qui manie la trique… et de la Maison Blanche où règne Bill Clinton, le Grand Pontife de la Démocratie.

Bill, qu’on prétend l’homme le plus puissant de la planète, mais qui n’est, en fait, que le concierge de la Maison USA. Celui qui fait aux USA ce que font, dans chaque pays, les autres concierges qu’ont le droit de se choisir les aborigènes pour administrer l’éducation, la santé, les services et autres babioles, pendant que le Système conserve la possession tranquille de la richesse et du pouvoir par la création de monnaie réelle ou virtuelle et le contrôle des taux d’intérêts. Pour l’argent, le Système ne s’en remet pas aux concierges. Dans chaque pays, un organisme s’en occupe qui ne rend vraiment de comptes qu’aux institutions financières et qui constitue un maillon d’une structure globale que coiffe le FMI. Aux USA, c’est la Federal Reserve Bank; au Canada, la Banque du Canada; en Europe, une nouvelle banque centrale, indépendante des pouvoirs politiques.

Ne touchez pas au grisbi mais, pour tout ce qui n’entrave pas la concentration de la richesse entre les mains de ceux qui ont le pouvoir, les gouvernements élus peuvent normalement faire tout ce qui leur plaît. Les aborigènes ont le droit de choisir le concierge comme ils l’entendent, et Firmin peut tondre la pelouse, vider les cendriers, battre les tapis…. Un bon concierge sait ce qui est de son ressort: tout ce qui fait plaisir au peuple, mais sans modifier la distribution de la richesse. La distribution de la richesse, c’est du ressort du propriétaire.

Bill qui est un concierge populaire – et donc exemplaire, puisque c’est tout ce qu’on demande d’un politicien – vient de recevoir un premier avis de congédiement. Bizarre, car il n’a pas empiété qu’on sache sur les prérogatives des vrais dirigeants et le fait que Clinton ou un autre soit président ne modifiera pas d’un iota la politique américaine. Alors, pourquoi virer le concierge? Pourquoi même menacer de le faire? C’est là que ça devient intéressant. Parce que s’il est sans importance qu’un quidam ou son voisin soit Président des USA, la destitution ou même la menace de destitution d’un président est une opération choc sur la psyché des aborigènes. La vraie question, c’est: « Pourquoi le Système veut-il leur administrer ce choc? » Il n’y a que deux explications possibles….

La première, c’est que la menace de destitution de Clinton, correctement médiatisée, va produire une chaîne de variations brutales en dents-de-scie des marchés boursiers. Ceux qui vont connaître d’avance les péripéties du psychodrame de la destitution vont pouvoir gagner sur toutes les hausses et sur toutes les baisses du marché. Gagner des sommes qui dépassent la raison. La plongée/remontée de Wall Street, entre juillet et décembre 1998, a déjà permis que des centaines de milliards de dollars changent de mains; pourquoi ne pas faire durer le plaisir …?

« Il démissionne demain » – va dire la rumeur publique, amplifiée par les journaux à la solde du Système…. et le Dow-Jones va perdre 5%. « Jamais je n’abandonnerai ! « – annoncera le Concierge le jour suivant et, – les médias ajoutant que trois Républicains se rallient finalement au pauvre bougre – la bourse montera de 6 % !

Encore une fois ? Allez, hop ! Une jeune mexicaine annonce que Bill lui a touché les nichons et le Vice-président Gore déclare que, si la chose est vraie, lui même se dissocie du président, une déclaration qui entraîne une baisse de 10% des marchés. Mais, le lendemain, la jeune mexicaine avoue qu’elle a menti et a été soudoyée pour le faire par Gingrich lui-même, ce qui amène cinq sénateurs républicains à changer de camp et à proclamer que Clinton est une victime innocente, permettant que le Dow-Jones franchisse enfin la barre des 10 000…

Est-ce qu’il y a encore un innocent sur cette terre qui pense que tout ce cinéma à Washington a quelque chose à voir avec la vie sexuelle de Clinton? Ou avec le fait qu’il ait « menti »? (Comme si l’on pouvait faire une carrière politique – ou défendre les intérêts d’un État – en ne disant que la vérité !) En réalité, seuls les spéculateurs veulent croire que d’autres spéculateurs y croient et, en bout de piste, seuls sortiront sans nausée des montagnes russes de Wall Street ceux qui auront toujours su la veille ce qu’écriront les journaux du lendemain.

Dégueulasse? Et pourtant, le scénario des montagnes russes boursières est le « meilleur » scénario. Le pire scénario, c’est celui dont j’ai déjà parlé*: que le vaudeville Lewinsky cache une vraie saloperie que le système va nous faire passer en douce pendant que les badauds fantasment sur les cigares du concierge libidineux et discutent de sa sortie. Que se trame-t-il dans les vrais couloirs du vrai pouvoir ? Une fabuleuse arnaque… ou pire ? C’est ce que le monde ordinaire va bientôt apprendre à ses dépens

Pierre JC Allard

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