Nouvelle Societe

10-03-08

061. Le Diable et le Bon Dieu

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:12

La Nature vient de faire au Honduras ce que les Américains ont fait en Iraq il y a quelques années: détruire à peu près tout ce qui pouvait se détruire. Mais la Nature ayant des moyens plus puissants que le Grand Satan des Iraniens, elle l’a fait en mieux…. c’est-à-dire en pire. 15 000 morts, 2 millions de sans-abri, 3 milliards de dommages, surtout au niveau des infrastructures.

J’ai déjà assez d’ennemis en hauts lieux sur cette terre, je ne me lancerai certainement pas ici dans le rouspétage théologique. Disons donc pudiquement que les voies de Dieu sont insondables… et concentrons sur ce qui est la faute du Diable, la faute du Système.

Ce qui est la faute du Système, c’est qu’il faudra une génération au Honduras pour se remettre des séquelles de la catastrophe, alors que quand un ouragan frappe la Floride, – ou un tremblement de terre le Japon ou la Californie – faisant 10 fois plus de dégâts matériels, on n’en voit plus guère de traces l’année suivante.

Quand le Bon Dieu frappe les pays riches, les pays riches reculent d’un pas et avancent de deux. Quand Il frappe les pays pauvres, les pays pauvres restent à terre longtemps. Le niveau de vie du Hondurien moyen est trente (30) fois moins élevé que celui d’un Américain; il en faut du temps pour économiser le prix d’une nouvelle route… La différence entre un an et une génération, c’est la faute du Diable

Pourquoi les Honduriens sont-ils pauvres? Des milliers de bouquins sont écrits pour expliquer le sous-développement dans le monde moderne, la plupart évitant soigneusement d’en donner les vraies raisons. Je vais vous les dire en 4 paragraphes courts. Quand on vous dira  » Ce n’est pas si simple », demandez doucement en quoi ce n’est pas si simple et insistez pour qu’on vous explique… et tenez moi au courant.

1. Il y a un peu plus de deux cents ans, nous étions tous pauvres; on cultivait pour manger et on vivait et mourait au rythme des famines. En Occident, la révolution industrielle est venue qui a permis que de moins en moins de travailleurs suffisent à produire la nourriture dont nous avons besoin… et que nous devenions riches de tous ces biens produits par les 97% (au Canada) de la population qui n’ont plus a produire de nourriture.

2. Tous ces produits manufacturés – mais surtout la NOURRITURE ELLE -MÊME – nous pouvions, grâce au machines dont nous disposions, la produire en Occident en surabondance et à bien meilleur prix que les pays qui n’avaient pas pris dès le départ le chemin de l’industrialisation. En vendant ces produits et cette nourriture à vil à ceux-ci, on s’est assuré qu’il ne serait pas avantageux d’y produire ces produits et cette nourriture et que ces pays ne pourraient JAMAIS nous faire concurrence. Ils devraient, au contraire, limiter leur production à ce que nous, Occidentaux, ne produirions pas parce que les machines ne pouvaient le produire.

3. La conséquences perverse immédiate a été que les pays non industrialisés ont cessé les cultures de subsistance – facilement mécanisables – dont ils avaient besoin pour nourrir leur population et se sont spécialisés dans les monocultures à haute intensité de main-d’oeuvre: café, cacao, bananes… Mais comme ils sont bien trop nombreux à cultiver des bananes, on les leur achète au prix que NOUS fixons alors que nous leur vendons les produits alimentaires essentiels et les produits manufacturés au prix qui fait NOTRE affaire. C’est ce qu’on appelle le libre-échange.

4. Pour le « fine tuning », nous leur offrons une aide bilatérale et multilatérale internationale liée à l’achat de NOS produits… mais qui reste toujours inférieure à l’intérêt que nous leur chargeons chaque année sur leur dette cumulée. Il n’y a donc dans les pays sous-développés que l’argent que NOUS décidons qu’il y soit, ce qui permet d’y garder tous les salaires au prix que NOUS souhaitons, et d’y produire à rabais les composantes de la production industrielle que NOUS choisissons d’y produire sans nuire à NOTRE propre équilibre de main-d’oeuvre… pour la défense et l’enrichissement optimal de NOS exploiteurs. Le Honduras et les autres pays sous-développés seront donc toujours aussi pauvres que NOUS le voudrons.

Je dis NOUS, les Occidentaux, parce que c’est en bloc que nous sommes perçus comme responsables dans les pays du tiers-monde et, aussi, parce que nous sommes tous plus ou moins coupables de fermer les yeux et de ne rien faire pour que les choses changent. Mais, en réalité, nous savons bien que quelques uns seulement parmi nous bénéficient de cette exploitation criminelle du tiers-monde.

Ce sont les mêmes qui travaillent inlassablement à réduire aussi au niveau de subsistance la majorité des populations occidentales. Ceux qui sapent les acquis sociaux pour équilibrer les budgets. Ceux qui ont laissé stagner notre niveau de vie depuis 20 ans, empochant TOUS les gains de productivité réalisés depuis une génération. Ceux qui sont les multiples avatars du Système, les multiples visages du Diable.

Pierre JC Allard

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11 commentaires »

  1. merci pour cet article très vrais, malheureusement.

    la mécanique roule par habitude je cris le plus souvent…c’est un fait débilitant… mais que faut-il donc pour faire voir aux travailleurs que leurs statuts avoisinent l’esclavage et que s’ils ne le voient pas ils deviendront vraiment esclaves comme sous le règne es pharaons ?

    On nous disait qu’ils aimaient tellement leurs pharaons qu’ils mouraient volontiers à la tâche… belle mystification encore sans doute…

    l’occident aime-t-il donc à ce point ses marchands d’armes ?

    Commentaire par dom — 14-01-10 @ 11:28

  2. @ Dom

    L’être humain ne pense simplement pas à bien long terme…

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 15-01-10 @ 12:21

  3. Bon article résumant le cycle sans fin de la pauvreté du tiers monde, pays en voie de développement ou je ne sais quel terme inventé par « nous » (les occidentaux) pour expliquer (ou cacher) les vraies raisons de cette débâcle mondiale. L’enfer est bien sous nos pieds et nous le vivons tous les jours, et avec les futurs mouvements de foule pour la guerre de la terre arable et de l’eau (bien avant celle des énergies fossiles) nous nous en apercevrons bien assez tôt.

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 17-01-10 @ 3:32

  4. @ 1975 jmr

    Et la solution aux problèmes du tiers monde dépend malheureusement des décisions prises en Occident.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/03/22/vouloir-produire/.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 17-01-10 @ 4:08

  5. Oui je viens de regarder le lien, et effectivement notre industrialisation en est bien la cause. Industrialisation ayant sa source dans l’hémisphère nord pour la plupart.

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 17-01-10 @ 10:14

  6. @ 1975jmr

    D’ou le projet d’une Nouvelle Société orienté prioritairement sur la postindustrialisation de notre société occidentale

    https://nouvellesociete.wordpress.com/une-nouvelle-societe-12-min/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 17-01-10 @ 8:05

  7. Ah oui tiens, je n’avais pas fait le rapprochement avec le titre du blog 😉
    Bah, comme écrit dans l’autre billet sur le « vouloir produit », j’y avais noté les références du livre d’un physicien allemand qui a écrit son livre dans les années 50 (du siècle dernier). Et depuis les 60 dernières années, si ce n’est depuis l’ère industrielle du milieu du 19ème siècle, nous accélérons un processus de destruction de notre environnement.

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 18-01-10 @ 4:26

  8. @ 1975jmr

    Il est clair que, produisant davantage, on consomme plus de ressources. La question est le cout-benefice… qui ne peut ultimement se mesurer qu’en satisfaction.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/15/la-societe-obese/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 18-01-10 @ 7:08

  9. Pour le Canada, je ne sais pas, mais en Europe les céréales produites seraient au contraire immensément plus chères que dans les pays du tiers monde sans la politique agricole commune. En effet le prix de la production n’est pas bas en raison de la production automatisée mais élevé en raison de salaires bien plus importants qu’au tiers-monde. Ce qui a appauvri de nombreux pays d’Amérique est de ne pas pouvoir vendre leur production, pourrissant alors sur pied dans les champs, à l’Europe, avec la consommation intérieure artificiellement gonflée par la politique agricole commune.

    Commentaire par R m — 25-12-11 @ 7:41

  10. D’accord avec vous à ceci près,
     » un tremblement de terre le Japon ou la Californie – faisant 10 fois plus de dégâts matériels, on n’en voit plus guère de traces l’année suivante.», moins sûr pour Fukushima et sa région, voire plus… Le poison présent là bas, le sera pour des décennies, non ?

    Commentaire par Samir Daoulette — 15-04-12 @ 8:44

  11. @Samir D.

    OUI, Cet article a été écrit avant FUKUSHIMA. L’accident nucléaire est celui ou le Diable a presque les pouvoirs du Bon Dieu

    Commentaire par pierrejcallard — 15-04-12 @ 9:23


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