Nouvelle Societe

10-03-08

026. Les paparazzites

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:26

« Ils » l’on fait à Diana, « Ils » vont le faire à Maurice. The Gazette , qui ne saisit pas toujours les subtilités de l’âme québécoise, a appris la dernière – mais a réussi à dire avant tout le monde – que le Rocket était malade. Triana a découvert l’Amérique, Chantecler a réussi à faire lever le soleil. Ah, ces Anglais… !

Il n’y a, en effet, pas grand honneur à proclamer l’évidence; raison de plus pour ne pas s’attarder sur les impairs de The Gazette . Parlons plutôt de tous les colporteurs de ragots. Parlons de tous ces paparazzites qui semblent croire que si on a motif de les blâmer pour ce qu’ils disent on en oubliera de les blâmer pour ce qu’ils ne disent pas .

Les parasites « mangent ou vivent aux dépens d’autrui ». Les paparazzites aussi; mais, alors que les parasites prennent bien soin de ne pas trop nuire à leur hôte, sauf en cas d’intérêts irréconciliables, les paparazzites, eux, se délectent des états morbides et se complaisent donc à les fomenter.

Au premier niveau, le paparazzite cherche le sang et les larmes. Le sang et les larmes des Grands. Il est là pour satisfaire le désir des petits de participer en spectateurs à la « vraie vie » de ceux qui sont riches et célèbres… et de le faire en partageant leurs douleurs, puisque leurs plaisirs leur demeurent inaccessibles. Le paparazzite satisfait à ce besoin individuel de pathétique.

S’il en restait là, le paparazzite aurait un rôle malsain mais sans doute nécessaire. Le problème, c’ est que le paparazzite passe vite de la satisfaction d’un besoin individuel de pathétique à une fonction sociale de héraut de la souffrance et de la méchanceté. Tout ce qui est affreux, malsain, dégueulasse fait la manchette, comme s’il y avait une oeuvre méritoire à faire en racontant chaque jour à tout le monde les événements les plus sordides de la journée. Où est l’intérêt? Quel bien en sortira-t-il? Que l’exceptionnel, même dans le crime, soit une nouvelle, on peut le comprendre; mais faut-il vraiment que chaque attentat à la pudeur et chaque cassage de gueule soit rapporté?. Le paparazzite s’est donné la mission de peindre un monde en noir. A ce titre, il est nuisible.

Là où le paparazzite est encore plus odieux, c’est quand il peint en noir sur noir. Quand il salit pour voiler la saleté. Quand il devient évident qu’il écornifle et rapporte les petits travers de notre société pour en cacher les vices. C’est quand nos journalistes nous détournent de l’essentiel qu’il sont vraiment le plus haïssables.

Quand un journaliste de The Gazette révèle à tout le monde la maladie de Maurice Richard, il manque de tact et de délicatesse. Quand un journaliste de La Presse constate ce manque de tact – mais donne l’absolution au maladroit sous prétexte que c’est la mission de la presse d’informer – c’est déjà plus grave, car il confond la mission des médias de dire ce qui doit être dit avec leur mauvaise habitude de dire n’importe quoi.

Ce qui est bien plus grave encore, cependant, c’est quand les journaux, d’un commun accord, ne disent rien des gestes politiques d’un Chartrand ou d’un Lauzon, mais tout de la moindre mimique de Charest…, quand ils accordent un entrefilet aux Chiliens qui font la grève de la faim, mais de pleines pages à la construction d’un stade de base-ball au centre ville…, quand ils consacrent la moitié de leurs feuillets aux faits divers et au sport, mais réduisent à un éditorial biaisé toute analyse sérieuse de la maladie dont souffre la société.

Le crime des journalistes, c’est que constituant la seule opposition efficace au système ils se taisent; leur lâcheté, c’est qu’ils devraient être le rempart de la démocratie, mais qu’il sont récupérés par le système; leur turpitude, c’est qu’ils se prétendent les gardiens de nos valeurs… alors que de pitreries en compromissions, en glorifiant l’insignifiance et en occultant les vrais problèmes et les vraies solutions, ils sont de ceux qui, de l’intérieur, rongent l’arbre et le font pourrir.

Ceux dont les paparazzites font connaître les vices et les malheurs en sont les premières victimes; mais nous sommes TOUS les victimes d’un journalisme parasitaire qui se nourrit de NE PAS dénoncer les vices du système et les malheurs qui nous en échoient.

Pierre JC Allard

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2 commentaires »

  1. ouf ! belle analyse monsieur. et ce constat est d’autant plus flagrant en temps de campagne électorale, où aucun journaliste ne prend la peine de présenter les différents programmes des candidats, de les analyser et de confronter les dits-candidats pour donner une information juste au citoyen, mais s’attarde essentiellement sur les « pitreries » des candidats devant la caméra. parce qu’il faut faire un show qui va attirer les annonceurs, bien plus primordial que de donner la vraie information et de dénoncer les aberrations de nos systèmes. désolant….

    Commentaire par dulcinée — 20-10-09 @ 6:44

  2. @ Dulcinée: je pense que nous sommes sur la même longueur d »onde. Ce qui ne veut pas dire que l’on pense toujours exactement la même chose… Je serai ravi que vous me donniez votre avis sur d’autres textes de mon blogue

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 20-10-09 @ 11:09


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