Nouvelle Societe

14-10-07

07 L’ordre consensuel

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:52

On triche et on trompe encore aussi dans une Nouvelle Société, mais les rieurs ne sont plus du côté du tricheur. En rayant de la liste des crimes tout ce qui ne regarde que l’individu et lui seul, on n’y laisse inscrit que ce qui fait du mal. Le mal n’attire pas de sourires complices ou indulgents. Il existe un consensus solide en faveur de l’ordre et de la loi, contre les criminels et les délinquants.

Ceci change complètement les règles du jeu. Dans une société devenue légitime, le citoyen moyen se reconnaît dans la loi et l’on peut lui demander de contribuer activement à la sécurité publique. On peut lui demander d’être constamment à l’affût de ce qui est illégal et que lui, mieux que personne, peut débusquer.

Si le citoyen se sent concerné par le bon fonctionnement de la société, il a bien des occasions d’être vigilant et d’intervenir. Rapport d’évaluation d’un séjour à l’hôpital qui fait apparaître la négligence professionnelle; rapport à la DPEJ d’un enseignant sur les mauvais traitements ou le manque de soins à un enfant, conflits d’intérêt, transactions d’initiés, réactions à un appel d’offre qui semble curieusement ficelé.

Des professionnels s’en occupent aussi, mais ces fléaux ne seront pas éradiqués sans une participation active de la population. À plus forte raison, la corruption qui est le poison mortel d’une société démocratique. Il n’y a pas d’autre antidote à ce poison que de faire prendre conscience à tous de la totale ignominie “à la Judas” de celui qui abuse de la confiance que lui a témoignée la société en lui confiant une charge pour en tirer un avantage personnel au détriment de tous. Celui qui la dénoncera ne sera pas perçu par la population comme un délateur, mais comme un justicier.

Le système d’éducation doit refléter cette préoccupation. Parmi toutes ces choses qu’on n’enseigne pas aux enfants, il y a certainement cette jointure essentielle entre éthique et légalité qui devrait être l’axe central de la notion de citoyenneté. Il est impossible aujourd’hui de l’enseigner, parce que la réalité quotidienne est si en porte-à-faux avec notre morale, que tenter de le faire ne ferait qu’introduire chez l’enfant des dissonances cognitives.

Dans une Nouvelle Société, légitime, où l’ordre a le plein soutien actif de tous, l’apprentissage de la loi, vue comme la simple application de l’éthique naturelle au domaine social, peut et doit devenir une composante essentielle de l’éducation. C’est cette éducation qui garantit le soutien de tous les sociétaires aux objectifs et aux moyens du maintien de l’ordre de la société.

Quand elle jouit de ce soutien, la sécurité publique peut cesser d’être la seule responsabilité de spécialistes assignés à cette fin pour devenir une composante essentielle de l’activité quotidienne de chaque citoyen. C’est ce consensus cette participation du citoyen au maintien de l’ordre qui est la base de la seule vraie sécurité, pour trois (3) raisons.

La première, C’est que, dans une société de haute technologie, personne ne peut empêcher l’individu qui veut s’attaquer la société de causer un dommage terrible. Cette vulnérabilité est inévitable. Le corollaire de ce pouvoir de détruire de l’individu, c’est que si quelqu’un peut parfois intervenir et empêcher ce dommage, ce n’est pas un policier ni un militaire, mais un autre individu : celui qui est là, tout près de l’assaillant. C’est la réaction spontanée de quelqu’un qui défend la société qui peut le mieux contrecarrer l’action de quelqu’un qui l’attaque par simple irrationalité. Les chances que quelqu’un soit là qui veuille protéger la société sont en proportion directe du consensus dont jouit l’ordre que fait régner l’Etat.

La seconde, c’est qu’une société complexe est si fragile, que si une majorité de la population veut sa perte, les milliers de petits gestes et de petites omissions qui sont à portée de main du monde ordinaire peuvent la paralyser et la détruire en quelques jours, sans même qu’une concertation soit nécessaire, sans même une action violente, sans qu’on puisse jamais trouver un coupable. Seulement une myriade de sabotages qui font que rien ne fonctionne plus.

Contre une rébellion concertée, l’État a toujours l’avantage. Mais quand la contestation est au niveau de l’individu agissant seul – et qu’elle devient un non-dit dont la cause est totalement internalisée – l’État doit prendre garde, puisqu’il ne voit alors le mécontentement qu’à ses effets sur les variables globales. Il doit alors s’empresser de satisfaire la population, avant que les roues ne grincent et ne s’arrêtent. Sinon, on en fait peu à peu des mécontents complices, puis des acteurs, de ce sabotage diffus des mécanismes sociaux contre lequel il n’y a pas de parade.

Mai 1968 a été un exemple de ce genre de phénomène, mais encore au stade de l’ébauche. L’État, dans une société complexe, doit compter avce la collaboration implicite constante de chacun et ne survit donc que si sa population veut très majoritairement qu’il survive. La sédition qui a le soutien du peuple est irrésistible dans une société complexe. Corollairement, une société n’a pas de meilleure défense qu’un très large consensus pour se prémunir contre des initiatives séditieuses qui n’ont pas de soutien populaire réel.

La troisième raison, c’est que, pour lutter contre le phénomène des gangs qui, comme nous le voyons dans une autre texte, ne peut aller qu’en s’aggravan, une Nouvelle Société devra constituer une force policière dont la force sera incomparablement supérieure à celle de ces gangs. C’est un solide consensus de la population pour l’ordre établi devenu légitime et consensuel qui permettra la mise en place d’une force policière efficace sans craindre que cette quasi-armée ne constitue un danger pour la démocratie.

Une force policière doit avoir la force de prévenir les actions subversives de petites minorités, mais dans une société complexe, un large consensus est si nécessaire qu’il n’est pas crédible qu’une force policière puisse soutenir efficacement une tyrannie contre la volonté d’une majorité ou même la mauvaise volonté d’une minorité un peu substantielle de la population.

C’est le soutien des citoyens et leur volonté d’intervenir pour sa défense qui est la vraie sécurité de l’État. Le vrai risque est que l’on ne puisse pas créer et maintenir ce consensus spontané qui est son véritable bouclier. Le danger est que la tyrannie par manipulation, la tyrannie occulte de quelques-uns et les injustices qui en découlent, ne brisent ce consensus et ne dissuadent un nombre croissant de citoyens d’intervenir quand la société est menacée. On a besoin qu’ils interviennent.

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