Nouvelle Societe

13-10-07

02 Les guerres qui n’en sont plus

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:12

Nous n’aurons plus les guerres que nous avions. La guerre traditionnelle opposait deux États ou groupes d’État ayant des intérêts opposés et qui, se jugeant de forces égales, décidaient d’en découdre sur le champ de bataille, le vainqueur imposant sa loi au vaincu. Ce scénario est devenu ridicule : un sujet d’opérette ou le fantasme d’un cerveau fêlé. Ce type de guerre n’aura plus lieu.

Il semble saugrenu, dans la situation qui prévaut aujourd’hui, de suggérer que la guerre traditionnelle en en voie de disparaître, mais c’est pourtant le cas. Elle ne disparaîtra pas parce qu’elle est abominable ­ elle l’a toujours été – mais parce qu’elle constituera de moins en moins un projet rentable pour ceux qui ont le pouvoir de la faire. Historiquement les guerres servaient, soit à asservir des populations et à tirer profit de leur travail, soit à occuper des territoires, pour des fins stratégiques ou pour en tirer des ressources rares, soit à détruire un rival commercial. Or ces trois (3) motifs de faire la guerre sont aujourd’hui disparus.

D’abord, dans un monde où la main-d’oeuvre est surabondante et où aucun travail signifiant ne s’accomplit sans une grande motivation du travailleur, gérer une population conquise occasionne des frais qui dépassent largement le profit qu’on peut tirer de son exploitation. Dans le meilleur des cas, l’envahisseur a sur les bras une multitude pauvre et incompétente qu’il faut nourrir ; dans le pire, son invasion peut susciter une guérilla et une résistance interminable.

Ensuite, l’occupation du territoire par conquête est devenue désuète, depuis qu’il a été bien compris que l’on peut se garantir l’accès aux ressources rares dont on a besoin, sans s’embarrasser du reste, par la simple corruption des potentats locaux. Il suffit d’encadrer les forces armées de ces derniers de « conseillers » et, au besoin seulement, de quelques bataillons d’élites si ces forces locales s’avèrent trop ineptes ou déloyales pour protéger le périmètre absolument nécessaire à la cueillette de ces ressources.

Enfin, l’élimination des rivaux commerciaux se fait maintenant par des embargos sur les approvisionnements, des contraintes à la distribution ou, plus proprement encore, par de simples prises de contrôles sur les marchés boursiers. Occuper la Ruhr, au vingtième siècle, était encore essentiellement la tactique de Rome détruisant Carthage. Aujourd’hui, les procédures ont changé. Mittal n’a pas pris Arcelor à la tête d’une horde de cavaliers en turbans.

Il ne reste désormais que deux types de « guerres » qui, même si elles en entraînent toutes les horreurs, ne sont pas vraiment des guerres. Le premier type résulte d’une querelle entre petits pays dont les moyens sont dérisoires au vu des capacités militaires modernes. Il suffit qu’une force supérieure crédible intervienne pour que les hostilités cessent et c’est cette force supérieure qui départagera les prétentions des parties : c’est l’Éthiopie contre l’Érythrée ou la Somalie. Le deuxième type de conflit suppose une telle disparité des forces en présence que le résultat n’est jamais en doute. Ce sont les USA envahissant Panama et Granada, ou Israël attaquant le Liban et Gaza.

Ces deux types de « guerres » ne sont pas vraiment des guerres, puisque ce n’est pas la force des armes qui en déterminera la conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, l’action militaire des protagonistes n’est qu’une amorce, une simple péripétie. Pour les conflits de ce type, le déroulement de l’intrigue ne prévoit pas la victoire d’une armée sur les champs de batailles, mais l’intervention en temps opportun d’une tierce partie, normalement une force des Nations Unies, de l’OEA ou de l’OTAN, qui répondra à l’appel et viendra mettre fin à ce qui, en rétrospective, apparaîtra dans le premier cas comme une escarmouche entre gangs et dans le second comme une querelle domestique.

Une tierce partie viendra jouer le rôle d’une police. « Opération de police » est d’ailleurs l’expression maintenant acceptée pour désigner les interventions de forces internationales qui viennent séparer les belligérants et rétablir l’ordre public devenu l’ordre international. Pendant qu’au sein des États la police doit devenir une armée, l’armée, sur le plan international doit donc devenir une police.

Qu’une police intervienne pour régler entre petits pays des conflits qui ressemblent à des guerres des gangs semble raisonnable, mais pourquoi une intervention de « police » quand un État puissant a imposé sa volonté à un plus petit ? Désir de légitimité ? En un sens, oui. La disproportion entre les moyens militaires des États rend encore plus odieux l’usage de la violence, crée une sympathie pour le faible et une condamnation de l’agresseur que les tiers ses rivaux utiliseront pour miner sa crédibilité sur le plan commercial, lui causant plus de dommages que les profits qu’il aura pu retirer de la guerre inégale qu’il a engagé.

Cet effet négatif de l’agression conduit à chercher le soutien moral de la communauté mondiale, ce qui suggère la transformation progressive même des armées nationales en « forces de police ». Quand on va « policer » les pays gênants ou riches en ressources, on sous-entend qu’on va procéder avec plus de retenue que si on leur avait déclaré la guerre. On veut laisser penser que ceux qu’on agresse ne sont pas des ennemis, mais des innocents qu’on va délivrer de quelques mauvais sujets.

L’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée rouge lors du Printemps de Prague, ou l’action d’Israël au Liban contre le Hezbollah, en 2006, sont des exemples caricaturaux de cette approche. Une rationalisation qui ne leurre évidemment personne, de sorte que la voie de l’avenir est de confier la tâche de policer la planète à une entité internationale idoine qu’on aura investie de la force et de l’autorité requise.

Pierre JC Allard

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