Nouvelle Societe

12-10-07

04 Les vices cachés

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:49

Une Nouvelle Société prendra charge d’un monde où les conflits entre États s’apaiseront et d’un dossier de sécurité calamiteux.  Chaque fois qu’un sondage cherche à cerner les préoccupations de la population, on retrouve tout en haut du palmarès celle de sa sécurité. Cette inquiétude demeure constante ou augmente partout même si, après la hausse brutale des années “90, les statistiques semblent indiquer aujourd’hui une baisse de la criminalité au moins en Occident.

La population a-t-elle raté un virage? S’effraye-t-elle à tort alors que le problème, en fait, est en bonne voie de règlement ? Et quand nous disons que la sécurité est de moins en moins assurée dans notre société, n’est-ce pas à cette inquiétude que nous réagissons bien plus qu’à la réalité ? Hélas, non. Évidemment, la sécurité est un concept bien relatif. Aux yeux d’un pèlerin de Compostelle, notre société serait admirablement policée Si on compare, toutefois, la situation d’aujourd’hui à celle qui prévalait, il y a cinquante ans, on ne peut que constater que les choses se gâtent.

On pouvait, il y a cinquante ans, faire Paris-Delhi par voie terrestre sans prévoir d’autres ennuis que l’obtention des visas et quelques cars en panne. Il y a eu depuis, de la Croatie au Cachemire en passant par Beirut et Kandahar, des affrontements sur une douzaine de frontières le long de ce parcours. Les escarmouches perdurent toujours, les frontières Turquie-Iraq et Afghanistan-Pakistan sont fermées à qui n’arrive pas en char d’assaut et la plupart des services d’ordre locaux constituent moins une protection qu’un risque supplémentaire. Ce périple aujourd’hui serait aussi périlleux que celui entrepris par Marco Polo.

Ça, bien sûr, c’est à l’échelle du monde, mais notre société, justement, s’est voulue et prétend toujours se vouloir globale. Même si nous nous recroquevillons sur nous-mêmes au coeur des WIN (Western Industrial Nations) d’ailleurs, et ne pensons plus sécurité qu’à la dimension de Central Park et du Bois de Boulogne,le problème se pose. Il se pose seulement de façon plus insidieuse.

Le centre des grandes métropoles américaines, la nuit tombée, devient un champ miné qu’il ne faut traverser qu’en suivant les voies balisées par un éclairage brutal et une présence policière musclée. Certaines banlieues des grandes villes d’Europe ne sont pas plus invitantes. Et partout, maintenant, plane désormais non seulement la menace du crime et de la délinquance mais celle de l’attentat. Notre civilisation, depuis cinquante ans, semble  sur la voie du déclin?

Les statistiques de la criminalité s’améliorent, mais les statistiques sur la criminalité, comme celles sur le chômage, ne reflètent que bien imparfaitement la réalité. Cette “imperfection” relève moins des carences de nos techniques d’analyse des données que d’une volonté bien arrêtée de ne les voir prouver que ce qu’on veut prouver. De même que n’est pas chômeur quiconque ne travaille pas, mais seulement celui qui répond à des critères qui en font un privilégié parmi les sans-travail, de même le crime n’est un “crime” que s’il est dûment inscrit aux bons registres.

Il n’y a pas crime, aux statistiques, si la victime renonce à porter plainte ou, encore plus pernicieusement, si la simple peur de la violence a suffi et que le geste criminel a été replacé par la menace voilée, voire une insinuation si subtile qu’il n’y a rien à dénoncer. Bien difficile de porter plainte contre ces malabars qui vous serrent de très près dans une rue déserte et vous demandent –  bien poliment  – de leur prêter dix dollars pour un taxi

La criminalité diminue? La violence n’a pas été extirpée de notre société, elle s’est estompée. Comme disparaît peu à peu une tache, sur un vêtement qui devient uniformément sale. Notre société devient uniformément violente. C’est ça que la population exprime quand elle nous dit par les sondages qu’elle a peur et que, peu importent les statistiques, la sécurité publique demeure une priorité.

En fait, la sécurité publique est plus menacée qu’elle ne l’a été depuis des générations et elle le sera de plus en plus, victime de trois (3) phénomènes convergents.

D’abord, les inégalités croissantes au sein de la société et une pauvreté abjecte, sans espoir, qui font du simple besoin de survivre une cause de plus en plus fréquente de violence. Un peu partout dans le monde, on vole et au besoin on tue, simplement pour manger. Rendant la situation plus dangereuse, il s’y ajoute la révolte, face à cette condition sans espoir, non seulement de ceux qui en sont les victimes, mais aussi de ceux qui prennent fait et cause contre cette inégalité et y trouvent motif à une guerre concertée contre le système.

Ensuite, le pouvoir de nuire de plus en plus considérable dont peut disposer chaque individu. Il y a trente ans que je dis que la lecture qu’on a voulu faire de l’évolution du rapport des forces entre l’individu et la société est erronée. L’individu ne devient pas sans défense face à la société; c’est la société qui devient d’autant plus vulnérable qu’elle devient plus complexe. La technique moderne permet désormais à chacun de porter dans une mallette, sinon dans sa poche, le virus ou le gaz qui causera à la société un dommage colossal, voire fatal. Depuis le 9/11 et l’incident du métro de Tokyo, on peut tenir ce point pour avéré.

Enfin – et c’est peut-être le facteur le plus grave – les choses iront de mal en pis et notre société sera de moins en moins sécuritaire parce que celle-ci n’a pas seulement aliéné ses perdants, elle a aussi donné mauvaise conscience à ses gagnants. On ne peut pas faire régner l’ordre dans une société, quand ceux qui devraient en constituer la majorité effective ne croient pas que cet ordre est juste. On le peut encore moins si la population, dans son ensemble, est en désaccord avec les prohibitions qu’on voudrait lui imposer.

Pierre JC Allard

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