Nouvelle Societe

19-12-05

27 L’inflation anathème

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:47

L’inflation, sous toute ses formes, est anathème pour le Système. Proposer une inflation fiscale programmée, en certains milieux, est l’équivalent d’évoquer un Cinquième Cavalier de l’Apocalypse et de l’applaudir quand il jette le Système par terre et l’achève, comme Saint-Georges le dragon… Mais ce n’est pas tout à fait vrai.

L’inflation contrôlée est un outil puissant pour remettre les pendules à l’heure, et il serait certainement bête de ne pas l’utiliser, mais elle ne règle pas tous les problèmes de la société, même pas tous ses problèmes financiers.  Il devrait être clair, à ce point, que mes sympathies ne vont pas vers le dragon, mais il ne faut pas en déduire que je prenne à la légère les dangers de ce bouleversement.

Considérant, la levée de boucliers à laquelle donnera lieu cette mesure, il faut d’abord évaluer le coût bénéfice de cette mesure draconienne et le comparer à celui des mesures alternative.  Il faut pouvoir défendre cette mesure. Il faut ensuite tenir compte de la situation économie et du climat politique et choisir le moment opportun pour le faire.

Il faut, surtout, s’assurer que, cette opération lancée, il n’y aura pas de retour en arrière. La mettre en marche et ne pas la mener à terme ou ne pas en assurer la continuité serait perpétrer sur la population une arnaque encore plus massive que toutes celles auxquelles le système capitalise nous a habitués. Il faut donc vérifier que la force  – dans toutes ses acceptions – est là pour soutenir la réforme.

Il faut faire ce changement et ne pas s’en laisser détourner par les gesticulations des Cassandres qui vont en souligner les dangers, mais il faut aussi souvenir que les dangers de l’inflation sont bien réels, indépendamment de l’utilisation malveillante qu’en a fait le Système à l’occasion.

Une inflation “non-programmée” – celle incontrôlable qui viendrait s’ajouter à l’inflation fiscale et qui découlerait des craintes de la population, ne représente-t-elle pas un risque trop grand si l’on tente d’appliquer un plan comme celui-ci ? Il y deux cas de figure.

Si le pouvoir financier occulte n’a pas été mis efficacement hors d’état de nuire, l’inflation non-programmée est plus qu’un risque: c’est une certitude et les mesures à prendre pour la juguler entraîneront une escalade dont nul ne sait comment elle se terminera. Pas plus que ceux qui ont prêté le serment du Jeu de Paume n’entrevoyait la guillotine ni Bonaparte.

Si, au contraire, ce pouvoir des shylocks a été muselé correctement, l’inflation “non-programmée” peut être contrôlée sans bouleversements inacceptables. D’abord, parce que les mesures que réclament la réforme fiscale proposée n’agissent pas toutes dans la même direction mais, dans une certaine mesure, s’équilibrent; ensuite, parce qu’il est possible de calmer l’anxiété de la population en lui offrant un havre où peut se réfugier la monnaie que l’inflation menace.

Quels sont les facteurs d’équilibre? La disparition de l’impôt sur le revenu et des taxes indirectes aura un impact inflationniste évident. Il aura cet effet parce qu’en augmentant le pouvoir d’achat des salariés, on créera une demande pour les biens de consommation, relançant la production, créant des emplois et une énorme demande pour les services des travailleurs autonomes… Toutes choses notoirement inflationnistes mais que je ne peux pas me résigner à trouver intolérables.

D’autre part, contrairement à ce que certains voudront prétendre, le paiement de la dette n’aura pas d’effet inflationniste, puisque cette somme sera compensée par une ponction équivalente sur le capital de tous au prorata de leurs avoirs. Il est vrai qu’en remboursant la dette on la rend “liquide”, mais rappelons-nous que le système actuel tout entier fonctionne sur cette prémisse – qui ne changera pas rapidement – que l’argent des nantis ne sert pas à la consommation.

En fait, un abondance subite de liquidités, allant de paire avec le retrait de l’État comme emprunteur de dernier ressort sur le marché des capitaux, poussera les taux d’intérêts à la baisse et aura un effet déflationniste dans le segment des nantis – le seul ici qui importe. 

La question est de savoir lequel sera le plus fort de l’effet déflationniste sur le marché des capitaux ou de la pression sur les prix à la consommation; la réponse n’est pas évidente.

En principe, on devrait pouvoir savoir à quoi s’attendre, si on lâche ces deux forces opposées et qu’on s’en remet aux lois du marché, car il existe aujourd’hui des modèles économétriques performants (Multimod du FMI, entre autres) qui permettent de calculer ces impacts. En pratique, on ne le peut pas, car nous ne connaissons pas vraiment ce paramètre important que constitue la richesse virtuelle de pure imagination – produits dérivés et autres – que nous avons appelée “M4″. On va l’estimer, mais en se souvenant que tout a été fait pour qu’elle ne soit pas facile à estimer.

Mis à part les facteurs tangibles qu’on peut estimer avec plus ou moins de précision, d’ailleurs, le résultat de souque à la corde entre inflation et déflation qui résultera d’une réforme de la fiscalité dépendra pour une bonne part des attitudes et des comportements atypiques que génèrera cette réforme elle-même, ce qui rend bien téméraire l’application à une situation postérieure de quelque modèle que ce soit basé sur les données antérieures. Les facteurs les plus importants seront attitudinaux.

La peur de l’inflation, au premier chef, peut être une cause d’inflation plus déterminante qu’aucun facteur concret. Comment s’en prémunir? Un contrôle des prix est possible, mais n’est pas une bonne solution, car cette mesure ne fait que stimuler l’imagination de ceux qui veulent la contourner.

Il faut, au contraire – et on a pu voir tout au long de cette proposition que je n’hésite pas à le faire – utiliser à bon escient les mécanismes du marché qui ont prouvé leur efficacité. Pour lutter contre la peur panique, mais sincère de l’inflation, il faut offrit un refuge à ceux qui ont peur. Qui sont-ils ? Quel refuge leur offrir ?

Pierre JC Allard

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