Nouvelle Societe

19-12-05

13 Le chantage

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:04

Aujourd’hui, il n’y a plus de valeur de référence. La gestion de la masse monétaire obéit uniquement à l’impératif d’assurer un rendement “satisfaisant” au capital investi. Ce rendement satisfaisant exige, dans la conjoncture de stagnation programmée actuelle, de créer de plus en plus de monnaie et de creuser de plus en plus l’écart entre les symboles et la réalité… et c’est ce qu’on fait, par une augmentation vertigineuse du crédit.

L’État satisfait aux exigences des shylocks sans augmentation de M3, comme si toute l’économie fonctionnait désormais hors-bilan. Hors-réalité.

 Ce qui exige une coordination précise et une extrême vigilance. En pratique, les États néo-libéraux ayant quelque importance travaillent tous la main dans la main avec quelques grandes institutions financières tentaculaires et les organismes internationaux (FMI, BIRD, etc.) pour constituer le Système qui gouverne, gère et exploite la planète.

Quand il y a émission de monnaie, les spécialistes parleront de l’impact multiplié de cet ajout sur la masse monétaire, définissant celle-ci selon les besoins comme M2 ou M3, mais ils en seront réduits à des voeux pieux, car les shylocks contrôlent le fictif M4 des dérivés et autres valeurs hors bilans et tiennent à leur merci la valeur de toutes les devises.

Shylock contrôle les médias qui créent le consensus qui détermine la valeur de la richesse… et de son “double”, c’est à dire de l’image monétaire virtuelle de la richesse que voit la population dans le miroir et auquel elle croit. C’est sur cette image et cette foi que repose le pouvoir. 

Quel que soit l’ajout réel à la masse monétaire que se permette un État, la baisse de valeur de sa monnaie sera ce que les “marchés financiers” décideront qu’elle sera.

L’inflation est donc contrôlée partout où il est important qu’elle le soit, comme aux USA et en Europe, fomentée là où il est rentable pour les shylocks qu’elle se produise – comme en Russie ou dans le Sud-Est asiatique – et laissée à l’initiative des satrapes locaux, là où elle n’a pas d’effets significatifs bons ou mauvais sur le Système – comme en Afrique – afin que ceux que ça amusent puissent y spéculer et y aiguiser leur talent.

Les gouvernements, qui se prétendent souverains, n’ont plus l’option réaliste d’accroître leur masse monétaire par une émission de monnaie. Qu’un gouvernement pense à se financer autrement que chez les institutions financières internationales, sans que les financiers ne retirent leur livre de chair de chaque émission d’obligations – (l’intérêt sur l’argent qu’ils prétendent céder à l’État) – et ceux-ci ont en assez de contrôle sur les médias pour semer la panique et entraîner une baisse de la valeur de la monnaie du pays récalcitrant hors de proportion avec la quantité supplémentaire qui en aura été mise en circulation.

Le pays rebelle passera de la liste de ceux où l’inflation est brimée à celle de ceux où elle est attisée

. C’est le châtiment qui a été imposé à tous les petits pays qui n’ont pas voulu jouer le jeu capitaliste, de Cuba au Congo en passant par l’Indonésie. Pas seulement les petits pays, toutefois. Il suffit d’une erreur d’inattention ou d’une opération de corruption réussie pour que les géants s’effondrent eux aussi. Le cas monstrueux, bien sûr, est celui de l’URSS qui a vu la valeur de change de sa monnaie réduite à un dix-millième de sa position initiale. On a ruiné deux cent millions de personnes.

Contrôler inflation et l’utiliser pour réduire progressivement l’écart entre richesse réelle et symbolique, ce serait modifier les règles de fonctionnement de l’économie mondiale, redistribuer le pouvoir d’achat et donner ainsi au développement de l’économie réelle un deuxième souffle que la technologie a rendu possible. Ce serait éliminer la pauvreté au sein des pays riches et diminuer la misère des pays pauvres.

C’est la décision politique et économique la plus importante qu’un gouvernement pourrait prendre, mais à quoi bon augmenter sa masse monétaire de 5% ou 10% si, par l’action des shylocks, la valeur de chaque unité de sa monnaie chute de 50%? Alors les gouvernements reculent et cèdent au chantage. Au lieu d’imprimer des billets de banque et de traiter l’inflation contrôlée qui en résulterait comme une forme d’imposition sur le volet symbolique de la richesse, ils impriment des obligations qui portent intérêt à 4%, 7% 10 % et les déposent docilement entre les mains des groupes financiers…

L’État peut-il échapper au chantage des financiers? Un État de taille suffisante pour ne pas dépendre du commerce international et assez structuré pour assurer la crédibilité de sa monnaie peut fermer ses frontières et résister au pouvoir capitaliste. L’URSS l’a fait pendant trois générations et la véritable déchéance de l’URSS a commencé au moment où elle a accepté que le rouble ait une valeur consensuelle face au dollar. La Chine le fait encore. Les USA – ou l’Europe maintenant unie – pourraient le faire encore mieux. Ensemble, le monde occidental peut le faire à sa guise et entraîner sans discussion le reste du monde à sa suite.

L’initiative, cependant, doit venir d’une grande puissance raisonnablement autarcique ayant le pouvoir et la volonté de résister aux assauts sauvages que le système capitalisme ne manquerait pas de lancer pour empêcher ce changement. J’ai dit et j’insiste que ce n’est pas au niveau du Québec ou du Canada que cet affrontement peut avoir lieu. Un État comme le Canada – et à plus forte raison le Québec – même si son gouvernement n’était pas à la solde du pouvoir financier, ne pourrait pas refaire contact avec la réalité et arrêter la fuite en avant vers le cataclysme financier qui se prépare. Le Système ne le permettrait pas et le Système a le pouvoir de l’en empêcher.

Pourquoi faire cette analyse,s’il n’y a pas ici de remède que nous puissions apporter? D’abord, parce que justement notre marginalié nous protège: on peut discuter ici de choses dont on ne peut discuter aux USA. Ensuite, parce qu’il faut engager cette réflexion, car le Systeme s’effondrera. Il vaudra mieux avoir réfléchi que devoir le faire sur l’affut d’un canon.

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.