Nouvelle Societe

19-12-05

12 Le traquenard

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:02

Cette pseudo richesse  monétaire et boursière n’est pas utilisée, mais tient toute la société en otage. Nous sommes tombés dans un traquenard. Les écarts entre valeur symbolique et valeur réelle, entre valeur monétaire et valeur consensuelle créent un réseau de pièges qui vont du simple au complexe. Commençons par un exemple simple, celui du papier et des cailloux.

Vous achetez des diamants, vous les payez en espèces. Vous avez échangé un bout de papier dont la valeur purement symbolique dépend d’un consensus quant à la stabilité de l’État et le dynamisme de l’économie, contre des cailloux dont la valeur dépend d’un autre consensus, issu d’une tradition et d’une rareté relative dont on sait qu’elle repose sur le bon vouloir d’un cartel qui en détient des stocks énormes.

Si, il y a dix ans, vous avez acheté et payé en roubles des diamants, vous avez fait une bonne affaire; si vous en achetez aujourd’hui et les payez en dollars, priez que le Groupe De Beer n’écoule pas ses stocks à rabais, ou que les soubresauts politiques en Afrique du Sud ou en Russie ne transforment pas vos diamants en cailloux comme les autres.

Ce qui est vrai pour les diamants l’est pour les stocks en bourses, ce qui est évident, mais aussi, ce qui l’est moins, pour les obligations et autres papiers commerciaux dont la valeur repose sur un double consensus. Un consensus quant à la solidité de la compagnie emprunteuse d’abord, et quant au pouvoir d’achat futur de la monnaie ensuite.

Prenons un autre exemple. Vous possédez un bout de terrain au centre de Tokyo qui vaut, disons, ce n’est qu’une illustration, cinquante millions de yens à 200 yens au dollar, soit un quart de million en argent des U.S.A. Ce terrain est représenté par un titre de propriété que vous pouvez vendre, donner en garantie, etc. Mais supposons que ce titre, déposé dans une banque japonaise, vous permette d’obtenir un crédit de deux-cent-cinquante mille dollars avec lequel vous achetez, à cinq dollars pièce, 50 000 actions de Netscape ou de toute autre compagnie qui ne possède rien de tangible, mais qui a des idées .

Au moment de la transaction vous n’êtes ni plus riche ni plus pauvre: vous avez recu des devises et vous avez assumé une obligation équivalente envers la banque…. mais vous avez mis en gage votre terrain bien réel. Parfois, la réalité et le symbole se divorcent.  Si, quand les cerisiers fleurissent sur votre terrain, la sagesse financière des spéculateurs a fait passé la valeur de celui-ci à cent millions de yens et le cours du yen à 100 au dollar, il vaut désormais un million de dollars.

Si, pendant ce temps, vos actions de la compagnie-qui-a-des-idées sont passées de 5 à 25 dollars, elles valent aussi bien plus d’un million de dollars en bourse et votre banquier vous adore. Pourquoi ne pas emprunter sept-cent-cinquante mille dollars de plus et acheter encore 30 000 actions? Vous le faites… et c’est maintenant un million de dollars que vous devez à votre banquier, lequel a toujours votre terrain de Tokyo en garantie.

Hélas, quand les cerisiers refleurissent l’année suivante, la valeur des actions de la compagnie-qui-a-des-idées est retombée à trois dollars, réduisant à 240 000 dollars la valeur totale de vos 80 000 actions, de sorte qu’un nouveau banquier qui ne vous aime pas tellement décide de reprendre ses billes en mettant en vente votre terrain. Manque de pot, cent autres banquiers ont décidé pour la même raison de faire la même chose pour dix mille autres terrains à Tokyo, Osaka, Kobe…. de sorte que la sagesse financière des spéculateurs a ramené à sa valeur initiale le prix de votre terrain ainsi que le cours du yen au dollar.

Où en sommes-nous quand la banque a “réalisé” vos actifs et les a appliqués à votre dette? Il ne vous reste rien et la banque elle-même ne touche même pas la moitié des sommes qu’elle vous a prêtées. Vous êtes ruiné et la banque qui vit cette expérience cent ou mille fois répétée est en sérieuse difficulté. 

Pourtant, les mêmes cerisiers refleuriront en avril prochain sur un terrain à Tokyo qui n’aura pas changé et les idées de la compagnie à laquelle vous aviez fait confiance ne sont pas plus bêtes qu’elles ne vous étaient apparues. Le drame s’est déroulé tout entier dans l’univers des symboles et au gré des consensus qui se sont créés et défaits.

Les chiffres de cet exemple ont été arrondis, mais, pour le reste, c’est une histoire vécue. La richesse virtuelle du Japon a bel et bien été abattue en flamme comme Godzilla sur les écrans des courtiers. Celle des pays du Sud-est asiatique aussi, Thaïlande en tête. En Indonésie, où une économie réelle plus fragile que celle du Japon n’était qu’un appendice de la spéculation, les vicissitudes de la richesse virtuelle se sont traduites par de vraies émeutes et de vrais morts dans les vraies rues du pays réel.

Ce qui est arivé en Indonésie et ailleurs est tragique, mais sans doute encore moins lourd de conséquences que le chantage qu’exercent sur tous les gouvernement ceux qui détiennent la richesse virtuelle et qui empêchent les gouvernements de se financer autrement que par l’intermédiaire du Système. Au temps de l’étalon-or, il existait un rapport entre la monnaie en circulation et cette valeur de référence ; la manipulation du consensus existait déjà – en moins sophistiqué qu’aujourd’hui, mais on pouvait au moins calculer l’inflation qui, toute manipulation du consensus mise à part, devait résulter d’une augmentation de la masse monétaire.

Un gouvernement gardait l’option d’accroître sa masse monétaire par une émission de monnaie plutôt que par une émission d’obligations portant intérêt. Aujourd’hui, il n’y a plus de valeur de référence. À cause de ce fictif “M4″, qui est une inconnue entre les mains des banquiers, le rapport entre la monnaie et la réalité est devenu si élastique que personne ne peut plus savoir l’impact exact d’une augmentation de la masse monétaire sur la valeur d’une monnaie. Nous sommes pris au piège.

Pierre JC Allard

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