Nouvelle Societe

19-12-05

10 La valeur légale

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:52

Nous avons distingué  entre “richesse symbolique” et “richesse réelle”. Au sein de la richesse symbolique, la monnaie se distingue de tous les autres biens, parce que la valeur de la monnaie est “légale”, déterminée par le pouvoir de l’État, alors que celle de tous les autres biens l’est uniquement par un consensus.

En théorie, la valeur de la monnaie repose uniquement sur une décision de l’État, lequel peut imposer un contrôle des changes et des prix pour rendre cette décision effective. 

En pratique, ces contrôles sont d’application difficile et les États modernes laissent fluctuer le rapport des monnaies entre elles et le rapport de la valeur de leur monnaie à celle des autres biens.

Dans la mesure où ceux qui utilisent la monnaie peuvent contester le rapport de la valeur de celle-ci à celle des biens, la valeur de la monnaie repose aussi sur un consensus. Ce rapport consensuel de la valeur de la monnaie à celle des autres biens est fondamental quand on discute fiscalité, surtout si on parle d’une taxe sur le capital, 

En effet, les biens autres que la monnaie et les symboles qui les représentent ont, ou du moins prétendent avoir, une valeur intrinsèque qui demeure inchangée en dépit de toute manipulation strictement financière. Une maison demeure la même maison, quel que soit le prix que le marché en offre.

Le prix des biens à valeur consensuelle varie donc en sens inverse de la valeur de la monnaie. 

Le modèle théorique simple qui décrit ce phénomène est que, à tout moment, la masse monétaire globale représente la somme totale des biens existants. Plus il y a de monnaie en circulation, moins “vaut” chaque unité monétaire, en termes de biens représentés et donc en termes de pouvoir d’achat de ces biens. Doublez la masse monétaire, par exemple, sans modifier la quantité de biens qu’elle représente, et chaque unité de votre masse monétaire ne représente plus que la moitié des biens qu’elle représentait auparavant, le pouvoir d’achat de chaque dollar est réduit à cinquante cents. C’est le phénomène de l’inflation.

En pratique, le rapport entre la masse monétaire et la somme des biens qu’elle représente n’est pasaussi simple. Le volume de billets de banque en circulation n’est pas totalement sans importance, mais la vélocité des échanges peut créer l’illusion d’un volume plus grand et, surtout, le consensus quant à la valeur du symbole “monnaie” étant indispensable, il devient possible de manipuler le consensus lui-même plutôt que les éléments représentés.

il y a mille manières de modifier le rapport de la valeur des biens à celui d’une monnaie dont la valeur repose sur un consensus. Rumeurs, manipulation des attentes quant au coût des facteurs – matières premières, travail, taux d’intérêts,  spéculation sur les variations anticipées de la valeur relative de divers élément de la richesse, se traduisent par mouvements imprévus et erratiques au niveau des symboles dont le résultat final est que la valeur réelle des choses peut ne plus avoir qu’une importance marginale: les cours en Bourse en sont un exemple.

Le raffinement ultime de cette marginalisation de la réalité, c’est quand la manipulation du consensus est si efficace que la quantité de monnaie sonnante et trébuchante que l’État met en circulation n’a plus elle même d’importance. Nous en sommes là. 

En manipulant le consensus, les “acteurs économiques importants” – la caste des capitalistes purs (“shylocks”) vivant uniquement de leurs intérêts comme d’une rente – ont le pouvoir de modifier le prix des choses et de signifier ainsi à l’État qu’ils ne sont pas d’accord avec la valeur que celui-ci attribue à sa monnaie.

Ils peuvent faire mieux. Réagissant aux fluctuation du rapport de la valeur de la monnaie à celle des choses que leur propre spéculation entraîne, ils peuvent utiliser les pouvoir de création de monnaie que l’État leur a abandonné  et modifier la masse monétaire elle-même, sans que l’État puisse vraiment s’y opposer à moins de remettre tout le système en question.

Les conséquences de cette manipulation en deux temps sont partout, mais nous les présentons ici dans l’optique de la fiscalité. Parce que les impôts sont payables en monnaie et que les acteurs économiques importants disposent des moyens de modifier le rapport entre la valeur de la monnaie et celle des autres biens, le pouvoir de l’État de s’approprier une partie de la richesse réelle des citoyens et de l’utiliser pour le bien commun est soumis au veto de ces acteurs économiques.

Ce qui semble merveilleusement démocratique, jusqu’à ce qu’on réalise que l’on ne vote pas ici par tête. C’est au prorata de la richesse qu’on possède que l’on peut, par le biais de l’inflation qui découle de l’usage que l’on fait de cette richesse, déterminer le taux réel d’imposition de cette richesse elle-même. La politique financière de l’État – et au premier chef sa politique fiscale – est donc prise en otage par les acteurs économiques importants: les institutions financières et les shylocks qui les contrôlent.

Évidemment, cette politique est élaborée et appliquée au meilleur des intérêts des acteurs économiques importants.

 Les acteurs économiques importants peuvent, de façon discrétionnaire, passer d’une monnaie “forte” à une monnaie “faible”. Quand la monnaie est forte, on achète des biens réels; quand on a fait le plein de ces biens, la monnaie “faiblit” et la valeur de ces biens s’envole, ce qui permet de les vendre et de recueillir la monnaie … qui redeviendra « forte » le temps qu’il faudra pour marquer les points. et relancer l’opération.

Des astuces financières diverses visent parfois à augmenter ou à diminuer vraiment la masse monétaire, mais, surtout, à convaincre les gens qu’elle augmentera ou diminuera. En 1982, une inflation de 14% a conduit à l’émission d’obligations du Canada portant 19% d’intérêts. Une chute brutale de l’inflation à 3% est venue ensuite, qui a transformé ces intrerêts en profit presque pur. Le mot clef est : crédibilité.

La variation du taux d’inflation – qui indique les fluctuations du rapport entre la monnaie et les biens à valeur consensuelle – est le point charnière de la politique financière. Les acteurs économiques importants contrôlent l’inflation

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