Nouvelle Societe

19-12-05

04 Le pouvoir financier

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:19

Avec la monnaie, la richesse est dans le miroir. Avec la Banque, tout désormais, peut se passer dans le “miroir” grossissant et déformant que constitue la richesse symbolique et toute l’activité économique, peut se réduire à une agitation financière dans ce “miroir”. La conséquence de ce détournement du sens de la richesse?  On peut dire « injustice », mais c’est un jugement de valeur. L’effet mécanique, impartial, est la diversion de la capacité collective de développement et de création d’une société, loin de la production du réel, vers la spéculation et des objectifs virtuels.

Créant la Banque et ses œuvres, nous avons mis en place un couple de miroirs grossissants. Ce télescope nous donne de la richesse réelle une image grossie par la spéculation boursière… puis grossie encore par l’illusion monétaire. Non seulement grossie, mais progressivement déformée à mesure qu’on s’éloigne du réel. Parce qu’elle est doublement grossie, l’image finale de la richesse rend encore plus odieuses les inégalités bien réelles de notre société; parce qu’elle est déformée, cette image nous incite à bâtir une société qui n’est plus fermement assise sur les facteurs réels de la production et dont l’équilibre devient donc de plus en plus précaire.

Le centre de gravité de la richesse – boursouflée à son seul sommet  par un apport monétaire fictif – monte au-dessus du seuil à partir duquel la richesse cesse de servir à la satisfaction des besoins et même des caprices, pour devenir uniquement un outil de pouvoir. Les décisions politiques et économiques ne sont donc plus prises en fonction de la production, pour satisfaire les exigences matérielles de la population, même des classes aisées de ces populations, mais selon les seuls impératifs d’un jeu de pouvoir.

Les riches et puissants jouent à créer et à se donner de l’argent. Un argent qui ne représente plus aucune réalité et qu’ils n’utilisent plus jamais pour la consommation, mais uniquement comme un symbole de pouvoir et un outil de spéculation. La priorité économique devient donc de modifier des données comptables, lesquelles serviront d’atouts dans ces jeux pour le pouvoir auxquels le monde ordinaire n’est pas invité.

Ceux dont les besoins sont satisfaits peuvent consacrer désormais toute leur énergie à un jeu qui ne leur procure plus que des gratifications intangibles. La société semble entre les mains d’un enfant qui n’intervient plus que pour s’assurer que la réalité ne faussera pas les péripéties de son jeu  “Le Dow-Jones est à 11 000 !”… et on bat des mains, comme si on avait obtenu une récolte de plus pour ceux qui ont faim !

Mais on ne l’a pas obtenue. L’écart se creuse entre riches et pauvres, car, pour éviter l’inflation, on prend bien soin de ne pas laisser cette richesse virtuelle suinter vers les classes qui ont des besoins et qui voudraient donc la réaliser et la consommer ! Dans les pays industrialisés, ceux dont mêmes les besoins élémentaires sont insatisfaits perdent tout espoir qu’ils le soient jamais.

Dans le tiers-monde, sommé d’obéir aux diktats du Fonds Monétaire International (FMI), les populations sont affamées  pour réaliser des “ajustements structurels” et inscrire aux livres augmenteront une richesse monétaire factice qui ne représente plus aucune réalité. Le jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres.

Cette perversion du rôle de l’argent a stoppé net le développement de la production que promettait l’essor de la technologie moderne. Notre niveau de vie stagne, alors que, même sans redistribution de la richesse, nous devrions tous être aujourd’hui en termes réels au moins deux fois plus riches que nous ne l’étions il y a trente ans. On s’est amusé, depuis trente ans, à créer une richesse virtuelle pour le plaisir de quelques uns au lieu d’une richesse réelle de biens et services pour tous.

Parce qu’on s’est agité ainsi en marge de la réalité, la crise à laquelle nous faisons face ne peut pas être résolue, comme les crises du passé, en prenant des riches pour donner aux pauvre, puisque ce qu’ont les riches en surabondance n’est qu’une richesse imaginaire qui, redistribuée, n’apporterait rien à ceux dont les besoins ne sont pas satisfaits. Une redistribution de cette richesse factice  ne ferait que créer une inflation cataclysmique dont les défavorisés souffriraient encore plus que les nantis.

Comment régler le problème ? Le problème ne peut être réglé qu’au niveau de la réalité: en changeant nos objectifs de production et en remettant tout le monde au travail. Or, cette transformation des objectifs et cette remise au travail ne peuvent intervenir que dans l’ordre, pas dans l’anarchie. La mise en place efficace d’une Nouvelle Société n’exige donc pas de se ruer sabres au clair sur les ponts de ce bateau ivre qu’est devenu notre société, mais plutôt d’arracher la barre des mains du pilote et de changer de cap au prix d’un minimum de bouleversements qui mettraient le navire en péril.

Quand on comprend que la plus grande part de la richesse est devenue une image virtuelle, on a deux (2) choix. On peut briser le miroir et détruire  l’illusions; quand une masse critique des gens s’aperçoivent que la monnaie ne représente plus rien, sauf le pouvoir précaire de l’État d’en imposer l’acceptation, le vieux principe économique s’applique: “le mauvais argent chasse le bon”.

Tous se précipitent alors pour acquérir des biens “réels”, car les valeurs boursières s’effondrent et la monnaie ne vaut plus rien. C’est la fin brutale de la société que l’on connaît et la civilisationelle-même mute en quelque chose de nouveau et d’imprévisible. Comme l’Allemagne de Weimar a donné le nazisme.

L’autre choix est de sortir prudemment du miroir et de revenir à la réalité comme un somnambule funambule qui ferait la part du rêve jusqu’à ce qu’il soit arrivé en lieu sûr. Ne pas se plaindre de la monétarisation de l’économie et encore moins y renoncer. Il ne s’agit pas de briser systématiquement le lien entre la richesse réelle et ses symboles. Juste d’entrer à la Banque et de changer les règles du jeu.

Pierre JC Allard

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