Nouvelle Societe

08-12-05

12 Le mécénat démocratique

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:01

En subventionnant celui qui va au théâtre ou au concert, qui fréquente des expositions et qui encourage le cinéma, l’État aide les arts sans s’immiscer dans le problème épineux de savoir quel artiste et quelle forme d’art est subventionnée. Ce choix devient celui de la population elle-même. La culture “à la carte” permet à l’État de jouer le rôle de mécène tout en laissant la population exprimer démocratiquement son goût. Qui est le sien et n’est pas plus mauvais que celui de ses maîtres à penser.

Le public de Shakespeare était composé de gens ordinaires qui allaient au théâtre pour s’amuser, et qui étaient aussi près de Hamlet que nous le sommes de personnages fétiches de nos drames contemporains. Ce public ne se précipitait pas pour voir les pièces d’Eschyle qui, en leur temps, avaient pourtant passionné les Athéniens. L’État devrait encourager la production et la fréquentation d’un théâtre, d’une musique et de spectacles qui plaisent, car c’est en soutenant une culture sans prétention et qui leur faisait plaisir que tous ces gens ordinaires qui nous ont précédés ont créé du même coup ce qu’on appelle maintenant “la culture”.

Pour que la culture s’intègre vraiment à la vie quotidienne, toutefois, cette forme de mécénat dans l’éphémère, pour les arts du spectacle, doit avoir son équivalent dans le permanent et s’exprimer prioritairement dans l’aménagement du territoire, car l’homme devrait vivre dans la beauté. Mais, sur ce plan, c’est le monde ordinaire qui doit jouer le rôle de mécène, car cette beauté a son prix que lui seul peut assumer. Si le citoyen n’a pas cette aspiration à la beauté, la lui offrir est vain et lui en imposer la charge l’est tout autant.

Une politique culturelle doit donc convaincre les citoyens que vivre dans la beauté en vaut le coût. Saint-Émilion, les villages de Toscane et tant d’autres sites prouvent que le temps est créateur de beauté dans une lente symbiose de l’homme et de la nature. On peut choisir d’attendre des siècles pour que la beauté éclose … mais si on veut que la laideur s’estompe et disparaisse des citées-dortoir, des centres commerciaux et des pôles industriels, il faut que chacun y mette du sien.

Si l’on est pressé, Paris est là qui fait la preuve qu’une ville peut être façonnée comme une œuvre d’art. Mais il faut que le citoyen le veuille. Il faut que chaque lieu où l’on s’agglomère exprime dans sa conception et sa maintenance une préoccupation pour l’esthétique qui corresponde à un désir populaire et qui soit donc d’abord celui de ses habitants.

Un aspect essentiel cette préoccupation doit se manifester dans le respect des vestiges du passé dont ils sont les gardiens. En disséminant le patrimoine culturel des musées – ainsi qu’un autre texte le propose – on crée un lien étroit entre citoyens et culture et on remet à ceux-là lla garded e celle-ci. Un risque, mais le faire est rendre odieux non seulement le vandalisme actif, mais la simple incurie.

On revalorise l’art… mais aussi la nature humaine. Ces œuvres patrimoniales distribuées sur le territoire peuvent devenir des points d’ancrage à partit desquels va se développer année après année, décennie après décennie, siècles après siècles, un réseau d’objets de mémoire de chaque époque, au rythme où le souhaiteront les habitants. En payer le prix, sera le mécénat librement accepté de chaque collectivité locale… et elle prendra soin de ses biens.

Une œuvre d’art peut être sculpture, peinture ou que sais-je, mais surtout architecture et urbanisme. Il faut que la construction de tout édifice public soit l’occasion de créer de la beauté et que son aménagement et sa décoration deviennent une vitrine pour les artistes et une communion dans l’art pour les citoyens du lieu. Le lien entre Paris et Parisiens est sans équivoque, mais Il faut que ltout citoyen retrouve la fierté du Moscovite pour le métro de Moscou. C’est le tissu urbain auquel il s’identifie qui est son lien le plus solide avec la culture

Evidemment, il en coûte beaucoup, mais on peut on peut planifier et peu à peu construire des ensembles dépassant largement les moyens immédiats dont dispose une population. On peut tirer parti d’un bon « facadisme ». Le bon façadisme, c’est de déterminer jusqu’au détail les façades d’un ensemble architectural afin que cet ensemble soit BEAU. C’est celui qui nous a donné la Place Vendôme….

Imaginons un concours, ouvert à tous les architectes, pour planifier à long terme l’aspect d’une rue, d’une place, d’un quartier. Les projets sont soumis au public, lequel indique par son choix le visage qu’il veut donner à cet espace. La norme de façade est établie à laquelle devront se conformer toutes les futures constructions, les promoteurs éventuels demeurant libre d’utiliser comme ils l’entendent l’espace derrière cette façade. Le prix de l’architecte consiste des honoraires professionnels pré-établis que devront lui verser les promoteurs, au moment où les édifices seront construits, dans 5, 20, 30 ans…. Mais il faut que la population soit consultée et soit d’accord.

Nous avons parlé plus longuement de consultation pour l’aménagement physique urbain, mais le même retour au verdict populaire est nécessaire pour tous les aspects de la culture. La population devrait être consultée et établir le budget total et les priorités d’acquisition de ces objets d’art jadis relégués aux musées et auxquelles on donnera désormais plus d’espace. On évitera aisi bien des malentendus et des déceptions. Des risques de collusion, aussi… Les experts donneront leur avis, mais la population décidera.

Dans le même esprit, on ne mettra pas fin aux consécrations rituelles du Goncourt et autres prix littéraires – l’élite a aussi droit à ses plaisir – mais on en créera d’autres, encore plus richement dotés, dont c’est le verdict populaire qui décidera de l’attribution. En privilégiant les goûts du grand public, on fera grincer des dents ceux pour qui seule a son mérite la culture qui répond à leur propre canon “éduqué” de l’esthétique, mais peu importe. Dans tous les domaines, la culture n’occupera la place qui doit être la sienne que si elle réapprivoise le monde ordinaire ; elle n’y parviendra qu’en lui donnant droit de parole.

Pierre JC Allard

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