Nouvelle Societe

08-12-05

10 La culture événementielle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:48

Le premier volet d’une politique culturelle est la conservation du patrimoine au sens large : Musées, bibliothèque et autre archives qu’on doit rendre accessible. Le deuxième volet en est de soutenir la création de nouvelles œuvres dont chacune, en plus de sa valeur objective, devient un témoignage de la pensée et de la vie de son époque. Cette activité culturelle est de deux (2) types.

D’abord, la création d’œuvres durables qui seront des ajouts au patrimoine et enrichiront ses musées et archives : on veut que soient écrits de nouveaux livres que l’on trouvera en ligne et que l’on produise de nouveaux tableaux qui seront exposés dans des galeries dont chacune deviendra un petit musée. Mais une culture ne s’enrichit pas seulement par cette création constante d’œuvres « pour durer »…

Elle est vraiment riche et vibrante si en parallèle et en sus de ces ajouts à son patrimoine, il s’y crée des événements culturels qui ne visent rien d’autre que le plaisir qu’ils procurent dans l’instant présent. C’est de l’éphémère tout aussi essentiel que le permanent. Cette culture a son royaume dans le spectacle, allant du concert au feu d’artifice, en passant par le théâtre.

Cette culture événementielle dont les artistes et les artisans sont les interprètes et ceux qui gravitent autour d’eux pour rendre leur art possible, doit aussi recevoir un soutien de l’État. Il faut une structure commode d’intégration de la culture à la vie quotidienne. La culture éphémère doit recevoir un soutien de l’État d’autant plus signifiant, que sa précarité ne permet pas de supposer que le temps rentabilisera les efforts qu’on y aura investi.

L’auteur d’une pièce de théatre peut espérer qu’elle se jouera dans 20, 100, 1 000 ans. Celui qui met en scène un spectacle doit mettre en place une structure de présentation qui n’est pas que pour bien peu de temps. Il lui faut pour le faire un espace physique, des équipements, des interprètes et des artisans -qui y investiront peut-être leur âme et leur temps, mais aussi tout un personnel de soutien dont la compétence n’est PAS la création et dont on ne peut raisonnablement s’attendre à ce qu’ils veuillent toujours être partie prenante des risques que comporte l’aventure de la création

La culture événementielle ne peut être gratuite. comme peut l’être l’accès au patrimoine, car il y a pas de limites à ce qui peut être fait comme il y en a à ce qui l’a été. Le créateur de culture éphémère doit être rémunéré par ceux qui font le choix irrévocable d’y trouver leur plaisir quand il s’offre. La société peut et devrait aider à la gestation des événements culturels, mais elle doit le faire avec impartialité, en respectant ce que la population juge équitable et en distinguant entre le permanent – comme un livre ou un tableau – et ce qui s’y accole. Un lancement ou un vernissage sont des éléments de diffusion du permanent… mais sont aussi des événements qui ont leur valeur propre éphémère.

L’État doit aujourd’hui soutenir la culture éphémère. Afin que le citoyen puisse jouir d’une gamme plus variée de produits culturels que ne le permettrait la seule loi du marché, compte tenu du coût élevé des facteurs de leur production et de l’espérance de gain nécessaire pour inciter à leur création. Il doit le faire plus que jamais, parce que la publicité à laquelle nous sommes soumis et qui nous attire vers d’autres produits a réduit la part des dépenses de consommation qui va à la culture.

Mais ceci ne veut pas dire que l’État doive soutenir les auteurs des pièces que le public boude, ni les peintres de tableaux qu’on ne veut pas voir. Le rôle de l’État ne doit pas être de contrarier les goûts du public au nom d’une certaine “culture” définie par une toute petite élite, mais plutôt de faire en sorte que le monde ordinaire ait plus de la culture qui lui plaît. Et pour ça, il faut que l’État renonce à subventionner les artistes, et subventionne plutôt la consommation de l’art.

Que l’État ne choisisse pas quel artiste aider. D’abord, parce que l’État n’y connaît rien en art et doit donc s’en remettre, pour accorder son aide, aux avis “éclairés” d’une chapelle de petits copains qui se renvoient l’ascenseur; les vrais innovateurs, les vrais génies n’y trouvent pas leur compte. Ensuite, parce qu’en subventionnant certains artistes et pas les autres, on crée en fait un art “officiel, ce qui trop souvent donne de ces oeuvres du type “réalisme socialiste” pour se défaire desquelles on ne trouve plus ensuite de poubelles assez grandes…

Au lieu de subventionner les artistes, une Nouvelle Société aidera la culture et les arts en divertissant vers les produits culturels une part plus grande des dépenses de consommation et en facilitant à une plus grande partie de la population l’accès à la culture de son propre choix. La façon de le faire serait de remettre à chaque citoyen adulte une “Carte-Étoile” lui permettant d’assister gratuitement ou à rabais à un certain nombre d’événements culturels de son choix: concerts, représentations théâtrales, expositions, spectacles divers, etc.

Chaque carte serait personnelle et ne pourra être prêtée à qui que ce soit. Le titulaire pourrait, cependant, emmener gratuitement à tout événement auquel il assiste une personne de 7 à 17 ans: ce sont ces enfants et adolescents qu’on initiera ainsi aux événements culturels qui deviendront la clientèle de demain.

Chaque État, selon la priorité qu’il veut accorder à la culture, pourrait déterminer le pourcentage de son revenu net qu’il investirait ainsi dans la promotion de la consommation de la culture événementielle, comme le crédit accordé à chaque citoyen lui permet d’avoit accès à la culture patrimoniale que lui offre la Bibliothèque.

Une très large part de ce montant étant mis à la disposition de gens qui ne sont pas déjà des consommateurs assidus de produits culturels, ce sera un investissement presque net dans cette culture événementielle qui donne sa qualité et sa couleur à la vie quotidienne.

Pierre JC Allard

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