Nouvelle Societe

08-12-05

09 La pinacothèque

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:43

Qu’est-ce que l’État peut apporter au développement de l’art pictural? Une occasion de mieux le diffuser et de créer un nouveau marché pour les artistes. L’État doit mettre en ligne une Pinacothèque dont les objectifs et les stratégies de mise en place sont les mêmes que ceux de la Bibliothèque au sens strict. Il semble utile, cependant, d’en préciser le fonctionnement.

Une Pinacothèque ne remplace pas les musées dont nous avons parlé, sa mission est différente. Elle est un outil de diffusion de l’art pictural, mettant à profit les techniques nouvelles qui permettent d’obtenir des reproductions remarquables de vérité et donc de transmettre désormais à distance une part valable du message de l’artiste. Elle fait pour l’artiste que l’État éditeur universel fait pour l’écrivain

Le Musée conserve une forme, la peinture a aussi un contenu, message vaut d’être diffusé plus largement. Tout ce qu’on peut faire pour que ceux qui ne vont pas au Louvre ou aux Uffizzi puissent néanmoins ressentir un peu de l’émotion esthétique qui s’en dégage est un pas en avant pour la culture. La Joconde, à l’écran de l’ordinateur, apporte plus que l’oeuvre reproduite dans un livre d’art; on peut l’agrandir, en extraire un détail ou un autre, en reconstituer les couleurs originales selon diverses hypothèses et, de toute autre façon, mettre à profit les possibilités techniques de l’affichage en ligne d’un document numérisé.

Reproduire le seul contenu des musées du monde sera déjà une tâche énorme, y ajouter les collections privées et assurer simultanément le suivi de la production contemporaine rendra cette tâche encore plus gigantesque. Pour parvenir à l’achever, avec les mêmes objectifs d’exhaustivité que nous avons fixés à la Bibliothèque, demandera encore plus d’efforts que pour celle-ci et une collaboration internationale du même type.

Dans le cadre d’une démarche pour constituer sa pinacothèque, chaque site d’État assurera la reproduction de toutes les oeuvres de ses artistes nationaux présents et passés, selon les critères donc chaque État décidera, libre à tout autre pays d’introduire à son propre site les oeuvres d’artistes étrangers qu’il croirait avoir été tenus indûment à l’écart du catalogue de leur pays d’origine.

Ce concept est tout à fait réalisable. Il existe déjà sur le Web quelques exemples de sites offrant des reproductions d’oeuvres d’art ainsi que l’information qui s’y rattache. Ce sont des sites encore modestes, si on pense à l’immensité de la tâche à accomplir, mais qui établissent indubitablement la faisabilité du concept. La tâche de bâtir une pinacothèque reproduisant en ligne l’intégralité de sa production nationale est à la portée de tout État, sous réserve du fait que le captage adéquat de l’image de l’original demande que l’on fasse appel à des professionnels. Ici aussi les riches auront l’occasion d’aider les pauvres.

Pour établir leurs pinacothèques, les sites de chaque État se fixeront les mêmes lignes directrices que pour la Bibliothèque: a) priorité à la production nationale courante, puis historique, b) participation à l’effort mondial de mise en ligne pour atteindre à terme l’exhaustivité par référencement, et c) protection des droits d’auteurs.

Quand il s’agit de la reproduction d’œuvres picturales, bi-dimensionnelles, les procédés de reproduction modernes permettent des copies souvent indiscernables des originaux. La reproduction va-t-elle se poser en rivale de l’art lui-même ? Notons d’abord que ce n’est pas l’intervention de l’État établissant un pinacothèque qui crée cette situation; elle existe depuis la photographie et la possibilité d’imprimer sur diverses textures. L’original garde sa valeur intrinsèque, qui ne tient pas à l’image représentée, mais au facteur intangible que constitue sa qualité même d’être un “original”. La pinacothèque est là pour multiplier l’impact de l’art…. au profit des artistes comme de la population.

L’État doit faire en sorte que tout oeuvre picturale qui est créée puisse être “exposée” à la Pinacothèque, à la simple demande de l’artiste. Tout ce qui est à la Pinacothèque pourra être visionné gratuitement sur l’Internet. Tout ce qui aura été visionné et dont l’original est à vendre pourra être acquis en s’adressant à l’artiste, les coordonnées de celui-ci étant disponibles, entre autres, à l’Annuaire des Arts & Lettres dont nous avons expliqué le fonctionnement dans un autre texte.

La jouissance esthétique de l’oeuvre – qui est gratuite – est dissociée du commerce de l’art. L’auteur peut vendre ou donner son œuvre, laquelle demeure objet de spéculation privée, mais cette cession comporte l’autorisation pour l’État d’en mettre copie à la pinacothèque et de la rendre donc accessible à tous sur Internet. Celui qui l’acquiert peut la céder aussi, mais sous cette même condition.

La publicité faite à l’artiste facilité la vente de ses œuvres originales, mais surtout aussi des reproductions qui en sont faites. Tout ce qui aura été visionné pourra aussi être acquis sous forme de reproduction. On pourra télédécharger ce qui apparaît à l’écran pour un coût modique que l’État d’ailleurs assumera, mais on pourra aussi en tirer une reproduction de qualité. On pourra, après visionnement de l’oeuvre et entente quant à l’acquisition d’une copie, la télédécharger dans une boutique spécialisée permettant le transfert de l’oeuvre sur un support “noble”. La Pinacothèque permet au monde ordinaire d’accrocher la Joconde au mur de son salon

Chaque copie télédéchargée avec l’autorisation de l’auteur ou de celui qui en est devenu le propriétaire légitime peut porter un numéro séquentiel, la date de télédéchargement et le nom de l’acheteur. Cette information étant simultanément inscrite à un registre, on fait ainsi de chaque copie une œuvre authentique – au même titre qu’une lithographie à reproduction limitée – à cette distinction près que, c’est sans doute l’antériorité des tirages qui tendra à en faire varier la valeur marchande.

Pour les oeuvres tridimensionnelles, la problématique est différente, car la reproduction même holographique d’une sculpture, par exemple, demeurera peut-être imparfaite. La diffusion de l’art et du message qu’il véhicule n’en sera pas moins réalisée. La pinacothèque – et la cinemathèque qui en copiera le fonctionnement – reproduiront l’essentiel du patrimoine pictural de l’humanité. Mettre ce contenu en ligne au profit de tous, ce sera nous remettre enfin à tous notre héritage.

Pierre JC Allard

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