Nouvelle Societe

08-12-05

05 La Bibliothèque

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:05

Nous disons bien: “la” bibliothèque. Parce qu’elle protège un contenu d’idées, d’images, de données diverses – et donc une information aisément numérisable – la bibliothèque parfaite est virtuelle et tend à se confondre avec une mémoire dans un ordinateur. Ordinateur central au départ, sans doute, puis, avec les progrès de la compression et du stockage des données, simple disque dans le PC de chacun, périodiquement mis à jour par télédéchargement d’un dossier Internet.

Le défi étant la diffusion en ligne d’une information, on ne peut plus parler de plusieurs bibliothèques mais d’une seule. Que doit faire l’État qui veut établir une politique culturelle cohérente pour offrir à ses citoyens la Bibliothèque dont ils ont besoin? Mettre sur un site de l’État tout ce qui porte, pourrait porter ou aurait du porter jadis, si le concept eût existé, un numéro ISBN ou l’équivalent.

L’objectif final, c’est que tout ce qui a été écrit et qu’on a conservé, tout ce qu’on a publié et qu’on publiera, soit disponible en ligne et puisse apparaître à l’écran de l’usager et être imprimé à sa discrétion, parfois gratuitement, parfois moyennant un frais d’accès et de télé-déchargement couvrant les droits d’auteurs. Ces frais d’accès étant, au plus tôt, pris en charge par l’État dont la responsabilité pour le faire correspond au droit à la culture qu’on doit reconnaître à tout citoyen. Nous ne parlons pas seulement ici seulement de littérature, mais aussi des journaux, des périodiques, des manuels et de tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique.

Donner à l’humanit accès au patrimoine total de l’écrit est une tâche énorme. À l’échelle mondiale, elle implique le scanning d’une masse colossale de documents. Or, les frontières de la culture n’étant plus étanches et le devenant de moins en moins, c’est le scanning de tout qui devient l’objectif de tous: nous voulons Shakespeare tout autant que les Anglais veulent Voltaire. Une tâche énorme.

L’objectif est global, mais on ne pourra parvenir globalement à traiter cette masse de données que si on le fait en concertation entre sites nationaux, chacun prenant en charge sa production nationale. Le site Bibliothèque de chaque État devrait collaborer de cette façon à l’effort mondial de mise en ligne de la production documentaire littéraire et scientifique et prendre un maximum d’initiatives pour promouvoir ce travail. Ceci est d’autant plus raisonnable qu’il existe une corrélation évidente entre le volume de documents produits et les moyens dont disposent ceux qui les produisent.

Dans un premier temps, chaque site d’État doit scanner et mettre en ligne dans sa “Bibliothèque” TOUTE sa production documentaire nationale courante, incluant les manuels et toutes les publications périodiques, dont les journaux. Ceci n’exige pas beaucoup d’efforts de l’État; il lui suffit d’imposer l’obligation aux éditeurs de fournir au site de la bibliothèque de l’État une copie de la version électronique des documents qu’ils publient. Ce n’est pas pour ceux-ci une obligation lourde, puisque c’est déjà à partir d’une telle version électronique que travaillent la majorité des éditeurs.

Le travail sur la production courante n’est pas très lourd, mais il existe présentement dans le monde des centaines de sites publics et privés qui ne parviennent pas à maintenir à jour la publication des seuls documents scientifiques, dont l’accessibilité est pourtant la condition sine qua non de notre évolution technologique collective. Mal géré, si on ne met pas à contribution les éditeurs eux-mêmes, le traitement de la production courante peut taxer sérieusement les ressources du système et il faut le poids de l’État pour exiger cette contribution. Si l’État s’en charge, toutefois, on peut raisonnablement espérer que le travail sera fait et que la collaboration nécessaire entre sites nationaux s’établira.

La deuxième phase du travail – le scanning des livres et autres publications du passé – est tout aussi essentiel, car il ne s’agit pas seulement pour l’humanité de tenir son journal de bord mais aussi de rendre accessible son héritage. Nous voulons Platon et Goethe en ligne au moins tout autant que les dernières bandes dessinées. Que doit-on faire?

Encore une fois, chaque État devrait scanner sa production nationale passée, ce qui ne représente encore qu’une tâche tout à fait réalisable. Il ne faut pas oublier que la croissance du volume des documents publiés a été exponentielle et que le passé, même aussi récent que le XIXe siècle, n’en a produit qu’un flux relativement minime si on le compare au torrent qui jaillit maintenant tous les jours.

Certains des plus petits États et des plus pauvres ne feront pas ce travail, bien sûr, mais d’autres le feront pour eux, peut-être sous l’égide de l’Unesco. On l’espère, sans quoi, à brève échéance la culture des petits et des pauvres s’étiolera et disparaîtra. De la même manière, on peut prévoir une saine émulation entre sites des pays riches pour la mise en ligne des manuscrits du passé lointain, vieux textes tibétains, sumériens ou crétois.

Quand ce sera fait, la Bibliothèque de chaque État possédera en forme virtuelle l’exhaustivité – ou presque -des documents créés ou compilés sur son territoire; l’agencement qu’elle en fera reflétera sa vision du monde. Beaucoup de ces documents, encore aujourd’hui pratiquement inaccessibles, viendront compléter autant que faire se peut le puzzle de l’histoire et de la culture de l’humanité. Les ententes entre sites nationaux permettront le référencement et donc l’accès universel au contenu de tous ces sites.

Peu à peu, car il s’agit d’in travail encore plus difficile, chaque site national travaillera à la traduction de sa production en langues étrangères pour en augmenter la diffusion. Corollairement, chaque site national donnera accès au contenu des sites étrangers dans leur langue d’origine et toutes les autres langues dans lesquelles les documents auront été traduits. Tout en apportant une logique de référencement qui n’en limite pas l’accès, chaque site national tentera aussi de préserver pour la présentation des données l’agencement qu’aura voulu en faire le site d’État du pays d’origine.

Chaque bibliothèque deviendra, sauf censure, une copie de LA blbliotheque universelle, dépositaire de l’intégralité du savoir, la priorité accordée aux œuvres nationales étant l’affaire de la politique interne de chacune. Et ce qui vaut pour le livre vaut pour les œuvres picturales, les films, la musique. Il faut donc prévoir aussi une Pinacothèque, une Cinémathèque, une Musicothèque… des archives accessibles en ligne pout ce qui vaut d’être conservé au patrimoine et au contenu duquel il faut donner accès.

Pierre JC Allard

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