Nouvelle Societe

08-12-05

04 Le patrimoine

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:00

La culture s’acquiert. Elle n’est pas uniquement un apprentissage, mais elle en est un. Cet apprentissage ne découle pas seulement d’un enseignement formel, ni d’une démarche structurée autodidactique, mais aussi, par osmose, du contact avec les gens, les lieux et les choses. Il y a un patrimoine à conserver.

Les trois (3) volets d’égale importance d’une politique culturelle sont donc d’abord la conservation des lieux et des objets de mémoire – et, bien sûr, des manifestations de la pensée humaine – ensuite l’enrichissement de ce patrimoine et, enfin, sa diffusion pour qu’un accès facile en optimise la jouissance.

Parlant conservation, l’environnement – et l’appréciation qu’en ont ceux qui y baignent – est source de culture. Les Alpes et la Loire, tout autant que Paris et la Joconde, sont spontanément perçues comme un patrimoine qui devrait être collectif. Mais c’est le sens que l’homme a créé qui exige surtout qu’on lui donne un écrin. Et il n’y a pas toujours consensus.

Ce qui est une lourde responsabilité, car les critères changent. Aujourd’hui on regrette le vandalisme des patriotes qui ont jeté aux ordures les ossuaires des Capétiens à Saint-Denis, et celui des missionnaires qui ont brûlés les quipus des Incas. On n’aime pas tellement non plus les Taliban qui font exploser les sites bouddhiques d’Afghanistan.

Mais, il y a plein de gens qui pensent à biffer des références fascistes sur la gare de Milan, à reconstruire ou « réaffecter » le Valle de los Caidos de Franco et à traiter le mausolée de Lenine et ses os comme on a traité ceux des Rois de France. Sans parler des Américains qui déboulonnent les statues de Saddam Hussein. On veut détruire jusqu’au dernier vestige des perdants de l’Histoire. Il y a toujours des vandales.

Il y a des choix à faire, que ceux qui nous suivent trouveront heureux ou malheureux. Les conséquences de ces choix ne sont pas indifférents aux jugement qui sont portés ensuite sur ces choix, mais ces jugements sont toujours précaires. Peu de gens regrettent que Haussman ait créé le Paris que nous avons, mais on oublie bien facilement qu’un Paris était là avant, qui avait aussi son histoire millénaire…

Il y a peu de choses à Mexico qu’on ne démolirait pas pour mettre en valeur un site Aztèque de première magnitude. Il y a aussi des conflits en perspective, si on veut remettre une mosquée là où il y a eu un temple hindou, ou le Temple de Salomon où il y a une mosquée. Le premier défi de la culture est de protéger les lieux de mémoire et d’exorciser le vandalisme contre la nature et l’Histoire.

Le débat est plus serein, quand il s’agit de protéger les objets de mémoire, ce qui est la mission des musées, mais il n’est en aucune façon terminé. Même la conservation de la PENSÉE humaine est encore menacée, par la confusion entre la valeur éthique d’une idée et sa valeur simplement objective comme pièce toujours plus ou moins portante de l’édifice des connaissances qui abrite notre vision actuelle du monde. Brûler tous les livres parce qu’un seul suffit a été un grand moment de l’obscurantisme, mais quand on pense encore même à restreindre la réimpression ou la diffusion de Mein Kampf, on est encore dans la pénombre…

Il faut conserver, car la culture n’existe pas sans un patrimoine. Même ce qui cherche sa valeur dans l’instantanéité ne donne pas sa pleine mesure sans un référentiel. Comment s’acquitter de cette obligation ? D’abord en distinguant entre ce qui est préservation du fond – l’idée comme manifestation de la pensée créatrice – et celle de la forme. La « bibliothèque » et les « musées » sont les exemples emblématique de ces deux missions, dont chacune a sa problématique qui exige des moyens et des approches différentes.

La bibliothèque est un reposoir. Ainsi une musicothèque, une filmothèque, etc… tout ce qui a pour mission de préserver un contenu. La forme sous laquelle ce contenu est conservé est alorssans importance : le but est de donner accès aux idées et à la pensée abstraite. Il en est ainsi des livres, bien sûr, mais aussi de tous les supports matériels d’un message. On peut copier, recopier, transformer les données symboliques qui décrivent la réalité d’un média a un autre. L’enveloppe physique change, mais l’idée transmigre. L’idée est immatérielle. Immortelle.

Serait-ce dire qu’un incunable ne vaut pas plus que sa copie sur Jours de France ? Pas du tout ; mais au sens où nous l’entendons et qui peut éviter bien des malentendus, un manuscrit ou tout livre rare a sa place au musée et non en bibliothèque. En bibliothèque, on doit donner accès au message et la seule reproduction du contenu suffit.

C’est le musée qui doit permettre la perception directe et le contact le plus étroit possible avec des oeuvres et les objets auxquels un consensus raisonnable prête une valeur esthétique, historique, etc. Une valeur subjective qui s’ajoute a quelque valeur objetive que l’objet pourrait posséder. A ce titre, le musée contient et présente des « objets de mémoire » comme un site ou un monument historique peuvent être vu comme des « lieux de mémoire.

Dans cette optique, un lieu où ne seraient pas exposées des originaux, mais des copies qui serviraient à la vulgarisation des œuvres picturales et qui pourraient être analysées et disséquées, pour des fins pédagogiques ou par simple plaisir, ne serait pas un « musée », mais une « bibliothèques d’images », une « pinacothèque », si on veut réserver au terme cette acception. Même distinction pour les films, les vieux vinyls et les CD, dont on peut garder les originaux en souvenir dans des musicothèques ou filmothèques, mais dont l’âme se réincarne à volonté sur votre système de son ou votre téléviseur.

Une politique culture doit conserver. Elle doit mettre en place les équipements culturels – musées, bibliothèques, etc.- qui le permettent. Ce sont les désirs et les gouts du public – et l’opportunité – qui guideront l’aménagement de ces équipements. Nous voyons dans les textes suivants ce que l’on attend de ces équipements.

Pierre JC Allard

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