Nouvelle Societe

08-12-05

01 La culture Janus

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:04

Dans cette section. Nous allons parler de culture. Il faut presque baisser les yeux pour le faire, car, depuis la révolution industrielle on se veut utilitariste. On a si bien réussi à produire de l’utile, qu’on se sent coupable de vouloir produire autre chose et que, réciproquement, on tend à prétendre inutile ce qu’on ne parvient pas à produire facilement.

Parfois l’humanité doit bien se rendre à l’évidence qu’elle n’a pas tout ce qu’elle voudrait et elle cherche avec application l’amour et la paix universelle, la santé et la vie éternelle, mais, dans toute la mesure du possible, on préfère penser que ce que l’on n’a pas est affaire de goût. Beaucoup de ce qui est ainsi trop vert est relégué au domaine de la culture.

Cette culture, regardée du coin de l’œil, avec un mélange d’envie et de condescendance par Quidam Lambda, a deux faces. Elles est d’une part un identifiant et une raison d’être ; elle peut, d’autre part, être une source non négligeable de plaisir. Vue sous l’un l’autre de ces aspects, elle ne présente d’ailleurs pas les mêmes exigences à la collectivité et à l’individu.

Pour la société, la culture est un identifiant. Elle résulte des contacts entre eux des sociétaires qui, vivant ensemble, trouvent plaisir et intérêts à harmoniser leurs comportements et attitudes. Ils apprennent par l’expérience quels sont ceux et celles qui sont sources de gratification et en déduisent un modèle qu’on peut voir comme la conscience culturelle du groupe : une éthique pragmatique subtilement différente de celle des autres sociétés.

Chacun, bien sûr, s’écarte de ce modèle lorsque la satisfaction de ses désirs personnels l’y incite, mais conscient de se conduire alors en individu égoïste plutôt qu’en citoyen solidaire. Même quand il déroge aux impératifs du modèle commun. la vision du monde du sociétaire demeure définie par ce modèle. C’est l’adhésion conceptuelle au modèle culturel qui distingue le sociétaire de l’étranger.

La culture est aussi pour la société une raison d’être. Quelques théocraties mises à part, les sociétés moderne ne se perçoivent plus comme des facette d’un Grand Plan divin ; elles se cherchent parfois une autre raison d’être que la production, la distribution et la consommation de ressources naturelles dont le point culminant est la transformation d’aliments en engrais par l’espèce Homo Sapiens. Alors on parle culture.

On prête à la société le projet implicite de développer une spécificité qui en fera la plus belle, la plus noble des cultures, celle qui méritera que l’Histoire en protège et en diffuse les « memes ». L’impermanence de tout le reste étant bien établie sa culture, sans même qu’on se le dise, devient pour toute société sa finalité par défaut. L’État doit en prendre soin…

Parmi les objectifs essentiels d’une société – et peut-être, pour certains le plus important – il y a celui de promouvoir chez tous ses citoyens une connaissance raisonnable du patrimoine commun favorisant l’éclosion et le maintien d’un sentiment d’identité, de fierté et d’appartenance. Nonobstant toutes les professions de foi mondialistes, souder la collectivité en un tout culturel qui lui soit propre demeure encore aujourd’hui un objectif acceptable, car l’humanité ne se veut pas homogène. Pour l’État, la culture est d’abord ce qui rassemble et donc ce qui fait que ses citoyens se ressemblent. C’est une des missions de l’éducation.

Pour l’individu, il en va tout autrement. Ostensiblement, la culture, c’est d’abord pour lui la somme des connaissances acquises pour le plaisir de connaître et de reconnaître, par opposition au savoir dit “utile”, qui trouve son sens dans ce qu’il permet de devenir, d’avoir ou de faire. Mais vite, toutefois, la culture devient ce par quoi il ne ressemble à personne.

Tenant pour acquise la culture identitaire qu’il partage avec ses concitoyens, il voit SA culture personnelle comme ce qui le distingue des autres : un outil de développement personnel, un atout dans l’émulation qui l’oppose à ses voisins. Il constate que l’on est identifié, classé, jugé selon la « culture » qu’on a et que ces connaissances, acquises en principe par plaisir, deviennent le vrai passeport qui le fait Français, Allemand, Anglais… mais aussi, un aristo ou un cuistre.

La culture assume donc elle-même pour lui une fonction utilitaire. Il peut aimer ou ne pas aimer Mozart, Xenakis – ou les deux – mais, par-delà l’émotion esthétique, il y a l’apport à son image de cette préférence, réelle ou feinte. Son approche à la culture devient une séquence de choix, préférablement plaisants, mais qui tendent aussi à faire de lui un être unique… et supérieur.

L’individu est donc aujourd’hui, comme sociétaire, bien loin du pâtre solitaire qui se taille un roseau pour accompagner le rossignol; la culture est devenue un phénomène bien grégaire et la “bonne” culture s’apprend comme les maths. Est-ce à dire que l’État a la responsabilité de “cultiver” ses citoyens ?

Avec une certaine réserve, car les objectifs de la société et ceux de l’individu, lorsqu’il s’agit de culture, ne sont pas du tout les mêmes. Ils sont divergents : les choix culturels de l’individus tendent à le rendre unique et donc à stratifier et à parceller une société qui, au contraire, sur le plan de l’appartenance, se voudrait égalitaire.

La mission culturelle consensuelle de l’État doit concilier ces objectifs dissemblables de l’individu et de la société. Guider, inciter, mais ne pas imposer… ou moins ne pas sembler imposer. L’État, pour s’acquitter de cette mission, a d’abord un système d’éducation. Mais il a aussi bien d’autres outils…

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.