Nouvelle Societe

15-11-05

19 Le mentor

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:46

L’enfant doit être sous la gouverne d’UN (1) éducateur. Pas sous le contrôle précaire d’une demi-douzaine d’enseignants plus ou moins spécialisés, dont l’intérêt réel n’est pas vraiment l’enfant mais – au mieux – la matière qu’ils enseignent. Nous appellerons ici cet éducateur un MENTOR.



Le mentor doit établir une relation de confiance profonde avec l’enfant, lequel doit le percevoir peu à peu comme une extension de sa propre famille. Le mentor doit être d’abord ce “literate stranger” dont E.D. Hirsch souligne l’importance dans le développement culturel de l’enfant. Ensuite, il peut devenir un maître et enseigner. 


Pour y parvenir, le mentor doit avoir avec son élève une relation à long terme. C’est pourquoi, de 7 à 12 ans, l’enfant ne devrait avoir qu’un seul mentor. Est-ce trop demander à un éducateur de maîtriser le contenu des cinq (5) années du niveau primaire (CG I) ?

Parfois, des problèmes imprévus peuvent surgir auxquels il faudra répondre et un enfant devra changer de mentor. Le principe de base, toutefois, devrait être qu’un mentor prenne charge de l’enfant pour 5 ans et veille à son développement de sa septième à sa douzième année.



Le mentor doit s’intéresser au développement intégral de l’enfant. Le mandat du mentor n’est pas seulement d’enseigner à l’enfant à lire, mais de l’intéresser à la lecture. Pas seulement de lui montrer à écrire, mais de l’initier à l’art de faire de l’écriture un outil adéquat d’expression de sa pensée. Aucun Ministère ne viendra dire au mentor comment il doit le faire. C’est lui, l’éducateur.



Le mentor doit orienter ses élèves, les guider, les comprendre, être pour eux un modèle, assumer au besoin, dans la mesure du possible, le rôle du père ou de la mère que l’enfant n’a pas ou qui est inadéquat. Le mentor doit aussi favoriser l’émergence d’une solidarité entre ses élèves afin que ceux-ci développent un sentiment d’appartenance à un groupe, ce qui est surtout vital si le milieu familial ne leur en offre pas l’occasion.

On en demande beaucoup au mentor. On lui demande d’éduquer. Qui est le mentor? Au moment de la mise en place du système, chaque mentor est d’abord un enseignant qualifié qui a reçu, par surcroît, un module de formation accélérée le préparant aux nouveaux aspects de son rôle d’éducateur. Pour l’avenir, le programme régulier de formation des enseignants sera naturellement modifié pour tenir compte de leurs nouvelles fonctions.

Le mentor est un travailleur autonome. Le Ministère des ressources humaines met à sa disposition un bureau dans les locaux d’une école et toute une gamme de ressources dont nous parlerons plus loin, mais le mentor est un professionnel qui établit ses propres horaires et qui normalement, lorsqu’il a obtenu son permis de mentor du Ministère, ne rend plus de comptes qu’à ses clients, les parents de ses élèves.



Suivant quelle procédure le mentor prend-il charge de ses élèves? Il est inscrit au tableau de sa profession, auquel les parents ont accès sur demande; il peut aussi afficher à l’école, annoncer dans les journaux, c’est son affaire. Quand on l’approche pour qu’il prenne charge d’un enfant, il rencontre celui-ci, voit si la relation est bonne et l’accepte ou non comme élève.

Pour chaque élève qu’on lui propose et qu’il accepte, il reçoit un montant ferme de l’État: une capitation. 

Ce montant, variant selon les pays – (et au sein d’un même système selon les autres critères qu’on aura jugé pertinents) – doit être défini en divisant par le nombre d’élèves, au moment de la réforme, le budget qu’on veut allouer à la rémunération des enseignants.

C’est en posant cette hypothèse que le nouveau système pourra maintenir ses coûts à un niveau compatible avec les ressources déjà affectées à l’éducation, une condition de départ essentielle, quelles que soient les modifications à moyen terme qu’on puisse espérer.

Pour accomplir sa tâche, le mentor a des outils. Il dispose gratuitement, dans une école, d’un bureau et d’un soutien secrétarial et administratif. Il a aussi accès, pour lui et ses élèves, à des salles de dimension adéquate pour y donner des cours magistraux ou y poursuivre des travaux d’équipes et à des salles d’études équipées d’ordinateurs où ses élèves peuvent étudier et travailler. Les élèves ont aussi accès à un gymnase, une cafétéria, un terrain de jeu Nous en parlons dans un autre textes.

Le mentor peut aussi requérir les services d’autres professionnels pour l’aider dans sa tâche: des spécialistes de l’enseignement des diverses disciplines, un psychologue, un orientateur. Il peut mander un enfant chez un médecin ou un psychiatre pour examen en cas de troubles socio-affectifs ou demander l’avis ou l’intervention de la DPJE dans les cas de délinquance. Il dispose également d’un budget annuel pour des activités culturelles et sportives. Le mentor a les moyens de sa mission.



Que représente, en termes de sa carrière, pour un enseignant actuel, sa transformation en mentor? Une implication plus grande, un complément de formation, une diversification accrue de ses expériences. C’est un défi exigeant, mais, si l’éducation l’intéresse, son travail devient plus libre, plus valorisant et parfois mieux rémunéré.

Plus libre parce qu’il a l’entière discrétion des moyens pédagogiques et didactiques. Plus valorisant, parce que le mentor peut, à juste titre, se voir comme le principal responsable de l’orientation de la vie des enfants qu’il guide. Il entretiendra sans doute, avec beaucoup d’entre eux, une relation qui se poursuivra longtemps après que son intervention professionnelle se sera terminée.

Au long d’une carrière de 35 ans, il aura guidé 7 cohortes de 16, 20, 25 élèves, soit modelé de 112 à 175 vies humaines… N’est-ce pas mieux que ces milliers de visages, vite redevenus anonymes, qu’entrevoit aujourd’hui un enseignant type au cours de sa carrière?

Mieux rémunéré, parfois, parce que le mentor pourra accepter plus d’élèves que la moyenne; ceci sera une question à régler entre lui et les parents. S’il accepte plus d’élèves, il touchera plus, mais à lui de prendre garde que la qualité de son mentorat n’en souffre pas et qu’il n’y perde sa réputation et ses clients.

S’il a moins de clients, il touche moins, mais le nombre de mentors auquel le Ministère consentira un permis étant établi en fonction de la population scolaire, cette situation ne se produira pas sans raison, la raison étant le plus souvent que les parents ne VEULENT pas confier leurs enfants à ce mentor. Qu’il change…

Qu’est-ce qui fera la réputation et la carrière d’un enseignant? Ce qu’en diront ses élèves et ses pairs, bien sûr, mais aussi, inévitablement, le succès qu’obtiendront ses élèves.

La rémunération par capitation raye d’un trait toutes les inégalités découlant de l’ancienneté. Pour assurer la paix sociale, rien n’empêche qu’une mesure législative ou un accord entre les enseignants eux-mêmes impose, durant une période de transition, que les enseignants contribuent à un fonds commun à partir duquel on versera à chacun d’eux une prime d’ancienneté, .

Cela, toutefois, ne saurait être que temporaire; le principe de base est que l’éducateur ne doit pas être un salarié mais un travailleur autonome, pour les raisons expliquées dans la section ‘travail’ de ce site.

Pierre JC Allard

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