Nouvelle Societe

15-11-05

12 Docimologie: les compétences

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:18

Il y a des modules de connaissances, mais aussi d’autres modules qui ne visent pas seulement à faire connaître, mais prétendent enseigner à faire. C’est le cas, par exemple, de toute formation pratique professionnelle, ce qui ne se limite pas à celle du mécanicien, mais recouvre également celle de l’ingénieur et de l’avocat. C’est aussi le cas de toute formation qui veut transmettre une dextérité ou enseigner à reproduire un comportement.

Si une évaluation qui n’évalue rien d’objectif est absurde lorsqu’il s’agit d’un bagage culturel, elle l’est bien davantage quand il s’agit d’éducation professionnelle. Pourtant, chaque enquête auprès des employeurs, un peu partout dans le monde, pour saisir leur opinion des diplômés des institutions d’éducation professionnelle apporte sa fournée d’histoires d’horreur, de menuisiers diplômés qui ne savent pas mesurer ou de tourneurs qui ne savent pas ajuster leur tour.


Il faut qu’une attestation signifie que le contenu d’un module est connu. Pas connu à 50% ou 60%, mais connu aussi intégralement que le permet ce monde toujours imparfait où nous vivons. Quant au test pour le vérifier, il doit se dégager, autant que faire se peut, de tout préjugé et de tout arbitraire.La dextérité est mesurable et reproduire – quand il s’agit de reproduire en labo des expériences scientifiques, par exemple – est une procédure rigoureuse et qui ne laisse pas prise à l’ambiguïté..

Cela est d’autant plus indispensable que les attestations faisant foi de la connaissance de chaque module professionnel vont s’accumuler pour mener à l’obtention éventuelle de certificats qui détermineront la qualification professionnelle de chacun et donc la rémunération minimale de leur travail salarié dans le cadre d’un système de travail/revenu garanti dont l’État assumera la responsabilité.

Le test du savoir faire, c’est de faire et la formation en entreprise qui va prendre la préséance va faciiter la capacité de tester l’apprentissage selon les besoins de chaque métier et profession. La question est plus complexe, toutefois, quand il ne s’agit pas de reproduire exactement mais d’imiter, de faire, en somme, du pareil qui soit différent, du “aussi bon” qui soit néanmoins autre chose. Si complexe, qu’il faudrait s’abstenir.

Ainsi, faire de l’analyse littéraire a un petit coté saugrenu, puisque l’enseignant, qui s’extasie devant l’auteur, semble dire qu’il sait mieux que ce dernier ce que celui-ci voulait dire et que lui, l’enseignant, va le redire en ses propres mots mieux que l’auteur n’a pu le faire. La réalité, c’est que les auteurs qui méritent d’être lus sont clairs. Si seulement les pédagogues se taisaient et nous laissaient lire…!

Le rôle de l’enseignant, ici encore plus qu’ailleurs, c’est de faire les liens entre le texte et la culture générale, parce qu’il vaut mieux se faire dire que de devoir chercher qui était “le chef borgne monté sur l’éléphant gétule”, mais il ne faut pas en faire de l’opinion de l’enseignant un élément du module “Heredia”. Au chapitre de l’analyse littéraire, on peut tester le respect des règles de la syntaxe et de la grammaire, c’est tout. Le reste est arbitraire.



Plus arbitraire encore, il y a de vouloir enseigner l’art même d’écrire ou de produire une quelconque forme d’expression esthétique. Quand on a la prétention, par exemple, d’enseigner à l’élève à écrire comme Voltaire, c’est une entreprise bien périlleuse. Tester l’apprentissage de ce type d’enseignement serait extrêmement complexe, puisqu’on voudrait enlever l’arbitraire d’une démarche d’évaluation qui ne repose que sur l’intangible et le consensuel et ne peut être que capricieuse. Laissons donc tomber…

Je crois que la seule façon d’apprendre l’art d’écrire est de lire, de lire beaucoup et de lire encore.

Que l’enseignant dirige les lectures de ses ouailles et en discute avec eux, bravo; l’opinion de l’éducateur a sa valeur, de même que les commentaires de tous et chacun des éduqués en “interformation”. Mais que l’enseignant se contente de dire pourquoi il aime ou n’aime pas les textes de ses élèves; il n’a pas à passer de jugement prétendu objectif sur leur valeur littéraire. Gide n’écrivait pas comme Racine, ni Pascal comme Rabelais, ni Villon comme personne… qu’on aurait d’ailleurs recalé parce qu’il n’écrivait pas en latin.

Je m’inscris en faux contre toute attestation qui viendrait donner le sceau de la rectitude à une manière d’écrire, à une manière de peindre, de composer ou de créer une oeuvre artistique.

Il faudrait tester l’apprentissage des modules de compétence en mettant l’élève en situation contrôlée d’agir, et renoncer à tester ce qui n’est qu’opinion et n’offre pas des garanties d’objectivité, si ce n’est dans la perspective de la valeur intrinsèque de cette opinion elle-même. Rien ne s’oppose à ce qu’il y ait un module “Sainte-Beuve”, mais la connaissance de l’opinion d’un critique ne doit pas être considérée comme essentielle à la connaissance de l’oeuvre de l’auteur.

A fortiori, on ne doit pas prétendre qu’on ne peut connaître Victor Hugo sans connaître l’opinion sur lui d’un quelconque quidam, professeur de lettres contemporain. 

L’attestation doit faire la preuve d’une connaissance et/ou d’une compétence réelle qui est celle du contenu du module.

Si le contenu d’un module est modifié – et il le sera régulièrement pour tenir compte de l’évolution de nos connaissances – ce module modifié, comme l’attestation également modifiée qui doit en être indissociable, sera désigné de façon à le distinguer des versions antérieures, le plus simple étant d’y ajouter en suffixe sa date de modification.

Ceci assurera: a) qu’il n’y ait pas d’incohérences dans la séquence des pré-requis pour les divers modules de la maquette, et b) que l’employeur éventuel – et les planificateurs des ressources humaines qui guident l’éduqué dans son cheminement – pourront savoir vraiment ce que ce dernier connaît.

Pierre JC Allard

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