Nouvelle Societe

15-11-05

10 Les sources d’apprentissage

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:09

Nous le répétons, parce que c’est un concept essentiel: c’est l’ensemble des expériences et des stimuli auxquels est soumis l’individu qui constitue son processus d’apprentissage global, l’éducation formelle n’en étant qu’un aspect.

Dans cette optique, il est important de tenir compte de l’impact sur l’éducation de l’individu des agents vicariants omniprésents à diverses étapes du processus d’apprentissage que sont : a) les parents, b) les médias, c) les groupes d’appartenance, et d) les employeurs. Quels sont donc les rôles respectifs qui semblent devoir être dévolus à ces intervenants?

– Les parents

On peut ergoter sur le fait que ce sont les parents qui sont les éducateurs principaux et que les enseignants ne sont là qu’à titre supplétif, mais je ne crois pas que cette position de principe corresponde à la réalité du monde moderne. Quoi qu’il en soit, il est clair que les parents jouent un rôle crucial et il faut que leur action soit intégrée au mieux aux objectifs de l’éducation. Un système d’éducation adéquat doit prendre en compte l’action formative des parents, ce qui n’est pas facile mais doit au moins être tenté.

– Les médias

On répète ad nauseam que l’enfant passe plus de temps devant le téléviseur qu’à l’école. L’adulte aussi, d’ailleurs, et ce n’est une boutade qu’en apparence. Car à qui la faute si le produit courant de notre système d’éducation, même à l’âge adulte, se sent plus d’affinités avec le livre d’images que lui ouvre la télévision qu’avec la culture écrite? Comment peut-on espérer qu’un individu dont le plus clair de l’éducation a consisté à ÉCOUTER un professeur n’ait pas le réflexe conditionné d’ajouter seulement l’image au son tout en restant passif, plutôt que d’entreprendre l’interface active à plusieurs niveaux de réflexion que suppose la lecture d’un livre?

N’est-ce pas au système d’éducation de se rendre intéressant et de présenter à l’éduqué “autre chose” qui puisse susciter chez lui un intérêt comparable à celui que provoque la télévision et qui soit source d’éducation? Cet “autre chose” n’est pas un rêve pieux; non seulement existe-t-il des adultes et même des enfants qui choisissent parfois de lire, mais il existe de plus en plus d’individus de tout âge qui préfèrent régulièrement le contact actif de l’Internet à celui passif de la télévision.

il y a des solutions de rechange évidentes à la télévision.

Indépendamment de ces solutions de rechange, toutefois, pourquoi négliger les possibilités que la télévision elle-même peut offrir? Le système d’éducation a le défi à relever d’investir la programmation télévisuelle pour y introduire une composante éducative valable, surtout à l’intention des enfants d’âge préscolaire, avant que l’écrit ne devienne une option.

Après comme avant ce qu’on pourrait appeler “l’épisode scolaire”, d’ailleurs, ne serait-il pas normal et souhaitable que les médias portent le flambeau de l’éducation, constituant durant toute la vie de l’individu un élément fondamental de sa formation continue?

Ne nous limitons pas non plus à la télévision. La radio, le cinéma, l’Internet doivent aussi véhiculer le message de l’éducation. Une éducation objective qui ne soit pas une forme insidieuse de manipulation de l’opinion publique, mais une source d’information et de diffusion des connaissances à des fins professionnelles comme culturelles. Il faut rappeler que des efforts très positifs ont déjà été faits dans cette direction d’un programme de formation/éducation par les médias. Ces efforts doivent être poursuivis et intégrés à une éducation réformée.

– Les groupes d’appartenance

Je me réfère ici à la formation que dispensent certains groupes et corps intermédiaires – allant des comités de parents aux organisations communautaires, en passant par les syndicats, les associations professionnelles et les institutions de bénévolat.

Il y a un manque à éduquer énorme pour la société à ne pas légitimer par une reconnaissance formelle l’apport éducatif que l’individu peut retirer de sa participation élective à des groupes. Non seulement l’individu peut-il y acquérir des connaissances théoriques valables, mais il y bénéficie aussi de ce que j’appellerais une “interformation”, le phénomène qui permet un échange motivé de compétences entre pairs, dans le cadre d’une action concrète qui ajoute à la théorie une dimension d’application pratique dont les participants sortent vraiment mieux “formés”.

N’oublions pas l’importance pour tout individu, et surtout pour l’adolescent, du groupe de ses pairs (peer group ). Ce qui manque à cette formation par les pairs, c’est de demeurer trop souvent insaisissable, de sorte que l’apprentissage qui en résulte ne peut pas vraiment servir de passerelle vers une autre formation clairement identifiée.

Un système de reconnaissance des acquis devrait pouvoir identifier cet apport, mais encore faudrait-il que l’apprenant ait une vision assez large de la maquette éducationnelle globale pour savoir où chercher le module auquel correspond ce qu’il a appris. Je crois que nous aurions un excellent retour sur les efforts relativement modestes qui seraient requis pour suivre ce type de formation et lui accorder son dû.

– La formation au travail

On dépense des milliards de dollars par année dans des polyvalentes, des cégeps et des instituts pour une formation professionnelle qui, du point de vue emploi et production, reste une formation de deuxième classe. Parce qu’une formation en institution est trop longue, pas assez pratique et pas assez spécialisée pour les postes à remplir.

C’est une formation qui est trop coûteuse, avec des équipements souvent désuets et des profs qui sont d’abord des professeurs et ensuite seulement des spécialistes des matières qu’ils enseignent. Une formation en institution est une formation de deuxième classe, qui non seulement ne forme pas pour les emplois disponibles, mais ne transmet pas non plus les connaissances qui permettraient au diplômé de devenir un travailleur-entrepreneur autonome, ce qui est la vraie voie de l’avenir.

Non seulement une formation de deuxième classe, mais aussi, surtout, une formation de deuxième choix. Car toutes les images négatives du travail manuel que véhiculent les parents et les enseignants – les premiers, souvent, parce qu’ils ont été des cols bleus et les seconds parce qu’ils n’en sont pas – font que ceux qui choisissent l’éducation professionnelle sont presque toujours ceux qui n’ont pas pu se qualifier pour mieux. Le “mieux” étant, pour l’étudiant, tout ce qui porte un col blanc. Même inutile ou superflu.

Il y a une solution de rechange à cette formation professionnelle de deuxième classe en institutions. C’est la formation en industrie, une formation sur mesure qui colle à l’emploi et qui permet d’apprendre à remplir un vrai poste de travail; une formation de première classe donnée par de vrais travailleurs qualifiés, avec de vrais équipements et dans une véritable ambiance de travail.

C’est ça, la vraie formation professionnelle; même le travailleur autonome éventuel apprend mieux son métier s’il l’apprend dans des circonstances qui reproduisent la vie réelle. Pourtant, cette formation est encore considérée actuellement comme un pis-aller, comme un succédané à la “vraie” formation, qui se donne, elle, dans une institution. Il serait temps que la formation en industrie cesse d’être une exception et redevienne la norme.

Pierre JC Allard

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