Nouvelle Societe

15-11-05

09 Autodidaxie et modularité

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:33

Il n’y a pas qu’une façon d’enseigner, même si c’est souvent l’image que semble vouloir nous offrir le système d’éducation. Ceux qui y sont impliqués savent bien que les modalités d’enseignement varient selon ce que l’on enseigne, selon les objectifs visés, selon les clientèles auxquelles on s’adresse et que, pour chaque combinaison de ces facteurs, il existe des centaines d’hypothèses pédagogiques et autant de formules d’utilisation de divers moyens didactiques plus ou moins sophistiqués.

Nous n’entrerons dans le détail d’aucune de ces approches, car c’est à un niveau plus global que nous voulons remettre en question notre manière d’enseigner qui n’est elle-même, ne l’oublions jamais, qu’une facette du problème bien plus fondamental qui est de savoir “comment apprendre”. Regardons plutôt le défi de l’apprentisage avec des yeux neufs.

Regardons la vraie problématique d’acquérir des connaissances – laquelle, essentiellement, n’a pas plus changé depuis Socrate que la nature humaine elle-même – mais acceptons l’opportunité logistique qu’offrent les circonstances qui prévalent dans notre société moderne de donner désormais à tous ce qui, autrefois, ne pouvait l’être qu’à quelques-uns.

Il faut privilégier de nouvelles approches qui conduiront à une transformation radicale de notre système d’éducation. Certaines de ces approches expriment une vision globale et trouvent donc leur application, selon des modalités diverses, à tous les paliers du système. D’autres propositions que nous introduisons ici ont pour but de répondre aux exigences bien spécifiques de l’enseignement à certains niveaux seulement; c’est au chapitre suivant, quand nous traiterons de la structure du système, que nous préciserons comment elles viennent s’y insérer.

De toutes les approches novatrices, la plus importante est l’acceptation de l’ « autodidaxie » comme procédure formelle de l’autodidactisme. Pour que l’enseignant devienne le guide de l’éduqué dans l’univers des connaissances, toutefois, il faut que celui qui apprend puisse entrer dans cet univers. Un accès direct de l’apprenant à la source de l’information est le corollaire incontournable de l’approche personnalisée. 


Je ne tiens ni au mot “autodidaxie” ni à cette façon de l’écrire: on en changera si on veut. Mais gardons en tête le concept que c’est l’apprentissage qui importe, pas l’enseignement, et que la façon la plus efficace d’apprendre est d’aller directement à la source de la connaissance, pourvu que celle-ci soit facilement accessible et énoncée clairement, en forme “pédagogique”, si on peut dire.

Parce qu’on a pris pour acquis une approche magistrale de l’enseignement, on a rédigé les manuels et tout le matériel pédagogique au profit de l’enseignant de sorte que la matière traitée n’est intelligible qu’à celui qui la connaît déjà. Les livres de classe sont, pour la plupart, des clins d’oeill aux copains. L’autodidacte n’est pas dans la mire, l’éduqué n’est même pas le lecteur cible.



Il existe bien des manuels d’auto-enseignement, surtout pour expliquer pas à pas comment faire les choses, mais l’ensemble de ces manuels d’enseignement programmé, de qualité fort inégale, ne constitue en aucune manière un corpus exhaustif cohérent qui permettrait à qui le désire d’apprendre ce qu’il veut apprendre. Or, c’est de ça que nous avons besoin.

Il y a une certaine ironie à entendre les experts en éducation se plaindre de l’invasion de l’audiovisuel, alors que, depuis plus de quatre siècles, les responsables de l’éducation n’ont pas pris la peine d’utiliser correctement l’écrit comme médium d’enseignement! Comme si les “éducationnalistes” étaient toujours une génération technique en retard – même si cette “génération” dure des siècles! – et qu’il fallait que MacLuhan vienne leur dire qu’elles sont toutes deux devenues désuètes pour qu’ils acceptent de faire enfin le saut de la tradition orale à la Galaxie Gutenberg.
Reprenons l’exemple d’emploi du temps de la section précédente. Il semble raisonnable de penser que l’éduqué peut consacrer 30 heures par semaine à son éducation formelle.

S’il est en contact direct avec l’enseignant-éducateur durant 13 heures, il lui reste 17 heures pendant lesquelles il peut s’auto-enseigner. Il peut le faire de diverses façons que lui suggérera son éducateur – et la télévision doit être recrutée pour les fins de l’éducation, non pas bannie – mais, dès que l’enfant sait lire, l’autodidaxie devrait revêtir prioritairement l’accès planifié à des textes écrits. Des textes écrits pour l’éduqué, pas pour le pédagogue.

Il est inconcevable que l’on utilise l’éducateur pour transmettre des données auxquelles l’éduqué peut facilement avoir accès lui-même. Il faut privilégier l’autodidaxie au palier où celle-ci est efficace (la transmission sans plus des éléments de connaissance), réservant à l’éducateur les fonctions “nobles” d’orientation, d’interprétation, de motivation et d’évaluation formative.



Le choix de privilégier l’autodidaxie partout où elle est possible rend incontournable une organisation totalement modulaire de toute la maquette des connaissances. Tout ce qui peut être appris fait alors l’objet d’un module dont la taille varie, puisqu’elle doit correspondre au thème du module, le temps moyen d’apprentissage du module étant cependant indiqué (en “heures”) pour pondérer le travail que ces apprentissages représentent.

Cette vision modulaire est déjà acceptée en principe par le système: elle n’a simplement pas été suffisament appliquée. 

Elle n’a surtout pas été appliquée dans la perspective logique de modules dont on réduit les chevauchements à ce qui est indispensable pour les rattacher les uns aux autres et dont les contenus ne sont pas arbitraires, mais définis selon les exigences réelles du marché du travail. Maintenant, il faut le faire. Chaque module du système d’éducation doit être construit en fonction de son usage professionnel potentiel, ce qui assure sa cohérence.

Comme nous l’avons dit, ce module n’en offre pas moins alors la base adéquate pour un apprentissage de son contenu à des fins uniquement culturelles. 

Le contenu ainsi déterminé de chaque module doit faire l’objet d’une rédaction intégrale dans un langage intelligible à quiconque a un développement mental normal et qui a déjà assimilé les contenus de tous les modules identifiés comme pré-requis à l’apprentissage du module en question.

L’ensemble de ces modules devrait idéalement former un tout congru à la somme de nos connaissances, même si on conçoit que la réalisation de la version initiale de ce corpus est un travail d’envergure qu’il faudra des années pour compléter et que la mise à jour devra par la suite en être faite sans relâche, au rythme des progrès du savoir.

Pierre JC Allard

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