Nouvelle Societe

15-11-05

08 Une approche personnalisée

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:25

Au départ, faisons le constat que les enfants, comme les adultes, ont des besoins et des rythmes d’apprentissage différents. Tirons en la conclusion évidente que l’enseignement magistral, qui consiste à réunir une classe d’élèves pour qu’un enseignant leur transmette oralement la même chose, de la même façon et en même temps, n’est pas une procédure optimale. Elle pourrait se justifier exceptionnellement, en période de crise, si on manquait d’enseignants, de livres et d’espace, mais il est inconcevable que cette approche soit encore aujourd’hui considérée comme la procédure “normale”.

Procuste était ce brigand de l’Antiquité qui “allongeait” ses victimes à la taille de son lit… ou les amputait de ce qui en dépassait. C’est exactement ce que fait notre système d’enseignement magistral, lequel ne transmet que son menu “prix fixe” et prétend standardiser les élèves d’une classe (au dénominateur le plus bas, c’est plus facile), espérant ainsi qu’arrivant différents ils repartiront égaux, les uns “allongés” des connaissances que quelqu’un aura choisi arbitrairement de leur imposer, les autres diminués des talents que le système ne leur aura pas reconnus. 

Il serait temps de mettre fin à ce manège et que chacun puisse faire son lit à sa propre mesure.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une éducation qui procure à chaque éduqué l’attention dont il a besoin et le traite comme un être humain qui a le droit d’être différent. Pour y arriver, il faut remplacer la norme que constitue le cours magistral habituel par une norme personnalisée: un système où un éducateur entretient avec l’éduqué une relation unique, relation évoluant selon les besoins particuliers de l’éduqué dans le cadre des circonstances que la vie apporte à ce dernier.

Ceci ne signifie pas que toute relation éducateur-éduqué doive se limiter aux deux protagonistes, mais que l’éducateur doit avoir la discrétion et les moyens matériels de rencontrer ses élèves non seulement dans le cadre contraignant du cours magistral traditionnel, mais individuellement et par sous-groupes.

Une éducation personnalisée semble exiger des ressources colossales, mais ce n’est pas vrai. Pour remplacer l’approche magistrale par une approche personnalisée sans augmenter démesurément le nombre d’éducateurs requis, il faut simplement rentabiliser en qualité le travail de ce dernier et augmenter la pertinence de ses interventions en fonction des besoins des élèves. 



Prenons une illustration simple. Un éducateur qui dispose de 40 heures/semaine pour 16 élèves peut très bien consacrer 8 heures à des réunions plénières (cours magistraux), 4 fois 4 heures à animer les travaux d’équipes de 4 élèves constituées en regroupant ceux-ci selon leurs intérêts ou leur développement, et 16 heures à un tête-à-tête d’une heure avec chaque éduqué. Chaque élève est ainsi en présence de son éducateur 13 heures par semaine, mais c’est durant l’heure de tête-à-tête que se fait surtout l’éducation.

C’est cette heure d’orientation, de compréhension, d’évaluation qui est la clef, parce qu’elle humanise en la rendant personnelle la relation entre l’éducateur et l’éduqué.

Dans bien des systèmes d’éducation, il y a déjà un intervenant pour 16 élèves. Le problème n’est pas qu’on manque de ressources, mais qu’une bonne part de ces ressources n’enseignent pas et éduquent encore moins, collaborant au processus d’éducation de diverses autres façons dont l’utilité est parfois douteuse.

Le rapport, d’ailleurs, serait-il de 24:1 que le principe directeur de l’affectation des temps n’en serait pas changé. On pourrait alors prévoir, par exemple, 40 minutes d’entrevues individuelles, 4 fois 4 heures à animer des groupes de 6 élèves et garder 8 heures de plénière. Ou établir tout autre partage du temps qui semblerait adéquat, compte tenu de la spécificité du groupe.

Une nouvelle approche n’exige pas qu’on augmente le nombre des enseignants; elle exige: a) que l’on redéfinisse la finalité objective du travail de l’enseignant pour qu’il assume une responsabilité et une autorité d’éducateur, et b) qu’on favorise une relation longue plutôt qu’épisodique entre l’élève et son éducateur.

Une éducation personnalisée et une répartition plus productive du temps de l’enseignant deviennent possible dès que celui-ci refuse le rôle auquel on l’a confiné d’un lecteur qui ânonne et rabâche des énoncés répétitifs – un rôle de médiateur entre des connaissances à demi révélées dans des textes hermétiques et l’éduqué – pour assumer celui d’un GUIDE dans l’univers des connaissances.

Quand il vit cette transformation, l’enseignant peut assumer la responsabilité d’un éducateur et voit sa fonction de médiateur déplacée: il n’est plus là pour dire autrement ce que le texte écrit devrait déjà dire de façon compréhensible, mais pour situer le contenu cognitif immédiat dans un contexte universel, pour déduire et induire au-delà du message formel, pour éveiller l’intérêt, l’imagination, l’initiative de l’apprenant. L’enseignant-guide devient le médiateur entre l’éduqué et les liens qui permettent de passer d’une connaissance particulière à la connaissance générale.

L’essence même d’une éducation personnalisée, c’est qu’il ne sera écrit nulle part comment l’éducateur doit s’acquitter de cette nouvelle fonction, même si les enseignants trouveront sans doute intérêt à en discuter entre eux. C’est l’éducateur lui-même qui décidera de sa façon d’enseigner, car s’il était possible de lui imposer une procédure stricte et de tracer le plan de ce qui doit être fait et dit en chaque cas, l’éducateur perdrait sa raison d’être et pourrait être remplacé par une machine, ce qui n’est pas le cas.



Le point le plus important d’une réforme de l’éducation c’est que désormais L’ÉDUCATEUR AIT LA LIBERTÉ DU CHOIX DES MOYENS D’ÉDUCATION et que, comme enseignant, il ait la liberté totale des moyens d’enseignement. La société (l’État) doit fixer les objectifs du volet obligatoire de l’éducation et le contenu de chaque module d’enseignement. L’État doit aussi vérifier que l’éduqué a bien appris ce qu’on prétend qu’il a appris. Mais la responsabilité du choix des moyens d’enseignement doit être exclusivement celle de l’enseignant.

Pierre JC Allard

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