Nouvelle Societe

15-11-05

07 Une formation pragmatique

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:21

Les avantages de cette approche analytique pour déterminer le contenu professionnel de l’éducation sont nombreux.

a) toute connaissance nécessaire au fonctionnement du système de production est identifiée;

b) la maquette des modules recouvre exactement et sans chevauchements ni redondance l’ensemble des connaissances professionnelles requises;

c) la séquence des pré-requis est établie sans a priori culturel;

d) les connaissances professionnelles d’un individu peuvent être exprimées sans ambiguïté – et dans un langage commun à l’éducation et au marché du travail – par la liste des modules pour lesquels il a obtenu une attestation du système d’éducation;

e) ce langage commun permet de traduire les besoins de main-d’uvre en besoins d’éducation et les prévisions de besoins de main-d’uvre en prévisions d’activités de formation pour n horizons, permettant la mise en place avec un minimum de pré-avis ( “just-in-time”) des ressources éducatives pour répondre à ces besoins;

f) le supplément d’éducation requis par quiconque veut passer du poste A au poste B sur le marché du travail, de même que le cheminement pour ce faire, sont déterminés précisément par les modules qui lui font défaut, permettant un gain énorme de rentabilité de la formation;

g) il n’existe, par construction, aucun module qui n’aboutisse ainsi directement ou indirectement à la qualification pour un ou plusieurs postes de travail, puisqu’un ensemble de connaissances ne peut constituer un module distinct que dans la mesure où le même ensemble, auquel on ajoute un élément “a”, correspond au résultat de l’analyse d’une tâche elle-même composante d’un poste de travail réel.

Quand les contenus de l’éducation professionnelle sont déterminés de cette façon, on peut préciser la distinction qui rend “professionnel” ou “culturel” l’apprentissage d’un module.

Si l’éduqué obtient l’attestation pour un module “a” après avoir obtenu l’attestation pour tous les modules considérés comme des pré-requis essentiels à l’apprentissage de ce module “a”, cette dernière attestation le qualifie pour TOUTES les tâches qui correspondent au module “a” et on peut présumer qu’il poursuit un cheminement professionnel.

Si, au contraire, il n’a pas obtenu d’attestation pour tous ces pré-requis, la possibilité demeure que des connaissances puissent lui faire défaut au palier des modules pré-requis qui ne sont pas apparues au contrôle de l’acquisition du contenu cognitif du module “a”. Il ne peut donc prétendre avoir accès aux postes de travail correspondant à l’acquisition du module “a” et sa démarche doit alors être considérée comme “culturelle”.

Pourquoi une approche systématique à la définition des contenus professionnels des postes de travail n’est-elle pas encore appliquée? Pour deux raison principales (sans compter l’apathie et l’inertie).
La première, c’est que le marché du travail n’apparaît comme un arbre de connaissances qu’aux spécialistes de l’éducation. Aux profanes, il semble un arbre différent, résultant des apparentements entre fonctions connexes d’une même industrie.

L’employeur préfère former le travailleur pour le poste qui vient s’imbriquer dans celui que le travailleur exerce déjà, avec souvent l’arrière-pensée de fondre les deux postes en un seul. Curieusement, pour des motifs différents, la pression syndicale va aussi dans le même sens: il s’agit alors de favoriser le perfectionnement du subalterne pour occuper le poste de son supérieur.

La deuxième raison – encore plus difficile à contourner! – c’est que le monde académique repose tout entier sur des préjugés, généralement sans fondements, concernant ce qui est “essentiel”, ce qui “développe l’esprit” (à défaut de répondre à quelqu’autre objectif raisonnable), et ce qui constitue un pré-requis à un autre enseignement.

Une analyse rationnelle qui établirait, par exemple, que le calcul différentiel ne sert pas à une personne sur mille et n’intéresse guère plus de gens est tabou. Encore plus tabou, la vérification empirique que l’insistance sur les nomenclatures est un OBSTACLE à la maîtrise correcte des lois de la syntaxe par simple apprentissage mimétique!



Ce refus d’ajuster l’éducation/formation professionnelle à la réalité des besoins de formation est une tragédie. Aucune décision de l’État n’a été si coûteuse au cours des dernières décennies – ni si dévalorisante pour une main-d’oeuvre qu’on a ainsi fait courir sur un tapis roulant – que celle d’introduire des exigences fantaisistes, sans cesse à la hausse, comme conditions préalables à l’exercice de professions pour lesquelles ces connaissances ne sont d’aucune utilité.

Comme le systeme deproduction en est venu à produire pour produire, le systeme d’éducation en est venu lui aussi a développer une vie propre. On forme pour former et pour faire former. Il faut rétablir la situation et ajuster les connaissances qu’on exige pour un travail aux vrais besoins que révèle l’analyse des tâches constituantes des postes detravail et à leurs pré-requis réels.

Pierre JC Allard

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