Nouvelle Societe

15-11-05

06 La formation professionnelle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:15

L’éducation professionnelle au sens large – incluant donc l’éducation universitaire qui mène à l’exercice d’une carrière libérale – est celle dont l’objectif est de transmettre l’expertise nécessaire à la production des biens et services. Contrairement à l’éducation culturelle, dont les limites sont floues et l’importance de chaque module une affaire d’opinion, l’éducation professionnelle recouvre un espace bien identifiable et la demande pour chaque module en est quantifiable.

L’agenda de l’État – représentant la collectivité – peut aussi diverger de celui des individus quand il s’agit d’éducation professionnelle, mais il s’agit alors, la plupart du temps, d’un simple malentendu. L’individu, en effet, veut optimiser le revenu de son travail et donc acquérir l’éducation qui lui apportera l’expertise la plus en demande et la plus rémunératrice.

Or, c’est aussi ce que veut pour lui la société, à cette distinction près que la société peut avoir une vision plus claire de la demande effective de travail et bien plus objective du potentiel réel de l’individu. Concilier les objectifs professionnels de l’État et de l’individu équivaut donc souvent, pour la société à informer mieux ses membres et, pour les individus, à apprendre à faire confiance au système. Nous allons expliquer ici comment doivent être déterminés les contenus d’éducation professionnelle; nous verrons plus loin comment ils seront transmis et comment l’éduqué évoluera à l’intérieur du système.

Notre système de production de biens et services est composé de postes de travail, – certains salariés, d’autres autonomes – dont chacun a ses objectifs explicites atteints par l’accomplissement de “tâches”. (On peut regrouper ces tâches en “fonctions” et/ou les scinder en “opérations”, mais ceci est ici sans intérêt).

Le travailleur ne peut occuper efficacement un poste de travail que s’il a la compétence d’en accomplir toutes les tâches. 

Il a cette compétence s’il possède au départ les aptitudes nécessaires et que ses aptitudes sont rendues effectives par les connaissances requises pour accomplir ces tâches selon les règles de l’art. Le but de l’éducation professionnelle, c’est de transmettre ces connaissances nécessaires.

Le défi, ici, n’est pas de déterminer les connaissances requises pour accomplir les diverses tâches; la technique éprouvée pour le faire existe déjà. Les quatre (4) défis que doit relever un système d’éducation professionnelle rationnel et efficace sont les suivants:



a) regrouper les connaissances à transmettre en “modules” qui correspondent à la réalité de la production des biens et services, de sorte que l’apprentissage d’un minimum de connaissances non pertinentes soit imposé à celui dont l’objectif est la qualification pour un poste de travail;



b) choisir judicieusement les candidats qui seront admis à la formation, d’une façon qui soit juste pour les éduqués et efficace pour le système;



c) mettre en place les moyens didactiques pour transmettre la connaissance au mieux et au meilleur coût;

d) vérifier par des tests objectifs que l’apprentissage a été réussi.

Nous ne traitons ici que du premier de ces défis; nous parlerons des autres un peu plus loin. 

Vues sous l’angle de leur apprentissage, les connaissances sont hiérarchisées: il est parfois indispensable d’en posséder une pour en apprendre ou comprendre une autre et infiniment plus efficace de posséder l’outil qui en optimise l’accès avant de s’attaquer à l’apprentissage d’un élément donné. Il est ainsi indispensable de connaître les nombres entiers pour comprendre les fractions et, plus généralement, de maîtriser raisonnablement l’arithmétique avant d’aborder la comptabilité.

Quant aux connaissances adjuvantes, le meilleur exemple en est la lecture. On peut certainement goûter la poésie en l’écoutant – c’est ce qui a été longtemps la seule manière usuelle de le faire – et, théoriquement, on peut apprendre n’importe quoi de mémoire sans savoir lire. Mais personne ne conteste que, pour apprendre, il soit préférable de savoir lire.



Cette hiérarchie des apprentissages conduit à voir les connaissances sous la forme d’un arbre, dont le tronc doit être appris au départ – et appris par tous, puisqu’il mène à tout le reste – dont les branches maîtresses correspondent aux grandes disciplines du savoir, les branches secondaires à des champs plus précis et, ainsi de suite, jusqu’aux feuilles qui mûrissent puis s’étiolent, tout comme les spécialités pointues qui deviennent désuètes sur le marché du travail au rythme de l’arrivée de nouvelles technologies. Cette comparaison est classique.

Le problème, c’est qu’on ne tire pas de cette comparaison classique les leçons qui permettraient de structurer correctement le système d’éducation. Il faut le faire, procédant selon les étapes suivantes:

a) réaliser l’analyse par tâches de tous les postes de travail du système de production de biens et services, commençant par les grandes puis les petites entreprises mais sans exclure, en fin de course, l’analyse au moins par échantillonnage du travail-type des autonomes. Il en résulte un ensemble de tâches dont les postes de travail ne sont que des agencements divers;

b) analyser chaque tâche pour en identifier et extraire les connaissances communes à d’autres tâches. Le résidu devient alors, pour chaque tâche, le module de connaissances spécifiques dont l’apprentissage n’est nécessaire qu’à celui qui accomplit cette tâche précise. On vient d’identifier les “feuilles”;

c) l’ensemble des connaissances communes qui ont été extraites des premières analyses, complété de celles qu’on aurait pu dans un premier temps juger implicites, peuvent à leur tour faire l’objet d’une analyse, à partir de laquelle on peut regrouper les connaissances communes à certains postes qui ne se distinguent que par leurs connaissances spécifiques déjà identifiées et seulement à ceux-là. On obtient de la sorte les plus petites “branches”;

d) appliquant le même processus aux connaissances qui n’ont pas été identifiées comme spécifiques à ce niveau, puis itérativement à celles qui ne le sont pas à chaque niveau suivant de généralité, on peut remonter par des branches de n niveaux de spécificité décroissante jusqu’au tronc commun “professionnel”, lequel se limite à savoir lire, écrire et compter et se confond alors avec celui des exigences de base de l’aspect culturel de l’enseignement.

Pierre JC Allard

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