Nouvelle Societe

14-11-05

04 Les valeurs: la loi et l’éthique

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:56

Sur le plan des valeurs, l’individu n’est pas exigeant… pour lui-même. Il y a rarement une demande individuelle pour l’apprentissage des valeurs – sauf dans les contes moraux – parce que l’éduqué s’identifie à ses valeurs telles qu’elles sont et en est donc satisfait ou, s’il ne l’est pas, procède sur le champ à en changer à partir de ses propres critères qui sont, bien sûr, l’expression de ces mêmes valeurs. C’est la société qui veut enseigner à l’individu les valeurs qui sont essentielles à la vie en société.

Ce que l’individu ne veut pas pour lui, toutefois, il l’exige âprement pour ses enfants. Il veut que l’État l’aide à faire de ses enfants des copies conformes de ce qu’il est, ou mieux, de ce qu’il aurait voulu être. C’est tout le problème de l’éducation religieuse, de l’éducation linguistique… Si l’État ne veut pas collaborer au dressage, l’individu exige, au moins, que l’État lui laisse les coudées franches pour endoctriner ses enfants comme il l’entend. Sur ce point la société et l’individu s’affrontent; nous verrons plus loin une approche qui pourrait – peut-être – résoudre au mieux ce dilemme. Pour le moment, restons en au contenu obligatoire.

Quelle devrait être la composante obligatoire d’une éducation aux valeurs, au sens strict du contenu d’un ensemble de modules d’enseignement (programme) dont la matière doit être COMPLÈTEMENT assimilée et dont l’objectif – vérifié par des tests (examens) – doit être atteint par tout éduqué dont la capacité mentale le permet? La LOI. C’est la loi qui doit constituer le volet obligatoire universel de l’enseignement aux valeurs, parce que c’est la loi, sur le plan des valeurs, qui est l’expression du consensus social.

Nous sommes bien d’accord que a loi, telle qu’elle est édictée, n’est que la projection d’une “éthique collective” implicite qui ratisse plus large que la loi; mais, tant qu’elle n’est pas devenue loi, cette éthique demeure ouverte à discussion. Et nous savons parfaitement que ce qui demeure ainsi dans le vestibule de l’éthique et ne devient pas “loi”, y demeure justement pour permettre une distanciation entre les préceptes de diverses religions auxquelles adhérent les citoyens (ou même les principes moraux qu’on prétend universellement acceptés) et la réalité quotidienne d’une société encore plus proche de la barbarie que de la sagesse. Au vu du spectacle que la société offre tous les jours, demander au système d’enseigner la charité comme l’arithmétique ne peut que créer chez l’enfant des dissonances cognitives.

Est-ce à dire que l’enfant ne sera pas exposé à un enseignement moral? Ciel, non ! Mais l’enfant apprendra la réalité de cette morale chez lui, dans la rue, de ses parents, de ses amis et de ses enseignants dans le cours normal de ses relations quotidiennes avec eux. Comme maintenant. Mieux que maintenant, puisqu’on n’aura pas l’impudence de lui faire passer un examen sur les vertus théologales. L’éthique doit être omniprésente à l’éducation de l’individu, comme une méta-formation, mais ce résultat ne peut être atteint dans un syllabus, seulement en mode ouvert, avec l’appui des éducateurs et au premier chef, des parents, lesquels devront être formés à fournir cet appui.

L’enfant doit apprendre in vivo la réalité de la morale, pas sa définition. Au curriculum scolaire, les seuls modules obligatoires traitant des valeurs seront ceux enseignant et explicitant la loi qui régit la société, parce que rien, sur le plan des valeurs, n’est INDISPENSABLE à la vie en société qui ne soit inscrit dans la loi.

Si une telle exigence indispensable existait qui n’était pas inscrite à la loi, il faudrait qu’elle y soit introduite, puisque parler de “vide juridique” est un abus de langage; la loi, présumée claire et sans faille, se referme autour de ces “vides” pour que tout ce qui n’est pas interdit soit permis… et nul n’est censé ignorer la loi. Puisque nul n’est censé ignorer la loi, au moins, enseignons la à tout le monde. Pas la procédure, pas les détails de la loi, mais au moins ses principes et ses applications courantes. Il semble incroyable qu’on ne le fasse pas.

En complément de ce cours OBLIGATOIRE qui enseigne la loi, il devrait naturellement y avoir des modules discrétionnaires portant sur cette éthique collective dont nous avons parlé, sur la morale naturelle – en précisant ce que veut dire “naturelle”! – sur les morales religieuses, les religions, l’histoire des religions, les philosophies, les théologies, etc. Les éduqués (ou leurs parents) pourront choisir…



Si on veut que l’éduqué ne limite pas ses valeurs au respect de la loi, mais apprenne aussi les catégorie formelles de la notion de justice ou les commentaires dont elle a été l’objet, on l’inscrira au module discrétionnaire correspondant, mais sans exiger des autres qu’ils s’y inscrivent aussi. Parce que l’opinion de Saint-Paul sur la charité peut nous intéresser, vous et moi, mais ils est abusif, dans une société pluraliste, de prétendre qu’il soit indispensable de la connaître pour être un bon citoyen.

Pierre JC Allard

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