Nouvelle Societe

14-11-05

02 L’apprentissage partagé

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:42

Qu’attendons nous, d’une éducation nouvelle? Que tout en permettant l’accès à l’univers en expansion des connaissances, elle renoue avec la transmission de valeurs de consensus et d’une culture identitaire. Qu’elle redevienne, donc, ce que l’éducation a toujours eu pour mission d’être, un outil de stabilité, mais sans oublier qu’il ne peut désormais s’agir que d’une stabilité en mouvement. Le modèle n’est plus la permanence des Pyramides, mais le dynamisme de la bicyclette

.

Pour y parvenir, il faut cesser de rafistoler des systèmes d’éducation qui déchirent de partout; il faut reprendre l’examen des systèmes au seul vu de nos besoins. Il faut bâtir le corpus de ce qui DOIT et de ce qui PEUT être enseigné, déterminer le “comment”(pédagogie, didactique, docimologie) optimal de cet enseignement et, enfin, proposer la structure qui encadrera le système ainsi que les modalités d’utilisation des ressources humaines, financières et techniques dont nous pouvons disposer pour éduquer.

La logique de l’analyse procède ici nécessairement des objectifs vers les moyens et du fonctionnel vers l’organique; c’est la démarche que nous allons suivre en répondant aux trois questions suivantes. 

- Que devons-nous enseigner ?
- Comment devons l’enseigner ?
- Quelle structure doit-on mettre en place pour encadrer l’éducation? D’abord, enseigner quoi ?

Dieu qu’on en sait des choses! Globalement, s’entend; individuellement, on est de plus en plus ignorant. Pic de la Mirandole, au moyen âge, pouvait défier publiquement n’importe qui de discuter avec lui de n’importe quoi. Pascal, parlant d’un “honnête homme”, parlait d’un homme raisonnablement au courant de TOUT. Au XIXe siècle, on disait d’un professeur de Balliol, fameux collège anglais, qu’il savait tout ce qui était “savoir”…, mais ajoutant que ce qu’il ignorait. n’était pas du “savoir”… On devenait plus prudent.

Il était temps qu’on apprenne l’humilité, parce que la somme des connaissances commençait à augmenter sérieusement. Aujourd’hui, on estime que la masse de nos connaissances double à peu près tous les douze ans… L’homme universel est donc parti rejoindre le Neandertal et, paradoxalement, chacun de nous devient chaque jour plus ignorant puisque l’ensemble de ce qu’il ignore croît bien plus vite que ce qu’il lui est possible apprendre. On ne peut plus tout savoir.

Ceci est une évidence. Il n’y a que certains administrateurs scolaires qui ne le comprennent pas.

Mais certains ne le comprennent vraiment pas. De sorte que les programmes scolaires deviennent de plus en plus lourds, qu’on essaye de rogner sur les congés et les vacances, que les enfants sont dopés au Ritalin dès le primaire en attendant de choisir leur propre drogue béquille au secondaire, que la dépression nerveuse chez les jeunes est devenue monnaie courante et que des écoliers japonais se suicident parce qu’ils ratent un examen. “Grouille-toi, petit, avec ton seau, la marée monte…” .

Il n’y a pas assez de synonymes au mot “bêtise” pour parler de l’éducation actuelle avec élégance.
Un anthropologue rigolo parlait d’une tribu qui ne comptait que jusqu’à trois, après quoi c’était “beaucoup”, puisque, de toute façon, il y en avait trop. Notre société a appris à ne pas tenter de compter jusqu’à l’infini, mais à bâtir des algorithmes et à définir les ensembles trop vastes “en compréhension” plutôt qu’en extension. Est-ce qu’il n’est pas temps d’admettre que l’univers des connaissances doit aussi être abordé en compréhension?

Voyons le problème en face.. Toutes ces connaissances acquises depuis des millénaires constituent le plus précieux patrimoine de l’humanité et c’est bien ça, en effet, l’objet ultime de l’enseignement: tout ce qui est connu doit être préservé, transmis et doit donc pouvoir être appris et au besoin enseigné. Mais l’étudiant moderne n’a pas le cerveau plus grand que celui des autres Cro-Magnon qui l’ont précédé et, quoi qu’on fasse, il n’en apprendra finalement pas plus que les chasseurs de bisons ou l’homme de la Renaissance. S’il y a aujourd’hui plus à apprendre, il faudra simplement qu’il fasse des choix.

Ou, au départ, qu’on fasse des choix pour lui, ce qui est bien dans la mission d’un système d’éducation. 

Il va falloir faire des choix. L’enseignement doit devenir sélectif. Avis aux administrateurs scolaires: nous vivons en société. Nous vivons, depuis quelques millénaires, sous le régime de la division du travail et c’est la division du travail qui a permis le développement de la civilisation. La “division de la connaissance” est inséparable de la division du travail et “tout connaître” est une obligation collective qu’il faut se partager.

Toutes les connaissances ne sont pas également indispensables, ni également utiles à tous; c’est le PREMIER grand défi d’un système d’éducation que de savoir bien faire ce choix et ce partage. 

Vous croyez que nous le faisons déjà? Erreur. Les programmes existants sont présumés adéquats. S’ils sont modifiés, c’est la plupart du temps pour y AJOUTER quelque chose, à la demande insistante des employeurs ou d’un groupe de pression. ENLEVER d’un programme est anathème, puisqu’on ne peut pas concevoir qu’il faille enseigner moins dans un monde où l’on connaît plus, ni admettre que soit devenue moins indispensable une connaissance que des enseignants ont sué pour acquérir et que l’État a payé pour leur inculquer.

Alors, on ajoute…. Mais quand la prolifération des ajouts est telle que l’essentiel se perd et qu’il faut bien enlever quelque chose des programmes, on le fait brutalement, par pans entiers. Les connaissances condamnées sont reléguées aux oubliettes, comme si on était honteux de la décision prise. Et on a raison d’en être honteux, car la connaissance ainsi sacrifiée est rarement devenue moins utile; il est seulement devenu opportun qu’elle ne soit transmise qu’à une partie des d’éduqués… pendant que les autres apprendraient autre chose.

Pierre JC Allard

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