Nouvelle Societe

28-10-05

Le manif de U

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:03

traduit par Michel Roudot

Introduction
Psychologie du gauchisme moderne
Sentiment d’infériorité
Sursocialisation
Processus de pouvoir
Activités de substitution
Autonomie
Sources des problèmes sociaux
Perturbation du processus de pouvoir dans la société moderne
Comment certaines personnes s’adaptent
Motivations des scientifiques
La nature de la la liberté
Quelques principes de l’histoire
La société industrialo-technologique ne peut pas être réformée
Les restrictions à la liberté sont inévitables dans une société industrielle
Les ‘mauvais » aspects de la technologie ne peuvent pas être séparés des ‘bons’
La technologie est une force sociale plus puissante que l’aspiration vers la liberté
Les problèmes sociaux les plus simples se sont montrés insolubles
La révolution est plus facile que la réforme
Le contrôle du comportement humain
La race humaine à un carrefour
La souffrance humaine
L’avenir
Stratégie
Deux sortes de technologie
Le danger du gauchisme
Note finale
Notes

Ce qui suit est une traduction du texte intégral du Manifeste d’Unabomber.


LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET SON AVENIR

par FC

1995

INTRODUCTION

1. La Révolution Industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Ils ont énormément augmenté l’espérance de vie de ceux d’entre nous qui vivons dans des pays « avancés », mais ils ont déstabilisé la société, ont rendu la vie peu satisfaisante, ont soumis les êtres humains à des indignités, ont conduit à des souffrances psychologiques généralisées (à des souffrances physiques aussi dans le Tiers-Monde) et ont infligé des dégâts sévères au monde naturel. La poursuite du développement de la technologie empirera la situation. Elle soumettra certainement les êtres humains à des indignités plus grandes et infligera des dégâts plus grands au monde naturel, elle mènera probablement à une rupture sociale et des souffrances psychologiques plus grandes et elle peut mener à plus de souffrances physiques même dans les pays « avancés ».

2. Il se peut que le système industrialo-technologique survive ou qu’il s’écroule. S’il survit, il PEUT finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique, mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse d’ajustement et seulement au prix d’avoir réduit de manière permanente les êtres humains et beaucoup d’autres organismes vivants en produits manufacturés et en simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit, ces conséquences seront inévitables : il n’y a aucun moyen de réformer ou de modifier le système pour l’empêcher de priver les gens de dignité et d’autonomie.

3. Si le système s’écroule les conséquences seront également très douloureuses. Mais plus gros le système devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s’il doit s’écrouler il vaut mieux qu’il s’écroule plus tôt que plus tard.

4. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence : elle peut être soudaine ou peut être un processus relativement graduel s’étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de cela. Mais nous décrivons d’une façon très générale les mesures que ceux qui détestent le système industriel devraient prendre pour préparer la voie à une révolution contre cette forme de société. Ce ne doit pas être une révolution POLITIQUE. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle.

5. Dans cet article nous prêtons attention à certains seulement des événements négatifs qui sont issus du système industrialo-technologique. Nous ne mentionnons que brièvement d’autres événements ou les ignorons complètement. Cela ne signifie pas que nous considérons ces autres événements comme sans importance. Pour des raisons pratiques nous devons limiter notre discussion aux secteurs qui ont reçu une attention publique insuffisante ou sur lesquels nous avons quelque chose de nouveau à dire. Par exemple, dans la mesure où il y a des mouvements environnementaux et de défense de la vie sauvage bien développés, nous avons très peu écrit sur la dégradation environnementale ou la destruction de la nature sauvage, bien que nous les considérions comme des sujets extrêmement importants.

PSYCHOLOGIE DU GAUCHISME MODERNE

6. Tout le monde ou presque reconnaîtra que nous vivons dans une société profondément troublée. Une des manifestations les plus répandues de la folie de notre monde est le gauchisme, donc une discussion de la psychologie du gauchisme peut servir d’introduction à la discussion des problèmes de la société moderne en général.

7. Mais qu’est ce que le gauchisme ? Pendant la première moitié du 20ème siècle le gauchisme aurait pratiquement pu être identifié avec le socialisme. Aujourd’hui le mouvement est fragmenté et il n’est pas clair de définir qui peut correctement être appelé un gauchiste. Quand nous parlons des gauchistes dans cet article nous entendons principalement les socialistes, les collectivistes, les gens « politiquement corrects », les féministes, les activistes gays et du handicap, les activistes des droits des animaux et tout ce genre de gens. Mais ceux qui sont associés avec un de ces mouvements ne sont pas tous des gauchistes. Ce que nous essayons de décrire dans la discussion du gauchisme n’est pas tant un mouvement ou une idéologie qu’un type psychologique, ou plutôt une collection de types associés. Ainsi, ce que nous entendons par « le gauchisme » apparaîtra plus clairement au cours de notre discussion de la psychologie gauchiste (Voir également les paragraphes 227-230.)

8. Même ainsi, notre conception du gauchisme restera beaucoup moins claire que nous ne le souhaiterions, mais il ne semble y avoir aucun remède à cela. Tout que nous essayons de faire est d’indiquer d’une façon grossière et approximative les deux tendances psychologiques dont nous croyons qu’elles sont la principale motivation du gauchisme moderne. Nous n’affirmons en aucun cas donner TOUTE la vérité sur la psychologie gauchiste. De plus, notre discussion est censée ne s’appliquer qu’au gauchisme moderne. Nous laissons ouverte la question de la mesure dans laquelle notre discussion pourrait s’appliquer aux gauchistes du 19ème et du début du 20ème siècle.

9. Nous appelons les deux tendances psychologiques qui sont à la base du gauchisme moderne « le sentiment d’infériorité » et « la sursocialisation ». Le sentiment d’infériorité est une caractéristique du gauchisme moderne dans son ensemble, tandis que la sursocialisation est caractéristique seulement d’un certain segment du gauchisme moderne; mais ce segment est hautement influent.

SENTIMENT D’INFÉRIORITÉ

10. Par « sentiment d’infériorité » nous entendons non seulement le sentiment d’infériorité dans le sens le plus strict, mais un large spectre de traits associés : manque d’amour-propre, sentiment d’impuissance, tendances dépressives, défaitisme, culpabilité, haine de soi, etc. Nous soutenons que les gauchistes modernes ont tendance à avoir de tels sentiments (probablement plus ou moins réprimés) et que ces sentiments déterminent de façon décisive la direction du gauchisme moderne.

11. Quand quelqu’un interprète comme désobligeant presque tout ce qu’on dit de lui (ou de groupes auxquels il s’identifie) nous concluons qu’il a un sentiment d’infériorité ou un manque d’amour-propre. Cette tendance est prononcée parmi les défenseurs des droits des minorités, qu’ils appartiennent ou non aux groupes minoritaires dont ils défendent les droits. Ils sont hypersensibles aux mots utilisés pour désigner les minorités. Les termes « noir », « oriental », « handicapé » ou « gonzesse » pour un Africain, un Asiatique, un invalide ou une femme n’avaient à l’origine aucune connotation dérogatoire. « Nana » et « gonzesse » étaient simplement les équivalents féminins de « type » ou « mec ». Les connotations négatives ont été attachées à ces termes par les activistes eux-mêmes. Quelques défenseurs des droits des animaux en sont même venus à rejeter le mot « animal de compagnie » et insistent sur son remplacement par « compagnon animal ». Les anthropologues gauchistes en font des tonnes pour éviter de dire quoi que ce soit des peuples primitifs qui pourrait éventuellement être interprété comme négatif. Ils veulent remplacer le mot « primitif » par « sans écriture ». Ils semblent presque paranoïdes sur tout ce qui pourrait suggérer que quelque culture primitive que ce soit soit inférieure à la nôtre. (Ceci n’implique pas que nous pensions que les cultures primitives SONT inférieures à la nôtre. Nous soulignons simplement l’hypersensibilité des anthropologues gauchistes.)

12. Ceux qui sont les plus sensibles à la terminologie « politiquement incorrecte » ne sont pas l’habitant moyen des ghettos noirs, l’immigrant asiatique, la femme maltraitée ou l’invalide, mais une minorité d’activistes, dont beaucoup n’appartiennent même à aucun groupe « opprimé », mais viennent des strates privilégiées de la société. Le politiquement correct a sa forteresse parmi les professeurs d’université, qui ont un emploi stable avec un salaire confortable et dont la majorité sont des hommes blancs hétérosexuels issus de familles bourgeoises.

13. Beaucoup de gauchistes s’identifient fortement avec les problèmes des groupes qui ont pour image d’être faibles (les femmes), vaincus (les Indiens d’Amérique), repoussants (les homosexuels), ou inférieurs d’une autre façon. Les gauchistes eux-mêmes estiment que ces groupes sont inférieurs. Ils ne s’avoueraient jamais qu’ils ont de tels sentiments, mais c’est précisément parce qu’ils voient ces groupes comme inférieurs qu’ils s’identifient avec leurs problèmes. (Nous ne suggérons pas que les femmes, les Indiens, etc, SOIENT inférieurs; nous pointons seulement un caractère de la psychologie gauchiste).

14. Les féministes tiennent désespérément à prouver que les femmes sont aussi fortes et aussi capables que les hommes. Clairement ils sont harcelés par la crainte que les femmes puissent ne pas être aussi fortes et aussi capables que des hommes.

15. Les gauchistes ont tendance à détester tout ce qui a pour image d’être fort, bon et couronné de succès. Ils détestent l’Amérique, ils détestent la civilisation Occidentale, ils détestent les mâles blancs, ils détestent la rationalité. Les raisons que les gauchistes donnent de leur haine de l’Occident, etc, ne correspondent clairement pas avec leurs motifs réels. Ils DISENT qu’ils détestent l’Ouest parce qu’il est guerrier, impérialiste, sexiste, ethnocentrique et ainsi de suite, mais si ces mêmes travers apparaissent dans des pays socialistes ou dans des cultures primitives, le gauchiste leur trouve des excuses, ou au mieux il admet À CONTRECOEUR qu’ils existent; tandis qu’il souligne AVEC ENTHOUSIASME (et souvent exagère énormément ) ces fautes là où elles apparaissent dans la civilisation Occidentale. Ainsi il est clair que ces fautes ne sont pas le motif réel du gauchiste pour détester l’Amérique et l’Occident. Il déteste l’Amérique et l’Occident parce qu’ils sont forts et qu’ils réussissent.

16. Les mots comme « confiance en soi », « indépendance », « initiative », « entreprise », « optimisme », etc, n’ont que peu de place dans le vocabulaire libéral et gauchiste. Le gauchiste est anti-individualiste, pro-collectiviste. Il veut que la société résolve les besoins de chacun à sa place, s’occupe de lui. Ce n’est pas le genre de personne qui a une confiance intérieure en sa propre capacité à résoudre ses propres problèmes et à satisfaire ses propres besoins. Le gauchiste est opposé au concept de compétition parce que, au fond de lui, il se voit comme un perdant.

17. Les formes d’art qui plaisent aux intellectuels gauchistes modernes ont tendance à se concentrer sur le sordide, la défaite et le désespoir, ou bien ils prennent une tonalité orgiaque, rejetant tout contrôle rationnel comme s’il n’y avait aucun espoir d’accomplir quoi que ce soit par le calcul raisonnable et que tout ce qui restait était de s’immerger dans les sensations du moment.

18. Les philosophes gauchistes modernes ont tendance à écarter la raison, la science, la réalité objective et à insister que tout est culturellement relatif. Il est vrai que l’on peut sérieusement s’interroger sur les fondements de la connaissance scientifique et sur la façon de définir, si toutefois c’est faisable, le concept de réalité objective. Mais il est évident que les philosophes gauchistes modernes ne sont pas simplement des logiciens imperturbables analysant systématiquement les fondements de la connaissance. Ils sont profondément impliqués émotionnellement dans leur attaque de la vérité et de la réalité. Ils attaquent ces concepts à cause de leurs propres besoins psychologiques. D’une part, leur attaque est un exutoire pour l’hostilité et, dans la mesure où il est couronné de succès, il satisfait leur recherche de puissance. Ce qui est plus important, le gauchiste déteste la science et la rationalité parce qu’elles classifient certaines croyances comme vraies (c’est-à-dire, fructueuses, supérieures) et d’autres croyances comme fausses (c’est-à-dire des échecs, inférieures). Le sentiment d’infériorité du gauchiste est si profond qu’il ne peut pas tolérer de classification de certaines choses comme fructueuses ou supérieures et d’autres comme ratées ou inférieures. C’est aussi à la base du rejet par beaucoup de gauchistes du concept de maladie mentale et de l’utilité des tests de quotient intellectuel. Les gauchistes sont opposés aux explications génétiques des capacités ou comportements humains parce que ces explications ont tendance à faire apparaître certaines personnes comme supérieures ou inférieures à d’autres. Les gauchistes préfèrent donner à la société le crédit ou le blâme pour les capacités d’un individu ou leur absence de capacités. Ainsi si une personne est « inférieure » ce n’est pas sa faute, mais celle de la société, parce qu’il n’a pas été élevé correctement.

19. Le gauchiste n’est pas typiquement le genre de personne dont le sentiment d’infériorité fait un vantard, un égotiste, un voyou, un promoteur de soi, un concurrent impitoyable. Ce genre de personne n’a pas complètement perdu toute foi en soi. Il a un déficit dans son sentiment de puissance et de valeur personnelle, mais il peut toujours se concevoir comme ayant la capacité d’être fort et ses efforts pour se montrer fort produisent son comportement désagréable [1]. Mais le gauchiste est au delà de cela. Son sentiment d’infériorité est si enraciné qu’il ne peut pas se concevoir comme individuellement fort et de valeur. De là le collectivisme du gauchiste. Il peut se sentir fort seulement en tant que membre d’une grande organisation ou d’un mouvement de masse avec lequel il s’identifie.

20. Remarquons la tendance masochiste des tactiques gauchistes. Les gauchistes protestent en se couchant devant les véhicules, ils provoquent intentionnellement les violences de la police ou des racistes, etc. Ces tactiques peuvent souvent être efficace, mais beaucoup de gauchistes les utilisent non comme un moyen vers une fin, mais parce qu’ils PRÉFÈRENT les tactiques masochistes. La haine de soi est un trait gauchiste.

21. Les gauchistes peuvent prétendre que leur activisme est motivé par la compassion ou par des principes moraux et les principes moraux jouent vraiment un rôle pour le gauchiste du type sursocialisé. Mais la compassion et les principes moraux ne peuvent pas être les motifs principaux de l’activisme gauchiste. L’hostilité est un composant trop saillant du comportement gauchiste; comme l’est la recherche du pouvoir. De plus, beaucoup de comportement gauchistes ne sont pas rationnellement calculés pour être avantageux pour les gens que les gauchistes prétendent essayer d’aider. Par exemple, si on croit que la discrimination positive est bonne pour les noirs, cela a-t-il un sens d’exiger une discrimination positive en termes hostiles ou dogmatiques ? Évidemment il serait plus productif de prendre une approche diplomatique et conciliante qui ferait des concessions au moins verbales et symboliques aux blancs qui pensent que la discrimination positive est une discrimination contre eux. Mais les activistes gauchistes ne prennent pas cette approche parce qu’elle ne satisferait pas leurs besoins émotionnels. Aider les noirs n’est pas leur but réel. Au contraire, les problèmes raciaux leur servent d’excuse pour exprimer leur propre hostilité et leur besoin frustré de puissance. De cette manière ils nuisent en réalité aux noirs, parce que l’attitude hostile des activistes envers la majorité blanche a tendance à intensifier la haine raciale.

22. Si notre société n’avait aucun problème social du tout, les gauchistes devraient INVENTER des problèmes pour se donner une excuse pour faire des histoires.

23. Nous soulignons que ce qui précède ne prétend pas être une description précise de quiconque pourrait être considéré comme gauchiste. C’est seulement une indication sommaire d’une tendance générale du gauchisme.

SURSOCIALISATION

24. Les psychologues utilisent le terme « socialisation » pour désigner le processus par lequel les enfants sont formés à penser et agir comme la société l’exige. On dit qu’une personne est bien socialisée si elle croit et obéit au code moral de sa société et s’insère bien comme un rouage de cette société. Il peut sembler insensé de dire que beaucoup de gauchistes sont sur-socialisés, puisque le gauchiste est perçu comme un rebelle. Néanmoins, la position peut être défendue. Beaucoup de gauchistes ne sont pas aussi rebelles qu’ils le semblent.

25. Le code moral de notre société est si exigeant que personne ne peut penser, ressentir et agir d’une façon complètement morale. Par exemple, nous sommes censés ne haïr personne, cependant à peu près tout le monde déteste quelqu’un à un moment ou un autre, qu’il se l’avoue ou non. Certaines personnes sont si fortement socialisées que l’effort pour penser, pour ressentir et agir moralement leur impose un fardeau sévère. Pour éviter le sentiment de culpabilité, ils doivent continuellement se mentir sur leurs motifs et trouver des explications morales à des sentiments et des actions qui ont en réalité une origine non-morale. Nous utilisons le terme « sursocialisé » pour décrire ces gens. [2]

26. La sursocialisation peut mener à une mauvaise opinion de soi, un sentiment d’impuissance, au défaitisme, à la culpabilité, etc. Un des moyens les plus importants par lesquels notre société socialise les enfants est de leur faire honte de comportement ou de discours contraires aux attentes de la société. Si on en fait trop, ou si un enfant particulier est spécialement susceptible à de tels sentiments, il finit par avoir honte de LUI-MÊME. De plus la pensée et le comportement de la personne sursocialisée sont plus limités par les attentes de la société que ceux de la personne faiblement socialisée. La majorité des gens s’engage dans une quantité significative de mauvais comportements. Ils mentent, ils commettent de petits vols, ils violent le code de la route, ils tirent au flanc au travail, ils détestent quelqu’un, ils disent des choses rancunières ou ils font des sournoiseries pour passer devant un autre. La personne sursocialisée ne peut pas faire ces choses, ou si elle les fait elle éprouve de la honte et de la haine de soi. La personne sursocialisée ne peut même pas éprouver, sans culpabilité, des pensées ou des sentiments qui sont contraire à la morale acceptée; elle ne peut pas avoir des pensées « malpropres ». Et la socialisation n’est pas seulement une question de morale; nous sommes socialisés pour nous conformer à beaucoup de normes de comportement qui ne relèvent pas de la morale. Ainsi la personne sursocialisée est tenue par une laisse psychologique et passe sa vie sur des rails que la société a fixés pour elle. Chez beaucoup de personnes sursocialisées ceci se traduit par un sentiment de contrainte et d’impuissance qui peut être une souffrance sévère. Nous suggérons que la sursocialisation est parmi les plus sérieuses cruautés que les êtres humains infligent à d’autres.

27. Nous soutenons qu’un segment très important et influent de la gauche moderne est sursocialisé et que leur sursocialisation est très importante dans la détermination de la direction du gauchisme moderne. Les gauchistes du type sursocialisé ont tendance à être des intellectuels ou des membres de la bourgeoisie. Remarquez que les universitaires [3] constituent le segment le plus fortement socialisé de notre société et aussi le segment le plus à gauche.

28. Le gauchiste du type sursocialisé essaye d’enlever sa laisse psychologique et d’affirmer son autonomie en se rebellant. Mais il n’est ordinairement pas assez fort pour se rebeller contre les valeurs les plus fondamentales de la société. En général, les buts des gauchistes d’aujourd’hui ne sont PAS en conflit avec la morale acceptée. Au contraire, le gauchiste prend un principe moral accepté, l’adopte comme sien et accuse ensuite la société de violer ce principe. Exemples : l’égalité raciale, l’égalité des sexes, aider les pauvres, la paix par opposition à la guerre, la non-violence en général, la liberté d’expression, la bonté envers les animaux. Plus fondamentalement, le devoir qu’a l’individu de servir la société et le devoir qu’a la société de s’occuper de l’individu. Tout ceci sont des valeurs profondément enracinées dans notre société (ou au moins sa bourgeoisie [4]) depuis longtemps. Ces valeurs sont explicitement ou implicitement exprimées ou présupposées dans la plus grande part de ce qui nous est présenté par les médias grand public et le système éducatif. Les gauchistes, particulièrement ceux du type sursocialisé, ne se rebellent normalement pas contre ces principes, mais justifient leur hostilité à la société en assurant (avec un certain degré de vérité) que la société ne vit pas en accord avec ces principes.

29. Voici une illustration de la façon dont le gauchiste sursocialisé montre son véritable attachement aux attitudes conventionnelles de notre société en prétendant être en rébellion contre elle. Beaucoup de gauchistes militent pour la discrimination positive, pour placer des noirs à des postes prestigieux, pour une meilleure éducation dans les écoles noires et plus d’argent pour ces écoles; ils considèrent le mode de vie du « sous-prolétariat » noir comme un déshonneur social. Ils veulent intégrer l’homme noir dans le système, en faire un cadre d’entreprise, un avocat, un scientifique tout comme les bourgeois blancs. Les gauchistes répondront que la dernière chose qu’ils veulent est de faire de l’homme noir une copie du Blanc; au contraire, ils veulent préserver la culture Noire américaine. Mais en quoi consiste cette conservation de la culture Noire américaine ? Cela peut difficilement consister en quoi que ce soit de plus que manger black, écouter de la musique black, porter des vêtements black et aller à une église ou une mosquée black. Autrement dit, cela peut s’exprimer seulement dans des questions superficielles. Dans tout les aspects ESSENTIELS les gauchistes du type sursocialisé veulent voir l’homme noir se conformer aux idéaux bourgeois blancs. Ils veulent le faire étudier des sujets techniques, devenir un cadre ou un scientifique, passer sa vie à monter l’échelle sociale pour prouver que les noirs sont aussi bons que les blancs. Ils veulent rendre les pères noirs « responsables ». Ils veulent que les gangs noirs deviennent non violents, etc. Mais ce sont exactement là les valeurs du système industrialo-technologique. Le système se moque du genre de musique qu’un homme écoute, du genre de vêtements qu’il porte ou à quelle religion il croit tant qu’il étudie à l’école, a un travail respectable, monte l’échelle sociale, est un parent « responsable », est non violent et ainsi de suite. En fait, quelles que soient ses dénégations, le gauchiste sursocialisé veut intégrer l’homme noir dans le système et lui faire adopter ses valeurs.

30. Nous ne prétendons certainement pas que les gauchistes, même du type sursocialisé, ne se rebellent JAMAIS contre les valeurs fondamentales de notre société. Clairement ils le font parfois . Quelques gauchistes sursocialisés se sont tellement rebellés contre un des principes les plus importants de la société moderne qu’ils se sont engagés dans la violence physique. De leur propre aveu, la violence est pour eux une forme de « libération ». Autrement dit, en commettant des violences ils passent à travers les contraintes psychologiques qui leur ont été inculquées. Parce qu’ils sont sursocialisés ces contraintes les ont plus restraints que d’autres; d’où leur besoin de s’en libérer. Mais ils justifient ordinairement leur rébellion en termes de valeurs dominantes. S’ils s’engagent dans la violence ils revendiquent se battre contre le racisme ou quelque chose d’équivalent.

31. Nous nous rendons compte que beaucoup d’objections pourraient être soulevées contre le croquis sommaire qui précéde sur la psychologie gauchiste. La situation réelle est complexe et s’approcher d’une description complète de ce sujet prendrait plusieurs volumes même si les données nécessaires étaient disponibles. Nous revendiquons seulement avoir indiqué très grossièrement les deux tendances les plus importantes dans la psychologie du gauchisme moderne.

32. Les problèmes du gauchiste sont indicatifs des problèmes de notre société dans son ensemble. Le manque d’amour propre, les tendances dépressives et le défaitisme ne sont pas limités à la gauche. Bien qu’ils soient particulièrement remarquables dans la gauche, ils sont répandus dans notre société. Et la société d’aujourd’hui essaye de nous socialiser dans une mesure plus grande que n’importe quelle société précédente. Les experts nous disent même comment manger, comment faire de l’exercice, comment faire l’amour, comment élever nos gosses et ainsi de suite.

PROCESSUS DE POUVOIR

33. Les humains ont un besoin (probablement biologique) de quelque chose que nous appellerons « le processus de pouvoir ». C’est en relation étroite avec le besoin de pouvoir (qui est largement reconnu) mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Le processus de pouvoir comporte quatre éléments. Nous appelons les trois les plus nettement définis le but, l’effort et l’atteinte du but. (Chacun a besoin de buts dont l’atteinte exige un effort et a besoin de réussir dans la réalisation d’au moins certains de ses buts). Le quatrième élément est plus difficile à définir et n’est peut être pas nécessaire pour chacun. Nous l’appelons l’autonomie et le discuterons plus tard (paragraphes 42-44).

34. Considérons le cas hypothétique d’un homme qui pourrait avoir tout ce qu’il veut juste en le souhaitant. Un tel homme a le pouvoir, mais il développera de sérieux problèmes psychologiques. D’abord il s’amusera beaucoup, mais bientôt il s’ennuiera intensément et sera démoralisé. Finalement il peut devenir cliniquement dépressif. L’histoire montre que les aristocraties inactives ont tendance à devenir décadentes. Ce n’est pas vrai des aristocraties agressives qui doivent lutter pour maintenir leur pouvoir. Mais les aristocraties inactives, sans inquiétude, qui n’ont aucun besoin de se manifester deviennent habituellement ennuyées, hédonistes et démoralisées, bien qu’elles aient le pouvoir. Cela montre que le pouvoir ne suffit pas. Il faut avoir des buts vers lesquels exercer son pouvoir.

35. Chacun a des buts; au minimum obtenir les nécessités physiques de la vie : l’alimentation, l’eau et les vêtements et l’abri que le climat rend nécessaires. Mais l’aristocrate inactif obtient ces choses sans effort. De là son ennui et sa démoralisation.

36. Le non accomplissement de buts importants aboutit à la mort si les buts sont des nécessités physiques et à la frustration si le non accomplissement des buts est compatible avec la survie. L’échec systématique à atteindre ses buts tout au long de la vie aboutit au défaitisme, à une mauvaise opinion de soi ou à la dépression.

37. Ainsi, pour éviter des problèmes psychologiques sérieux, un être humain a besoin de buts dont l’accomplissement exige un effort et il doit avoir un taux raisonnable de succès dans la réalisation de ses buts.

ACTIVITÉS DE SUBSTITUTION

38. Mais tous les aristocrates inactif ne deviennent pas ennuyés et démoralisés. Par exemple, l’empereur Hirohito, au lieu de s’enfoncer dans l’hédonisme décadent, s’est consacré à la biologie marine, un domaine dans lequel il est devenu une sommité. Quand les gens n’ont pas besoin de se donner du mal pour satisfaire leurs besoins physiques ils se donnent souvent des buts artificiels. Dans de nombreux cas ils poursuivent alors ces buts avec la même énergie et le même engagement émotionnel qu’ils auraient autrement mis dans la recherche des nécessités physiques. Ainsi les aristocrates de l’Empire Romain avaient leur prétentions littéraire; beaucoup d’aristocrates européens d’il y a quelques siècles investissaient un temps et une énergie énorme dans la chasse, bien qu’ils n’avaient certainement pas besoin de toute cette viande; d’autres aristocraties ont rivalisé de statut par l’affichage complexe de richesses; et quelques aristocrates, comme Hirohito, se sont tournés vers la science.

39. Nous utilisons le terme « activité de substitution » pour désigner une activité qui est dirigée vers un but artificiel que les gens se donnent simplement pour y travailler, ou disons, simplement pour « l’accomplissement » qu’ils trouvent à poursuivre ce but. Voici un principe de base pour l’identification d’activités de substitution. Étant donné une personne qui consacre beaucoup de temps et d’énergie à la poursuite d’un but X, demandez vous ceci : s’il devait consacrer la plus grande partie de son temps et de son énergie à la satisfaction de ses besoins biologiques et si cet effort lui demandait d’utiliser ses capacités physiques et mentales d’une façon variée et intéressante, se sentirait-il sérieusement privé parce qu’il n’a pas atteint le but X ? Si la réponse est non, alors la poursuite du but X par cette personne est une activité de substitution. Les études d’Hirohito en biologie marine constituaient clairement une activité de substitution, car il est à peu près certain que si Hirohito avait dû passer son temps sur des tâches non-scientifiques intéressantes pour obtenir les nécessités de la vie, il ne se serait pas senti privé de ne pas tout connaître de l’anatomie et des cycles de vie des animaux marins. D’un autre côté la poursuite du sexe et de l’amour n’est par exemple pas une activité de substitution, parce que la plupart des gens, même si leur existence était satisfaisante par ailleurs, se sentiraient privées si elles passaient leur vie sans jamais avoir un rapport avec un membre du sexe opposé. (Mais la poursuite d’une quantité excessive de sexe, de plus qu’on n’en a vraiment besoin, peut être une activité de substitution).

40. Dans la société industrielle moderne seul un effort minimal est nécessaire pour satisfaire ses besoins physiques. Il suffit de suivre une formation pour acquérir une petite compétence technique, et ensuite de venir travailler à l’heure et de se dépenser très modestement pour gagner sa vie. Les seuls pré-requis sont un niveau modéré d’intelligence et surtout, la simple OBÉISSANCE. Si vous les avez, la société s’occupe de vous du berceau à la tombe. (Oui, il y a un sous-prolétariat qui ne peut pas considérer que les nécessités physiques sont assurées, mais nous parlons ici de société dans son ensemble). Ainsi il n’est pas surprenant que la société moderne soit pleine d’activités de substitution. Celles-ci incluent le travail scientifique, l’accomplissement sportif, le travail humanitaire, la création artistique et littéraire, grimper l’échelle hiérarchique, l’acquisition d’argent et de biens matériels très au-delà du point auquel ils cessent de donner aucune satisfaction physique complémentaire et l’activisme social quand il adresse des questions qui ne sont pas importantes pour l’activiste personnellement, comme dans le cas des activistes blancs qui travaillent pour les droits de minorités non blanches. Ce ne sont pas toujours de pures activités de substitution, car pour beaucoup de gens elles peuvent être motivées en partie par des besoins autres que le besoin d’avoir un certain but à poursuivre. Le travail scientifique peut être motivé en partie par la recherche du prestige, la création artistique par un besoin d’exprimer ses sentiments, l’activisme social militant par l’hostilité. Mais pour la plupart des gens qui les poursuivent, ces activités sont en grande mesure des activités de substitution. Par exemple, la majorité de scientifiques reconnaîtra probablement que « l’accomplissement » qu’ils tirent de leur travail est plus important que l’argent et le prestige qu’ils gagnent.

41. Pour beaucoup sinon la plupart des gens, les activités de substitution sont moins satisfaisantes que la poursuite de buts réels (c’est-à-dire des buts que les gens voudraient atteindre même si leur besoin du processus de pouvoir était déjà accompli). Une indication en est le fait que, dans beaucoup ou la plupart des cas, les gens qui sont profondément impliqué dans des activités de substitution ne sont pas satisfaits, jamais au repos. Ainsi l’amasseur d’argent lutte constamment pour de plus en plus de richesses. Le scientifique a à peine résolu un problème qu’il passe au suivant. Le coureur de fond s’entraîne pour courir toujours plus loin et plus vite. Beaucoup de personnes qui poursuivent des activités de substitution diront qu’ils obtiennent beaucoup plus de satisfactions dans ces activités que dans la question « terre à terre » de satisfaire leurs besoins biologiques, mais c’est parce que dans notre société l’effort nécessaire pour satisfaire ses besoins biologiques a été réduit à une bagatelle. Ce qui est plus important, dans notre société les gens ne satisfont pas leurs besoins biologiques de façon AUTONOME, mais en fonctionnant comme les parties d’une machine sociale immense. Au contraire, les gens ont généralement beaucoup d’autonomie dans la poursuite de leurs activités de substitution.

AUTONOMIE

42. L’autonomie comme partie du processus de pouvoir peut ne pas être nécessaire pour chaque individu. Mais la plupart des gens ont besoin d’un degré plus ou moins grand d’autonomie dans la poursuite de leurs buts. Leurs efforts doivent être entrepris de leur propre initiative et doivent être sous leur propre direction et contrôle. Malgré tout la plupart des personnes n’ont pas besoin de manifester cette initiative, direction et contrôle en tant qu’individus uniques. Il est d’habitude suffisant d’agir comme membre d’un PETIT groupe. Ainsi si une demi-douzaine de personnes discutent d’un but entre eux et font un effort commun couronné de succès pour atteindre ce but, leur besoin du processus de pouvoir sera accompli. Mais s’ils travaillent conformément aux ordres rigides transmis d’en haut qui ne leur laissent aucune latitude pour des décisions autonomes et des initiatives, alors leur besoin du processus de pouvoir ne sera pas accompli. Il en est de même quand les décisions sont prises sur des bases collectives si le groupe qui prend la décision collective est si grand que le rôle de chaque individu est insignifiant [5]

43. Il est vrai que certains individus semblent avoir peu de besoin d’autonomie. Soit leur attirance pour le pouvoir est faible ou ils la satisfont en s’identifiant avec une organisation puissante à laquelle ils appartiennent. Et ensuite il y a les types irréfléchis, animaux qui semblent être satisfaits par une sensation purement physique de pouvoir (le bon soldat de combat, qui trouve son sens du pouvoir en développant des compétences de combat qu’il est très heureux d’utiliser en obéissance aveugle à ses supérieurs).

44. Mais pour la plupart des gens c’est par le processus de pouvoir -avoir un but, faire un effort AUTONOME et atteindre le but – que le respect de soi, la confiance en soi et le sens du pouvoir sont acquis. Quand on n’a pas d’occasion adéquate d’accomplir le processus de pouvoir les conséquences en sont (suivant l’individu et la façon dont le processus de pouvoir est perturbé) l’ennui, la démoralisation, la mauvaise opinion de soi, le sentiment d’infériorité, le défaitisme, la dépression, l’inquiétude, la culpabilité, la frustration, l’hostilité, les mauvais traitements au conjoint ou aux enfants, l’hédonisme insatiable, le comportement sexuel anormal, les troubles du sommeil, les désordres alimentaires, etc [6].

SOURCES DES PROBLÈMES SOCIAUX

45. N’importe lequel des symptômes précédents peut se présenter dans n’importe quelle société, mais dans la société industrielle moderne ils sont présents à une échelle massive. Nous ne sommes pas les premiers à mentionner que le monde semble aujourd’hui devenir fou. Ce genre de choses n’est pas normal pour les sociétés humaines. Il y a de bonnes raisons de croire que l’homme primitif subissait moins de stress et de frustrations et était plus satisfait de son mode de vie que l’homme moderne. Il est vrai que tout n’était pas douceur et lumière dans les sociétés primitives. Les violences envers les femmes sont communes parmi les aborigènes australiens, la transexualité était assez commune parmi certaines des tribus indiennes américaines. Mais il apparaît vraiment qu’EN GÉNÉRAL les types de problèmes que nous avons listés dans le paragraphe précédent étaient beaucoup moins communs parmi les peuples primitifs qu’ils ne le sont dans la société moderne.

46. Nous attribuons les problèmes sociaux et psychologiques de la société moderne au fait que que la société exige que les gens vivent dans des conditions radicalement différentes de celles dans lesquelles la race humaine s’est développée et se comportent de façons qui sont en conflit avec les modèles de comportement que la race humaine a développés en vivant dans les conditions précédentes. Il apparaît clairement de ce que nous avons déjà écrit que nous considérons le manque d’occasion de faire correctement l’expérience du processus de pouvoir comme la plus importante des conditions anormales auxquelles la société moderne soumet les gens. Mais ce n’est pas la seule. Avant de traiter de la perturbation du processus de pouvoir comme une source de problèmes sociaux nous discuterons quelques autres sources.

47. Parmi les conditions anormales présentes dans la société industrielle moderne il y a la densité excessive de population, l’isolement de l’homme de la nature, la rapidité excessive du changement social et l’effondrement des communautés naturelles à petite échelle comme la famille étendue, le village ou la tribu.

48. Il est bien connu que l’entassement augmente le stress et l’agression. Le degré d’entassement qui existe aujourd’hui et l’isolement de l’homme de la nature sont les conséquences du progrès technique. Toutes les sociétés préindustrielles étaient principalement rurales. La Révolution industrielle a énormément augmenté la taille des villes et la proportion de la population qui y vit, et la technologie agricole moderne a permis à la Terre de supporter une population beaucoup plus dense que cela n’a jamais été le cas auparavant. (De plus, la technologie renforce les effets de l’entassement parce qu’elle met des pouvoirs perturbateurs plus importants entre les mains des gens. Par exemple, toutes sortes d’appareils bruyants : tondeuses à moteur, radios, motos, etc. Si l’utilisation de ces engins n’est pas restreint, les gens qui veulent la paix et le calme sont frustrés par le bruit. Si leur utilisation est limitée, les gens qui utilisent les engins sont frustrés par les règlements.. .. Mais si ces machines n’avaient jamais été inventées il n’y aurait eu aucun conflit et aucune frustration de produite).

49. Pour les sociétés primitives le monde naturel (qui ne change d’habitude que lentement) fournissait une structure stable et donc une sensation de sécurité. Dans le monde moderne c’est la société humaine qui domine la nature plutôt que le contraire et la société moderne change très rapidement par suite du changement technologique. Ainsi il n’y a aucune structure stable.

50. Les conservateurs sont des imbéciles : Ils geignent sur la décrépitude des valeurs traditionnelles, et cependant ils encouragent avec enthousiasme le progrès technique et la croissance économique. Apparemment il ne leur arrive jamais de penser que vous ne pouvez pas faire des changements rapides, radicaux de la technologie et de l’économie d’une société sans causer aussi des changements rapides de tous les autres aspects de la société et que ces changements rapides détruisent inévitablement les valeurs traditionnelles.

51. L’effondrement des valeurs traditionnelles implique dans une certaine mesure l’effondrement des liens qui maintiennent la structure des groupes sociaux traditionnels à petite échelle. La désintégration des groupes sociaux à petite échelle est aussi provoquée par le fait que les conditions modernes exigent ou incitent souvent les individus à se déplacer dans de nouveaux lieux, à se séparer de leurs communautés. Au delà de ceci, une société technologique DOIT affaiblir les liens familiaux et les communautés locales pour fonctionner efficacement. Dans la société moderne la loyauté d’un individu doit aller d’abord au système et seulement ensuite à une communauté à petite échelle, parce que si les loyautés internes des communautés à petite échelle étaient plus fortes que la loyauté au système, ces communautés rechercheraient leur propre avantage aux dépens du système.

52. Supposons qu’un fonctionnaire public ou un cadre de société nomme son cousin, son ami ou son coreligionnaire à une position plutôt que de nommer la personne la plus qualifiée pour le poste. Il a permis à la loyauté personnelle de remplacer sa loyauté au système et c’est du « népotisme » ou de la « discrimination », qui sont tous deux des péchés épouvantables dans la société moderne. Les sociétés potentiellement industrielles qui ne sont pas arrivées à subordonner les loyautés personnelles ou locales à la loyauté au système sont ordinairement très inefficaces. (Voyez l’Amérique Latine.) Ainsi une société industrielle avancée ne peut tolérer que les communautés à petite échelle émasculées, apprivoisées et transformées en outils du système. [7]

53. La surpopulation, le changement rapide et l’effondrement des communautés ont été largement reconnus comme des sources de problèmes sociaux. Mais nous ne croyons pas qu’ils soient suffisants pour justifier l’étendue des problèmes que l’on observe aujourd’hui.

54. Quelques villes préindustrielles étaient très grandes et peuplées, cependant leurs habitants ne semblent pas avoir souffert de problèmes psychologiques du même niveau que l’homme moderne. En Amérique aujourd’hui il y a encore des secteurs ruraux peu peuplés et nous y trouvons les mêmes problèmes que dans les zones urbaines, quoique ces problèmes tendent à être moins aigus dans les secteurs ruraux. Ainsi l’entassement ne semble pas être le facteur décisif.

55. Sur les territoires en croissance de la frontière américaine pendant le 19ème siècle, la mobilité de la population a probablement éclaté des familles étendues et des groupes sociaux à petite échelle au moins dans la même mesure qu’aujourd’hui. En fait, beaucoup de familles nucléaires ont vécu par choix dans un isolement tel, n’ayant aucun voisin à moins de plusieurs milles, qu’ils n’appartenaient à aucune communauté, et cependant ils ne semblent pas avoir développé de problèmes associés.

56. En outre, le changement dans la société de la frontière américaine était très rapide et profond. Un homme pouvait naître et être élevé dans une cabane en bois, hors de portée de l’ordre public et nourri en grande partie de viande sauvage; et, arrivé à la vieillesse, avoir un travail régulier et vivre dans une communauté soumise à une police efficace. C’était un changement plus profond que celui qui arrive typiquement dans la vie d’un individu moderne, et pourtant cela ne semble pas avoir entraîné de problèmes psychologiques. En fait, la société américaine du 19ème siècle avait une tonalité optimiste et pleine d’assurance, très différente de celle de la société d’aujourd’hui. [8]

57. La différence, argumentons nous, est que l’homme moderne a le sentiment (en grande partie justifiée) que le changement lui est IMPOSÉ, tandis que l’habitant de la frontière au 19ème siècle avait le sentiment (aussi en grande partie justifié) que c’est lui qui créait le changement, par son choix propre. Par exemple un pionnier s’installait sur un morceau de terre de son choix et en faisait une ferme par son propre effort. À cette époque un comté entier pouvait avoir seulement deux ou trois cents habitants et était une entité beaucoup plus isolée et autonome qu’un comté moderne. Ainsi le fermier pionnier participait comme membre d’un groupe relativement petit à la création d’une nouvelle communauté ordonnée. On peut bien mettre en doute le fait que la création de cette communauté était une amélioration, mais en tout cas elle satisfaisait le besoin de processus de pouvoir du pionnier.

58. Il serait possible de donner d’autres exemples de sociétés dans lesquelles il y a eu un changement rapide, avec ou sans liens communautaires serrés, sans qu’il y ait la sorte d’aberration comportementale massive que l’on voit dans la société industrielle d’aujourd’hui. Nous affirmons que la cause la plus importante des problèmes sociaux et psychologiques de la société moderne est le fait que les gens ont des occasions insuffisantes d’accomplir d’une façon normale le processus de pouvoir. Nous ne voulons pas dire que la société moderne est la seule dans laquelle le processus de pouvoir a été perturbé. La plupart sinon toutes les sociétés civilisées ont probablement interféré avec le processus de pouvoir dans une plus ou moins grande mesure. Mais dans la société industrielle moderne le problème est devenu particulièrement aigu. Le gauchisme, au moins dans sa forme récente (deuxième moitié du 20ème siècle), est en partie un symptôme de privation du processus de pouvoir.

PERTURBATION DU PROCESSUS DE POUVOIR DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE

59. Nous divisons les motivations humaines en trois groupes : (1) les motivations qui peuvent être satisfaites par un l’effort minimal; (2) celles qui peuvent être satisfaites, mais seulement au prix d’un sérieux effort; (3) celles qui ne peuvent pas être correctement satisfaites quel que soit l’effort qu’on fait. Le processus de pouvoir est le processus de satisfaction des motivations du deuxième groupe. Plus il y a de motivations dans le troisième groupe, plus il y a de frustration, de colère, finalement de défaitisme, de dépression, etc.

60. Dans la société industrielle moderne les motivations naturelles humaines ont tendance à être refoulées dans les premier et troisième groupes et le deuxième groupe a tendance à consister de plus en plus en motivations artificiellement créées.

61. Dans les sociétés primitives, les nécessités physiques tombent généralement dans le groupe 2 : on peut les obtenir, mais seulement au prix d’un sérieux effort. Mais la société moderne a tendance à garantir les nécessités physiques à chacun [9] en échange d’un effort seulement minime, par là les besoins physiques sont repoussés dans le groupe 1. (On peut ne pas être d’accord sur le fait que l’effort nécessaire pour un travail est « minime »; mais d’habitude, dans les niveaux d’emplois bas à moyens, le plus gros de l’effort qui est exigé est simplement celui d’obéissance. Vous êtes assis ou debout où on vous dit d’être assis ou debout et faites ce que l’on vous dit de faire de la façon qu’on vous dit de le faire. Vous devez rarement vous dépenser sérieusement et en tout cas vous n’avez pratiquement pas d’autonomie dans le travail, ce qui fait que le besoin du processus de pouvoir n’est pas bien accompli).

62. Les besoins sociaux, comme le sexe, l’amour et le statut, restent souvent dans le groupe 2 dans la société moderne, selon la situation de l’individu [10]. Mais, à part les gens qui ont une motivation particulièrement forte pour le statut, l’effort requis pour accomplir les motivations sociales est insuffisant pour satisfaire correctement le besoin du processus de pouvoir.

63. Donc des besoins artificiels ont été créés qui tombent dans le groupe 2, et par là servent le besoin du processus de pouvoir. On a inventé la publicité et le marketing qui font beaucoup de gens penser qu’ils ont besoin de choses que leurs grands-parents n’ont jamais désirées ou même rêvées. Cela demande de sérieux efforts pour gagner assez d’argent pour satisfaire ces besoins artificiels, par là ils tombent dans le groupe 2. (Mais voyez les paragraphes 80-82). L’homme moderne doit satisfaire son besoin du processus de pouvoir en grande partie par la poursuite des besoins artificiels créés par la publicité et l’industrie du marketing [11] et par des activités de substitution.

64. Il semble que pour beaucoup de personnes, peut-être la majorité, ces formes artificielles du processus de pouvoir soient insuffisantes. Un thème qui apparaît de façon répétée dans les oeuvres des critiques sociaux de la deuxième moitié du 20ème siècle est le sentiment d’irrésolution qui touche beaucoup de gens dans la société moderne. (Cette irrésolution est souvent appelée par d’autres noms comme « anomie » ou « vacuité bourgeoise »). Nous suggérons que la soit-disant « crise d’identité » soit en réalité une recherche de motivation, souvent pour s’engager dans une activité de substitution appropriée. Il se peut que l’existentialisme soit en grande mesure une réponse à l’irrésolution de la vie moderne [12]. La recherche de « l’accomplissement » est très répandue dans la société moderne. Mais nous pensons que pour la majorité des gens une activité dont le but principal est l’accomplissement (c’est-à-dire une activité de substitution) n’apporte pas un accomplissement complètement satisfaisant. Autrement dit, elle ne satisfait pas entièrement le besoin du processus de pouvoir. (Voir le paragraphe 41). Ce besoin ne peut être entièrement satisfait que par les activités qui ont un but externe, comme des nécessités physiques, le sexe, l’amour, le statut, la vengeance, etc.

65. De plus, là où les buts sont poursuivis en gagnant de l’argent, par la promotion sociale ou une autre façon de fonctionner comme partie du système, la plupart des gens ne sont pas en position de poursuivre leurs buts de manière AUTONOME. La plupart des ouvriers sont employés de quelqu’un d’autre et, comme nous l’avons signalé dans le paragraphe 61, doivent passer leurs journées à faire ce qu’on leur dit de faire de la façon qu’on leur dit de le faire. Même la plupart des gens qui sont dans les affaires pour eux eux mêmes n’ont qu’une autonomie limitée. C’est une plainte récurrente des petits commerçants et des entrepreneurs qu’ils ont les mains liées par une règlementation excessive du gouvernement. Certains de ces règlements sont indubitablement inutiles, mais, pour la plupart, les lois gouvernementales sont des parties essentielles et inévitables de notre société extrêmement complexe. Une grande partie du petit commerce fonctionne aujourd’hui sur le système de franchise. Il a été indiqué dans le « Wall Street Journal » il y a quelques années que beaucoup de sociétés de franchise exigent des demandeurs de franchises un test de personnalité qui est conçu pour EXCLURE ceux qui font preuve de créativité et d’initiative, parce que ces personnes ne sont pas suffisamment dociles pour suivre avec obéissance le système de franchise. Cela exclut du petit commerce beaucoup des gens qui ont le plus besoin d’autonomie.

66. Aujourd’hui les gens vivent plus en vertu ce que le système fait POUR eux ou LEUR fait qu’en vertu ce qu’ils font pour eux mêmes. Et ce qu’ils font pour eux mêmes est fait de plus en plus suivant des directions fixées par le système. Les occasions ont tendance à être celles que le système fournit, les occasions doivent être exploitées en accord avec les règles et les règlements [13] et les techniques prescrites par des experts doivent être suivies pour qu’il y ait une chance de succès.

67. Ainsi le processus de pouvoir est perturbé dans notre société par un manque de buts réels et un manque d’autonomie dans la poursuite des buts. Mais il est aussi perturbé à cause de ces motivations humaines qui tombent dans le groupe 3 : les motivations que l’on ne peut pas correctement satisfaire quel que soit l’effort qu’on leur consacre. Une de ces motivations est le besoin de sécurité. Nos vies dépendent de décisions prises par d’autres gens; nous n’avons aucun contrôle de ces décisions et ordinairement nous ne connaissons même pas les gens qui les prennent. (« Nous vivons dans un monde dans lequel relativement peu de gens – peut-être 500 ou 1 000 – prennent les décisions importantes » – Philip B. Heymann de la Faculté de Droit de Harvard, citée par Anthony Lewis, « New-York Times », le 21 avril 1995). Nos vies dépendent du fait que des standards de sécurité sont correctement mis en oeuvre dans une centrale nucléaire; de la quantité autorisée de pesticides dans notre alimentation ou de pollution dans notre air; de l’habileté (ou incompétence) de notre docteur; perdre ou décrocher un travail peut dépendre de décisions prises par des économistes du gouvernement ou des cadres de sociétés; et ainsi de suite. La plupart des individus ne sont pas en position de se protéger contre ces menaces dans une mesure plus que très limitée. La recherche individuelle de la sécurité est donc contrecarrée, ce qui mène au sentiment d’impuissance.

68. On peut objecter que l’homme primitif est physiquement moins en sécurité que l’homme moderne, comme on peut le voir par son espérance de vie plus courte; donc l’homme moderne souffre de moins, et non de plus que la quantité d’insécurité qui est normale pour des êtres humains. Mais la sécurité psychologique ne correspond pas exactement avec la sécurité physique. Ce qui nous fait nous SENTIR en sécurité n’est pas tant la sécurité objective que le sentiment de confiance dans notre capacité à prendre soin de nous. L’homme primitif, menacé par un animal féroce ou par la faim, peut se battre pour se défendre ou se déplacer à la recherche de nourriture. Il n’a aucune certitude de succès dans ces efforts, mais il n’est en aucun cas impuissant contre les choses qui le menacent. L’individu moderne au contraire est menacé par beaucoup de choses contre lesquelles il est impuissant; les accidents nucléaires, les cancérigènes dans l’alimentation, la pollution environnementale, la guerre, l’augmentation des impôts, l’invasion de sa vie privée par des grosses organisations, les phénomènes sociaux ou économiques nationaux qui peuvent perturber son mode de vie.

69. Il est vrai que l’homme primitif est impuissant contre certaines des choses qui le menacent; la maladie par exemple. Mais il peut accepter le risque de maladie stoïquement. Il fait partie de la nature de choses, ce n’est la faute de personne, à moins que ce ne soit la faute de quelque démon imaginaire et impersonnel. Mais ce qui menace l’individu moderne a tendance à être SYNTHÉTIQUE. Ce n’est pas le résultat du hasard, mais lui est IMPOSÉ par d’autres personnes dont il est incapable, en tant qu’individu, d’influencer les décisions. Par conséquent il se sent frustré, humilié et en colère.

70. Ainsi l’homme primitif a en grande partie sa sécurité entre ses propres mains (en tant qu’individu ou membre d’un PETIT groupe) tandis que la sécurité de l’homme moderne est entre les mains de personnes ou d’organisations qui sont trop distantes ou trop grandes pour qu’il soit personnellement capable de les influencer. Donc la motivation de l’homme moderne pour la sécurité a tendance à tomber dans des groupes 1 et 3; dans certains secteurs (l’alimentation, l’abri, etc) sa sécurité est assurée au prix seulement d’un effort insignifiant, tandis que dans d’autres secteurs il NE PEUT PAS atteindre la sécurité. (Ce qui précède simplifie énormément la situation réelle, mais indique vraiment d’une façon grossière et générale comment la condition de l’homme moderne diffère de celle de l’homme primitif).

71. Les gens ont beaucoup de motivations transitoires ou impulsives qui sont nécessairement contrecarrées dans la vie moderne, et tombent par là dans le groupe 3. On peut se mettre en colère, mais la société moderne ne peut pas permettre de se battre. Dans beaucoup de situations elle ne permet pas même l’agression verbale. Quand on va quelque part on peut être pressé, ou on peut être en humeur de voyager lentement, mais on n’a généralement pas d’autre choix que de suivre le flux du trafic et d’obéir aux feux de circulation. On peut vouloir faire son travail d’une façon différente, mais d’habitude on ne peut travailler que selon les règles fixées par son employeur. De beaucoup d’autres façons encore, l’homme moderne est ligoté par un réseau de règles et de règlements (explicites ou implicites) qui contrecarre beaucoup de ses impulsions et se heurte ainsi au processus de pouvoir. On ne peut pas se passer de la plupart de ces règlements , parce qu’ils sont nécessaires au fonctionnement de la société industrielle.

72. La société moderne est par certains aspects extrêmement permissive. Dans les questions qui sont sans rapport avec le fonctionnement du système nous pouvons généralement faire ce qui nous plaît. Nous pouvons croire en n’importe quelle religion (tant qu’elle n’encourage pas de comportement dangereux pour le système). Nous pouvons coucher avec qui nous aimons (tant que nous pratiquons « des rapports sexuels protégés »). Nous pouvons faire tout ce que nous aimons tant que c’est SANS IMPORTANCE. Mais dans toutes les questions IMPORTANTES le système tend de plus en plus à réguler notre comportement

73. Le comportement n’est pas seulement régulé par des règles explicites ou par le gouvernement. Le contrôle est souvent exercé par une contrainte indirecte ou par la pression psychologique ou la manipulation, et par des organisations autres que le gouvernement, ou par le système dans son ensemble. La plupart des grandes organisations utilisent une forme ou une autre de propagande [14] pour manipuler l’attitude ou le comportement des gens. La propagande n’est pas limitée à la publicité, et parfois elle n’est même pas consciemment conçue comme de la propagande par les gens qui la font. Par exemple, le contenu des programmes de divertissement est une forme puissante de propagande. Un exemple de contrainte indirecte : il n’y a aucune loi qui dit que nous devons aller travailler chaque jour et suivre les ordres de notre employeur. Légalement il n’y a rien pour nous empêcher d’aller vivre dans la nature comme les primitifs ou d’entrer nous mêmes dans les affaires. Mais en pratique il reste très peu de terres sauvages disponibles et il n’y a de la place dans l’économie que pour un nombre limité de petits commerçants. Par là la plupart d’entre nous ne peuvent survivre que comme employé de quelqu’un d’autre.

74. Nous suggérons que l’obsession pour la longévité, et le maintien de l’énergie physique et de l’attrait sexuel jusqu’à un âge avancé, chez l’homme moderne est un symptôme de non accomplissement résultant d’une privation dans le processus de pouvoir. « La crise de la quarantaine » est aussi un tel symptôme. Tout comme le manque d’intérêt à avoir des enfants qui est assez commun dans la société moderne, mais presque inouï dans des sociétés primitives.

75. Dans les sociétés primitive la vie est une succession d’étapes. Les besoins et les buts d’une étape ayant été accomplis, il n’y a aucune répugnance particulière à passer à l’étape suivante. Un jeune homme accomplit le processus de pouvoir en devenant un chasseur, chassant non pour le sport ou pour l’accomplissement, mais pour obtenir de la viande qui est nécessaire pour se nourrir. (Chez les jeunes femmes le processus est plus complexe, avec un accent plus grand sur le pouvoir social; nous ne le discuterons pas ici.) Cette phase étant passée avec succès, le jeune homme n’a aucune répugnance à s’installer dans les responsabilités d’élever une famille. (Par contraste, certaines personnes modernes reportent indéfiniment d’avoir des enfants parce qu’ils sont trop occupés à rechercher quelque « accomplissement ». Nous suggérons que l’accomplissement dont ils ont besoin est l’expérience adéquate du processus de pouvoir – avec des buts réels au lieu des buts artificiels d’activités de substitution). De nouveau, ayant avec succès élevé ses enfants, et accompli le processus de pouvoir en leur fournissant leurs nécessités physiques, l’homme primitif estime que son travail est terminé et il est prêt à accepter la vieillesse (s’il survit jusque là) et la mort. Beaucoup de personnes modernes, au contraire, sont gênées par la perspective de la mort, comme on peut le voir par les efforts qu’ils font pour essayer d’entretenir leur condition physique, leur apparence et leur santé. Nous soutenons que c’est en raison du non accomplissement résultant du fait qu’ils n’ont jamais utilisé leur force physique, n’ont jamais accompli le processus de pouvoir en utilisant leur corps d’une façon sérieuse. Ce n’est pas l’homme primitif, qui a utilisé son corps quotidiennement pour des buts pratiques, qui craint les détériorations de l’âge, mais l’homme moderne, qui n’a jamais eu d’utilisation pratique pour son corps au-delà de la marche de sa voiture à sa maison. C’est l’homme dont le besoin de processus de pouvoir a été satisfait pendant sa vie qui est le mieux préparé à accepter la fin de cette vie.

76. En réponse aux arguments de cette section quelqu’un dira, « la Société doit trouver un moyen de donner aux gens l’occasion d’accomplir le processus de pouvoir ». Pour ces gens la valeur de l’occasion est détruite par le fait même que la société la leur donne. Ce qu’ils ont besoin est de trouver ou créer leurs propres occasions. Tant que le système leur DONNE leurs occasions il les a toujours en laisse. Pour atteindre l’autonomie ils doivent se débarrasser de cette laisse.

COMMENT CERTAINES PERSONNES S’ADAPTENT

77. Tout le monde dans la société industrialo-technologique ne souffre pas de problèmes psychologiques. Quelques personnes prétendent même être tout à fait satisfaites de la société comme elle est. Nous discutons maintenant certaines des raisons pour lesquelles les gens diffèrent à ce point dans leur réponse à la société moderne.

78. D’abord, il y a sans aucun doute des différences dans l’instinct de pouvoir. Les individus avec une attirance faible pour le pouvoir peuvent avoir relativement peu de besoin d’accomplir le processus de pouvoir, ou au moins un besoin relativement faible d’autonomie dans le processus de pouvoir. Ce sont les types dociles qui auraient été heureux comme nègres de plantation dans le Vieux Sud. (Nous ne voulons pas nous moquer « des nègres de plantation » du Vieux Sud. À leur crédit, la plupart des esclaves n’étaient PAS contents de leur servitude. Mais nous nous moquons des gens qui SONT contents de la servitude.)

79. Certains peuvent avoir une motivation exceptionnelle, dont la poursuite satisfait leur besoin du processus de pouvoir. Par exemple, ceux qui ont une motivation exceptionnellement forte pour le statut social peuvent passer leur vie entière à monter l’échelle sociale sans jamais s’ennuyer de ce jeu.

80. Les gens varient dans leur sensibilité à la publicité et au marketing. Certains sont si susceptibles que, même s’ils font beaucoup d’argent, ils ne peuvent pas satisfaire leur constante envie pour les nouveaux jouets brillants que le marketing agite devant leurs yeux. Donc ils se sentent toujours financièrement en difficulté même si leur revenu est élevé et leurs envies sont contrecarrées.

81. Certains ont une faible sensibilité à la publicité et au marketing. Ce sont les gens qui ne sont pas intéressés par l’argent. L’acquisition de biens matériels ne sert pas leur besoin du processus de pouvoir.

82. Ceux qui ont une sensibilité moyenne à la publicité et au marketing sont capables de gagner assez d’argent pour satisfaire leurs envies de marchandises et de service, mais seulement au prix d’un effort sérieux (heures supplémentaires, travail de complément, promotion, etc). Par là l’acquisition de biens matériels sert leur besoin du processus de pouvoir. Mais il ne s’ensuit pas nécessairement que leur besoin est entièrement satisfait. Ils peuvent avoir une autonomie insuffisante dans le processus de pouvoir (leur travail peut consister à suivre des ordres) et certaines de leurs motivations peuvent être contrecarrés (par exemple, la sécurité, l’agression). (Nous sommes coupables de simplification excessive dans les paragraphes 80-82 parce que nous avons supposé que le désir d’acquisition matérielle est entièrement une création de la publicité et du marketing. Bien sûr ce n’est pas si simple [11]).

83. Certains satisfont en partie leur besoin du pouvoir en s’identifiant avec une organisation puissante ou un mouvement de masse. Un individu manquant de buts ou de pouvoir rejoint un mouvement ou une organisation, adopte ses buts comme les siens propres, travaille ensuite vers ces buts. Quand certains des buts sont atteints, l’individu, bien que ses efforts personnels aient joué seulement une rôle insignifiant dans leur accomplissement, ressent (par son identification avec le mouvement ou l’organisation) la même chose que s’il avait accompli le processus de pouvoir. Ce phénomène a été exploité par les fascistes, les nazis et les communistes. Notre société l’utilise, aussi, quoique moins brutalement. Par exemple : Manuel Noriega était irritant pour les Etats-Unis (but : punir Noriega). Les Etats-Unis ont envahi le Panama (effort) et ont puni Noriega (accomplissement du but). Les Etats-Unis ont accompli le processus de pouvoir et beaucoup d’Américains, à cause de leur identification avec les Etats-Unis, ont éprouvé le processus de pouvoir par délégation. De là l’approbation publique généralisée de l’invasion du Panama; elle a donné aux gens une sensation de pouvoir [15]. Nous voyons le même phénomène dans les armées, les sociétés, les partis politiques, les organisations humanitaires, les mouvements religieux ou idéologiques. Les mouvements gauchistes particulièrement ont tendance à attirer les gens qui cherchent à satisfaire leur besoin de pouvoir. Mais pour la plupart l’identification avec une grande organisation ou un mouvement de masse ne satisfait pas entièrement le besoin du pouvoir.

84. Une autre voie par laquelle les gens satisfont leur besoin du processus de pouvoir est par des activités de substitution. Comme nous l’avons expliqué dans les paragraphes38-40, une activité de substitution est dirigée vers un but artificiel que l’individu poursuit pour « l’accomplissement » qu’il obtient en poursuivant ce but, pas parce qu’il doit atteindre le but lui-même. Par exemple, il n’y a aucun motif pratique pour se bâtir d’énormes muscles, pour envoyer une bille dans un trou ou acquérir une série complète de timbres-postes. Pourtant beaucoup de gens dans notre société se consacrent avec passion au culturisme, au golf ou à la philatélie. Certains sont plus « conformistes » que d’autres et accordent donc plus aisément de l’importance à une activité de substitution simplement parce que les gens autour d’eux la traitent comme importante ou parce que la société leur dit que c’est important. C’est pourquoi certains deviennent très appliqués dans des activités essentiellement insignifiantes comme le sport, ou le bridge, ou les échecs, ou des recherches savantes mystérieuses, tandis que d’autres qui sont plus clairvoyants ne voient jamais ces choses que comme les activités de substitution qu’elles sont et ne leur attachent jamais par conséquent assez d’importance pour satisfaire leur besoin du processus de pouvoir. Il reste seulement à souligner que dans de nombreux cas la manière de gagner sa vie est aussi une activité de substitution. Pas une PURE activité de substitution, puisqu’une partie du motif de l’activité est de gagner les nécessités physiques et (pour certains) le statut social et le superflu que la publicité leur fait vouloir. Mais beaucoup de gens mettent dans leur travail beaucoup plus d’efforts que nécessaire pour gagner l’argent et le statut dont ils ont besoin et cet effort supplémentaire constitue une activité de substitution. Cet effort supplémentaire, avec l’investissement émotionnel qui l’accompagne, est une des forces les plus puissantes qui pousse le développement continuel et le perfectionnement du système, avec des conséquences négatives pour la liberté individuelle (voir le paragraphe 131). Particulièrement, pour les scientifiques et les ingénieurs les plus créatifs, le travail a tendance à être en grande partie une activité de substitution. Ce point est si important qu’il mérite une discussion séparée, que nous donnerons dans un moment (paragraphes 87-92).

85. Dans cette section nous avons expliqué comment beaucoup de gens dans la société moderne satisfont plus ou moins leur besoin du processus de pouvoir. Mais nous pensons que pour la majorité des gens le besoin du processus de pouvoir n’est pas entièrement accompli. En premier lieu, ceux qui ont un besoin insatiable de statut, ou qui sont fermement « accrochés » à une activité de substitution, ou qui s’identifient suffisamment avec un mouvement ou une organisation pour satisfaire leur besoin de pouvoir, sont des personnalités exceptionnelles. Les autres ne sont pas entièrement satisfaits par les activités de substitution ou par l’identification avec une organisation (voir les paragraphes 41,64). En second lieu, trop de contrôle est imposé par le système, par des règlements explicites ou par la socialisation, ce qui aboutit à un manque d’autonomie et à la frustration en raison de l’impossibilité d’atteindre certains buts et de la nécessité de freiner trop d’impulsions.

86. Mais même si la plupart des gens dans la société industrialo-technologique étaient tout à fait satisfaites, nous (FC) serions toujours opposés à cette forme de société, parce que (parmi d’autres raisons) nous considérons comme avilissant d’accomplir son besoin du processus de pouvoir par des activités de substitution ou par l’identification avec une organisation, plutôt que par la poursuite de buts réels.

MOTIVATIONS DES SCIENTIFIQUES

87. La science et la technologie fournissent les exemples les plus importants d’activités de substitution. Quelques scientifiques prétendent qu’ils sont motivés par « la curiosité », cette notion est simplement absurde. La plupart des scientifiques travaillent sur des problème hautement spécialisés qui ne sont l’objet d’aucune curiosité normale. Par exemple, est-ce qu’un astronome, un mathématicien ou un entomologiste est curieux des propriétés de l’isopropyltrimethylmethane ? Bien sûr que non. Seul un chimiste est curieux d’une telle chose et il est curieux de cela seulement parce que la chimie est son activité de substitution. Est-ce que le chimiste est curieux de la classification correcte d’une nouvelle espèce de scarabée ? Non. Cette question est intéressante seulement pour l’entomologiste et il ne s’y intéresse que parce que l’entomologie est son activité de substitution. Si le chimiste et l’entomologiste devaient se dépenser sérieusement pour obtenir les nécessités physiques et si cet effort occupait leurs capacités d’une façon intéressante, mais non scientifique, alors ils se moqueraient de l’isopropyltrimethylmethane ou de la classification des scarabées. Supposons que le manque de fonds pour les études de troisième cycle ait mené le chimiste à devenir courtier d’assurance au lieu de chimiste. Dans ce cas il aurait été très intéressé par des questions d’assurance, mais ne se serait soucié en rien de l’isopropyltrimethylmethane. En tout cas il n’est pas normal de mettre dans la satisfaction de la simple curiosité le volume de temps et d’effort que les scientifiques mettent dans leur travail. L’explication par la « curiosité » de la motivation des scientifiques ne tient tout simplement pas.

88. L’explication par « le bien de l’humanité » ne marche pas mieux. Certaines activités scientifiques n’ont aucune relation imaginable avec le bien-être de la race humaine – la plus grande partie de l’archéologie ou de la linguistique comparée par exemple. D’autres secteurs des sciences présentent des dangers évidents. Pourtant les scientifiques dans ces secteurs sont aussi enthousiastes pour leur travail que ceux qui développent des vaccins ou étudient la pollution athmosphérique. Considérez le cas du Dr Edouard Teller, qui avait un engagement émotionnel évident dans la promotion des centrales nucléaires. Cette engagement était il issu d’un désir de profiter à l’humanité ? S’il en est ainsi alors pourquoi le Dr Teller ne s’est il pas engagé émotionnellement pour d’autres causes « humanitaires » ? S’il était si humanitaire alors pourquoi a-t-il aidé à développer la bombe H ? Comme avec beaucoup d’autres accomplissements scientifiques, on peut sérieusement se poser la question de savoir si les centrales nucléaires profitent vraiment à l’humanité. L’électricité bon marché est elle plus importante que l’accumulation des déchêts et le risque d’accidents ? Le Dr Teller a vu seulement un côté de la question. Clairement son engagement émotionnel dans l’énergie nucléaire n’a pas surgi d’un désir « de profiter à l’humanité » mais d’un accomplissement personnel qu’il a tiré de son travail et de la vue de son utilisation pratique.

89. Il en est de même des scientifiques en général. Avec de rares exceptions possibles, leur motif n’est ni la curiosité, ni le désir de profiter à l’humanité, mais le besoin d’accomplir le processus de pouvoir : avoir un but (un problème scientifique à résoudre), faire un effort (la recherche) et atteindre le but (la solution du problème). La science est une activité de substitution parce que les scientifiques travaillent principalement pour l’accomplissement qu’ils trouvent dans le travail lui-même.

90. Bien sûr, ce n’est pas aussi simple. D’autres motivations jouent effectivement un rôle pour beaucoup de scientifiques. Argent et statut par exemple. Certains scientifiques peuvent être des gens du type qui ont un besoin insatiable de statut (voir le paragraphe 79) et cela peut être la principale motivation pour leur travail. Il n’y a aucun doute que la majorité des scientifiques, comme la majorité de la population générale, est plus ou moins sensible à la publicité et au marketing et a besoin d’argent pour satisfaire l’envie de marchandises et de services. Ainsi la science n’est pas une PURE activité de substitution. Mais c’est en grande mesure une activité de substitution.

91. De plus, la science et la technologie constituent un puissant mouvement de masse et beaucoup de scientifiques satisfont leur besoin de pouvoir par l’identification avec ce mouvement de masse (voir le paragraphe 83).

92. Ainsi la science marche au pas aveuglément, sans respect pour le bien-être réel de la race humaine ou pour une autre norme, obéissant seulement aux besoins psychologiques des scientifiques et des politiques et cadres de société qui financent la recherche.

LA NATURE DE LA LIBERTÉ

93. Nous allons montrer que la société industrialo-technologique ne peut pas être réformée de façon à l’empêcher de rétrécir peu à peu la sphère de la liberté humaine. Mais comme « liberté » est un mot qui peut être interprété de beaucoup de façons, nous devons d’abord faire comprendre de quelle liberté nous parlons.

94. Par « liberté » nous désignons l’occasion d’accomplir le processus de pouvoir, avec des buts réels et non les buts artificiels d’activités de substitution, et sans interférence, manipulation ou supervision de qui que ce soit, particulièrement d’aucune grande organisation. La liberté veut dire avoir le contrôle (en tant qu’individu ou membre d’un PETIT groupe) des questions vitales de son existence; l’alimentation, les vêtements, le couvert et la défense contre toutes les menaces qui peuvent être présentes dans son environnement. La liberté veut dire avoir le pouvoir; pas le pouvoir de contrôler d’autres personnes mais le pouvoir de contrôler les circonstances de sa propre vie. On n’a pas de liberté si un autre (particulièrement une grande organisation) a le pouvoir sur soi, quelque bienveillant, tolérant et permissif qu’il soit. Il est important de ne pas confondre la liberté avec la simple permission (voir le paragraphe 72).

95. Il se dit que nous vivons dans une société libre parce que nous avons un certain nombre de droits constitutionnellement garantis. Mais ceux-ci ne sont pas aussi importants qu’ils le semblent. Le degré de liberté personnelle qui existe dans une société est déterminé plus par la structure économique et technique de la société que par ses lois ou sa forme de gouvernement [16]. La plupart des nations indiennes de Nouvelle Angleterre étaient des monarchies et beaucoup des Cités-Etats de la Renaissance italienne étaient dirigées par des dictateurs. Mais quand on se documente sur ces sociétés on a l’impression qu’elles permettaient beaucoup plus de liberté personnelle que notre société. C’est en partie parce qu’elles manquaient des mécanismes efficaces pour mettre en application la volonté du dirigeant : il n’y avait pas de police moderne et bien organisée, pas de communication rapide à grande distance, pas de caméras de surveillance, pas fichier d’information sur la vie des citoyens ordinaires. Par là il était relativement facile de se soustraire au contrôle.

96. Quant à nos droits constitutionnels, considérez par exemple celui de la Liberté de la Presse. Nous ne sommes certainement pas contre ce droit : c’est un outil très important pour limiter la concentration du pouvoir politique et pour tenir dans le droit chemin ceux qui ont effectivement le pouvoir politique en exposant publiquement leurs mauvaises conduites. Mais la liberté de la Presse est de très peu d’utilité au citoyen moyen en tant qu’individu. Les mass-médias sont en grande partie sous le contrôle de grosses organisations qui sont intégrées dans le système. Quelqu’un qui a un peu d’argent peut faire imprimer quelque chose, ou peut le distribuer sur Internet ou d’une autre façon équivalente, mais ce qu’il veut dire sera inondé par le volume énorme de matériau produit par les médias, par là il n’aura aucun effet pratique. Faire une impression sur la société avec des mots est donc presque impossible pour la plupart des individus et des petits groupes. Prenez-nous (FC) par exemple. Si nous n’avions jamais rien fait de violent et avions soumis ce texte à un éditeur, il n’aurait probablement pas été accepté. S’il avait été accepté et publié, il n’aurait probablement pas attiré beaucoup de lecteurs, parce que c’est plus amusant de regarder les divertissement produits par les médias que de lire un essai sérieux. Même si ce texte avait eu beaucoup de lecteurs, la plupart de ces lecteurs auraient bientôt oublié ce qu’ils auraient lu, leurs esprits inondés par la masse de matériau à laquelle les médias les exposent. Pour présenter notre message au public avec une certaine chance de faire une impression durable, nous avons dû tuer des gens.

97. Les droits constitutionnels sont utiles jusqu’à un certain point, mais ils ne servent pas à garantir beaucoup plus que ce qu’on pourrait appeler la conception bourgeoise de la liberté. Selon la conception bourgeoise, un homme « libre » est essentiellement un élément d’une machine sociale et a seulement un certain jeu de libertés prescrites et délimitées; les libertés qui sont conçues pour servir les besoins de la machine sociale plus que ceux de l’individu. Ainsi l’homme « libre » selon le bourgeois a la liberté économique parce que cela promeut la croissance et le progrès; il a la Liberté de la Presse parce que la critique publique restreint la mauvaise conduite des leaders politiques; il a droit à une justice équitable parce que l’emprisonnement suivant le caprice des puissants serait mauvais pour le système. C’était clairement l’attitude de Simon Bolivar. Pour lui, les gens méritaient la liberté seulement s’ils l’utilisaient pour promouvoir le progrès (le progrès selon la conception du bourgeois). D’autres penseurs bourgeois ont adopté cette vision de la liberté comme un simple moyen pour des fins collectives. Chester C. Tan, « la Pensée Politique chinoise au Vingtième siècle, » page 202, explique la philosophie du Leader du Kuomintang Hu Han-Min : « on accorde des droits à un individu parce qu’il est membre de la société et que la vie de la communauté nécessite de tels droits. Par communauté Hu désignait la société entière de la nation. » Et à la page 259 Tan déclare que selon Carsum Chang (Chang Chun-Mai, chef du Parti Socialiste d’Etat en Chine) la liberté devait être utilisée dans l’intérêt de l’état et du peuple comme un tout. Mais quel genre de liberté a-t-on si on ne peut l’utiliser que comme quelqu’un d’autre le prescrit ? La conception de la liberté de FC n’est pas celle de Bolivar, Hu, Chang ou d’autres théoriciens bourgeois. L’ennui avec ces théoriciens est qu’ils ont fait du développement et de l’application de théories sociales leur activité de substitution. Par conséquent les théories sont conçues pour servir les besoins des théoriciens plus que les besoins des gens qui sont assez malheureux pour vivre dans une société sur laquelle ces théories sont imposées.

98. Un dernier point doit être précisé dans cette section : On ne devrait pas considérer que quelqu’un a assez de liberté simplement parce qu’il DIT qu’il en a assez. La liberté est limitée en partie par un contrôle psychologique dont les gens sont inconscients, et de plus les idées de beaucoup sur ce en quoi constitue la liberté sont basées plus selon les conventions sociales que par leurs besoins réels. Par exemple, il est probable que beaucoup de gauchistes du type sursocialisé diraient que la plupart des gens, y compris eux-mêmes sont trop peu socialisés plutôt que trop, pourtant le gauchiste sursocialisé paye un lourd tribut psychologique pour son haut niveau de socialisation.

QUELQUES PRINCIPES DE L’HISTOIRE

99. Pensez à l’histoire comme étant la somme de deux composantes : un composant erratique qui consiste en événements imprévisibles qui ne suivent aucun modèle perceptible, et un composant régulier qui consiste en tendances historiques à long terme. Ici nous nous intéressons aux tendances à long terme.

100. PREMIER PRINCIPE. Si un PETIT changement affecte une tendance historique à long terme, l’effet de ce changement sera presque toujours transitoire – la tendance retournera bientôt à son état originel. (Exemple : un mouvement de réforme conçu pour nettoyer la corruption politique dans une société a rarement plus qu’un effet à court terme; tôt ou tard les réformateurs se détendent et la corruption revient discrètement. Le niveau de corruption politique dans une société donnée a tendance à rester constant, ou changer seulement lentement avec l’évolution de la société. Normalement, un nettoyage politique sera permanent seulement s’il est accompagné par des changements sociaux étendus; un PETIT changement dans la société ne suffira pas). Si un petit changement dans une tendance historique à long terme apparaît permanent, c’est seulement parce que le changement agit dans la direction dans laquelle la tendance va déjà, si bien que la tendance n’est pas modifiée, mais seulement poussée en avant.

101. Le premier principe est presque une tautologie. Si une tendance n’était pas stable vis à vis des petits changements, elle errerait au hasard plutôt que suivant une direction définie; autrement dit ce ne serait pas du tout une tendance à long terme.

102. DEUXIÈME PRINCIPE. Si un changement est suffisamment grand pour changer de manière permanente une tendance historique à long terme, alors il changera la société dans son ensemble. Autrement dit, une société est un système dans lequel toutes les parties sont en corrélation et on ne peut pas en changer de manière permanente une partie importante sans changer aussi toutes les autres.

103. TROISIÈME PRINCIPE. Si un changement est assez grand pour changer de manière permanente une tendance à long terme, alors les conséquences pour la société dans son ensemble ne peuvent pas être prévues d’avance. (À moins que d’autres sociétés n’aient subi le même changement et aient toutes connu les mêmes conséquences, dans ce cas où on peut prévoir empiriquement qu’une autre société qui subirait le même changement éprouverait probablement des conséquences semblables).

104. QUATRIÈME PRINCIPE. Une nouvelle sorte de société ne peut pas être conçue sur le papier. C’est-à-dire qu’on ne peut pas projeter une nouvelle forme de société à l’avance, la fonder ensuite et s’attendre à ce qu’elle fonctionne comme prévu.

105. Les troisième et quatrième principes résultent de la complexité des sociétés humaines. Un changement du comportement humain affectera l’économie d’une société et son environnement physique; l’économie affectera l’environnement et vice versa et les changements de l’économie et de l’environnement affecteront le comportement humain de façons complexes et imprévisibles; et ainsi de suite. Le réseau de causes et effets est beaucoup trop complexe pour être démêlé et compris.

106. CINQUIÈME PRINCIPE. Les gens ne choisissent pas consciemment et rationnellement la forme de leur société. Les sociétés se développent par des processus d’évolution sociale qui ne sont pas sous un contrôle humain rationnel.

107. Le cinquième principe est une conséquence des quatre autres.

108. Pour illustrer cela : D’après le premier principe, en général une tentative de réforme sociale soit va dans la direction dans laquelle la société se développe de toute façon (ce qui fait qu’elle accélère simplement un changement qui serait arrivé tôt ou tard) soit elle a seulement un effet transitoire, de sorte que la société revient bientôt doucement dans ses vieilles ornières. Pour changer durablement la direction du développement de n’importe quel aspect important d’une société, la réforme est insuffisante et la révolution est nécessaire. (Une révolution n’implique pas nécessairement un soulèvement armé ou le renversement d’un gouvernement.) Selon le deuxième principe, une révolution ne change jamais seulement un aspect d’une société; et selon le troisième principe des changements se produisent que les révolutionnaires n’avaient jamais attendu ou désiré. Selon le quatrième principe, quand des révolutionnaires ou des utopistes fondent une nouvelle sorte de société, ça ne se passe jamais comme ils l’avaient planifié.

109. La Révolution Américaine ne fournit pas de contre-exemple. « La Révolution » américaine ne fut pas une révolution dans notre sens du mot, mais une guerre d’indépendance suivie par une réforme politique d’une assez grande portée. Les Pères Fondateurs n’ont pas changé la direction du développement de la société américaine, ils n’aspiraient d’ailleurs pas à le faire. Ils ont seulement libéré le développement de la société américaine des freins de la loi britannique. Leur réforme politique n’a changé aucune tendance de fond, mais a seulement poussé la culture politique américaine suivant sa direction naturelle de développement. La société britannique, dont la société américaine était une ramification, s’était orientée depuis longtemps vers la démocratie représentative. Et avant la Guerre d’Indépendance les Américains pratiquaient déjà un degré significatif de démocratie représentative dans les assemblées coloniales. Le système politique établi par la Constitution fut modelé sur le système britannique et sur les assemblées coloniales. Avec des changements majeurs, c’est certain – il n’y a aucun doute que les Pères Fondateurs ont fait un pas très important. Mais c’était un pas dans la direction vers laquelle le monde anglophone allait déjà . La preuve en est que la Grande-Bretagne et toutes ses colonies qui étaient peuplées principalement de gens d’origine britannique ont fini avec des systèmes de démocratie représentative essentiellement semblables à celui des Etats-Unis. Si les Pères Fondateurs avaient perdu leur sang-froid et avaient refusé de signer la Déclaration d’Indépendance, notre mode de vie n’aurait pas été aujourd’hui significativement différent. Peut-être aurions nous eu des liens un peu plus serrés avec la Grande-Bretagne et aurions nous eu un Parlement et un Premier ministre au lieu d’un Congrès et d’un Président. La belle affaire. Ainsi la Révolution américaine n’est pas un contre-exemple, mais une bonne illustration de nos principes.

110. Cependant, on doit utiliser le bon sens dans l’application de ces principes. Ils sont exprimés dans un langage imprécis qui laisse latitude pour l’interprétation et des exceptions peuvent être trouvées. Donc nous présentons ces principes non pas comme des lois inviolables, mais comme des principes de base, ou des guides de pensée, qui peuvent fournir un antidote partiel aux idées naïves sur l’avenir de la société. On devrait garder ces principes constamment en mémoire et chaque fois que l’on arrive à une conclusion qui est en contradiction avec eux il faudrait soigneusement réexaminer sa pensée et ne conserver la conclusion que si on a des raisons bonnes et solides de le faire.

LA SOCIÉTÉ INDUSTRIALO-TECHNOLOGIQUE NE PEUT PAS ÊTRE RÉFORMÉE

111. Les principes ci-dessus aident à montrer combien il serait désespérément difficile de réformer le système industriel de façon à l’empêcher de rétrécir progressivement notre sphère de liberté. Il y a une tendance permanente, qui remonte au moins à la Révolution Industrielle suivant laquelle la technologie renforce le système avec un coût élevé en termes de liberté individuelle et d’autonomie locale. Par là tout changement conçu pour protéger la liberté des effets de la technologie irait à l’encontre d’une tendance fondamentale dans le développement de notre société.

Par conséquent, un tel changement serait transitoire – bientôt inondé par la marée de l’histoire – ou alors, s’il est assez grand pour être permanent changerait la nature de notre société entière. Ceci d’après les premier et deuxième principes. De plus, comme la société serait changée d’une façon qui ne peut pas être prévue d’avance (troisième principe) ce serait très risqué. Des changements assez grands pour faire une différence durable en faveur de la liberté ne seraient pas introduits parce qu’on se rendrait compte qu’ils perturberaient gravement le système. Donc toute tentative de réforme serait trop timide pour être efficaces. Même si des changements assez grands pour faire une différence durable étaient introduits, on les abandonnerait quand leurs effets perturbateurs seraient devenus apparents. Ainsi, des changements permanents en faveur de la liberté ne pourraient être provoqués que par des gens prêts à accepter des altérations radicales, dangereuses et imprévisible du système entier. Autrement dit, par des révolutionnaires, non des réformateurs.

112. Ceux qui tiennent à sauver la liberté sans sacrifier les bénéfices supposés de la technologie suggéreront des arrangements naïfs pour quelque nouvelle forme de société qui réconcilierait la liberté avec la technologie. En dehors du fait que les gens qui font des suggestions proposent rarement des moyens pratiques par lesquels la nouvelle forme de société pourrait être fondée, il découle du quatrième principe que même si la nouvelle forme de société pouvait être établie, elle s’effondrerait ou donnerait des résultats très différents de ceux attendus.

113. Donc même sur des bases très générales il semble hautement invraisemblable qu’une façon de changer la société puisse être trouvée qui réconcilierait la liberté avec la technologie moderne. Dans les quelques sections suivantes nous donnerons des raisons plus précises de conclure que la liberté et le progrès technologique sont incompatibles.

LES RESTRICTIONS A LA LIBERTÉ SONT INÉVITABLES DANS UNE SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE

114. Comme expliqué dans les paragraphes 65-67, 70-73, l’homme moderne est ligoté par un réseau de règles et des règlements et son destin dépend des actions de personnes éloignées de lui dont il ne peut pas influencer les décisions. Ce n’est pas un accident ou le résultat de l’arbitraire de bureaucrates arrogants. C’est nécessaire et inévitable dans toute société technologiquement avancée. Le système DOIT réguler étroitement le comportement humain pour fonctionner. Au travail, les gens doivent faire ce que l’on leur dit de faire, sinon la production deviendrait un chaos. La bureaucratie DOIT être menée selon des règles rigides. Permettre n’importe quelle initiative personnelle substantielle aux bureaucrates de niveau inférieur perturberait le système et conduirait à des accusations d’inéquité en raison des différences dans la manière dont les bureaucrates individuels font preuve d’initiative. Il est vrai que quelques restrictions de notre liberté pourraient être éliminées, mais EN GÉNÉRAL la régulation de nos vies par des grandes organisations est nécessaire pour le fonctionnement de la société industrialo-technologique. Le résultat est un sentiment d’impuissance de la part de la personne moyenne. Il se peut, cependant, que les règlements formels tendront de plus en plus à être remplacés par des outils psychologiques qui nous feront vouloir ce que le système nécessite de nous. (Propagande [14], techniques éducatives, programmes « de santé mentale », etc)

115. Le système DOIT forcer les gens à se comporter de façons qui sont de plus en plus éloignées du modèle naturel de comportement humain. Par exemple, le système a besoin de scientifiques, de mathématiciens et d’ingénieurs. Il ne peut pas fonctionner sans eux. Donc une forte pression est mise sur les enfants pour qu’ils excellent dans ces domaines. Ce n’est pas naturel pour un humain adolescent de passer la plus grande partie de son temps assis à un bureau absorbé dans les études. Un adolescent normal veut passer son temps en contact actif avec le monde réel. Parmi les peuples primitifs les choses que les enfants sont amenés à faire sont en harmonie naturelle avec les impulsions humaines naturelles. Chez les Indiens d’Amérique, par exemple, les garçons étaient entraînés dans des activités extérieures actives – exactement la sorte de choses que les garçons aiment. Mais dans notre société les enfants sont poussés à étudier des sujets techniques, ce que la plupart font à contrecoeur.

116. À cause de la pression constante que le système exerce pour modifier le comportement humain, il y a une augmentation graduelle du nombre de gens qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s’adapter aux exigences de la société : sangsues sociales, membres de gangs de jeunes, membres de sectes, rebelles contestataires, saboteurs écologistes radicaux, marginaux et réfractaires de toutes sortes.

117. Dans toute société technologiquement avancée le destin de l’individu DOIT dépendre de décisions qu’il ne peut personnellement influencer significativement. Une société technologique ne peut pas être éclatée en petites communautés autonomes, parce que la production dépend de la coopération de très grands nombres de gens et de machines. Une telle société DOIT être fortement organisée et les décisions qui DOIVENT être prises affectent de très grands nombres des gens. Quand une décision affecte, disons, un million de personnes, alors chacun des individus affectés a, en moyenne, seulement une part d’un millionième dans la décision. Ce qui arrive est d’habitude en pratique que les décisions sont prises par des fonctionnaires ou des cadres de société, ou par des spécialistes techniques, mais même quand le public vote sur une décision le nombre des électeurs est en général trop grand pour que le vote d’un seul individu soit significatif [17]. Ainsi la plupart des individus sont incapables d’influencer de façon mesurable les décisions majeures qui affectent leurs vies. Il n’y a pas de façon concevable d’y remédier dans une société technologiquement avancée. Le système essaye « de résoudre » ce problème en utilisant la propagande pour amener les gens à VOULOIR les décisions qui ont été prises pour eux, mais même si cette « solution » réussissait complètement à faire les gens se sentir mieux, ils s’aviliraient.

118. Les conservateurs et quelques autres préconisent plus « d’autonomie locale ». Les communautés locales avaient vraiment autrefois de l’autonomie, mais cette autonomie devient de moins en moins possible car les communautés locales deviennent plus intriquées avec et dépendantes de systèmes à grande échelle comme les services publics, les réseaux informatiques, les réseaux autoroutiers, les mass-médias, le système médical moderne. Le fait qu’une technologie appliquée en un endroit affecte souvent les gens à d’autres endroits éloignés joue aussi contre l’autonomie. Ainsi l’usage de pesticides ou d’autres produits chimiques près d’un ruisseau peut contaminer l’alimentation en eau à des centaines de kilomètres en aval, et l’effet de serre affecte le monde entier.

119. Le système n’existe pas et ne peut pas exister pour satisfaire les besoins humains. Au contraire, c’est le comportement humain qui doit être modifié pour s’adapter aux besoins du système. Cela n’a aucun rapport avec l’idéologie politique ou sociale qui prétend guider le système technologique. C’est la faute de la technologie, parce que le système est guidé non par l’idéologie, mais par les nécessités techniques [18]. Bien sûr le système satisfait beaucoup de besoins humains, mais en général il le fait seulement dans la mesure où il est dans l’intérêt du système de le faire. Ce sont les besoins du système qui sont primordiaux, pas ceux de l’être humain. Par exemple, le système assure leur nourriture aux gens parce qu’il ne pourrait pas fonctionner si tout le monde mourait de faim; il fait attention aux besoins psychologiques de gens chaque fois qu’il peut COMMODÉMENT le faire, parce qu’il ne pourrait pas fonctionner si trop de gens devenaient déprimés ou rebelles. Mais le système, pour des raisons bonnes, solides, pratiques, doit exercer une pression constante sur les gens pour modeler leur comportement aux besoins du système. Trop d’accumulation d’ordures ? Le gouvernement, les médias, le système éducatif, les écologistes, chacun nous inonde d’une masse de propagande sur le recyclage. Besoin de plus de personnel technique ? Un choeur de voix exhorte les gosses à étudier les sciences. Personne ne s’arrête pour demander s’il n’est pas inhumain de forcer des adolescents à passer la plus grande partie de leur temps à étudier des sujets que la plupart d’entre eux détestent. Quand des travailleurs qualifiés sont mis au chômage par des avancées techniques et doivent subir « un recyclage », personne ne demande si ce n’est pas humiliant pour eux d’être bousculés de cette façon. Il est simplement considéré comme allant de soi que chacun doit se plier aux nécessités techniques et pour une bonne raison : si les besoins humains étaient mis avant les nécessités techniques il y aurait des problèmes économiques, du chômage, des pénuries ou pire. Le concept de « santé mentale » est défini en grande partie dans notre société par la mesure dans laquelle un individu se comporte en accord avec les besoins du système et le fait sans montrer de signe de stress.

120. Les efforts pour faire de la place dans le système à un but dans la vie et à l’autonomie ne sont qu’une plaisanterie. Par exemple, une société, au lieu de faire assembler à chacun de ses employés une seule section d’un catalogue, fit assembler à chacun un catalogue entier et cela était supposé leur donner un objectif et un sentiment d’accomplissement. Quelques sociétés ont essayé de donner plus d’autonomie à leurs employés dans leur travail, mais pour des raisons pratiques cela ne peut d’habitude être fait que dans une mesure très limitée et en tout cas on ne donne jamais aux employés d’autonomie quant aux buts ultimes – leurs efforts « autonomes » ne peuvent jamais être dirigés vers des buts qu’ils choisissent personnellement, mais seulement vers les buts de leur employeur, comme la survie et la croissance de la société. Toute société qui permettrait à ses employés d’agir autrement ferait bientôt faillite. De même dans n’importe quelle entreprise d’un système socialiste, les ouvriers doivent diriger leurs efforts vers les buts de l’entreprise, autrement l’entreprise ne remplirait pas son rôle de partie du système. De nouveau, pour des raisons purement techniques il n’est pas possible pour la plupart des individus ou des petits groupes d’avoir beaucoup d’autonomie dans la société industrielle. Même le petit commerçant n’a généralement qu’une autonomie limitée. En dehors de la nécessité des règlementations du gouvernement, il est limité par le fait qu’il doit s’insérer dans le système économique et se conformer à ses exigences. Par exemple, quand quelqu’un développe une nouvelle technologie, le petit commerçant doit souvent utiliser cette technologie, qu’il le veuille ou non, pour rester compétitif.

LES ‘MAUVAIS’ ASPECTS DE LA TECHNOLOGIE NE PEUVENT PAS ÊTRE SÉPARÉS DES ‘BONS’

121. Une raison supplémentaire pour laquelle la société industrielle ne peut pas être réformée en faveur de la liberté est que la technologie moderne est un système unifié dans lequel toutes les parties dépendent l’une de l’autre. On ne peut pas se débarrasser des « mauvais » aspects de la technologie et conserver seulement les « bons » aspects. Prenez la médecine moderne, par exemple. Le progrès dans la science médicale dépend du progrès dans la chimie, la physique, la biologie, l’informatique et d’autres domaines. Les traitements médicaux avancés exigent un équipement coûteux, de haute technologie qui ne peut être rendu disponible que par une société technologiquement progressiste et économiquement riche. Clairement vous ne pouvez pas avoir beaucoup de progrès en médecine sans l’ensemble du système technologique et tout ce qui va avec.

122. Même si le progrès médical pouvait continuer sans le reste du système technologique, il entraînerait de lui même certains maux. Supposons par exemple que l’on découvre un remède pour le diabète. Les gens avec une tendance génétique au diabète seront alors capables de survivre et de se reproduire aussi bien que les autres. La sélection naturelle contre les gènes du diabète cessera et ces gènes s’étendront partout dans la population. (C’est peut être déjà le cas dans une certaine mesure, puisque le diabète, bien que n’étant pas curable, peut être contrôlé à l’aide de l’insuline). La même chose arrivera avec beaucoup d’autre maladies qui sont liées à la dégradation génétique de la population. La seule solution sera une sorte de programme eugénique ou de génie génétique généralisé des humains, de sorte que l’homme dans l’avenir ne sera plus une création de la nature, ou du hasard, ou de Dieu (selon vos avis religieux ou philosophiques), mais un produit manufacturé.

123. Si vous pensez que le grand gouvernement s’immisce de trop dans votre vie MAINTENANT, attendez seulement que le gouvernement ne commence à réguler la conposition génétique de vos enfants. Cette règlementation suivra inévitablement l’introduction du génie génétique humain, parce que les conséquences du génie génétique non régulé seraient désastreuses [19].

124. La réponse habituelle à ces inquiétudes est de parler « du code déontologique ». Mais une déontologie ne servirait pas à protéger la liberté face au progrès médical; elle ne ferait que rendre pires les problèmes. Une déontologie applicable au génie génétique serait en pratique le moyen de réguler la composition génétique des gens. Quelqu’un (probablement la haute bourgeoisie, surtout) déciderait que telle et telle application du génie génétique sont « éthiques » et que d’autres ne le sont pas, de sorte qu’en pratique ils imposeraient leurs propres valeurs à la composition génétique de la population en général. Même si une déontologie était choisie sur une base complètement démocratique, la majorité imposerait ses propres valeurs à toute minorité qui pourrait avoir une idée différente de ce qui constitue une utilisation « éthique » du génie génétique. La seule déontologie qui protégerait vraiment la liberté serait celle qui interdirait TOUT génie génétique humain et vous pouvez être sûrs qu’un tel code ne sera jamais appliqué dans une société technique. Aucun code qui confinerait le génie génétique dans un rôle mineur ne pourrait tenir longtemps, parce que la tentation présentée par le pouvoir immense des biotechnologies serait irrésistible, d’autant plus que pour la majorité des gens beaucoup de ses applications sembleront bonnes de façon évidente et explicite (l’élimination des maladies physiques et mentales, l’octroi aux gens des capacités dont ils doivent disposer dans le monde d’aujourd’hui). Inévitablement, le génie génétique sera utilisé largement, mais seulement de façons compatibles avec les besoins du système industrialo-technologique. [20]

LA TECHNOLOGIE EST UNE FORCE SOCIALE PLUS PUISSANTE QUE L’ASPIRATION VERS LA LIBERTÉ

125. Il n’est pas possible d’obtenir un compromis DURABLE entre la technologie et la liberté, parce que la technologie est de beaucoup la force sociale la plus puissante et empiète continuellement sur la liberté par des compromis RÉPÉTÉS. Imaginez le cas de deux voisins, dont chacun possède au début la même quantité de terre, mais un des deux est plus puissant que l’autre. Le puissant exige un morceau de la terre de l’autre. Le faible refuse. Le puissant dit, « OK, faisons un compromis. Donnez-moi à la moitié de ce que j’ai demandé. » Le faible n’a que le choix de céder. Quelque temps plus tard le voisin puissant exige un autre morceau de terre, de nouveau il y a un compromis, et ainsi de suite. En imposant une longue série de compromis au plus faible, le puissant obtient finalement toute sa terre. Il en va ainsi du conflit entre la technologie et la liberté.

126. Expliquons pourquoi la technologie est une force sociale plus puissante que l’aspiration vers la liberté.

127. Une avancée technique qui semble ne pas menacer la liberté s’avère souvent la menacer très sérieusement plus tard. Considérons, par exemple, le transport motorisé. Un piéton pouvait autrefois aller où il voulait, à son propre pas sans observer aucun code de la route et était indépendant des systèmes de soutien techniques. Quand les véhicules automobiles ont été introduits ils semblaient augmenter la liberté de l’homme. Ils ne diminuaient pas la liberté du piéton, personne n’était obligé d’avoir une automobile s’il ne le voulait pas et quiconque voulait acheter une automobile pouvait voyager beaucoup plus vite qu’un piéton. Mais l’introduction du transport motorisé a bientôt changé la société d’une façon telle qu’il limite énormément la liberté du piéton. Quand les automobiles sont devenues nombreuses, il est devenu nécessaire de réguler de façon importante leur utilisation. Dans une voiture, particulièrement dans les secteurs très peuplés, on ne peut pas juste aller où on veut à sa propre allure, son mouvement est dirigé par le flux de trafic et selon diverses règles de circulation. On est lié par diverses obligations : obligation du permis de conduire, immatriculation, assurance, contrôle technique, remboursements d’emprunt. De plus, l’utilisation du transport motorisé n’est plus facultative. Depuis l’introduction du transport motorisé l’organisation de nos villes a changé d’une façon telle que la majorité des gens ne vit plus à une distance de leur emploi, des centres commerciaux et des lieux de loisirs compatible avec la marche, ce qui fait qu’ils DOIVENT dépendre de l’automobile pour le transport. Ou alors ils doivent utiliser les transports en commun, et dans ce cas ils ont encore moins de contrôle sur leur mouvement qu’en conduisant une voiture. Même la liberté du piéton est maintenant énormément limitée. Dans la ville il doit continuellement s’arrêter et attendre les feux de signalisation qui sont conçus principalement pour servir le trafic automobile. A la campagne, la circulation automobile rend dangereux et désagréable de marcher le long des routes. (Notez le point important que nous avons illustré par le cas du transport motorisé : Quand un nouvel élément de technologie est introduit comme une option qu’un individu peut accepter ou non comme il le veut, cela ne RESTE pas nécessairement facultatif. Dans de nombreux cas la nouvelle technologie change la société d’une façon telle que les gens se trouvent finalement OBLIGÉS de l’utiliser).

128. Tandis que le progrès technologique COMME UN TOUT restreint continuellement notre sphère de liberté, chaque nouvelle avancée technologique CONSIDÉRÉE ISOLÉMENT semble désirable. L’électricité, la plomberie intérieure, les communications rapides à longue distance … quels arguments pourrait on avoir contre une de ces choses, ou contre toute autre des innombrables avancées technologiques qui ont fait la société moderne ? Il aurait été absurde de résister à l’introduction du téléphone, par exemple. Il offrait beaucoup d’avantages et aucun inconvénient. Pourtant comme nous l’avons expliqué dans les paragraphes 59-76, toutes ces avancées techniques prises ensemble ont créé un monde dans lequel le destin de l’homme moyen n’est plus entre ses propres mains ou entre les mains de ses voisins et amis, mais dans celles de politiciens, de cadres de société et des techniciens et bureaucrates distants et anonymes que comme individu il n’a aucun pouvoir d’influencer [21]. Le même processus continuera dans l’avenir. Prenez le génie génétique, par exemple. Peu de gens résisteront à l’introduction d’une technique génétique qui élimine une maladie héréditaire. Elle ne fait aucun mal apparent et empêche beaucoup de souffrance. Pourtant un grand nombre d’améliorations génétiques prises ensemble feront de l’être humain un produit manufacturé plutôt qu’une création libre du hasard (ou de Dieu, ou de ce que vous voulez, selon vos croyances religieuses).

129. Une autre raison pour laquelle la technologie est une force sociale si puissante est que, dans le contexte d’une société donnée, le progrès technologique avance dans une seule direction; il ne peut jamais être inversé complètement. Une fois qu’une innovation technique a été introduite, les gens en deviennent d’habitude dépendants, à moins qu’elle ne soit remplacée par une autre innovation encore plus avancée. Non seulement les gens deviennent dépendants en tant qu’individus d’un nouvel élément de technologie, mais, même, le système dans son ensemble en devient dépendant. (Imaginez ce qui arriverait aujourd’hui au système si les ordinateurs, par exemple, étaient éliminés). Ainsi le système ne peut évoluer que dans une direction, vers plus de technologisation. La technologie force de façon répétée la liberté à faire un pas en arrière – à moins de renverser le système technologique en son entier.

130. La technologie avance avec grande rapidité et menace la liberté en beaucoup de points différents en même temps (surpopulation, règles et règlements, dépendance croissante des individus de grandes organisations, propagande et autres techniques psychologiques, génie génétique, ingérences dans la vie privée par des dispositifs de surveillance et les ordinateurs, etc). Arrêter CHACUNE des menaces à la liberté exigerait une longue lutte sociale différente. Ceux qui veulent protéger la liberté sont écrasés par le seul nombre de nouvelles attaques et la rapidité avec laquelle elles se développent, par là ils deviennent apathiques et ne résistent plus. Combattre chacune des menaces séparément serait futile. On ne peut espérer le succès qu’en luttant contre le système technologique dans son ensemble; mais c’est une révolution pas une réforme.

131. Les techniciens (nous utilisons ce terme dans son sens large pour décrire ceux qui exécutent une tâche spécialisée qui demande une formation) ont tendance à être si impliqués dans leur travail (leur activité de substitution) que quand un conflit surgit entre leur travail technique et la liberté, ils se décident presque toujours en faveur de leur travail technique. C’est évident dans le cas des scientifiques, mais cela apparaît aussi ailleurs : les éducateurs, les groupes humanitaires, les organisations écologistes n’hésitent pas à utiliser la propagande ou d’autres techniques psychologiques pour réaliser leurs fins louables. Les entreprises et les agences gouvernementales, quand elles le trouvent utile, n’hésitent pas à collecter des information sur les individus sans respect pour leur vie privée. Les organes de police sont fréquemment gênés par les droits constitutionnels des suspects et souvent de personnes totalement innocentes et ils font légalement (ou parfois illégalement) ce qu’ils peuvent pour limiter ou circonvenir ces droits. La plupart de ces éducateurs et, fonctionnaires civils et de police croient en la liberté, la vie privée et les droits constitutionnels, mais quand ceux ci entrent en conflit avec leur travail, ils estiment la plupart du temps que leur travail est plus important.

132. Il est bien connu que les gens travaillent généralement mieux et de façon plus déterminée en luttant pour une récompense qu’en essayant d’éviter une punition ou un résultat négatif. Les scientifiques et les autres techniciens sont motivés principalement par la récompense qu’ils trouvent dans leur travail. Mais ceux qui s’opposent aux invasions technologiques de la liberté travaillent pour éviter un résultat négatif, par conséquent ils ne sont que peu à travailler bien et de façon déterminée à cette tâche décourageante. Si les réformateurs remportaient jamais une victoire significative qui semblait fonder une barrière solide contre de nouvelles érosions de la liberté par le progrès technologique, la plupart aurait tendance à se détendre et à tourner leur attention vers des activités plus agréables. Mais les scientifiques resteraient occupés dans leurs laboratoires et la technologie en progressant trouverait des moyens, quelles que soient les barrières, d’exercer de plus en plus de contrôle sur les individus et de les rendre toujours plus dépendants du système.

133. Aucune disposition sociale, ni lois, ni institution, ni coutume ou code déontologique, ne peut assurer de protection permanente contre la technologie. L’histoire montre que toutes les dispositions sociales sont transitoires; Elles finissent toutes par changer ou s’écrouler. Mais les avancées technologiques sont permanentes dans le contexte d’une civilisation donnée. Supposons par exemple qu’il soit possible de parvenir à quelque disposition sociale qui empêcherait le génie génétique d’être appliqué aux humains, ou l’empêcherait d’être appliqué de façon à menacer la liberté et la dignité. Cela n’empêcherait pas la technologie d’attendre. Tôt ou tard la disposition sociale s’écroulerait. Plus probablement tôt, étant donné le rythme des changements de notre société. Alors le génie génétique commencerait à envahir notre sphère de liberté et cette invasion serait irréversible (à moins de l’écroulement de la civilisation technologique elle-même). Toute illusion sur la réalisation de quoi que ce soit de permanent par des dispositions sociales devrait être dissipée par ce qui arrive actuellement avec la législation environnementale. Il y a quelques années il semblait qu’il y avait des barrières légales solides pour empêcher au moins certaines des pires formes de dégradation environnementale. Un changement du vent politique et ces barrières commence à s’effondrer.

134. Pour toutes les raisons précédentes, la technologie est une force sociale plus puissante que l’aspiration vers la liberté. Mais cette affirmation nécessite une restriction importante. Il semble que pendant les prochaines décennies le système industrialo-technologique subira des tensions sévères en raison des problèmes économiques et environnementaux et particulièrement en raison des problèmes de comportement humain (aliénation, rébellion, hostilité, diverses difficultés sociales et psychologiques). Nous espérons que les tensions par lesquelles le système va probablement passer causeront son effondrement, ou au moins l’affaiblissent suffisamment pour qu’une révolution se produise et soit couronnée de succès, alors à ce moment particulier l’aspiration vers la liberté se sera montrée plus forte que la technologie.

135. Dans le paragraphe 125 nous avons utilisé l’analogie avec un voisin faible qui est dépouillé par un voisin fort qui prend toute sa terre en lui imposant une série de compromis. Mais supposez maintenant que le voisin fort tombe malade, de sorte qu’il soit incapable de se défendre. Le voisin faible peut obliger le fort à lui rendre sa terre, ou il peut le tuer. S’il laisse l’homme fort survivre et le force seulement à rendre sa terre, il est un imbécile, parce que quand l’homme fort ira bien il prendra de nouveau toute la terre pour lui. La seule alternative sensée pour l’homme plus faible est de tuer le fort pendant qu’il en a la possibilité. De la même manière, pendant que le système industriel est malade nous devons le détruire. Si nous acceptons un compromis avec lui et le laissons se remettre de sa maladie, il finira par balayer toute notre liberté.

LES PROBLÈMES SOCIAUX LES PLUS SIMPLES SE SONT MONTRÉS INSOLUBLES

136. Si quelqu’un imagine encore qu’il serait possible de réformer le système de façon à protéger la liberté de la technologie, demandons lui de considérer combien notre société a traité maladroitement et en général sans succès d’autres problèmes sociaux beaucoup plus simples et immédiats. Entre autres, le système a échoué à arrêter la dégradation environnementale, la corruption politique, le traffic de drogue ou la violence domestique.

137. Prenons nos problèmes environnementaux, par exemple. Ici le conflit de valeurs est simple : l’opportunisme économique immédiat contre le sauvetage de certaines de nos ressources naturelles pour nos petits-enfants [22]. Mais sur ce sujet tout ce que nous obtenons c’est beaucoup de blabla et de faux-fuyants de la part des gens qui ont le pouvoir, et aucune ligne claire, cohérente d’action et nous continuons à accumuler des problèmes environnementaux avec lesquels nos petits-enfants devront vivre. Les tentatives pour résoudre les problèmes environnementaux consistent en luttes et compromis entre des factions différentes, dont certaines sont prépondérantes à un moment, d’autres à un autre moment. Le plan d’attaque change avec les courants changeants de l’opinion publique. Ce n’est pas un processus rationnel, ni qui est susceptible de mener à une solution du problème opportune et couronnée de succès. Les problèmes sociaux majeurs, si tant est qu’ils soient « résolus », le sont rarement ou jamais par un plan raisonnable et complet. Ils se mettent juste en place par un processus dans lequel différents groupes en compétition cherchant leur propre intérêt personnel (ordinairement à court terme) [23] arrivent (principalement par hasard) à quelque modus vivendi plus ou moins stable. En fait, les principes que nous avons formulés dans les paragraphes 100-106 rendent douteux qu’une planification sociale rationnelle et à long terme puisse JAMAIS être couronnée de succès.

138. Ainsi il est clair que la race humaine a au mieux une capacité très limitée à résoudre des problèmes sociaux même relativement simples. Comment alors va-t-elle résoudre le problème beaucoup plus difficile et subtil de réconcilier la liberté avec la technologie ? La technologie présente des avantages matériels nets, tandis que la liberté est une abstraction qui signifie des choses différentes pour des gens différents et sa perte est facilement obscurcie par la propagande et le baratin.

139. Et notons cette différence importante : il est concevable que nos problèmes environnementaux (par exemple) puissent un jour être résolus par un plan raisonnable, complet, mais si cela arrive ce sera seulement parce qu’il est dans l’intérêt à long terme du système de résoudre ces problèmes. Mais il n’est PAS dans l’intérêt du système de préserver l’autonomie des petits groupes ou la liberté. Au contraire, il est dans l’intérêt du système de mettre le comportement humain sous contrôle dans la mesure la plus grande possible [24]. Ainsi, tandis que des considérations pratiques peuvent finalement forcer le système à prendre une approche rationnelle et prudente des problèmes environnementaux, des considérations également pratiques forceront le système à réguler le comportement humain toujours plus étroitement (de préférence par des moyens indirects qui masqueront les empiétements sur la liberté). Nous ne sommes pas les seuls à le dire. D’éminents spécialistes des sciences humaines (par exemple James Q. Wilson) ont souligné l’importance « de socialiser » plus efficacement les gens.

LA RÉVOLUTION EST PLUS FACILE QUE LA RÉFORME

140. Nous espérons avoir convaincu le lecteur que le système ne peut pas être réformé pour réconcilier la liberté avec la technologie. La seule issue est de se passer totalement du système industrialo-technologique. Cela implique une révolution, pas nécessairement un soulèvement armé, mais certainement un changement radical et fondamental de la nature de la société.

141. Les gens ont tendance à supposer que, parce qu’une révolution implique un changement beaucoup plus grand qu’une réforme, elle est plus difficile à provoquer que la réforme. En réalité, dans certaines circonstances une révolution est beaucoup plus facile qu’une réforme. La raison en est qu’un mouvement révolutionnaire peut inspirer une intensité d’engagement qu’un mouvement de réforme ne peut pas inspirer. Un mouvement de réforme offre simplement de résoudre un problème social particulier. Un mouvement révolutionnaire offre de résoudre tous les problèmes d’un coup et de créer un monde entièrement nouveau; il fournit la sorte d’idéal pour lequel les gens prendront de grands risques et feront de grands sacrifices. Pour ces raisons il serait beaucoup plus facile de renverser le système technologique en entier que de mettre des contraintes efficaces et permanentes sur le développement d’applications de n’importe quel segment de la technologie, comme le génie génétique, mais dans des conditions appropriées un grand nombre de gens pourraient se consacrer passionnément à une révolution contre le système industrialo-technologique. Comme nous l’avons noté dans le paragraphe 132, les réformateurs qui chercheraient à limiter certains aspects de la technologie travailleraient pour éviter un résultat négatif. Mais les révolutionnaires travaillent pour gagner une récompense puissante – l’accomplissement de leur vision révolutionnaire – et travaillent donc plus dur et avec plus de persévérance que les réformateurs.

142. La réforme est toujours restreinte par la crainte de conséquences douloureuses si les changements vont trop loin. Mais une fois qu’une fièvre révolutionnaire s’est emparée d’une société, les gens sont d’accord pour subir des privations illimitées pour leur révolution. Ceci a été clairement mis en évidence par les Révolutions Française et Russe. Il se peut que dans ces cas une minorité seulement de la population est vraiment engagée pour la révolution, mais cette minorité est suffisamment grande et active pour devenir la force dominante de la société. Nous en aurons plus à dire sur la révolution dans les paragraphes 180-205.

LE CONTRÔLE DU COMPORTEMENT HUMAIN

143. Depuis le début de la civilisation, les sociétés organisées ont dû imposer des pressions sur les gens pour faire fonctionner l’organisme social [25]. Les genres de pressions varient énormément d’une société à un autre. Certaines pressions sont physiques (nourriture insuffisante, travail excessif, pollution environnementale), certains sont psychologiques (bruit, surpopulation, contrainte du comportement des gens dans le moule que la société nécessite). Dans le passé, la nature humaine a été approximativement constante, ou en tout cas n’a varié que dans certaines limites. Par conséquent, les sociétés n’ont été capables de pousser les gens que jusqu’à certaines limites. Quand on a dépassé la limite de l’endurance humaine, les choses ont commencé à aller mal : rébellion, ou crime, ou corruption, ou évasion du travail, ou dépression et autres problèmes mentaux, ou taux de mortalité élevé, ou taux de natalité en baisse ou autre chose, ce qui fait que que la société s’écroulait, ou que son fonctionnement devenait trop inefficace et elle était (rapidement ou graduellement, par conquête, désertion ou évolution) remplacée par une forme plus efficace de société.

144. Ainsi la nature humaine a dans le passé mis certaines limites au développement des sociétés. Les gens pouvaient être poussés seulement jusqu’à un certain point et pas plus loin. Mais aujourd’hui ceci peut changer, parce que la technologie moderne développe des façons de modifier les humains.

145. Imaginons une société qui soumet les gens à des conditions qui les rendent terriblement malheureux, puis leur donne des drogues pour effacer leur tristesse. Science-fiction ? Cela arrive déjà dans une certaine mesure dans notre propre société. Il est bien connu que le taux de dépression clinique a énormément augmenté dans les dernières décennies. Nous croyons que c’est en raison de la perturbation du processus de pouvoir, comme expliqué dans les paragraphes 59-76. Mais même si nous avons tort, l’augmentation du taux de dépression est certainement le résultat de CERTAINES conditions qui existent dans la société d’aujourd’hui. Au lieu de supprimer les conditions qui sont la cause des dépressions, la société moderne donne aux gens des antidépresseurs. En fait, les antidépresseurs sont un moyen de modifier l’état interne d’un individu de façon à lui permettre de tolérer des conditions sociales qu’il trouverait sinon intolérable. (Oui, nous savons que la dépression est souvent d’origine purement génétique. Nous nous référons ici aux cas où l’environnement joue le rôle prédominant.)

146. Les drogues qui affectent l’esprit ne sont qu’un exemple des méthodes de contrôle du comportement humain que la société moderne développe. Examinons d’autres méthodes.

147. Pour commencer, il y a les techniques de surveillance. Des caméras vidéo cachées sont maintenant utilisées dans la plupart des magasins et en beaucoup d’autres endroits, les ordinateurs sont utilisés pour collecter et traiter d’énormes quantités d’information sur les individus. L’information ainsi obtenue augmente énormément l’efficacité de la contrainte physique (c’est-à-dire la police) [26]. Puis il y a les méthodes de propagande, auxquelles les mass-médias fournissent des véhicules efficaces. Des techniques efficaces ont été développées pour gagner les élections, vendre des produits, influencer l’opinion publique. L’industrie du spectacle est un outil psychologique important du système, même probablement quand il diffuse des grandes quantités de sexe et de violence. Le divertissement fournit à l’homme moderne un moyen essentiel d’évasion. Pendant qu’il est absorbé par la télévision, les vidéos, etc, il peut oublier le stress, l’inquiétude, la frustration, l’inassouvissement. Beaucoup de primitifs, quand ils n’ont pas de travail à faire, sont très heureux de rester assis pendant des heures à ne rien faire du tout, parce qu’ils sont en paix avec eux mêmes et leur monde. Mais la plupart des gens modernes doivent être constamment occupés ou distraits, sinon ils « s’emmerdent », c’est-à-dire qu’ils deviennent agités, mal à l’aise, irritables.

148. D’autres techniques frappent plus profond que les précédentes. L’éducation n’est plus simplement une histoire de fesser un gosse quand il ne sait pas ses leçons et lui caresser la tête quand il les sait bien. Cela devient une technique scientifique pour contrôler le développement de l’enfant. Les Sylvan Learning Centers, par exemple, ont eu beaucoup de succès en motivant les enfants pour étudier et des techniques psychologiques sont aussi utilisées avec plus ou moins de succès dans beaucoup d’écoles conventionnelles. Les techniques « d’éducation » que l’on apprend aux parents sont conçues pour faire accepter par les enfants les valeurs fondamentales du système et qu’ils se comportent de façons que le système trouve désirable. Les programmes de « santé mentale », les techniques « d’intervention », la psychothérapie etc. sont apparemment conçus au profit des individus, mais en pratique ils servent en général à inciter les individus à penser et se comporter comme le système le nécessite. (Il n’y a aucune contradiction ici; un individu dont l’attitude ou le comportement le mettent en conflit avec le système se bat contre une force qui est trop puissante pour qu’il la vainque ou lui échappe, par là il va probablement souffrir de stress, de frustration, d’échec. Sa voie sera beaucoup plus facile s’il pense et se comporte comme le système le veut. En ce sens le système agit en faveur de l’individu quand il le rend conforme par un lavage de cerveau). Les mauvais traitements aux enfants sous leur forme brutale et évidente sont désapprouvés dans la plupart sinon toutes les cultures. Torturer un enfant pour une raison insignifiante ou aucune raison du tout est quelque chose qui épouvante presque tout le monde. Mais beaucoup de psychologues interprètent le concept de mauvais traitements beaucoup plus largement. La fessée, utilisée comme partie d’un système rationnel et cohérent de discipline, est elle un mauvais traitement ? La question sera en fin de compte décidée suivant que la fessée a tendance ou non à produire un comportement qui rend la personne bien adaptée au système de société existant. En pratique, l’expression « mauvais traitement » a tendance à être interprétée pour inclure n’importe quelle méthode pédagogique qui produit un comportement qui pose problème au système. Ainsi, quand ils vont au-delà de la prévention de la cruauté évidente et insensible, les programmes pour empêcher « les mauvais traitements aux enfants » sont dirigés vers le contrôle du comportement humain par le système.

149. Vraisemblablement, la recherche continuera à augmenter l’efficacité des techniques psychologiques pour contrôler le comportement humain. Mais nous pensons qu’il est peu probable que des techniques psychologiques seules seront suffisantes pour ajuster les humains au type de société que la technologie est en train de créer. Des méthodes biologiques devront probablement être utilisées. Nous avons déjà mentionnné l’utilisation de drogues dans ce but. La neurologie peut fournir d’autres voies pour modifier l’esprit humain. Le génie génétique des humains commence déjà à arriver sous la forme de la « thérapie génique, » et il n’y a aucune raison de supposer que de telles méthodes ne seront pas finalement utilisées pour modifier les aspects du corps qui affectent le fonctionnement de l’esprit.

150. Comme nous l’avons mentionné dans le paragraphe 134, il semble probable que la société industrielle va entrer dans une période de difficultés sévères, due en partie aux problèmes de comportement humain et en partie aux problèmes économiques et environnementaux. Et une proportion considérable des problèmes économiques et environnementaux du système résulte de la façon dont les gens se comportent. Aliénation, mauvaise opinion de soi, dépression, hostilité, rébellion; enfants qui refusent d’étudier, gangs de jeunes, utilisation de drogues illégales, viols, mauvais traitements aux enfants, autres crimes, sexe non protégé, grossesses adolescentes, croissance démographique, corruption politique, haine raciale, rivalité ethnique, sévères conflits idéologiques (par exemple pour ou contre l’avortement), extrémisme politique, terrorisme, sabotage, groupes contestataires, groupes de haine. Tout ces problèmes menacent la survie même du système. Le système sera FORCÉ d’utiliser tous les moyens pratiques de contrôler le comportement humain.

151. La rupture sociale que nous voyons aujourd’hui n’est certainement pas le résultat du hasard. Elle ne peut être que le résultat des conditions de vie que le système impose aux gens. (Nous avons soutenu que la plus importante de ces conditions est la perturbation du processus de pouvoir). Si le système réussit à imposer un contrôle suffisant du comportement humain pour assurer sa propre survie, une nouvelle ligne de partage dans l’histoire humaine aura été passée. Alors qu’autrefois les limites de l’endurance humaine imposaient des limites au développement des sociétés (comme nous l’avons expliqué dans les paragraphes 143, 144), la société industrialo-technologique sera capable de dépasser ces limites en modifiant les humains, par des méthodes psychologiques ou des méthodes biologiques ou les deux. Dans le futur, les systèmes sociaux ne seront pas ajustés pour répondre aux besoins des humains. Au contraire, l’être humain sera ajusté pour répondre aux besoins du système [27].

152. En général, le contrôle technologique du comportement humain ne sera probablement pas introduit dans une intention totalitaire ou même par un désir conscient de limiter la liberté humaine [28]. Chaque nouvelle étape dans l’affirmation du contrôle de l’esprit humain sera prise comme réponse rationnelle à un problème qui se pose à la société, comme soigner l’alcoolisme, réduire la criminalité ou inciter les jeunes à étudier la science et l’ingénierie. Dans de nombreux cas, il y aura une justification humanitaire. Par exemple, quand un psychiatre prescrit un antidépresseur à un patient dépressif, il fait clairement une faveur à cet individu. Il serait inhumain de refuser un médicament à quelqu’un qui en a besoin. Quand les parents envoient à leurs enfants aux Sylvan Learning Centers pour qu’ils soient manipulés pour devenir enthousiastes envers leurs études, ils le font par souci du bien-être de leur enfant. Il se peut que certains de ces parents regrettent que l’on doive faire une formation spécialisée pour obtenir un travail et que leur gosse doive subir un lavage de cerveau pour devenir un fou d’informatique. Mais que peuvent-ils faire ? Ils ne peuvent pas changer la société et leur enfant pourrait ne pas trouver de travail s’il n’a pas certaines compétences. Donc ils l’envoient à Sylvan.

153. Ainsi le contrôle du comportement humain sera introduit non par une décision calculée des autorités, mais par un processus d’évolution sociale (évolution RAPIDE, toutefois). Il sera impossible de résister au processus, parce que chaque avancée, considérée isolément, semblera être avantageuse, ou au moins le mal impliqué dans l’avancée semblera être moindre que celui qui résulterait d’y renoncer (voir le paragraphe 127). La propagande est par exemple souvent utilisée en vue de buts bénéfiques, tels que décourager les mauvais traitements aux enfants ou la haine raciale [14]. L’éducation sexuelle est évidemment utile, cependant l’effet de l’éducation sexuelle (dans la mesure où elle est efficace) est de priver la famille de la formation des attitudes sexuelles pour mettre celle ci dans les mains de l’Etat représenté par le système scolaire public.

154. Supposons que l’on découvre un trait biologique qui augmente la probabilité qu’un enfant deviendra un criminel et supposons qu’une quelconque thérapie génique puisse supprimer ce trait [29]. Bien sûr la plupart des parents dont les enfants possèdent ce trait leur feront subir la thérapie. Il serait inhumain de faire autrement, puisque l’enfant aurait probablement une vie malheureuse s’il devenait un criminel. Mais beaucoup ou la plupart des sociétés les plus primitives ont une criminalité faible en comparaison de celle de notre société, bien qu’ils n’aient ni méthodes pédagogique high-tech ni punitions sévères. Puisqu’il n’y a aucune raison de supposer que plus d’hommes modernes que d’hommes primitifs ont des tendances agressives innées, la haute criminalité de notre société doit être due aux pressions que les conditions modernes mettent sur les gens, auxquelles beaucoup ne peuvent pas ou ne veulent pas s’adapter. Ainsi un traitement conçu pour supprimer des tendances criminelles potentielles est au moins en partie une façon de re-fabriquer les gens pour qu’ils soient adaptés aux nécessités du système.

155. Notre société a tendance à considérer comme « une maladie » tout mode de pensée ou de comportement qui est incommode pour le système et ceci est plausible parce que quand un individu ne s’insère pas dans le système cela cause une douleur à l’individu ainsi que des problèmes pour le système. Ainsi la manipulation d’un individu pour l’adapter au système est vue comme « un remède » à « une maladie » et donc comme bénéfique.

156. Dans le paragraphe 127 nous avons mis en évidence que si l’utilisation d’un nouvel élément de technologie est INITIALEMENT facultatif, cela ne RESTE pas nécessairement facultatif, parce que la nouvelle technologie tend à changer la société de telle façon que cela devient difficile ou impossible pour un individu de fonctionner sans utiliser cette technologie. Cela s’applique aussi à la technologie du comportement humain. Dans un monde dans lequel la plupart des enfants subissent un programme pour les rendre enthousiastes envers les études, un parent sera presque forcé de faire subir ce programme à son gosse, parce que s’il ne le fait pas, alors le gosse deviendra, comparativement, un ignare et donc un futur chômeur. Ou supposons que l’on découvre un traitement biologique qui, sans effets secondaires indésirables, réduirait énormément le stress psychologique dont tant de personnes souffrent dans notre société. Si un grand nombre de gens veulent subir le traitement, alors le niveau général de stress dans la société sera réduit, de sorte qu’il sera possible pour le système d’augmenter les pressions qui produisent le stress. En fait, quelque chose de ce genre semble déjà être arrivé avec un des outils psychologiques les plus importants de notre société qui permet aux gens de réduire le stress (ou au moins d’y échapper temporairement) , à savoir, le divertissement de masse (voir le paragraphe 147). Notre utilisation du divertissement de masse est « facultative » : Aucune loi n’exige que nous regardions la télévision, écoutions la radio, lisions des magazines. Néanmoins le divertissement de masse est un moyen d’évasion et de réduction du stress dont la plupart d’entre nous est devenu dépendant. Tout le monde se plaint de la mauvaise qualité de la télévision, mais presque tout le monde la regarde. Certains se sont débarrassés de l’habitude de la télé, mais exceptionnel est celui qui pourrait aujourd’hui se passer de TOUTE forme de divertissement de masse. (Pourtant jusqu’à tout à fait récemment dans l’histoire humaine la plupart des gens se portaient très bien sans autre divertissement que celui que chaque communauté locale créait pour elle même). Sans l’industrie du spectacle le système n’aurait probablement pas été capable d’échapper aux conséquences d’induire autant de stress sur nous qu’il le fait.

157. En supposant que la société industrielle survive, il est probable que la technologie acquerra finalement quelque chose qui s’approchera du contrôle complet du comportement humain. Il a été établi sans le moindre doute raisonnable que la pensée et le comportement humain ont une base en grande partie biologique. Comme les expérimentateurs l’ont démontré, des sentiments comme la faim, le plaisir, la colère et la crainte peuvent être déclenchés et supprimés par stimulation électrique des parties appropriées du cerveau. La mémoire peut être effacées en abîmant des parties du cerveau ou amenée à la surface par stimulation électrique. Des hallucinations peuvent être induites ou l’humeur changée par des drogues. Il peut ou non y avoir une âme humaine immatérielle, mais s’il y en a une elle est clairement moins puissante que les mécanismes biologiques du comportement humain. Car si ce n’était pas le cas alors les chercheurs ne seraient pas capables de manipuler si facilement les sentiments humains et le comportement avec des drogues et des courants électriques.

158. Ce serait sans doute peu pratique d’insérer des électrodes dans la tête de tous les gens pour qu’ils puissent être contrôlés par les autorités. Mais le fait que les pensées et les sentiments humains sont si ouverts aux interventions biologiques montre que le problème de contrôler le comportement humain est principalement un problème technique; un problème de neurones, d’hormones et de molécules complexes; le genre de problème qui est accessible à l’attaque scientifique. Étant donnés les résultats remarquable de notre société dans la résolution des problèmes techniques, il est plus que probable que de grandes avancées seront faites dans le contrôle du comportement humain.

159. La résistance publique empêchera-t-elle l’introduction du contrôle technologique du comportement humain ? Certainement si on tentait de le faire d’un coup. Mais comme le contrôle technologique sera introduit par une longue séquence de petites avancées, il n’y aura aucune résistance publique rationnelle et efficace. (Voir les paragraphes127,132153).

160. À ceux qui pensent que tout ceci ressemble à de la science-fiction, nous signalons que la science-fiction d’hier est la réalité d’aujourd’hui. La Révolution Industrielle a radicalement changé l’environnement et le mode de vie de l’homme, et on ne peut qu’attendre que quand la technologie sera de plus en plus appliquée au corps et à l’esprit humain, l’homme lui-même sera changé aussi radicalement que son environnement et son mode de vie l’ont été.

LA RACE HUMAINE À UN CARREFOUR

161. Mais nous anticipons. C’est une chose de développer en laboratoire une série de techniques psychologiques ou biologiques pour manipuler le comportement humain et tout à fait autre chose d’intégrer ces techniques dans un système social qui fonctionne. Ce dernier problème est le plus difficile des deux. Par exemple, tandis que les techniques de psychologie éducative fonctionnent sans aucun doute tout à fait bien dans les « écoles expérimentales » où elles sont développées, il n’est pas nécessairement facile de les appliquer efficacement partout dans notre système éducatif. Nous savons tous à quoi beaucoup de nos écoles ressemblent. Les enseignants sont trop occupés à confisquer les couteaux et les armes à feu des gosses pour les soumettre aux dernières techniques qui en feront des dingues d’informatiques. Ainsi, malgré toutes ses avancées techniques touchant au comportement humain le système n’a pas jusqu’à présent eu un succès impressionnant pour contrôler les êtres humains. Les gens dont le comportement est assez bien sous le contrôle du système sont ceux du type qui pourrait être appelé « bourgeois ». Mais il y a un nombre croissant de gens qui sont d’une manière ou d’une autre des rebelles contre le système : sangsues sociales, gangs de jeunes, membres de sectes, satanistes, nazis, écologistes radicaux, miliciens, etc.

162. Le système est actuellement engagé dans une lutte désespérée pour surmonter certains problèmes qui menacent sa survie, parmi lesquels les problèmes de comportement humain sont les plus importants. Si le système réussit assez rapidement dans l’acquisition d’un contrôle suffisant du comportement humain, il survivra probablement. Autrement il s’écroulera. Nous pensons que la question sera très probablement résolue dans les prochaines décennies, disons 40 à 100 ans.

163. Supposons que le système réchappe de la crise des prochaines décennies. À ce moment-là il devra avoir résolu, ou au moins mis sous contrôle, les principaux problèmes qui se présentent à lui, en particulier celui de « socialiser » les êtres humains; c’est-à-dire rendre les gens suffisamment dociles pour que leur comportement ne menace plus le système. Ceci accompli, il apparaît qu’il n’y aurait pas de nouvel obstacle au développement de la technologie et il avancerait vraisemblablement vers sa conclusion logique, qui est le contrôle complet de tout sur la Terre, y compris les êtres humains et tous les autres organismes importants. Le système peut devenir une organisation unitaire, monolithique, ou il peut être plus ou moins fragmenté et consister en un certain nombre d’organisations coexistant dans un rapport qui inclut des éléments tant de coopération que de compétition, de même qu’aujourd’hui le gouvernement, les sociétés et d’autres grandes organisations coopérent et rivalisent entre eux. La liberté humaine aura en grande partie disparu, parce que les individus et les petits groupes seront impuissants vis à vis des grosses organisations armées de supertechnologies et d’un arsenal d’outils psychologiques et biologiques avancés pour manipuler les êtres humains, en plus des instruments de surveillance et de contrainte physique. Seules quelques personnes auront un réel pouvoir et même eux n’auront probablement qu’une liberté très limitée, parce que leur comportement sera aussi régulé; de même qu’aujourd’hui nos politiciens et cadres de société ne peuvent conserver leur position de pouvoir que tant que leur comportement reste dans certaines limites assez étroites.

164. N’imaginons pas que le système arrêtera de développer de nouvelles techniques pour contrôler les êtres humains et la nature une fois que la crise des prochaines décennies sera passée et qu’un contrôle croissant ne sera plus nécessaire pour la survie du système. Au contraire, une fois que les temps difficiles seront passés le système augmentera son contrôle sur les gens et la nature plus rapidement, parce qu’il ne sera plus gêné par les difficultés du type qu’il rencontre actuellement . La survie n’est pas le motif principal pour étendre le contrôle. Comme nous l’avons expliqué dans les paragraphes 87-90, les techniciens et les scientifiques continuent leur travail en grande partie comme une activité de substitution; c’est-à-dire qu’ils satisfont leur besoin de pouvoir en résolvant des problèmes techniques. Ils continueront à le faire avec un enthousiasme inchangé, et parmi les problèmes les plus intéressants et stimulants pour eux il y aura ceux de comprendre le corps et l’esprit humain et d’intervenir dans leur développement. Pour le « bien de l’humanité, » bien sûr.

165. Mais supposons au contraire que les tensions des prochaines décennies s’avèrent être de trop pour le système. Si le système s’effondre il peut y avoir une période de chaos, « une époque de troubles » comme celles que l’histoire a enregistrées à diverses époques du passé. Il est impossible de prévoir ce qui émergerait d’une telle époque de troubles, mais en tout cas une nouvelle chance serait donnée à la race humaine. Le danger le plus grand est que la société industrielle puisse commencer à se reconstituer dans les quelques premières années après l’effondrement. Certainement il y aura beaucoup de gens (des types affamés de pouvoir particulièrement) qui tiendront beaucoup à remettre les usines au travail.

166. Donc deux tâches se présentent à ceux qui détestent la servitude à laquelle le système industriel réduit la race humaine. D’abord, nous devons travailler à intensifier les tensions sociales dans le système afin d’augmenter la probabilité qu’il s’écroule ou soit suffisamment affaibli pour qu’une révolution contre lui devienne possible. Deuxièmement, il est nécessaire de développer et propager une idéologie qui s’opposera à la technologie et à la société industrielle si et quand le système sera suffisamment affaibli. Et une telle idéologie aidera à assurer que, si et quand la société industrielle s’écroule, ses restes seront brisés au-delà de toute possibilité de réparation, pour que le système ne puisse pas être reconstitué. Les usines devraient être détruites, les livres techniques brûlés, etc.

LA SOUFFRANCE HUMAINE

167. Le système industriel ne s’écroulera pas suite à la seule action révolutionnaire. Il ne sera pas vulnérable à une attaque révolutionnaire à moins que ses propres problèmes internes de développement ne le mènent à des difficultés très sérieuses. Donc si le système s’écroule il le fera soit spontanément, soit par un processus en partie spontané, mais aidé par des révolutionnaires. Si la chute est soudaine, beaucoup de gens mourront, car la population mondiale est devenue si enflée qu’elle ne peut même pas s’alimenter plus longtemps sans technologie de pointe. Même si la chute est assez graduelle pour que la réduction de la population puisse se produire plus par baisse du taux de natalité que par élévation du taux de mortalité, le processus de dés-industrialisation sera probablement très chaotique et impliquera beaucoup de souffrance. Il est naïf de croire possible que la technologie puisse être éliminée progressivement d’une façon ordonnée et sans à-coup, d’autant plus que les technophiles se battront obstinément à chaque étape. Est-ce qu’il est donc cruel de travailler à l’effondrement du système ? Peut-être, mais peut-être pas. En premier lieu, les révolutionnaires ne seront pas capables de démolir le système à moins qu’il ne soit déjà dans de profondes difficultés de sorte qu’il y aurait une bonne chance qu’il finisse par s’effondrer seul de toute façon; et plus le système devient gros, plus désastreuses les conséquences de sa chute; donc il se peut que les révolutionnaires, en accélérant l’apparition de la chute réduisent l’étendue du désastre.

168. En second lieu, il faut comparer la peine et la mort avec la perte de la liberté et de la dignité. Pour beaucoup d’entre nous, la liberté et la dignité sont plus importantes qu’une longue vie ou l’absence de douleur physique. De plus, nous devrons tous mourir un jour et il est peut être mieux de mourir en se battant pour survivre, ou pour une cause, que de vivre une vie longue mais vide et sans but.

169. En troisième lieu, il n’est pas du tout certain que la survie du système mènera à moins de souffrance que sa chute. Le système a déjà causé et continue à causer, d’immenses souffrances dans le monde entier. Des cultures antiques, qui pendant des centaines d’années ont donné aux gens un rapport satisfaisant entre eux et avec leur environnement, ont été brisées par le contact avec la société industrielle et le résultat a été un catalogue entier de problèmes économiques, environnementaux, sociaux et psychologiques. Un des effets de l’intrusion de la société industrielle a été que dans la plus grande partie du monde le contrôle traditionnel de la population a été déséquilibré. De là l’explosion démographique, avec tout ce qu’elle implique. Puis il y a la souffrance psychologique qui est répandue partout dans les pays censément chanceux de l’Ouest (voir les paragraphes 44, 45). Personne ne sait ce qui arrivera suite au trou d’ozone, à l’effet de serre et aux autres problèmes environnementaux qui ne peuvent pas encore être prévus. Et, comme la prolifération nucléaire l’a montré, la nouvelle technologie ne peut pas être maintenue hors des mains des dictateurs et des nations irresponsables du Tiers-Monde. Voudriez-vous spéculer sur ce que l’Irak ou la Corée du Nord feront avec le génie génétique ?

170. « Oh! » Disent les technophiles, « la Science va réparer tout cela! Nous vaincrons la famine, éliminerons la souffrance psychologique, rendrons chacun sain et heureux! » Ouais, sûrement. C’est ce qu’ils ont dit il y a 200 ans. La Révolution Industrielle était censée éliminer la pauvreté, rendre chacun heureux, etc. Le résultat réel a été tout à fait différent. Les technophiles sont désespérément naïfs (ou se mentent) dans leur compréhension des problèmes sociaux. Ils sont inconscients du fait (ou veulent ignorer) que quand de grands changements, même apparemment avantageux, sont introduits dans une société, ils mènent à une longue séquence d’autres changements, dont la plupart sont impossibles à prévoir (paragraphe 103). Le résultat est la rupture de la société. Donc il est très probable que dans leur tentative pour éliminer la pauvreté et la maladie, fabriquer des personnalités dociles, heureuses et ainsi de suite, les technophiles créeront des systèmes sociaux qui seront terriblement perturbés, plus même que le système actuel. Par exemple, les scientifiques se vantent qu’ils élimineront la famine en créant de nouveaux aliments génétiquement élaborés. Mais cela permettra à la population humaine de continuer à s’étendre indéfiniment et il est bien connu que la surpopulation mène à plus de stress et d’agressivité. C’est simplement un exemple des problèmes PRÉVISIBLES qui surgiront. Nous insistons sur le fait que que, comme l’expérience passée l’a montré, le progrès technique mènera à d’autres nouveaux problèmes pour la société beaucoup plus rapidement qu’il n’aura résolu les anciens. Ainsi il faudra aux technophiles une longue période difficile d’essais et d’erreurs pour déboguer leur Meilleur des Mondes (s’ils y arrivent jamais ). En attendant il y aura de grandes souffrances. Donc il n’est pas du tout clair que la survie de la société industrielle impliquerait moins de souffrance que la chute de cette société. La technologie a mis la race humaine dans une situation d’où il n’y a probablement pas d’évasion facile.

L’AVENIR

171. Mais supposons maintenant que la société industrielle réchappe des prochaines décennies et que le système puisse finalement être débogué, de sorte qu’il fonctionne sans à-coup. A quoi ressemblera ce système ? Nous allons considérer plusieurs possibilités.

172. D’abord supposons que les informaticiens réussissent à développer des machines intelligentes qui peuvent faire tout mieux que les humains. Dans ce cas il est probable que tout le travail sera fait par des énormes systèmes fortement organisés de machines et qu’aucun effort humain ne sera nécessaire. Cela peut entraîner deux possibilités. On pourrait permettre aux machines de prendre toutes leurs décisions sans supervision humaine, ou au contraire le contrôle humain des machines pourrait être conservé.

173. Si on permet aux machines de prendre seules toutes leurs décisions, nous ne pouvons faire aucune conjecture quant aux résultats, parce qu’il est impossible de deviner comment ces machines pourraient se comporter. Nous signalons seulement que le destin de la race humaine serait à la merci des machines. On pourrait argumenter que la race humaine ne serait jamais assez idiote pour déléguer tout le pouvoir aux machines. Mais nous ne suggérons ni que la race humaine délèguerait volontairement le pouvoir aux machines, ni que les machines s’empareraient volontairement du pouvoir. Ce que nous suggérons en fait est que la race humaine pourrait facilement se laisser dériver dans une position d’une telle dépendance aux machines qu’elle n’aurait aucun autre choix réel que d’accepter toutes les décisions des machines. Comme la société et les problèmes auxquels elle fait face deviennent de plus en plus complexes et les machines de plus en plus intelligentes, les gens laisseront les machines prendre plus de décisions pour eux, simplement parce que les décisions des machines apporteront de meilleurs résultats que les décisions humaines. Au bout du compte un stade peut être atteint dans lequel les décisions nécessaires pour maintenir le système en fonctionnement seront si complexes que les gens seront incapables de les prendre intelligemment. À ce stade les machines auront le contrôle effectif. Les gens ne pourront pas juste éteindre les machines, parce qu’ils seront si dépendants d’elles que les éteindre serait un suicide.

174. D’un autre côté il est possible que le contrôle humain sur les machines puisse être conservé. Dans ce cas l’homme moyen pourrait avoir le contrôle de certaines de ses machines privées, comme sa voiture ou son ordinateur personnel, mais le contrôle sur les grands systèmes de machines sera entre les mains d’une élite minuscule – comme aujourd’hui, mais avec deux différences. Les techniques étant améliorées l’élite aura un contrôle plus grand sur les masses; et comme le travail humain ne sera plus nécessaire les masses seront superflues, un fardeau inutile pour le système. Si l’élite est impitoyable elle peut décider simplement d’exterminer le gros de l’humanité. Si elle est humaine elle peut utiliser la propagande ou d’autres techniques psychologiques ou biologiques pour réduire le taux de natalité jusqu’à ce que le gros de l’humanité s’éteigne, laissant le monde à l’élite. Ou, si l’élite consiste en libéraux au coeur tendre, ils peuvent décider de jouer le rôle de bons bergers du reste de la race humaine. Ils s’occuperont de ce que les besoins physiques de chacun soient satisfaits, que tous les enfants soient élevés dans des conditions psychologiquement hygiéniques, que chacun ait un passe-temps sain pour le tenir occupé et que quiconque est susceptible de devenir insatisfait subisse un « traitement » pour guérir son « problème ». Bien sûr, la vie sera à ce point sans but que les gens devront être biologiquement ou psychologiquement élaborés soit pour supprimer leur besoin du processus de pouvoir ou leur faire « sublimer » leur besoin de pouvoir en quelque passe-temps inoffensif. Ces humains fabriqués seront peut être heureux dans une telle société, mais ils ne seront certainement pas libres. Ils auront été réduits au statut d’animaux domestiques.

175. Mais supposez maintenant que les informaticiens ne réussissent pas à développer l’intelligence artificielle, de sorte que le travail humain reste nécessaires. Même ainsi, les machines s’occuperont de plus en plus des tâches les plus simples si bien qu’il y aura un excédent croissant d’ouvriers humains aux plus bas niveaux de compétence. (Nous voyons déjà ceci arriver. Il y a beaucoup de gens qui trouvent difficile ou impossible de trouver du travail, parce que pour des raisons intellectuelles ou psychologiques ils ne peuvent pas acquérir le niveau de formation nécessaire pour se rendre utiles dans le système actuel). De ceux qui sont employés, on exigera toujours plus; ils auront besoin de toujours plus de formation, de toujours plus de compétences et devront être toujours plus fiables, conformes et docile, parce qu’ils seront de plus en plus comme les cellules d’un organisme géant. Leurs tâches seront de plus en plus spécialisées, de sorte que leur travail aura, dans un sens, perdu contact avec le monde réel, étant concentré sur une tranche minuscule de la réalité. Le système devra utiliser tous les moyens possibles, ou psychologique ou biologique, de fabriquer des gens dociles, ayant les capacités dont le système a besoin et « sublimant » leur besoin de pouvoir dans quelque tâche spécialisée. Mais l’affirmation que les gens de cette société devront être dociles exige peut être une précision. La société peut trouver la compétition utile, à condition qu’elle trouve des moyens de diriger la compétition dans des directions qui servent les besoins du système. Nous pouvons imaginer une société future dans laquelle il y a une compétition infinie pour les positions de prestige et de pouvoir. Mais seuls très peu de personnes atteindront jamais le sommet, où est le seul pouvoir réel (voir la fin du paragraphe 163). Très répugnante est une société dans laquelle une personne ne peut satisfaire ses besoins de pouvoir qu’en poussant de nombreuses autres personnes hors du chemin et en les privant de LEUR accès au pouvoir.

176. On peut prévoir des scénarios qui incorporent les aspects de plusieurs des possibilités que nous venons de discuter. Par exemple, il se peut que les machines prennent en charge le plus gros du travail qui a une importance pratique réelle, mais que les êtres humains soient tenus occupés en leur laissant le travail relativement sans importance. Il a été suggéré, par exemple, qu’un grand développement des services pourrait fournir du travail aux êtres humains. Ainsi les gens passeraient leur temps à lustrer les chaussures les uns des autres, à se conduire mutuellement en taxi, à faire des objets d’artisanat l’un pour l’autre, à se servir à table l’un l’autre, etc. Cela nous semble une fin profondément méprisable pour la race humaine et nous doutons que beaucoup de gens trouvent l’accomplissement de leur vie dans de telles occupations injustifiées. Ils chercheraient d’autres débouchés dangereux (drogues, crime, sectes, groupes de haine) à moins qu’ils n’aient été fabriqués biologiquement ou psychologiquement pour s’adapter à un tel mode de vie.

177. Inutile de le dire, les scénarios décrits ci-dessus n’épuisent pas toutes les possibilités. Ils indiquent seulement les genres de résultats qui nous semblent les plus probables. Mais nous ne pouvons prévoir aucun scénario plausible qui soit plus acceptable que ceux nous venons de décrire. Il est excessivement probable que si le système industrialo-technologique survit aux 40 à 100 ans prochains, il aura d’ici-là développé certaines caractéristiques générales : les individus (au moins ceux du type « bourgeois », qui sont intégrés dans le système et le font fonctionner et qui ont donc tout le pouvoir) seront plus dépendants que jamais de grandes organisations; ils seront plus « socialisés » que jamais et leurs qualités physiques et mentales seront dans une mesure significative (probablement une très grande mesure) celles qui sont construites en eux plutôt que les résultats du hasard (ou de la volonté de Dieu, ou quoi ou qu’est-ce); et quoi qui puisse rester de la nature sauvage sera réduit aux restes préservés pour la recherche scientifique et tenu sous la surveillance et la gestion des scientifiques (et donc ne sera plus vraiment sauvage). À long terme (disons d’ici à quelques siècles) il est probable que ni la race humaine ni d’autres organismes importants n’existeront tels que nous les connaissons aujourd’hui, parce qu’une fois que vous commencez à modifier des organismes par le génie génétique il n’y a aucune raison de s’arrêter où que ce soit, de sorte que les modifications continueront probablement jusqu’à ce que l’homme et les autres organismes soient complètement transformés.

178. Indépendamment de ce qui sera, il est certain que la technologie crée pour les êtres humains un nouvel environnement physique et social radicalement différent du spectre des environnements auxquels la sélection naturelle a adapté physiquement et psychologiquement la race humaine. Si l’homme n’est pas ajusté artificiellement à ce nouvel environnement, il s’y adaptera par un long et douloureux processus de sélection naturelle. La première possibilité est beaucoup plus probable que la seconde.

179. Il vaudrait mieux mettre à la poubelle tout ce système puant et en tirer les conséquences.

STRATÉGIE

180. Le technophiles nous emmènent tous dans un voyage sans aucune précaution dans l’inconnu. Beaucoup de gens qui comprennent quelque chose de ce que le progrès technologique nous fait prennent encore une attitude passive envers cela parce qu’ils pensent que c’est inévitable. Mais nous (FC) ne pensons pas que c’est inévitable. Nous pensons que cela peut être arrêté, et nous donnerons ici quelques indications sur la façon de le stopper.

181. Comme nous l’avons exposé dans le paragraphe 166, les deux tâches principales sont pour le moment d’encourager les contraintes et l’instabilité sociales dans la société industrielle et de développer et propager une idéologie qui s’oppose à la technologie et au système industriel. Quand le système deviendra suffisamment contraint et instable, une révolution contre la technologie pourra être possible. Le modèle serait semblable à celui des Révolutions Française et Russe. La société française et la société russe, pendant plusieurs décennies avant leurs révolutions respectives, ont montré des signes croissants de contrainte et de faiblesse. En même temps, des idéologies se développaient qui offraient une nouvelle vision du monde qui différait tout à fait de l’ancienne. Dans le cas russe, les révolutionnaires travaillaient activement à saper l’ordre ancien. Puis, quand l’ancien système a été mis sous une contrainte complémentaire suffisante (par la crise financière en France, par la défaite militaire en Russie) il a été balayé par la révolution. Ce que nous proposons est quelque chose dans la même ligne.

182. Il sera objecté contre cela que les Révolutions Française et Russe furent des échecs. Mais la plupart des révolutions ont deux buts. L’un est de détruire une vieille forme de société et l’autre d’installer la nouvelle forme de société imaginée par les révolutionnaires. Les révolutionnaires français et russes échouèrent (heureusement!) à créer la nouvelle sorte de société à laquelle ils aspiraient, mais ils réussirent parfaitement à détruire la forme de société existante.

183. Mais une idéologie, pour gagner un soutien enthousiaste, doit avoir des idéaux positifs en plus d’un négatif; elle doit être POUR quelque chose autant que CONTRE quelque chose. L’idéal positif que nous proposons est la Nature. C’est-à-dire la nature SAUVAGE; ces aspects du fonctionnement de la Terre et de ses êtres vivants qui sont indépendants de la gestion humaine et libres d’interférence et de contrôle humains. Et avec la nature sauvage nous incluons la nature humaine, par quoi nous voulons dire ces aspects du fonctionnement de l’individu humain qui ne sont pas soumis à des règlement par la société organisée, mais sont les produits du hasard, ou du libre arbitre, ou de Dieu (selon vos opinions religieuses ou philosophiques).

184. La nature fait un contre-idéal parfait à la technologie pour plusieurs raisons. La nature (celle qui est hors du pouvoir du système) est l’opposé de la technologie (qui cherche à étendre indéfiniment le pouvoir du système). La plupart des gens reconnaîtront que la nature est belle; certainement elle a un attrait populaire énorme. Les écologistes radicaux tiennent DÉJÀ une idéologie qui glorifie la nature et s’oppose à la technologie [30]. Il n’est pas nécessaire de fonder quelque utopie chimérique ou quelque nouvelle sorte d’ordre social en faveurde la nature. La nature s’occupe d’elle même : c’est une création spontanée qui a existé longtemps avant toute société humaine et pendant des siècles innombrables de nombreuses sortes différentes de sociétés humaines ont coexisté avec la nature sans y faire une quantité excessive de dégâts. Ce n’est qu’avec la Révolution Industrielle que les effets de la société humaine sur la nature sont devenus vraiment dévastateurs. Pour soulager la pression sur la nature il n’est pas nécessaire de créer un type spécial de système social, il est seulement nécessaire de se débarrasser de la société industrielle. D’accord, cela ne résoudra pas tous les problèmes. La société industrielle a déjà fait des dégâts énormes à la nature et cela prendra très longtemps pour guérir les cicatrices. De plus, même des sociétés préindustrielles peuvent faire des dégâts significatifs à la nature. Néanmoins, se débarrasser de la société industrielle fera beaucoup. Cela soulagera le plus mauvais de la pression sur la nature pour que les cicatrices puissent commencer à guérir. Cela supprimera la capacité de la société organisée à encore augmenter son contrôle sur la nature (y compris la nature humaine). Quel que soit le type de société qui pourrait exister après le retrait du système industriel, il est certain que la plupart des gens vivront près de la nature, parce qu’en absence de technologie de pointe il n’y a pas d’autre façon de POUVOIR vivre. Pour s’alimenter ils faut être paysan ou berger ou pêcheur ou chasseur, etc. Et, en général, l’autonomie locale devrait tendre à augmenter, parce que le manque de technologie de pointe et de communications rapides limitera la capacité des gouvernements ou d’autres grandes organisations à contrôler les communautés locales.

185. Quant aux conséquences négatives de l’élimination de la société industrielle – eh bien, vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Pour gagner quelque chose vous devez en sacrifier un autre.

186. La plupart des gens détestent les conflits psychologiques. Pour cette raison ils évitent de penser sérieusement aux problèmes sociaux difficiles, et ils aiment que ces problèmes leur soient présentés en termes simples, en noir et blanc : CECI est tout bon et CELA est tout mauvais. L’idéologie révolutionnaire devrait donc être développée sur deux niveaux.

187. A un niveau plus sophistiqué l’idéologie devrait s’adresser aux gens qui sont intelligents, réfléchis et rationnels. L’objectif devrait être de créer un noyau de gens qui seront opposés au système industriel sur une base rationnelle, réfléchie, avec la pleine appréciation des problèmes et des ambiguïtés impliquées et du prix qui devra être payé pour se débarrasser du système. Il est particulièrement important d’attirer des gens de ce type, car ce sont des gens compétents et qu’ils contribueront à en influencer d’autres. Il faudrait s’adresser à ces gens à un niveau aussi rationnel que possible. Les faits ne devraient jamais être intentionnellement déformés et le discours impulsif devrait être évité. Cela ne signifie pas qu’aucun appel ne puisse être fait aux émotions, mais quand on y fait appel on doit prendre soin d’éviter de déformer la vérité ou de faire autre chose qui détruirait la respectabilité intellectuelle de l’idéologie.

188. A un second niveau, l’idéologie devrait être propagée sous une forme simplifiée qui permettra à la majorité irréfléchie de voir le conflit entre la technologie et la nature en termes sans équivoque. Mais même à ce second niveau l’idéologie ne devrait pas être exprimée dans un langage qui est si approximatif, impulsif ou irrationnel qu’il aliène les gens du type réfléchi et rationnel. La propagande à bon marché et immodérée réalise parfois des gains à court terme impressionnants, mais il sera plus avantageux à long terme de conserver la fidélité d’un petit nombre de gens intelligemment engagés que d’éveiller les passions d’une foule irréfléchie et inconstante qui changera d’attitude aussitôt que quelqu’un viendra avec une meilleure astuce de propagande. Cependant, la propagande du type qui pousse à la révolte peut être nécessaire quand le système s’approche du point d’écroulement et qu’il y a une lutte finale entre des idéologies rivales pour déterminer laquelle deviendra dominante quand l’ancienne vision du monde disparaît.

189. Avant cette lutte finale, les révolutionnaires ne devraient pas s’attendre à avoir une majorité de gens de leur côté. L’histoire est faite par des minorités actives et décidées, pas par la majorité, qui a rarement une idée claire et cohérente de ce qu’elle veut vraiment . Jusqu’à ce que le temps vienne pour la poussée finale vers la révolution [31], la tâche des révolutionnaires sera moins de gagner le support tiède de la majorité que de construire un petit noyau de gens profondément engagés. Quant à la majorité, il suffira qu’elle soit consciente de l’existence de la nouvelle idéologie et de la lui rappeler fréquemment; quoique bien sûr il soit désirable d’obtenir le support de la majorité dans la mesure où cela peut être fait sans affaiblir le noyau des gens sérieusement engagés.

190. Toute sorte de conflit social aide à déstabiliser le système, mais on doit être prudent sur les types de conflits qu’on encourage. La ligne de rupture devrait être entre la masse du peuple et l’élite au pouvoir de la société industrielle (politiciens,scientifiques, cadres supérieurs d’entreprise, hauts fonctionnaires, etc ..). Elle ne devrait pas être entre les révolutionnaires et la masse du peuple. Par exemple, ce serait une mauvaise stratégie pour les révolutionnaires de condamner les habitudes de consommation des Américains. Au contraire, l’Américain moyen devrait être dépeint comme une victime de la publicité et du marketing, qui l’ont embobiné pour acheter un tas de saletés dont il n’a pas besoin et qui sont une très piètre compensation pour sa liberté perdue. L’une ou l’autre approche est compatible avec les faits. C’est simplement une question d’attitude de choisir entre blâmer l’industrie publicitaire de manipuler le public et blâmer le public de permettre qu’on le manipule. La stratégie voudrait qu’on évite généralement de blâmer le public.

191. Il faudrait réfléchir à deux fois avant d’encourager un conflit social autre qu’entre l’élite au pouvoir (qui applique la technologie) et le grand public (sur lequel la technologie manifeste son pouvoir). D’une part, les autres conflits tendent à distraire l’attention des conflits importants (entre l’élite au pouvoir et les gens ordinaires, entre la technologie et la nature); d’autre part, d’autres conflits peuvent en réalité tendre à encourager la technologisation, parce que chaque côté dans un tel conflit veut utiliser le pouvoir technologique pour gagner l’avantage sur son adversaire. On le voit clairement dans les rivalités entre nations. Cela apparaît aussi dans les conflits ethniques à l’intérieur des nations. Par exemple, en Amérique beaucoup de leaders noirs tiennent beaucoup à obtenir du pouvoir pour les Afro-Américains en plaçant des noirs dans l’élite technologique. Ils veulent qu’il y ait beaucoup de noirs hauts fonctionnaires, scientifiques, cadres de société et ainsi de suite. De cette façon ils aident à absorber la sous-culture Noire américaine dans le système technologique. En général, il ne faudrait encourager que les conflits sociaux qui peuvent être ajustés au cadre des conflits de pouvoir – l’élite contre les gens ordinaires, la technologie contre la nature.

192. Mais la façon de décourager les conflits ethniques n’est PAS le plaidoyer militant en faveur des droits des minorité (voir les paragraphes 2129). Au contraire, les révolutionnaires devraient souligner que bien que les minorités sont effectivement plus ou moins désavantagées, ce désavantage a une signification périphérique. Notre vrai ennemi est le système industrialo-technologique, et dans la lutte contre le système, les distinctions ethniques ne sont d’aucune importance.

193. Le type de révolution que nous envisageons n’impliquera pas nécessairement de soulèvement armé contre aucun gouvernement. Il peut ou non impliquer de la violence physique, mais ce ne sera pas une révolution POLITIQUE. Elle se concentrera sur la technologie et l’économie, pas la politique [32].

194. Les révolutionnaires devraient probablement même ÉVITER d’assumer le pouvoir politique, que ce soit par des moyens légaux ou illégaux, jusqu’à ce que le système industriel soit sous une contrainte critique et n’ait prouvé être un échec aux yeux de la plupart des gens. Supposons par exemple qu’un quelconque parti « vert » gagne le contrôle du Congrès américain dans une élection. Pour éviter de trahir ou de mettre de l’eau dans le vin de leur idéologie ils devraient prendre des mesures vigoureuses pour transformer la croissance économique en décroissance économique. Pour l’homme moyen les résultats apparaîtraient désastreux : il y aurait un chômage massif, des pénuries de matières premières, etc. Même si les conséquences néfastes les plus brutales pouvaient être évitées par une gestion surhumainement habile, les gens devraient quand même commencer à renoncer au luxe auxquels ils sont devenus accros. L’insatisfaction grandirait, le parti « vert » serait renversé aux élections suivantes et les révolutionnaires auraient subi un sérieux revers. Pour cette raison les révolutionnaires ne devraient pas essayer d’acquérir le pouvoir politique tant que le système ne s’est pas mis dans un tel désordre que toutes les privations seront vues comme résultant des échecs du système industriel lui-même et pas de la politique des révolutionnaires. La révolution contre la technologie devra probablement être une révolution par des outsiders, une révolution venant d’en bas et non d’en haut.

195. La révolution doit être internationale et mondiale. Elle ne peut pas être effectuée sur une base nationale. Chaque fois qu’il est suggéré que les Etats-Unis, par exemple, devraient réduire le progrès technique ou la croissance économique, les gens deviennent hystériques et commencent à crier que si nous restons en arrière dans la technologie les Japonais prendront de l’avance de nous. Robots tout puissants ! Le monde quittera son orbite si les Japonais vendent un jour plus de voitures que nous! (Le Nationalisme est un grand promoteur de technologie). Plus raisonnablement, on peut argumenter que si les nations relativement démocratiques du monde restent en arrière dans la technologie tandis que les nations mauvaises et dictatoriales comme la Chine, le Viêt-Nam et la Corée du Nord continuent à progresser, les dictateurs finiront par dominer le monde. C’est pourquoi le système industriel devrait être attaqué dans toutes les nations simultanément, dans la mesure où ceci peut être possible. C’est vrai, il n’y a aucune assurance que le système industriel puisse être détruit approximativement en même temps dans le monde entier et il est même imaginable que la tentative de renverser le système pourrait mener au lieu de cela à la domination du système par des dictateurs. C’est un risque qui doit être pris. Et il vaut la peine de le prendre, car la différence entre un système industriel « démocratique » et un dictatorial est faible comparée avec la différence entre un système industriel et un non-industriel [33]. On pourrait même affirmer qu’un système industriel contrôlé par des dictateurs serait préférable, parce que les systèmes dictatoriaux se montrent d’habitude inefficaces, et qu’ils ont donc plus de chances de s’écrouler. Regardez Cuba.

196. Les révolutionnaires pourraient considérer favoriser les mesures qui ont tendance à lier l’économie du monde dans un tout unifié. Les accords de libre-échange comme le NAFTA et le GATT sont probablement nuisibles pour l’environnement à court terme, mais à long terme ils peuvent s’avérer avantageux parce qu’ils favorisent l’interdépendance économique entre les nations. Il sera plus facile de détruire le système industriel sur une base mondiale si l’économie mondiale est si unifiée que son effondrement dans une seule nation importante mène à son effondrement dans toutes les nations industrialisées.

197. Certains suivent la ligne que l’homme moderne a trop de pouvoir, trop de contrôle sur la nature; ils argumentent en faveur d’une attitude plus passive de la part de la race humaine. Au mieux ces gens s’expriment peu clairement, parce qu’ils ne distinguent pas entre le pouvoir pour de GRANDES ORGANISATIONS et le pouvoir pour des INDIVIDUS et de PETITS GROUPES. C’est une erreur de parler en faveur de l’impuissance et de la passivité, parce que les gens ont BESOIN du pouvoir. L’homme moderne comme entité collective – c’est-à-dire le système industriel – a un pouvoir immense sur la nature et nous (FC) considérons cela comme mauvais. Mais les INDIVIDUS modernes et les PETITS GROUPES D’INDIVIDUS ont beaucoup moins de pouvoir que l’homme primitif n’en a jamais eu. En général, le pouvoir énorme de « l’homme moderne » sur la nature est exercé non par des individus ou de petits groupes, mais par de grosses organisations. Dans la mesure où l’INDIVIDU moderne moyen peut exercer le pouvoir de la technologie, on lui permet de le faire seulement dans des limites étroites et seulement sous la surveillance et le contrôle du système. (Vous avez besoin d’un permis pour tout et avec le permis viennent les règles et les règlements). L’individu a seulement les pouvoirs technologiques que le système veut bien lui donner. Son pouvoir PERSONNEL sur la nature est minime.

198. Les INDIVIDUS primitifs et les PETITS GROUPES avaient en réalité un pouvoir considérable sur la nature; ou il serait peut-être plus correct de dire pouvoir DANS la nature. Quand l’homme primitif avait besoin de se nourrir il savait comment trouver et préparer des racines comestibles, comment suivre à la trace le gibier et le prendre avec des armes faites à la maison. Il savait comment se protéger du chaud, du froid, de la pluie, des animaux dangereux, etc. Mais l’homme primitif endommageait relativement peu la nature parce que le pouvoir COLLECTIF de la société primitive était négligeable comparé au pouvoir COLLECTIF de la société industrielle.

199. Au lieu d’argumenter en faveur de l’impuissance et de la passivité, il faudrait argumenter que le pouvoir du SYSTÈME INDUSTRIEL devrait être brisé et que cela AUGMENTERAIT énormément le pouvoir et la liberté des INDIVIDUS et des PETITS GROUPES.

200. Tant que le système industriel n’aura pas été détruit à fond, la destruction de ce système doit être le SEUL but des révolutionnaires. D’autres buts distrairaient l’attention et l’énergie du but principal. Ce qui est plus important, si les révolutionnaires se permettent d’avoir un autre but que la destruction de la technologie, ils seront tentés d’utiliser la technologie comme un outil pour atteindre cet autre but. S’ils cèdent à cette tentation, ils retomberont directement dans le piège technologique, parce que la technologie moderne est un système unifié et fortement interdépendant, de sorte que, pour conserver un peu de technologie, on se trouve obligé de conserver la PLUS GRANDE PART de la technologie, donc on finit par ne sacrifier que des quantités symboliques de technologie.

201. Supposons par exemple que les révolutionnaires aient comme but « la justice sociale ». La nature humaine étant ce qu’elle est, la justice sociale ne viendra pas spontanément; il faut l’administrer. Pour l’administrer les révolutionnaires devraient conserver l’organisation centrale et le contrôle. Pour cela ils auraient besoin du transport rapide à longue distance et des communications et donc toute la technologie nécessaire pour supporter les systèmes de communication et de transport. Pour nourrir et habiller les pauvres ils devraient utiliser la technologie agricole et industrielle. Et ainsi de suite. Si bien que la tentative d’assurer la justice sociale les forcerait à conserver la plupart des parties du système technique. Ce n’est pas que nous ayons quoi que ce soit contre la justice sociale, mais on ne doit pas lui permettre d’interférer avec l’effort de se débarrasser du système technique.

202. Il serait désespéré pour les révolutionnaires d’essayer d’attaquer le système sans utiliser un peu de technologie moderne. Au minimum ils doivent utiliser les médias de communications pour répandre leur message. Mais ils devraient utiliser la technologie moderne dans seulement UN but : attaquer le système technique.

203. Imaginons un alcoolique assis avec un baril de vin devant lui. Supposons qu’il commence à se dire, « le vin n’est pas mauvais si on l’utilise avec modération. D’ailleurs, on dit que de petites quantités de vin sont même bonnes pour la santé! Ca ne me fera pas de mal si je prends juste un petit verre … » Eh bien nous savons ce qui va arriver. N’oublions jamais que la race humaine avec la technologie est comme un alcoolique avec un baril de vin.

204. Les révolutionnaires devraient avoir autant d’enfants que possible. Il y a une évidence scientifique forte que les attitudes sociales sont héritée dans une mesure significative. Personne ne suggère que l’attitude sociale soit le résultat direct de la constitution génétique d’une personne, mais il apparaît que les traits de personnalité ont tendance, dans le contexte de notre société, à faire une personne avoir plus probablement telle ou telle attitude sociale. Des objections à ces découvertes ont été soulevées, mais ces objections sont faibles et semblent avoir des motifs idéologiques. En tout cas, personne ne nie que les enfants ont tendance en moyenne à avoir des attitudes sociales semblables à celles de leurs parents. De notre point de vue il n’importe pas vraiment que les attitudes soient transmises génétiquement ou par l’éducation. Dans les deux cas elles SONT transmises.

205. Le problème est que beaucoup des gens qui ont tendance à se rebeller contre le système industriel sont aussi concernés par les problèmes de population, donc ils choisissent d’avoir peu ou pas d’enfant. De cette façon ils confient peut être le monde au genre de personnes qui supportent ou du moins acceptent le système industriel. Pour assurer la force de la prochaine génération de révolutionnaires la génération présente doit se reproduire abondamment. De cette manière ils n’empireront le problème de population que légèrement. Et le problème le plus important est de se débarrasser du système industriel, parce qu’une fois que le système industriel n’est plus, la population du monde diminuera nécessairement (voir le paragraphe 167); tandis que si le système industriel survit, il continuera à développer de nouvelles techniques de production de nourriture qui peuvent permettre à la population mondiale de continuer à augmenter presque indéfiniment.

206. En ce qui concerne la stratégie révolutionnaire, les seuls points sur lesquels nous insistons absolument consistent en ce que l’unique but primordial doit être l’élimination de la technologie moderne et que l’on ne peut permettre à aucun autre but de rivaliser avec celui-ci. Pour le reste, les révolutionnaires devraient prendre une approche empirique. Si l’expérience indique que certaines des recommandations faites dans les paragraphes précédents ne vont pas donner de bons résultats, alors ces recommandations devraient être rejetées.

DEUX SORTES DE TECHNOLOGIE

207. Un argument qui sera probablement soulevé contre la révolution que nous proposons est qu’elle doit nécessairement échouer, parce que (affirme-t-on) dans toute l’histoire la technologie a toujours progressé, jamais régressé, donc la régression de la technologie est impossible. Mais cette affirmation est fausse.

208. Nous distinguons entre deux sortes de technologies, que nous appellerons la technologie à petite échelle et la technologie dépendant d’une organisation. La technologie à petite échelle est la technologie qui peut être utilisée par des communautés à petite échelle sans aide extérieure. La technologie dépendant d’une organisation est la technologie qui dépend de l’organisation sociale à grande échelle. Nous ne connaissons aucun cas significatif de régression dans la technologie à petite échelle. Mais la technologie dépendant d’une organisation régresse VRAIMENT quand l’organisation sociale dont elle dépend s’écroule. Par exemple : Quand l’Empire romain a éclaté la technologie à petite échelle des Romains a suvécu parce que n’importe quel artisan de village intelligent pouvait construire, par exemple, une roue à eau, n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier par les méthodes romaines, et ainsi de suite. Mais la technologie des Romains dépendant d’une organisation a VRAIMENT régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits. Leurs techniques de construction de routes ont été perdues. Le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique.

209. La raison pour laquelle la technologie a semblé toujours progresser est que, jusqu’à peut-être un siècle ou deux avant la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie était une technologie à petite échelle. Mais la plus grande part de la technologie développée depuis la Révolution Industrielle est la technologie dépendant d’une organisation. Prenez le réfrigérateur par exemple. Sans pièces détachées produites en usine ou l’accès aux équipements d’un atelier d’usinage post-industriel il serait pratiquement impossible à une poignée d’artisans locaux de construire un réfrigérateur. Si par miracle ils arrivaient à en fabriquer un, il leur serait inutile sans une source fiable d’énergie électrique. Donc ils devraient endiguer un ruisseau et construire un générateur. Les générateurs exigent de grandes quantités de fil de cuivre. Imaginez vous essayant de faire ce fil sans machinerie moderne. Et où trouveraient-ils un gaz approprié pour la réfrigération ? Il serait beaucoup plus facile de construire une glacière ou de conserver la nourriture par séchage ou fermentation, comme on faisait avant l’invention du réfrigérateur.

210. Donc il est clair que si le système industriel était détruit à fond une fois, la technologie de réfrigération serait rapidement perdue. Il en est de même d’autres technologies dépendant d’une organisation. Et une fois que cette technologie aura été perdue pendant une génération ou à peu près cela prendra des siècles pour la réinventer, de même que ça a pris des siècles pour l’inventer la première fois. Les livres techniques seraient rares et dispersés. Une société industrielle, si on la construit à partir de zéro sans aide extérieure, ne peut être intégrée que par une série d’étapes : Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils. Un long processus de développement économique et de progrès dans l’organisation sociale est nécessaire. Et, même en absence d’une idéologie opposée à la technologie, il n’y a aucune raison de croire que quelqu’un serait intéressé à reconstruire la société industrielle. L’enthousiasme pour « le progrès » est un phénomène particulier à la forme moderne de la société et il semble ne pas avoir existé avant le 17ème siècle à peu près.

211. Au Moyen Age tardif il y avait quatre civilisations principales qui étaient à peu près également « avancées » : l’Europe, le monde Musulman, l’Inde et l’Extrême-Orient (Chine, Japon, Corée). Trois de ces civilisations sont restées plus ou moins stables et seule l’Europe est devenue dynamique. Personne ne sait pourquoi l’Europe est devenue dynamique à ce moment-là; les historiens ont leurs théories mais ce ne sont que des spéculations. En tout cas, il est clair que le développement rapide vers une forme technique de société n’arrive que dans des conditions spéciales. Ainsi il n’y a aucune raison de supposer qu’une régression technologique durable ne puisse pas être provoquée.

212. La société se développerait-elle FINALEMENT de nouveau vers une forme industrialo-technologique ? Peut-être, mais ce n’est pas la peine de s’en inquiéter, puisque nous ne pouvons pas prévoir ou orienter des événements 500 ou 1000 ans dans l’avenir. Ces problèmes devront être traités par les gens qui vivront à ce moment-là.

LE DANGER DU GAUCHISME

213. À cause de leur besoin de rébellion et d’adhésion à un mouvement, les gauchistes ou les personnes de type psychologique semblable ne sont souvent pas attirés par un mouvement rebelle ou activiste dont les buts et les adhérents ne sont pas initialement gauchistes. L’afflux résultant de types gauchisants peut facilement transformer un mouvement non-gauchiste en gauchiste, si bien que des buts gauchistes remplacent ou déforment les buts originaux du mouvement.

214. Pour éviter ceci, un mouvement qui glorifie la nature et s’oppose à la technologie doit prendre une position résolument anti-gauchiste et doit éviter toute collaboration avec des gauchistes. Le gauchisme est à long terme incompatible avec la nature sauvage, avec la liberté humaine et avec l’élimination de la technologie moderne. Le gauchisme est collectiviste; il cherche à lier ensemble le monde entier (tant la nature que la race humaine) dans un tout unifié. Mais ceci implique la gestion de la nature et de la vie humaine par une société organisée et exige une technologie de pointe. Vous ne pouvez pas avoir un monde uni sans transport rapide et communications, vous ne pouvez pas obliger tous les gens à s’aimer mutuellement sans techniques psychologiques perfectionnées, vous ne pouvez pas avoir « une société planifiée » sans la base technologique nécessaire. Par dessus tout, le gauchisme est piloté par le besoin de pouvoir et le gauchiste recherche le pouvoir sur une base collective, par l’identification avec un mouvement de masse ou une organisation. Il n’y a aucune chance que le gauchisme renonce à la technologie, parce que la technologie est une source trop importante de pouvoir collectif.

215. L’anarchiste [34] aussi cherche le pouvoir, mais il le cherche sur une base individuelle ou de petit groupe; il veut que les individus et les petits groupes soient capables de contrôler les circonstances de leur propre vie. Il s’oppose à la technologie parce qu’elle rend les petits groupes dépendants de grandes organisations.

216. Certains gauchistes peuvent sembler s’opposer à la technologie, mais ils s’y opposeront seulement tant qu’ils sont des outsiders et que le système technique est contrôlé par des non-gauchistes. Si le gauchisme devient jamais dominant dans la société, de sorte que le système technologique devient un outil dans les mains des gauchistes, ils l’utiliseront avec enthousiasme et favoriseront sa croissance. Ce faisant ils répéteront un modèle que le gauchisme a suivi à maintes reprises dans le passé. Quand les Bolcheviks en Russie étaient minoritaires, ils s’opposaient vigoureusement à la censure et à la police secrète, ils préconisaient l’autodétermination pour les minorités ethniques, et ainsi de suite; mais aussitôt qu’ils ont pris eux-mêmes le pouvoir, ils ont imposé une censure plus sévère et ont créé une police secrète plus impitoyable que toutes celles qui avaient existé sous les tsars et ils ont opprimé les minorités ethniques au moins autant que les tsars l’avaient fait. Aux Etats-Unis, il y a deux ou trois décennies quand les gauchistes étaient une minorité dans nos universités, les professeurs gauchistes était des partisans vigoureux de la liberté de l’enseignement, mais aujourd’hui, dans ces universités où les gauchistes sont devenus dominants, ils se sont montrés prêts à priver tous les autres de la liberté de l’enseignement. (C’est du « politiquement correct »). Il en sera de même avec les gauchistes et la technologie : ils l’utiliseront pour opprimer tous les autres s’ils peuvent jamais la prendre sous leur contrôle.

217. Dans les révolutions précédentes, les gauchistes du type le plus affamé de pouvoir, à plusieurs reprises, ont d’abord coopéré avec des révolutionnaires non-gauchistes, comme avec des gauchistes de plus d’inclination libertaire, et les ont ensuite dupés pour saisir le pouvoir pour eux. Robespierre l’a fait pendant la Révolution Française, les Bolcheviks pendant la Révolution Russe, les communistes en Espagne en 1938 et Castro et ses disciples à Cuba. Étant donnée l’histoire passée du gauchisme, il serait tout à fait idiot pour des révolutionnaires non-gauchistes d’aujourd’hui de collaborer avec des gauchistes.

218. Divers penseurs ont mis en évidence que le gauchisme est une sorte de religion. Le gauchisme n’est pas une religion au sens strict parce que la doctrine gauchiste ne postule pas l’existence de quelque être surnaturel. Mais pour le gauchiste, le gauchisme joue un rôle psychologique très comparable avec celui que la religion joue pour certaines personnes. Le gauchiste a BESOIN de croire dans le gauchisme; il joue un rôle essentiel dans son économie psychologique. Ses croyances ne sont pas facilement modifiées par la logique ou les faits. Il a une conviction profonde que le gauchisme est moralement Bon avec un B majuscule et qu’il a non seulement le droit, mais le devoir d’imposer la moralité gauchiste à tout un chacun. (Cependant, beaucoup de gens auxquels nous nous référons comme « des gauchistes » ne pensent pas à eux comme des gauchistes et ne décriraient pas leur système de croyances comme le gauchisme. Nous utilisons le terme « gauchisme » parce que nous ne connaissons pas de meilleurs mots pour désigner le spectre de croyances associées qui inclut les movements féministe, des droits gays, du politiquement correct, etc., et parce que ces mouvements ont une affinité forte avec la vieille gauche. Voir les paragraphes 227-230.)

219. Le gauchisme est une force totalitaire. Partout où le gauchisme est dans une position de pouvoir il a tendance à envahir chaque coin privé et à forcer chaque pensée dans un moule gauchiste. C’est en partie à cause du caractère quasi-religieux du gauchisme; tout ce qui est contraire aux croyances des gauchistes représente le Péché. Ce qui est plus important, le gauchisme est une force totalitaire à cause de l’attirance des gauchistes pour le pouvoir. Le gauchiste cherche à satisfaire son besoin du pouvoir par l’identification avec un mouvement social et il essaye d’accomplir le processus de pouvoir en aidant à poursuivre et à atteindre les buts du mouvement (voir le paragraphe 83). Mais il importe peu à quel degré le mouvement à atteint ses buts, le gauchiste n’est jamais satisfait, parce que son activisme est une activité de substitution (voir le paragraphe 41). C’est-à-dire que le motif réel du gauchiste n’est pas d’atteindre les buts ostensibles du gauchisme; en réalité il est motivé par le pouvoir qu’il ressent en luttant et en atteignant ensuite un but social [35].

Par conséquent le gauchiste n’est jamais satisfait des buts qu’il a déjà atteints; son besoin du processus de pouvoir le mène toujours à poursuivre un nouveau but. Le gauchiste veut l’égalité des chances pour les minorités. Quand il l’a atteint il insiste sur l’égalité statistique des résultats des minorités. Et tant que quelqu’un abrite dans un coin de son esprit une attitude négative envers une certaine minorité, le gauchiste se doit de le rééduquer. Et les minorités ethniques ne suffisent pas; on ne peut permettre à personne d’avoir une attitude négative envers les homosexuels, les handicapés, les gros, les vieux, les laids et ainsi de suite. Il ne suffit pas que le public soit informé des dangers du tabac; un avertissement doit être imprimé sur chaque paquet de cigarettes. Puis la publicité pour les cigarettes doit être limitée sinon interdite. Les activistes ne seront jamais satisfaits tant que le tabac n’est pas proscrit et après cela ce sera l’alcool et puis les aliments sans valeur nutritive, etc. Les activistes ont combattu les mauvais traitements aux enfants, ce qui est raisonnables. Mais maintenant ils veulent interdire toute fessée. Quand ils l’auront fait ils voudront interdire quelque chose d’autre qu’ils considèrent malsain, et puis une autre chose et encore un autre. Ils ne seront jamais satisfaits jusqu’à ce qu’ils aient le contrôle complet de toutes les pratiques d’éducation. Et ensuite ils passeront à une autre cause.

220. Supposons que vous ayez demandé aux gauchistes de faire une liste de TOUTES les choses qui sont mauvaises dans la société et supposez ensuite que vous ayez institué CHAQUE changement social qu’ils ont exigé. On ne se tromperait pas en prédisant qu’en deux ou trois ans la majorité des gauchistes trouverait quelque chose de nouveau à se plaindre, quelque nouveau « mal » social à corriger parce que, de nouveau, le gauchiste est motivé moins par la détresse pour les maux de la société que par le besoin de satisfaire son attirance pour le pouvoir en imposant ses solutions à la société.

221. À cause des restrictions que leur haut niveau de socialisation met sur leurs pensées et leur comportement, beaucoup de gauchistes du type sur-socialisé ne peuvent pas rechercher le pouvoir par les mêmes voies que d’autres gens. Pour eux l’attirance pour le pouvoir n’a qu’un débouché moralement acceptable et c’est la lutte pour imposer leur morale à chacun.

222. Les gauchistes, particulièrement ceux du type sursocialisé, sont de Vrais Croyants dans le sens du livre d’Eric Hoffer, « The True Believer ». Mais tous les Vrais Croyants ne sont pas du même type psychologique que les gauchistes. Vraisemblablement un Nazi vraicroyant, par exemple est très différent psychologiquement d’un gauchiste vraicroyant. À cause de leur capacité à une dévotion absolue pour une cause, les Vrais Croyants sont un ingrédient utile, peut-être nécessaire, de n’importe quel mouvement révolutionnaire. Ceci pose un problème que nous devons admettre ne pas savoir comment gérer. Nous ne sommes pas sûrs de la façon d’exploiter les énergies du Vrai Croyant en faveur d’une révolution contre la technologie. Tout ce que nous pouvons dire aujourd’hui est qu’un Vrai Croyant ne sera jamais une recrue sûre pour la révolution à moins que son engagement ne soit exclusivement la destruction de la technologie. S’il a aussi à un autre idéal, il pourrait vouloir utiliser la technologie comme outil pour poursuivre cet autre idéal (voir les paragraphes 220, 221).

223. Certains lecteurs pourraient dire, « Ces histoires sur le gauchisme sont un tas de merde. Je connais Jean et Jeanne qui sont gauchisants et ils n’ont pas toutes ces tendances totalitaires ». Il est tout à fait vrai que beaucoup de gauchistes, probablement même une majorité numérique, sont des gens convenables qui croient sincèrement à la tolérance pour les valeurs des autres (jusqu’à un certain point) et qui ne voudraient pas utiliser des méthodes autoritaires pour atteindre leurs buts sociaux. Nos remarques sur le gauchisme ne sont pas destinées à s’appliquer à chaque gauchiste individuel, mais à décrire le caractère général du gauchisme comme un mouvement. Et le caractère général d’un mouvement n’est pas nécessairement décidé par les proportions numériques des différentes sortes de personnes impliquées dans le mouvement.

224. Les gens qui accèdent aux positions de pouvoir dans les mouvements gauchistes ont tendance à être les gauchistes du type le plus affamé de pouvoir parce que les gens affamés de pouvoir sont ceux qui s’efforcent le plus d’accéder aux positions de pouvoir. Une fois que les types affamés de pouvoir ont pris le contrôle du mouvement, il y a beaucoup de gauchistes d’une race plus tendre qui désapprouvent intérieurement beaucoup d’actions des leaders, mais ne peuvent pas se résoudre à s’y opposer. Ils ont BESOIN de leur foi dans le mouvement et parce qu’ils ne peuvent pas renoncer à cette foi ils accompagnent les leaders. C’est vrai, CERTAINS gauchistes ont pour de bon le courage de s’opposer aux tendances totalitaires qui apparaissent, mais ils perdent progressivement, parce que les types affamés de pouvoir sont mieux organisés, sont plus impitoyables et Machiavéliques et ont fait attention de se bâtir une forte base de pouvoir.

225. Ces phénomènes sont apparu clairement en Russie et d’autres pays qui ont été pris par les gauchistes. De même avant l’effondrement du communisme en URSS, les gauchisants de l’Ouest critiquaient rarement ce pays. Si on les poussait à bout ils admettaient que l’URSS avait fait beaucoup de mauvaises choses, mais alors ils essayaient de trouver des excuses pour les communistes et commenceraient à parler des fautes de l’Ouest. Ils s’opposaient toujours à la résistance militaire Occidentale contre l’agression communiste. Les types gauchisants dans le monde entier ont vigoureusement protesté contre l’action militaire U.S. au Viêt-Nam, mais quand l’URSS a envahi l’Afghanistan ils n’ont rien fait. Ce n’est pas qu’ils approuvaient les actions soviétiques; mais à cause de leur foi gauchiste, ils ne pouvaient simplement pas supporter de se mettre en opposition avec le communisme. Aujourd’hui, dans celles de nos universités où « le politiquement correct » est devenu dominant, il y a probablement beaucoup de types de gauchisants qui qui à titre privé désapprouvent la suppression de la liberté de l’enseignement, mais de toute façon ils s’en accommodent.

226. Ainsi le fait que beaucoup de gauchistes individuels sont personnellement doux et assez tolérants n’empêche en aucun cas le gauchisme dans son ensemble d’avoir une tendance totalitaire.

227. Notre discussion du gauchisme a une faiblesse sérieuse. Ce que nous entendons par le mot « gauchiste » est toujours loin d’être clair. Il ne semble pas que nous puissions y faire grand chose. Aujourd’hui le gauchisme est fragmenté en un spectre entier de mouvements activistes. Et encore tous les mouvements activistes ne sont pas gauchistes et quelques mouvements activistes (par exemple, les écologistes radicaux) semble inclure tant des personnalités du type gauchiste que des personnalités de type absolument non-gauchistes qui feraient mieux de ne pas collaborer avec des gauchistes. Les variétés de gauchistes se fondent graduellement dans les variétés de non-gauchistes et nous-mêmes serions souvent en difficulté pour décider si un individu donné est ou n’est pas un gauchiste. Dans la mesure où elle est définie, notre conception du gauchisme l’est par la discussion que nous en avons donné dans cet article et nous pouvons seulement conseiller au lecteur d’utiliser son propre jugement pour décider qui est un gauchiste.

228. Mais il sera utile de lister quelques critères pour diagnostiquer le gauchisme. Ces critères ne peuvent pas être appliqués sans ambiguïté. Certains individus peuvent correspondre à certains des critères sans être des gauchistes, certains gauchistes peuvent ne correspondre à aucun des critères. De nouveau, il faut simplement utiliser son jugement.

229. Le gauchiste est orienté vers le collectivisme à grande échelle. Il souligne le devoir de l’individu à servir la société et le devoir de la société à s’occuper de l’individu. Il a une attitude négative envers l’individualisme. Il prend souvent un ton moralisateur. Il a tendance à être pour le contrôle des armes à feu, pour l’éducation sexuelle et d’autres méthodes éducatives psychologiquemenet « éclairées », pour la planification, pour la discrimination positive, pour le multiculturalisme. Il a tendance à s’identifier avec les victimes. Il a tendance à être contre la compétition et contre la violence, mais il trouve souvent des excuses pour les gauchistes qui commettent effectivement des violences. Il aime utiliser les rengaines communes de la gauche comme « racisme », « sexisme », « homophobie », « capitalisme », « impérialisme », « néocolonialisme »,  » génocide, » « changement social, » « justice sociale, » « responsabilité sociale. » Le meilleur trait diagnostique du gauchiste est peut être sa tendance à sympathiser avec les mouvements suivants : féminisme, droits gays, droits ethniques, droits des handicapés, droits des animaux, politiquement correct. Quiconque sympathise fortement avec TOUS ces mouvements est presque certainement un gauchiste [36].

230. Les gauchistes les plus dangereux, c’est-à-dire ceux qui sont les plus affamés de pouvoir, sont souvent caractérisés par l’arrogance ou par une approche dogmatique de l’idéologie. Cependant, les gauchistes les plus dangereux de tous sont peut être certains types sursocialisés qui évitent les démonstrations irritantes d’agressivité et s’abstiennent d’afficher leur gauchisme, mais travaillent tranquillement et discrètement à promouvoir les valeurs collectivistes, les techniques psychologiques « éclairées » pour socialiser les enfants, la dépendance de l’individu du système, et ainsi de suite. Ces crypto-gauchistes (comme nous pouvons les appeler) ressemblent à certains types bourgeois pour autant que l’action pratique soit concernée, mais différent d’eux dans la psychologie, l’idéologie et la motivation. Le bourgeois ordinaire essaye d’amener les gens sous contrôle du système pour protéger son mode de vie, ou il le fait simplement parce que son attitude est conventionnelle. Le crypto-gauchiste essaye d’amener les gens sous le contrôle du système parce qu’il est un Vrai Croyant d’une idéologie collectiviste. Le crypto-gauchiste se différencie du gauchiste moyen du type sursocialisé par le fait que ses impulsions rebelles sont plus faibles et qu’il est plus fermement socialisé. Il se différencie du bourgeois bien socialisé ordinaire par le fait qu’il y a un manque profond en lui qui lui rend nécessaire de se consacrer à une cause et de s’immerger dans une collectivité. Et peut-être son attirance (bien sublimée) pour le pouvoir est elle plus forte que celle du bourgeois moyen.

NOTE FINALE

231. Partout dans cet article nous avons fait des déclarations imprécises et des déclarations auxquelles auraient dû être attachées des restrictions et des réserves ; et certaines de nos déclarations sont peut être catégoriquement fausses. Le manque d’information suffisante et le besoin de brièveté nous a rendu impossible de formuler nos affirmations de façon plus précise ou d’ajouter toutes les précisions nécessaires. Et bien sûr dans une discussion de cette sorte il faut s’appuyer lourdement sur le jugement intuitif et celui ci peut parfois être faux. Donc nous ne prétendons pas que cet article exprime plus qu’une approximation grossière de la vérité.

232. Nous sommes tout de même raisonnablement confiants que les grands traits généraux de l’image que nous avons dépeinte ici sont grossièrement corrects. Nous avons décrit le gauchisme en sa forme moderne comme un phénomène particulier à notre temps et comme un symptôme de la perturbation du processus de pouvoir. Mais nous pourrions probablement avoir tort sur ce point. Les types sursocialisés qui essayent de satisfaire leur attirance pour le pouvoir en imposant leur morale aux autres sont certainement là depuis longtemps. Mais nous PENSONS que le rôle décisif joué par les sentiments d’infériorité, le manque de confiance en soi, l’impuissance, l’identification avec les victimes par des gens qui ne sont pas des victimes, est une particularité du gauchisme moderne. L’identification avec les victimes par des gens qui n’en sont pas peut dans une certaine mesure être trouvée dans le gauchisme du 19ème siècle et les débuts du Christianisme, mais pour autant que nous puissions discerner, les symptômes de manque de confiance en soi, etc, étaient loin d’être aussi évidents dans ces mouvements, ou d’autres, que dans le gauchisme moderne. Mais nous ne sommes pas en position d’affirmer avec assurance qu’aucun mouvement de ce genre n’a existé avant le gauchisme moderne. C’est une question significative à laquelle les historiens doivent prêter attention.


NOTES

1. (Paragraphe 19) Nous affirmons que TOUS, ou même la plupart, des voyous et des compétiteurs impitoyables souffrent d’un sentiment d’infériorité.

2. (Paragraphe 25) Pendant la période Victorienne beaucoup de personnes sursocialisées souffraient de problèmes psychologiques sérieux suite à la répression ou la tentative de réprimer leurs sensations sexuelles. Freud a apparemment basé ses théories sur des personnes de ce type. Aujourd’hui la cible de la socialisation a glissé du sexe à l’agression.

3. (Paragraphe 27) N’incluant pas nécessairement les spécialistes des sciences « dures » de l’ingénieur.

4. (Paragraphe 28) Il y a beaucoup d’individus de la bourgeoisie qui résistent à certaines de ces valeurs, mais d’habitude leur résistance est plus ou moins secrète. Une telle résistance apparaît seulement dans une mesure très limitée dans les mass-médias. La poussée principale de propagande dans notre société est en faveur des valeurs exposées.

Les raisons principales pour lesquelles ces valeurs sont devenues, pour ainsi dire, les valeurs officielles de notre société sont qu’elles sont utiles pour le système industriel. La violence est découragée parce qu’elle perturbe le fonctionnement du système. Le racisme est découragé parce que les conflits ethniques perturbent aussi le système et que la discrimination gâche le talent des membres de groupes minoritaires qui pourraient être utiles pour le système. La pauvreté doit être « guérie » parce que le sous-prolétariat cause des problèmes au système et que le contact avec le sous-prolétariat démoralise les autres classes. Les femmes sont encouragées à avoir une carrière parce que leurs talents sont utiles pour le système et, plus important encore, parce qu’en ayant des emplois stables les femmes deviennent mieux intégrées dans le système et liées directement à lui plutôt qu’à leurs familles. Cela aide à affaiblir la solidarité de famille. (Les dirigeants du système disent qu’ils veulent renforcer la famille, mais ils veulent direen fait qu’ils veulent que la famille soit un outil efficace pour socialiser les enfants en accord avec les besoins du système. Nous exposons dans les paragraphes 51,52 que le système ne peut pas se permettre de laisser la famille ou d’autres groupes sociaux à petite échelle être forts ou autonomes).

5. (Paragraphe 42) On peut affirmer que la majorité des gens ne veut pas prendre de décisions personnelles, mais préfère que des dirigeants pensent pour eux. Il y a un élément de vérité dans cela. Les gens aiment prendre des décisions sur les petites questions, mais prendre des décisions sur des questions difficiles, fondamentales exige de faire face à des conflits psychologiques et la plupart des gens détestent les conflits psychologiques. Par là ils ont tendance à compter sur d’autres dans les décisions difficiles à prendre. La majorité des gens sont des suiveurs naturels, pas des leaders, mais ils aiment avoir un accès personnel direct à leurs leaders et participer dans une certaine mesure aux prises de décisions difficiles. Au moins à ce degré ils ont besoin d’autonomie.

6. (Paragraphe 44) Certains des symptômes décrits sont semblables à ceux montrés par les animaux en cage.

Pour expliquer comment ces symptômes résultent de la privation associée au processus de pouvoir :

La compréhension de la nature humaine par le bon sens nous dit que le manque de buts dont l’accomplissement exige des efforts mène à l’ennui et que l’ennui durable aboutit souvent à la dépression. L’échec à atteindre ses buts mène à la frustration et à la baisse du respect de soi. La frustration mène à la colère, la colère à l’agression, souvent sous la forme de mauvais traitements au conjoint ou aux enfants. Il a été montré que la frustration prolongée mène généralement à la dépression et que la dépression a tendance à causer la culpabilité, des troubles du sommeil, des désordres alimentaires et de mauvais sentiments envers soi même. Ceux qui ont une tendance dépressive cherchent le plaisir comme antidote; d’où l’hédonisme insatiable et le sexe excessif, ou avec des perversions comme moyen d’obtenir de nouveaux stimuli. L’ennui a aussi tendance à causer une recherche excessive de plaisir car, manquant d’autres buts, les gens utilisent souvent le plaisir comme un but. Voir le diagramme associé. Ce qui précéde est une simplification. La réalité est plus complexe et bien sûr la privation en rapport avec le processus de pouvoir n’est pas la SEULE cause des symptômes décrits. À propos, quand nous mentionnons la dépression nous ne voulons pas nécessairement dire une dépression assez sévère pour être traitée par un psychiatre. Souvent seules les formes atténuées de dépression sont impliquées. Et quand nous parlons de buts nous ne voulons pas nécessairement parler de buts à long terme et sérieusement réfléchis. Pour beaucoup ou la plupart des gens au cours de la plus grande part de l’histoire humaine, les buts d’une existence chiche (fournissant simplement à soi et sa famille la nourriture quotidienne) ont été tout à fait suffisants.

7. (Paragraphe 52) Une exception partielle peut être faite pour quelques groupes passifs, introvertis, comme les Amish, qui ont peu d’effet sur la société plus large. A part ceux-ci, quelques véritables communautés à petite échelle existent effectivement en Amérique aujourd’hui. Par exemple, les gangs de jeunes et les sectes. Chacun les considère comme dangereux et ils le sont, parce que les membres de ces groupes sont loyaux principalement l’un envers l’autre plutôt qu’envers le système, en conséquence le système ne peut pas les contrôler. Ou prenez les gitans. Les gitans échappent généralement aux condamnations pour vol ou fraude parce que leurs loyautés sont telles qu’ils peuvent toujours obtenir d’autres gitans un témoignage qui « prouve » leur innocence. Évidemment le système aurait de sérieux problèmes si trop de gens appartenaient à de tels groupes. Certains des penseurs chinois du début du 20ème siècle qui s’intéressaient à la modernisation de la Chine ont reconnu la nécessité de détruire les groupes sociaux à petite échelle comme la famille :  » (Selon Sun Yat-Sen) le peuple chinois avait besoin d’une nouvelle montée de patriotisme, qui mènerait à un transfert de fidélité de la famille à l’état … (Selon Li Huang) les attachements traditionnels, particulièrement à la famille devaient être abandonnés pour que le nationalisme se développe en Chine. » (Chester C. Tan, La Pensée Politique Chinoise au Vingtième Siècle », page 125, page 297).

8. (Paragraphe 56) Oui, nous savons que l’Amérique du 19ème siècle avait ses problèmes et qu’ils étaient sérieux, mais pour rester brefs nous devons nous exprimer en termes simplifiés.

9. (Paragraphe 61) Nous laissons de côté le sous-prolétariat. Nous parlons de la majorité.

10. (Paragraphe 62) Certains spécialistes des sciences humaines, éducateurs, professionnels de la « santé mentale » et ainsi de suite font de leur mieux pour pousser les besoins sociaux dans le groupe 1 en essayant de faire en sorte que chacun ait une vie sociale satisfaisante.

11. (Paragraphes 6382) Le besoin d’acquisition matérielle infinie est il vraiment une création artificielle de la publicité et du marketing ? Il n’y a certainement aucun besoin humain inné pour l’acquisition matérielle. Il y a eu beaucoup de cultures dans lesquelles les gens désiraient peu de richesses matérielles au-delà de ce qui était nécessaire pour satisfaire leurs besoins physiques de base (aborigènes australiens, culture traditionnelle des paysans mexicains, certaines cultures africaines). D’un autre côté il y a aussi eu beaucoup de cultures préindustrielles dans lesquelles l’acquisition matérielle jouait un rôle important. Donc nous ne pouvons pas affirmer que la culture actuelle orientée sur l’acquisition est exclusivement une création de la publicité et du marketing. Mais il est clair que la publicité et le marketing ont eu un rôle important dans la création de cette culture. Les grosses sociétés qui dépensent des millions en publicité ne feraient pas ce genre de dépenses sans preuve solide qu’elles en sont remboursées par des ventes accrues. Un membre de FC a rencontré un directeur commercial il y a deux ou trois ans qui fut assez franc pour lui dire, « Notre travail est de faire les gens acheter des choses dont ils ne veulent pas et n’ont pas besoin. » Il a alors décrit comment un novice non formé présenterait aux gens des faits sur un produit et ne vendrait rien du tout, tandis qu’un vendeur professionnel formé et expérimenté vendrait de grandes quantités aux mêmes gens. Cela montre que les gens sont manipulés pour acheter des choses qu’ils ne veulent pas vraiment.

12. (Paragraphe 64) Le problème de l’absence de but semble être devenu moins sérieux durant les 15 dernières années environ, parce que les gens se sentent maintenant moins qu’auparavant en sécurité physiquement et économiquement et le besoin de sécurité leur fournit un but. Mais l’absence de but a été remplacée par la frustration due à la difficulté d’obtenir la sécurité. Nous soulignons le problème de l’absence de but parce que les libéraux et les gauchistes voudraient résoudre nos problèmes sociaux en donnant mission à la société de garantir la sécurité de chacun; mais si cela pouvait être fait cela ramènerait seulement le problème de l’absence de but. Le problème réel n’est pas que la société assure bien ou mal la sécurité des gens; l’ennui est que les gens dépendent du système pour leur sécurité plutôt que l’avoir entre leurs propres mains. Ceci, à propos, fait partie de la raison pour laquelle certaines personnes s’énervent sur le droit de porter des armes; la possession d’une arme à feu met cet aspect de leur sécurité entre leurs propres mains.

13. (Paragraphe 66) Les efforts des Conservateurs pour diminuer la quantité de règlements du gouvernement a peu d’avantages pour l’homme moyen. D’une part, seulement une fraction des règlements peut être éliminée parce que la plupart des règlements sont nécessaires. D’autre part, la dérèglementation affecte surtout les affaires plutôt que l’individu moyen, ce qui fait que son effet principal est de prendre le pouvoir au gouvernement pour le donner aux sociétés privées. Ce que cela signifie pour l’homme moyen c’est que l’interférence du gouvernement dans sa vie est remplacée par l’interférence de grosses sociétés, à qui l’on peut permettre, par exemple, de rejeter plus de produits chimiques qui se retrouvent dans son alimentation en eau et lui donnent le cancer. Les conservateurs prennent juste l’homme moyen pour un gogo, exploitant son ressentiment contre le Grand Gouvernement pour assurer le pouvoir des Grandes Entreprises.

14. (Paragraphes 73, 114153) Quand quelqu’un approuve le but pour lequel la propagande est utilisée dans un cas donné, il l’appelle généralement « éducation » ou y applique quelque euphémisme semblable. Mais la propagande est la propagande indépendamment du but pour lequel elle est utilisée.

15. (Paragraphe 83) Nous n’exprimons pas d’approbation ou de désapprobation sur l’invasion du Panama. Nous l’utilisons seulement pour illustrer un point.

16. (Paragraphe 95) Quand les colonies américaines étaient sous l’autorité britannique il y avait des garanties légales de liberté moindres et moins efficaces qu’après que la Constitution Américaine fut entrée en vigueur, cependant il y avait plus de liberté personnelle en Amérique préindustrielle, tant avant qu’après la Guerre d’Indépendance, qu’il n’y en avait après que la Révolution Industrielle ait pris dans ce pays. Nous citons « Violence in America: Historical and Comparative perspectives », édité par Hugh Davis Graham et Ted Robert Gurr, Chapitre 12 par Roger Lane, pages 476-478 : « l’augmentation progressive des standards de propriété et avec elle la dépendance croissante de l’application de la loi officielle (dans l’Amérique du 19ème siècle) … étaient communs à la société entière … Le changement du comportement social est si durable et si répandu qu’il suggère une connexion avec le plus fondamental des processus sociaux contemporains; celui de l’urbanisation industrielle elle-même … » Le Massachusetts en 1835 avait une population d’environ 660 940 personnes, 81 pour cent de ruraux, presqu’entièrement préindustriels et indigènes. Ses citoyens avaient l’habitude d’une liberté personnelle considérable. Cochers, fermiers ou artisans, ils étaient tous habitués à organiser eux mêmes leurs journées, et la nature de leur travail les rendait physiquement dépendants l’un de l’autre … Les problèmes individuels, péchés ou même crimes, n’étaient pas généralement cause d’un souci social plus large … « Mais l’impact des mouvements jumeaux vers la ville et vers l’usine, tous deux s’accélérant en 1835, eut un effet progressif sur le comportement personnel pendant tout le 19ème siècle et au début du 20ème. L’usine exigeait la régularité de comportement, une vie dirigée par l’obéissance aux rythmes de l’horloge et du calendrier, aux exigences du contremaître et du surveillant. Dans la ville ou la cité, le besoin de vivre avec des voisins étroitement proches interdirent beaucoup d’actions précédemment admissibles.

Tant les cols-bleus que les cols-blancs dans les plus grands établissements dépendaient mutuellement de leurs camarades. Comme le travail d’un homme s’accorde à celui d’un autre, les affaire d’un homme n’étaient plus les siennes propres ». Les résultats de la nouvelle organisation de vie et de travail étaient apparents avant 1900, quand environ 76 pour cent des 2 805 346 habitants du Massachusetts étaient classés comme citadins. Beaucoup de comportements violents ou irréguliers qui avaient été tolérables dans une société détendue, indépendante n’étaient plus acceptables dans l’atmosphère plus formalisée, coopérative de la période postérieure … Le déplacement vers les villes avait, en bref, produit une génération plus docile, plus socialisée, plus ‘civilisée’ que ses prédécesseurs. »

17. (Paragraphe 117) Les apologues du système aiment citer des cas dans lesquels les élections se sont décidées par un ou deux votes, mais de tels cas sont rares.

18. (Paragraphe 119) « Aujourd’hui, dans les pays technologiquement avancés, les hommes vivent des vies très semblables malgré les différences géographiques, religieuses et politiques. Les vies quotidiennes d’un employé de banque chrétien à Chicago, d’un employé de banque bouddhiste à Tokyo, d’un employé de banque communiste à Moscou sont beaucoup plus semblables que la vie de l’un quelconque d’entre eux ressemble à celle de n’importe quel homme d’il y a mille ans. Ces ressemblances sont le résultat d’une technologie commune… » L. Sprague de Camp, « The Ancient Engineers », édition Ballentine, page 17.

Les vies des trois employés de banque ne sont pas IDENTIQUES. L’idéologie a vraiment un certain effet. Mais toutes les sociétés techniques, pour survivre, doivent se développer le long APPROXIMATIVEMENT la même trajectoire.

19. (Paragraphe 123) Imaginons juste qu’un ingénieur généticien irresponsable pourrait créer beaucoup de terroristes.

20. (Paragraphe 124) Pour un nouvel exemple des conséquences indésirables du progrès médical, supposez que l’on découvre un remède fiable contre le cancer. Même si le traitement est trop cher pour être disponible à tous, sauf à l’élite, il réduira énormément la motivation à arrêter l’émission de cancérigènes dans l’environnement.

21. (Paragraphe 128) Comme beaucoup de gens peuvent trouver paradoxale la notion que la somme d’un grand nombre de bonnes choses peut être une mauvaise chose, nous l’illustrerons par une analogie. Supposons que A joue aux échecs avec B. C, un Grand Maître, regarde par dessus l’épaule de A. A veut bien sûr gagner sa partie, donc si C lui indique un bon mouvement, il fait une faveur à A. Mais supposons maintenant que C dise à A comment faire TOUS ses mouvements. Dans chaque cas particulier il fait une faveur à A en lui montrant le meilleur mouvement, mais en faisant TOUS les mouvements pour lui il gâte le jeu, puisqu’il n’y a pas de raison que A joue du tout si quelqu’un d’autre lui indique tous ses mouvements.

La situation de l’homme moderne est analogue à celle de A. Le système rend la vie d’un individu plus facile pour lui de façons innombrables, mais il le prive ainsi du contrôle sur son propre destin.

22. (Paragraphe 137) Ici nous considérons seulement le conflit de valeurs dans la majorité. Pour la simplicité nous ne prenons pas en compte des valeurs « étrangères » comme l’idée que la nature sauvage est plus importante que le bien-être économique humain.

23. (Paragraphe 137) L’intérêt personnel n’est pas nécessairement l’intérêt personnel MATÉRIEL. Il peut consister dans l’accomplissement de quelque besoin psychologique, par exemple, en favorisant son idéologie ou religion.

24. (Paragraphe 139) Une précision : Il est dans l’intérêt du système de permettre un certain degré défini de liberté dans quelques secteurs. Par exemple, la liberté économique (avec des limitations appropriées et des contraintes) s’est montrée efficace dans l’augmentation de la croissance économique. Mais seule la liberté planifiée, circonscrite, limitée est dans l’intérêt du système. L’individu doit toujours être tenu en laisse, même si la laisse est parfois longue (voir les paragraphes 9497).

25. (Paragraphe 143) Nous ne voulons pas suggérer que l’efficacité ou le potentiel de survie d’une société aient toujours été inversement proportionnels au niveau de pression ou de malaise auquel la société soumet les gens. Ce n’est certainement pas le cas. Il y a de bonnes raisons de croire que beaucoup de sociétés primitives soumettaient les gens à moins de pression que la société européenne le faisait, mais la société européenne s’est montrée beaucoup plus efficace que toute société primitive et a toujours gagné dans les conflits avec ces sociétés à cause des avantages conférés par la technologie.

26. (Paragraphe 147) Si vous pensez qu’une application plus efficace de la loi est bonne sans équivoque parce que cela supprime le crime, alors souvenez vous que le crime tel que défini par le système n’est pas nécessairement ce que VOUS appelleriez le crime. Aujourd’hui, fumer de la marijuana est « un crime » et, en certains endroits des Etats-Unis, il en est de même de la possession de N’IMPORTE QUELLE arme à feu, enregistrée ou pas, et la même chose peut arriver avec des méthodes d’éducation désapprouvées, comme donner une fessée. Dans certains pays, l’expression d’opinions politiques dissidentes est un crime et il n’y a aucune certitude que cela n’arrivera jamais aux Etats-Unis, car aucune constitution ou système politique ne durent toujours.

Si une société a besoin d’une grosse et puissante structure policière, alors il y a quelque chose de gravement mauvais dans cette société; elle doit soumettre les gens à des pressions sévères si autant d’entre eux refusent de suivre les règles, ou ne les suivent que parce qu’on les force. Beaucoup de sociétés dans le passé fonctionnaient avec peu ou pas de police formelle.

27. (Paragraphe 151) Certes, les sociétés passées ont eu des moyens d’influencer le comportement, mais ceux-ci étaient primitifs et de faible efficacité comparés avec les moyens technologiques qu’on développe maintenant.

28. (Paragraphe 152) Cependant, quelques psychologues ont publiquement exprimé des avis indiquant leur mépris pour la liberté humaine. Et Omni (août 1987) cite le mathématicien Claude Shannon : « je vois un temps où nous serons aux robots ce que les chiens sont aux humains et j’encourage les machines. »

29. (Paragraphe 154) Ce n’est pas de la science-fiction! Après l’écriture du paragraphe 154 nous avons rencontré par hasard un article dans Scientific American selon lequel les scientifiques développent activement des techniques pour identifier les criminels potentiels et pour les traiter par une combinaison de moyens biologiques et psychologiques. Quelques scientifiques préconisent l’application obligatoire du traitement, qui pourrait être disponible dans le proche avenir. (Voir « Seeking the Criminal Element », par W. Wayt Gibbs, Scientific American, mars 1995.) Vous pensez peut être que c’est une bonne chose parce que le traitement serait appliqué à ceux qui pourraient conduire en état d’ivresse (ils mettent aussi en danger la vie humaine), puis peut-être à ceux qui fessent leurs enfants, et puis aux écologistes qui sabotent les équipements d’enregistrement, finalement à tous ceux dont le comportement est gênant pour le système.

30. (Paragraphe 184) Un autre avantage de la nature comme contre-idéal à la technologie est que, pour beaucoup de gens, la nature inspire la sorte de révérence qui est associée à la religion, ce qui fait que la nature pourrait peut-être être idéalisée sur une base religieuse. Il est vrai que dans beaucoup de sociétés la religion a servi de support et de justification à l’ordre établi, mais il est aussi vrai que la religion a souvent fourni une base pour la rébellion. Ainsi il peut être utile d’introduire un élément religieux dans la rébellion contre la technologie, d’autant plus que la société Occidentale n’a aujourd’hui aucune base religieuse forte.

La religion, de nos jours est utilisée comme le support bon marché et transparent d’un égoïsme étroit et à court terme (certains conservateurs l’utilisent de cette façon), ou est même exploitée cyniquement pour faire de l’argent facile (par beaucoup d’évangélistes), ou a dégénéré dans un pur irrationalisme (fondamentalistes protestants, sectes), ou est simplement stagnante (catholicisme, protestantisme de base). Ce qui ressemble le plus à une religion forte, répandue, dynamique en Occident dans les temps récents est la quasi-religion du gauchisme, mais le gauchisme est aujourd’hui fragmenté et n’a aucun but clair, unifié, inspirant.

Ainsi il y a un vide religieux dans notre société qui pourrait peut-être être remplie par une religion concentrée sur la nature en opposition avec la technologie. Mais ce serait une erreur d’essayer d’inventer artificiellement une religion pour remplir ce rôle. Une religion inventée ainsi serait probablement un échec. Prenez la religion « Gaia » par exemple. Ses adhérents y croient-ils VRAIMENT ou jouent-ils juste la comédie ? S’ils jouent juste la comédie leur religion finira en fiasco.

Il est probablement mieux de ne pas essayer d’introduire la religion dans le conflit de la nature contre la technologie à moins que vous ne croyiez VRAIMENT en cette religion vous-même et constatiez qu’elle réveille une réponse profonde, forte, véritable chez beaucoup d’autres gens.

31. (Paragraphe 189) En supposant qu’une telle poussée finale se produise. Évidemment le système industriel pourrait être éliminé d’une façon plus ou moins graduelle ou par secteurs. (Voir les paragraphes 4167 et la note 4).

32. (Paragraphe 193) Il est même concevable (de loin) que la révolution pourrait consister seulement en un changement massif d’attitude envers la technologie aboutissant à une désintégration relativement graduelle et indolore du système industriel. Mais si cela arrive nous aurons beaucoup de chance. Il est beaucoup plus probable que la transition vers une société non-technologique sera très difficile et pleine de conflits et de désastres.

33. (Paragraphe 195) Les structures économique et technologique d’une société sont beaucoup plus importantes que sa structure politique dans la détermination du mode de vie de l’homme moyen (voir les paragraphes 95119 et les notes 1618).

34. (Paragraphe 215) Cette déclaration se réfère à notre marque particulière d’anarchisme. Une large variété d’attitudes sociales a été appelée « anarchisme » et il se peut que certains qui se considèrent anarchistes n’accepteraient pas notre déclaration du paragraphe 215. Il devrait être noté, à ce propos, qu’il y a un mouvement anarchiste non violent dont les membres n’accepteraient probablement pas FC comme anarchiste et n’approuveraient certainement pas les méthodes violentes de FC.

35. (Paragraphe 219) Beaucoup de gauchistes sont motivés aussi par l’hostilité, mais l’hostilité résulte probablement en partie d’un besoin frustré de pouvoir.

36. (Paragraphe 229) Il est important de comprendre que nous voulons dire quelqu’un qui sympathise avec ces MOUVEMENTS comme ils existent aujourd’hui dans notre société. Celui qui croit que les femmes, les homosexuels, etc, devraient avoir les mêmes droits n’est pas nécessairement un gauchiste. Les mouvements féministe, des droits gay, etc, qui existent dans notre société ont le ton idéologique particulier qui caractérise le gauchisme et si on croit, par exemple, que les femmes devraient avoir les mêmes droits il ne s’ensuit pas nécessairement qu’on doive sympathiser avec le mouvement féministe tel qu’il existe aujourd’hui.


Dernière modification le 28/10/2005


Dernière modification le 28/10/2005

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10 commentaires »

  1. Les quatre postulats principaux de Théodore Kaczynski:

     » – Le progrès technologique nous conduit à un désastre imparable.
    – Seul l’effondrement de la civilisation actuelle peut empêcher l’anéantissement.
    – La gauche idéologique est la principale force de la Société technocratique contre la révolution.
    – En résumé, ce mouvement révolutionnaire, dédié à la suppression de la société technologique, prenant des initiatives et menant des actions pour écarter tous les gauchistes et assimilés des sphères du nouveau pouvoir.  »
    .
    Personne ne peut souscrire à cet écrit névrotique ! Pourquoi l’avoir re-publié ?

    Commentaire par zelectron — 25-06-11 @ 11:55

  2. @ Zelectron

    J’ai publié cet écrit du Unabomber parce qu’il est un point de repère totalement atypique, mais important dans l’évolution de la pensée politique américaine. Atypique : 1) Par sa position idéologique qui est l’antithèse de la pensée dominante, 2) par son engagement dans l’action qui tranche avec les discussions généralement oiseuses des politiciens, 3) par le total désintéressement de son auteur qui a assumé volontairement un rôle de martyr dont il ne pouvait espérer aucun bénéfice.

    Important, parce qu’on y trouve la racine d’une vision passéiste qui prendra de l’importance et qui pourrait être instrumentée imminemment par ceux qui réclament l’abandon du nucléaire. Important, surtout, parce qu’il devient l’exemple concret d’une action individuelle qui est a faire ses muscles dans le Tea Party américain… et pourrait exploser à tout moment, dans ce pays où trainent 400 000 000 d’armes en mains privées ! La misère augmentant, toute issue politique fermée, toute action révolutionnaire collective semblant condamnée et la contestation n’ayant plus aucun exutoire efficace, il n’est pas impossible que les perdants adoptent l’assassinat ciblé comme message et comme riposte, faisant de Théodore Kaczynski un précurseur… Ce n’est pas parce que je suis un de ces Gauchistes que maudit TK et que je préconise une solution raisonnable à la crise par un partage librement consenti de la richesse, que je ne comprend pas que la violence et une descente dans l’anarchie en soient hélas la conclusion la plus probable.

    PJCA

    P.S. Je n’ai pas formellement diffusé cet article. Vous en avez sans doute été avisé parce que vous êtes automatiquement informé de tout ce qui se publie sur ce site. Quand je le diffuserai, j’y joindrai les mises en garde et les commentaires appropriés.

    Commentaire par pierrejcallard — 25-06-11 @ 6:06

  3. Il est temps je crois de publier les mises en garde. Après la débacle du Système, dans l’anarchie et les poussées de fièvre qu’entraineront les nouveaux espoirs de la jeunesse de refonder le monde, la tempérance n’aura probablement plus sa place.

    DG

    Commentaire par Denis Gélinas — 14-07-11 @ 10:12

  4. @ DG

    Il y a trois (3) mises en garde nécessaire

    1) Cette approche ne peut mener qu’à l’anarchie et nous appauvrira au moins pour un temps. Il faut en être conscient

    2) Cette anarchie ne peut mener qu’à une dictature au moins transitoire; il faut aussi en être conscient.

    Pourquoi ne pas faire l’économie de l’anarchie et passer directement à la dictature ? Parce qu’une dictature ne peut naître que des forces dominantes au moment où elle s’installe. Si elle était imposée aujourd’hui, elle consoliderait tous les travers de notre société. L’anarchie fait apparaître de nouveaux joueurs qui acquièrent un pouvoir reposant sur les exigences d’une nouvelle situation et qui, accédant au pouvoir font « autre chose ». Sans la Terreur, ce n’est pas Bonaparte, mais quelqu’un comme Lafayette ou Mirabeau qui serait devenu dictateur… et « aurait tout changé, pour que rien ne change… »

    3) La démocratie – en fait, plutôt une forme de consensus – viendra mettre fin assez rapidement à la dictature, car l’interdépendance des acteurs dans un société technologique distribue le pouvoir en rendant indispensable un nombre croissant d’individus. Il devient impossible de gouverner sans un très large consensus.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/historique-69/

    Je ne sais pas si le « fou » Kaczynski avait ou n’avait pas perçu cette évidence et si sa rhétorique luddiste n’était pas une feinte, un gambit de joueur d’échecs pour que les gens découvrent la promesse de consensus implicite dans une société de haute technologie. Un fou avec un QI de 167 n’est pas un fou facile à comprendre.

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 14-07-11 @ 10:55

  5. Lafayette ou Danton plutôt, Mirabeau cherchait à les consilier.

    Il est étonnant et révélateur de constater le sérieux des discussions Ad Hoc des ‘Los Indignados’. Celle révolution qui vient n’aura certe pas le même visage que toutes les précédentes, à milles lieux des rassemblements fantaisistes des Tea Party américains. Plusieurs groupements individuels des ‘indignés américains’, que l’on croit bien passifs (Wisconsin), discutent présentement de l’après 15 octobre.

    « la première campagne doit être entièrement planifiée dès le début et doit viser un objectif symbolique et médiatique. Les campagnes suivantes doivent diffuser la lutte de manière sélective, en faisant faire à des groupes sociaux différents des actions ciblées. » – De la dictature à la démocratie, Gene Sharpe

    Par ‘groupes sociaux différents’ il faut entendre des actions individuelles sans structure hiérarchique, groupées par objectifs concertés selon les convictions de chacun, dans un projet commun de solidarité mondiale vers le grand changement. Ce que projette la jeunesse indignée.

    DG

    Commentaire par Denis Gélinas — 14-07-11 @ 12:43

  6. Pour les deux premiers points de la mise en garde:

    Considérant que nous vivons présentement la dictature de la démocratie(corporatisme) et que la période anarchique nous la vivons présentement de façon conjointe et insidieuse, financièrement et économiquement (vous suivez le raisonnement depuis longtemps déjà sans y mettre les mots), le projet est de passer de cette Dictature à la Democracia real ya!

    Créer c’est résister, résister c’est créer.
    Créons le changement et désertons le Système.

    DG

    Commentaire par Denis Gélinas — 14-07-11 @ 1:38

  7. Le boubier occidental en Libye (*) indique clairement l’Anarchie (rôle normalement attribué au peuples révoltés) de la Dictature corporative.

    (*) « Lorsque le peuple reprend confiance en lui, qu’il développe des structures sociales à l’origine de centres de pouvoir limités mais réels (Libye), et qu’il a bien repéré les faiblesses de son adversaire, il peut dès lors établir un plan de défiance qui, appliqué progressivement, va miner les sources du pouvoir (occident – USA – OTAN) lesquelles finiront par s’effondrer… » – De la dictature à la démocratie, Gene Sharpe

    DG

    Commentaire par Denis Gélinas — 14-07-11 @ 2:10

  8. Lafayette aurait sans doute pu prendre le pouvoir s’il n’avait pas hésité… Je pense que Mirabeau se voyait dans la lignée Richelieu-Mazarin » : le pouvoir par la manipulation, sans le trône. Danton, comme Robespierre, étaient des hâbleurs, dont le pouvoir est optimisée par l’anarchie; ils n’y mettent pas fin.

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 14-07-11 @ 5:17

  9. Après lecture de la traduction et de l’original, qui concordent, et aussi la lecture de « La Nef des Fous  » par T. K, humblement, je désire ajouter mon petit grain de sel.

    J’ajoute à mes connaissances ce que je n’ai trouvé nulle par ailleurs sur le gauchisme et surtout la sursocialisation et ses dangers. Autre concept extraordinaire: l’activité de substitution, que ma psychanaliste préférée appelle  » la compulsion de répétition de l’excercice du pouvoir « .

    Ce texte est génial, quoique pessimiste. Un genre de déplacement de colère sur les mauvais OBJETS. Faudrait connaître les circonstances de sa procéation et de ses 6 premières années de vie. J’imagine qu’il fait cette conscientisation dans sa cellule au Colorado.

    J’ai relevé une contradiction que je ne m’explique pas : sa recommandation aux révolutionnaires d’avoir beaucoup d’enfants, ce qui est contradictoire avec le message du petit mousse sur « La Nef » filant vers le naufrage. Demander aux passagers duTitanic de faire beaucoup d’enfants en attendant le nauffrage n’aurait aucun sens. Que les musiciens fassent de la musique c’est une chose, mais préparer la révolution, ça me dépasse.

    Son pessimisme est dépassé : les réacteurs de 4ième génénération sont déja en construction et les déchets des premières générations sont un combustible inépuisable et peu dispendieux pour les générations futures. Même les sites d’enfouissement des déchêts constituent une réservent d’énergie considérable et régionale.

    Ce qui manquait à ses connaisances sont les concepts de Vernadski, un genre de cycle de l’azote, mais universel.

    Finalement, ses cinq principes de l’histoire me renseignent sérieusement, après le 2 mai 2011.

    Merci pour cette republication.

    Commentaire par Le Gaïagénaire — 16-07-11 @ 10:14

  10. Je suis aussi cette situation avec intérêt, tout en réfléchissant à l’opportunité de poursuivre le tigre dans son repaire. A partir d’un certain seuil, en dire plus n’ajoute plus assez au message pour justifier la réduction de l’espérance de vie qui en découle. Nous sommes plus près de ce seuil que la plupart des gens ne veulent se l’avouer.

    Pierre JC

    Commentaire par pierrejcallard — 17-07-11 @ 9:00


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