Nouvelle Societe

28-03-05

26 Le droit à la dissidence

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:26

Lorsqu’un contrat social a été passé qui fait consensus – et dont on présume alors qu’il répond vraiment aux besoins de la population – l’essentiel est extrait du débat politique et enchâssé dans ce contrat social.  C’est dans la structure libertaire, dorénavant, qu’il va se « passer des choses »; c’est la, en particulier que germeront les idées et que se bâtiront les projets, tous conformes à ce sur quoi le contrat social a établi que l’on était d’accord.

Le rôle de l’État devient de garantir les acquis de ce contrat social et l’évolution de la société au mieux de ce que le progres permet.  Le meilleur gouvernement devient alors, selon l’adage chinois, « celui dont on ne sent pas le poids ».  Celui, à la limite, dont on ne sent pas qu’il existe. Dans ce contexte, le débat politique émotif, passionné, viscéral devient un peu déplacé mais, en revanche, tout devient plus complexe.

Tout devient complexe, car la mission de l’État n’est plus tant de servir d’arbitre entre des intérêts qui s’opposent – ce qui, même dans le cas des dilemmes les plus cornéliens, reste d’une grande simplicité – que d’arbitrer entre des intérêts que personne ne conteste mais qui rivalisent pour l’affectation prioritaire des ressources de la société.

Dans quelle proportion devons nous consacrer nos efforts à la santé? À l’éducation? À la recherche scientifique? A la production agricole ? Ceci est complexe. Il y a autant de scénarios d’affectation de nos ressources que de citoyens qui s’y intéressent. 

Cette évolution de la mission de l’État, à qui on ne demande plus de porter des jugements de Salomon mais d’arbitrer une affectation des ressource, a un impact immédiat sur le sens de la démocratie. En effet, même si chaque décision démocratique reflète toujours le désir d’une majorité, l’ensemble de ces décisions mineures ne peut aboutir qu’à une situation où, chacun s’étant retrouvé quelques fois d’un avis contraire à la majorité, personne ne sera parfaitement satisfait.

Même quand la démocratie « contractuelle » tranchera, au deuxième tour de scrutin, entre deux candidats et leurs programmes respectifs on sait bien que pour la majorité de ceux qui accorderont leur suffrage à l’un ou l’autre des partis qui en seront rendus à ce verdict final, le programme qu’il choisiront ainsi ne pourra être qu’un compromis. On bâtit ainsi démocratiquement, sur des concessions mutuelles, une société qu’on devra accepter comme un moindre mal. Ceci est inévitable, mais il faut s’assurer que nous n’acceptons vraiment que le MOINDRE mal.

Le moindre mal, c’est de faire disparaître de l’espace démocratique les occasions de frustration, de n’y garder que le « noyau dur » des exigences qui découlent directement et sans ambiguïté du contrat social et dont nul ne conteste qu’il faille les traiter selon les règles de la démocratie. Ceci est désormais possible, si une société est fonctionnellement homogène – ce que confirme l’adhésion de tous au contrat social – car on peut réduire radicalement les contraintes qu’une société impose à ces citoyens en permettant le développement d’une large zone discrétionnaire sur le plan de la réglementation.

La plupart du temps, il y a au moins une alternative à la solution simpliste qui consiste à imposer universellement une règle uniforme; il faut remettre en question le droit de la société d’imposer à tout le monde ce qui ne correspond qu’à la volonté de quelques-uns, fussent-ils une majorité. La liberté, pour chacun de nous, ne se confond plus aujourd’hui avec la démocratie, mais se situe par-delà la démocratie; la liberté, dorénavant, est fonction du droit à la dissidence qu’une société consent à accorder. 

Chaque fois que faire se peut, ceux qui veulent autre chose que la majorité doivent garder le droit de faire bande à part.

On choisit ainsi une vision libertaire plutôt que totalitaire de la démocratie et on accède à un niveau supérieur de respect des autres. Une société libertaire va faire tout ce qu’elle peut pour favoriser l’expression et la jouissance tranquille de ce droit à la dissidence, réduisant donc l’espace démocratique au profit de l’espace libertaire, celui à l’intérieur duquel l’individu souverain, directement ou par pouvoir délégué personnellement  – dans le cadre d’une AE ou autrement –  se donne les règles qui lui conviennent.

Une Nouvelle Société n’utilisera son pouvoir d’imposer un comportement et une règle unique à tous que lorsque en exempter ceux qui veulent l’être priverait d’en jouir cette majorité qui a choisi d’y être astreinte. C’est ça le moindre mal.

  L’ingérence cavalière de l’État dans la vie des individus à laquelle nous sommes habituée ne sera donc plus permise du seul fait que la majorité a pris une décision; on devra établir que cette ingérence est nécessaire et ce sera à l’État d’en faire la preuve.

L’éthique du gouvernement de l’État passera alors de la notion de majorité à celle de consensus et on acceptera comme normal qu’existent en parallèle au comportemnet majoritaire, des comportements divers, tous légaux. On reconnaîtra que le droit de l’individu à sa spécificité est absolu, non seulement quand il s’agit d’un droit fondamental – ce que personne ne nie en théorie, mais, sous réserve de la liberté des autres, même au niveau des détails de la vie de tous les jours et s’il ne s’agit que des « goûts et des couleurs ».  L’individu ne doit être soumis qu’à un minimum de contraintes. L’individu est souverain.

Pierre JC Allard

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