Nouvelle Societe

28-03-05

14 Culture et liberté

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:45

 

On est souvent le cannibale de quelqu’un. Ne donnons pas de leçons…. mais mangeons entre amis. On pourrait définir la culture d’une société comme l’ensemble des choix qu’on y tolére.  La plus grande cette tolérance, la plus riche cette culture, mais la tolérance doit être spontanée. Si on tente de l’imposer, cette culture perd sa force d’unir, la société perd sa cohésion… et se fragmente.  À la limite, il n’y a plus des éléments qui s’opposent,  plus de guerre civile en gestation, seulement un magma d’individus qui ne se définissent plus en relation a cette société. Ils y sont, mais ils n’en sont pas.

Quand on fait la part du démocratique et du libertaire dans une société, le choix le plus essentiel est celui de mettre la culture dans le bon espace… C’est un domaine où l’État peut facilement se percevoir comme le parrain de la collectivité ou son maître à penser. Se donner le role de protecteur d’une « certaine vision » historique et culturelle qui exige que soient privilégiés certaines attitudes et certains comportement plutôt que d’autres. C’est un danger mortel pour la société si cette perception ne fait pas consensus.

La culture  se situe-t-elle dans l’espace démocratique ou dans l’espace libertaire? Comme il n’y a pas de logique formelle à ce choix, mais uniquement des préférences – et que ces préférences peuvent susciter des passions violentes – la paix sociale exige que la liste et les limites précises des interventions de l’État dans le domaine culturel soient fixées par le contrat social.

Ce qu’il faut éviter, par dessus tout, c’est d’accorder à l’État un pouvoir discrétionnaire dont les gouvernements successifs se serviront ensuite pour des fins électorales, créant des majorités d’opportunité qui imposeront leurs vues… jusqu’à ce qu’une nouvelle majorité se constitue.  Le partage des pouvoirs entre l’État et les individus est la base de nos libertés: il doit rester au-dessus de ces manoeuvres électorales.

Le plus important n’est donc pas tant que ce soit l’individu ou l’État qui ait la responsabilité formelle de gérer la  culture, mais qu’une décision soit prise et qu’il y ait un très large consensus sur le fait que ce soit l’un ou l’autre. Une société peut survivre, qu’elle soit uni ou multi-culturelle, mais elle ne le peut pas  si elle tergiverse sur ce point.

Une collectivité largement homogène tendra à faire de la culture une mission de l’État. Si on propose à la population un contrat social qui exige de tout citoyen qu’il accepte un modèle culturel majoritaire ou s’en aille, le choix a le mérite d’être clair et de mettre fin une fois pour toutes aux récriminations entre ceux qui acquiescent au contrat.

Quelles que soient les spécificités culturelles que le contrat social donne alors pour mandat à l’État de promouvoir, cependant – et qui deviennent donc des éléments de l’espace démocratique obéissant aux décisions d’une majorité – il y en aura d’autres et sans doute beaucoup plus qui devront demeurer dans l’espace libertaire.  On se sera seulement assuré qu’elle seront alors assez compatibles  pour que l’on puisse les gérer. Ces spécificités ne seront pas  brimées.  Leur  droit à exister et à s’exprimer sera total,  même si leur capacité concrète à le faire pourra dépendre de facteurs bien pratiques et essentiellement financiers.

Une collectivité hétérogène ne pourra ou ne voudra pas faire ce choix.  Il faut alors accepter que la culture n’est pas dans l’espace démocratique, mais dans l’espace libertaire… et exiger de l’État, non seulement qu’il soit impartial en matière de culture, mais qu’il se retire de ce champ d’activité et n’agisse qu’avec la plus grande prudence lorsque certains éléments en sont inextricablement liés à d’autres activités, comme l’éducation et la snté  auxquelles il doit intervenir.

Une Nouvelle Société reconnaîtra le « droit à la dissidence » et acceptera sereinement l’inconvénient de permettre un comportement dissident aux minorités qui pensent « autrement ». L’État, toutefois, n’acceptera pas d’obligations financières excédant les responsabilités qui sont les siennes dans l’espace démocratique.

 Ainsi, il est oiseux de se demander à partir de quel pourcentage de la population  par exemple, un segment de la population pourra pour des raisons religieuses prendre congé le samedi ou le vendredi plutôt que le dimanche, avoir droit à des services hospitaliers en anglais… ou en chinois, refuser l’école religieuse ou laïque….

Cette question n’a pas de sens quand on a décidé que la culture est dans l’espace libertaire, car une minorité de dix personnes n’a pas moins de droits qu’une minorité de dix-mille. 

Il faut distinguer clairement, toutefois, entre le droit de l’individu ou d’une minorité de faire un choix … et le privilège d’exiger de la collectivité qu’elle prenne en charge les frais que ce choix implique. Le principe de base doit être que ceux qui veulent des services distincts de ceux que l’espace démocratique accorde à tout le monde en assument les coûts supplémentaires.

Ils doivent cependant pouvoir « se retirer avec compensation » du programme auquel ils substituent ainsi à leurs frais leur propre solution de rechange.

Toute minorité pourra ainsi disposer à son gré de tous les services dont elle estimera que son nombre et la volonté concrète de ses membres justifient économiquement la mise en place et l’entretien. Ce sera sa décision et elle en assumera les frais.

La démocratie ne joue idéalement son rôle que si on choisit de faire la part belle à ce qui peut demeurer le domaine réservé de l’individu. Quand on accepte de le faire, on répond aux voeux des individus – lesquels ne souhaitent jamais qu’un contrôle de l’État aussi léger que possible – et aux voeux des  multiples groupes minoritaires auxquels on n’a plus à imposer d’autre contrainte que le respect des préférences des autres.

Pierre JC Allard

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