Nouvelle Societe

28-03-05

12 La solidarité s’en mêle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:41

L’intervention de l’État  dans l’espace libertaire est à traiter avec encore plus de délicatesse, quant celui n’intervient pas au nom du bien commun, mais par solidarité et pur consensus.  Le meilleur exemple est celui de la santé. Ainsi, on peut créer à l’État l’obligation de bâtir le meilleur système de santé gratuit possible pour tous, mais on ne lui donne pas le mandat d’empêcher chacun d’avoir accès aux ressources médicales de son choix. Ce principe entraîne deux (2) changements profonds.

D’abord, on ouvre nécessairement la porte à une pratique de la médecine hors du système public. Cette liberté d’accès à la médecine « privée » exige qu’on comprenne que le défi n’est pas de supprimer la médecine hors-réseau, mais de maintenir un réseau public si performant que nul ne soit dépourvu du meilleur de la médecine du seul fait qu’il ne puisse pas ou ne veuille pas s’adresser à un professionnel de la santé exerçant son métier dans le secteur privé.

Il n’y a rien d’asocial à une médecine privée exercée en parallèle à la médecine publique. L’État doit seulement doter cette dernière des ressources nécessaires et y affecter les effectifs requis, pour que la médecine qu’on y dispense et les services qu’on y offre n’aient rien d’essentiel qui leur fasse défaut, ni rien à envier à la qualité des services privés

Le problème est fiscal et uniquement fiscal. Un gouvernement qui aura le courage de prélever sur la richesse collective la part croissante qui devra en être affectée à la santé au cours des décennies qui viennent n’aura rien à craindre du développement d’un secteur médical privé ni des services privés connexes qui pourraient venir satisfaire la demande.

Le second changement, c’est qu’on brise le monopole que cherchent depuis toujours à exercer sur les soins de santé les médecins d’obédience traditionnelle.  il s’agit moins de le briser, d’ailleurs, que de constater qu’il est déjà en miettes et de remettre les pendules à l’heure. Quand on y joint les éléments de « médecine douce » et les médicaments vendus sans prescriptions, plus de la moitié des dépenses de la santé se font déjà hors des cadres du réseau public gratuit et des services qu’offrent les membres en règle d’une association professionnelle reconnue.

Il faut reconnaître cette situation et mettre fin au casting de la médecine traditionnelle dans le rôle de l’Inquisition face à Galilée pour des chasses aux sorcières périodiques. 

Reconnaissons qu’il peut y avoir d’autres façons d’améliorer la santé du patient que de lui donner les potions reconnues. Acceptons que c’est en dernier recours au patient, pas au médecin, de décider s’il veut subir ou non des traitements non conventionnels.

Ce qu’on doit exiger de quiconque prétend soigner ou guérir – un « thérapeute » – c’est la déclaration sans ambiguïté qu’il est ou n’est pas membre en règle du Collège des médecins ou d’une autre association professionnelle. 

S’il en est membre, libre à cet organisme de lui imposer les normes publiques qui sont les siennes et le praticien doit s’en tenir strictement à ces règles; le contraire serait une fraude perpétrée sur son client.

S’il n’est pas membre d’une telle organisation, libre au thérapeute d’offrir – et à tout adulte consentant et sain d’esprit d’accepter – le « traitement » dont thérapeute de tout acabit et patient conviennent. Il faut respecter la liberté de l’individu. Au consensus social de décider la part que la société assume de ces dépenses encourues ; nous en discutons dans un autre texte.

Et à l’avenant pour les autres obligations de l’État. L’État n’a pas à tirer prétexte de l’exécution de ses obligations envers l’individu pour lui imposer des directives qui ne sont pas essentielles au respect du droit des autres. Une Nouvelle Société interprétera de façon restrictive le concept de « bien commun » qui sert aujourd’hui de prétexte aux d’interventions intempestives d’un État-touche-à-tout.

Le bien commun, au sens où on l’entendra dorénavant, se limitera à une interdiction de nuire à la sécurité ou au patrimoine collectif – (conduite en état d’ivresse, déchets dans l’environnement, protection de la faune, etc.) – et aux obligations éthiques, au sens le plus large, qui pourraient faire l’objet d’un consensus et qui apparaîtraient alors clairement au contrat social.  Porter assistance à une personne en danger, par exemple.

Il est abusif de prétendre que tout ce qui est utile ou agréable à une majorité de la population est nécessaire et doit être acceptable à tous. La réalité d’une société moderne, au contraire, c’est que peu de choses exigent une orientation unique et donc un encadrement normatif contraignant. L’importance relative de ce qui est obligé décroît, d’ailleurs, à mesure que s’accroît l’abondance collective.  On en arrivera à limiter la responsabilité commune à des interventions assurant la disponibilité universelle des biens et services, plutôt que leur production même.

Naturellement, si on faisait signer demain un « contrat social », on ne pourrait guère faire signer qu’un adhésion en bloc à la Constitution, à toutes les lois et à tous les règlements en vigueur…. Mais l’esprit d’une Nouvelle Société est d’émonder d’abord ce corpus de tout ce qui n’est pas dans le domaine légitime d’intervention de l’État et ne devrait pas être inclus dans l’espace démocratique.

Il faut ramener la loi à son vrai rôle et l’État à ses vraies missions :  protéger la jouissance des droits fondamentaux, imposer le respect de la liberté des autres et « assurer » au sens strict l’individu contre les  coups du destin. Le défi d’une Nouvelle Société, c’est de réduire l’espace démocratique et d’agrandir l’espace libertaire.

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.