Nouvelle Societe

28-03-05

07 Liberté et bien commun

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:31

L’État qui sous couvert de démocratie veut imposer sa volonté à l’individu allègue généralement, dans une même phrase, qu’il défend la liberté de chacun et travaille pour le « bien commun ». Pourtant, ce n’est pas du tout la même chose. La liberté de chacun est une réalité bien tangible; chacun a la sienne, en est conscient à la mesure des empiétements dont elle est victime et la protège comme la prunelle de ses yeux. Le « bien commun » est une construction mentale; chacun le voit sous un angle différent, en est conscient à la mesure des sacrifices que ce « bien commun » réclame et, tout en n’en disant jamais que du bien, préférerait, après y avoir bu son saoul, que ce calice s’éloigne.

Les notions de « bien commun » et de « liberté » sont souvent incompatibles.

 Quand on touche au « bien commun » on risque de susciter un débat acrimonieux entre les tenants de la « justice sociale » (Gauche) et ceux de la « liberté » (Droite), comme s’il y avait entre ces deux valeurs une opposition irréconciliable. Or ce n’est pas vrai. Cette opposition n’existe pas; c’est un faux débat créé de toutes pièces par ceux qui ne veulent pas qu’il y ait plus de liberté ni plus de justice sociale, mais simplement une continuité dans l’exploitation.

L’incompatibilité n’est pas ente la « liberté » et la « justice sociale » – laquelle doit être définie comme le respect d’un ensemble de droits fondamentaux – mais entre la liberté de l’individu qu’il faut protéger à tout prix et une notion toujours floue du « bien commun » dont l’État prend prétexte pour assouvir son désir d’arbitraire. 

Parlons d’abord de liberté.

« Liberté », nous l’‘avons dit,  est le nom qu’on donne au pouvoir qu’on a et « pouvoir » celui qu’on donne à la liberté des autres.  On pourrait donc penser que protéger la liberté de tous, dans une société, est un jeu à somme nulle où la somme des pertes des uns est nécessairement égale à la somme des gains des autres. En pratique, heureusement, ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas ainsi que les choses se passent dans le monde réel, car les divers enjeux de la liberté ont des valeurs subjectives différentes pour chacun des sociétaires, de sorte que ce qui est un gain énorme de liberté pour l’un n’est souvent pour l’autre qu’une perte négligeable de pouvoir. On peut donc s’entendre et l’expérience prouve bien, en effet, qu’il y a un consensus large dans notre société pour protéger les libertés de chacun. La majorité vole la plupart du temps au secours de la liberté de l’individu et la protection de nos libertés semble en sécurité dans l’espace démocratique. 

Elle l’est… avant qu’on ne parle de « bien commun ».

Lorsqu’on commence à discuter de « bien commun » c’est une toute autre histoire, car le « bien commun », étant perçu avant tout comme l’affectation du patrimoine collectifà des situations particulières, est VRAIMENT un jeu à somme nulle et on évite rarement une lutte à finir entre les intérêts particuliers que cache le « bien commun ».

Ce serait une insulte à l’intelligence de prétendre qu’il existe un « bien commun »dont chaque application puisse faire l’objet d’un consensus démocratique équitable. Le « bien commun », par définition, ne peut être défini qu’à l’UNANIMITÉ.

 Quand c’est une majorité qui définit démocratiquement les exigences du « bien commun » et que l’État peut imposer des règles péremptoires en s’autorisant de cette définition, que reste-t-il de la liberté de l’individu et de celle de toute minorité?

Quand on confie à l’État la responsabilité du « bien commun », on donne à l’État le pouvoir discrétionnaire de brimer la liberté de l’individu. Toute décision prise par l’État pour le « bien commun » brime la liberté de tous ceux au détriment desquels cette décision s’applique, non seulement des trois façons que nous avons vues dans un autre texte lorsqu’il s’agit de l’arbitrage de tout différend, mais aussi d’une autre façon que ne peut pas justifier la notion de contrat social et de consentement préalable.

Quand on parle de « bien commun », c’est toujours qu’il s ‘agit d’un nouveau principe ou d’une interprétation toute nouvelle et controversée d’un principe existant. Quand l’État applique une norme clairement établie, en effet, il ne parle pas de « bien commun »: il dit qu’il applique la loi.  L’État parle de « bien commun », pour légitimer son action, quand il choisit de changer les règles du jeu. Or, quand il le fait, l’État applique rétroactivement à l’individu des règles auxquelles celui-ci n’a jamais consenti et dont, au contraire des lois, il n’a même pas été avisé au préalable !

L’État qui, au nom du « bien commun », change les règles du jeu, porte une grave attente à la liberté de tout individu qui n’est pas d’accord avec cette décision… et pire encore si l’individu en souffre un préjudice !   L’État ne peut pas raisonnablement prétendre que l’individu l’y a autorisé en acceptant en bloc les conditions d’un contrat social implicite.  C’est une absurdité.

L’individu libre peut passer des contrats, mais on ne peut pas prétendre qu’il ait consenti, ni personne en son nom, à subir des dommages dont il ne pouvait auparavant même soupçonner ni la nature ni l’étendue.

 Le prétexte qu’il en découle un profit pour d’autres – ce qui est bien ce que « bien commun » signifie – ne change rien à ce vice essentiel de consentement.  Une Nouvelle Société va réviser les termes et conditions du « contrat social ».

Pierre JC Allard

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