Nouvelle Societe

28-03-05

06 Liberté conditionnelle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:29

La société industrielle ayant atteint ses objectifs, le temps est venu de redéfinir la part du collectif et celle de l’individu: les espaces que nous pourrons dire « démocratique » ou « libertaire ».   A partir de quels principes allons-nous le faire ? 

Posons d’abord comme principe que l’individu est libre. Seul, et si son geste n’a pas d’impact sur les autres, chacun a bien droit de faire ce qui lui plaît….

Seul, toutefois, dans une société, il ne peut pas faire grand chose. Quand on est deux ou plusieurs, les forces s’ajoutent, les résultats se multiplient… mais il peut y avoir alors des volontés qui s’opposent et des comportements incompatibles. Dans une société, il y a des différends à résoudre. Pour les résoudre, on peut dire qu’il y a la voie de la force et celle de la justice.

On peut le dire, mais il faut comprendre que la voie de la justice ne s’applique que si elle a la force de son coté, c’est-a-dire si un consensus se créé autour du droit, de la « loi », ou d’un principe moral qui fera qu’une majorité effective de ceux qui peuvent influer sur la conclusion d’un différend se rangeront dans le camp de l’une parties, sans égard à leurs intérêts personnels, du seul fait que celle-ci a le « bon droit » de son coté.  Il ya une éducation à faire et une habitude à prendre. Il faut être conditionné à la justice par l’expérience.

Quand on peut raisonnablement s’attendre à ce que ce consensus se manifeste, la démocratie devient le soutien de la liberté. On vit dans un État de droit. 

l’État de droit est le rempart de la liberté. Mais attention ! Il n’y a qu’un virage logique à rater pour passer de l’idée que la démocratie soutient la liberté, à celle que la démocratie est une condition de la liberté; ou pire, à celle totalement fausse que la démocratie garantit la liberté. Ce n’est pas vrai. C’est si faux que la justice de l’État de droit, quand on y réfléchit, repose elle-même sur une triple entorse à la liberté.

D’abord, la loi qu’on applique a rarement été édictée sans qu’une minorité ne s’y objecte ; la majorité n’a simplement pas tenu compte de cette opinion d’une minorité. Ensuite, l’interprétation qu’on donne de la loi dans une situation donnée n’est pas toujours unanime ; on passe donc outre à l’opinion et à la volonté de ceux qui pensent autrement.  Enfin,  quand la loi a parlé,  c’est la force de la majorité effective et rien d’autre qui impose le respect de cette décision, faisant alors bien peu de cas de sa « liberté » de celui à qui elle a donné tort.

Même dans un État de droit, quand la société applique sa loi à l’individu elle le fait en brimant bien des libertés…  Pour répondre à cette critique ne s’appuyer en définitive lui-même que sur la force, l’État de droit pose comme a priori logique à son intervention le libre consentement préalable de l’individu aux contraintes restrictions qui lui sont imposées: chaque citoyen est présumé avoir investi l’État du pouvoir de faire des lois et avoir accepté de laisser sa propre liberté au vestiaire le temps que l’État les fasse appliquer.

C’est un a priori qui peut se défendre. Cette liberté qui est sienne, l’individu peut bien, à sa guise, déléguer l’exercice des pouvoirs qui s’y rattache. L’individu a le droit de passer des contrats: c’est l’expression bien tangible de sa liberté . L’individu peut donc faire usage de sa liberté en s’engageant à des obligations – dont chacune devient une limite concrète à sa liberté – donner mandat à l’État de faire des lois et s’engager à s’y soumettre. On ne peut mieux décrire les rapports qui devraient exister entre la société et l’individu, qu’en considérant que celui-ci a passé un « contrat » avec la société, l’État étant le fondé de pouvoir de la société.

Cette idée de « contrat social » n’est pas nouvelle..

  C’est une construction mentale, bien sûr, mais cette notion  d’un »consentement » préalable de l’individu est bien pratique quand on veut justifier l’intervention de l’État au soutien de la loi, surtout lorsque celle-ci elle est étayée de cette autre fiction que « nul n’est censé ignorer la loi ».  L’individu – ou ses parents ou tuteurs pour lui  – est ainsi présumé avoir donné son libre accord à des normes qu’il connait dans leurs moindre détails et n’être jamais pris par surprise.

Un contrat social implicite est censé fixer parfaitement la frontière entre les droits et responsabilités de l’individu et ceux de l’État, entre le démocratie  et le libertaire et l’anarchie. 

 Bien dommage qu’il soit implicite, mais quand il s’agit du respect des lois et de l’application de principes existants, on peut à la rigueur s’en accommoder.

Là où cette approche crée problème, cependant, c’est quand la même fiction du consentement préalable éclairé vient justifier de nouvelles interventions de l’État, lesquelles obéissent souvent aux élucubrations favorites ceux qui ont l’heur d’avoir pour l’heure le pouvoir… en  attendant que n’y accèdent è leur tour ceux qui opinent le contraire.  Les gouvernements qui agissent pour l’État se prennent pour l’État.  Ils se donnent généralement l’excuse du bien commun.

Il faut se méfier de cette notion de « bien commun ». C’est au nom du « bien commun » que la démocratie peut devenir un obstacle bien réel à la liberté.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :