Nouvelle Societe

28-03-05

05 Liberté chérie

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:27

L’individu naît libre….  Faux. L’individu naît totalement asservi aux lois de la nature et aux cruelles insuffisances de sa condition humaine. Il naît avec une toute petite parcelle de liberté, mais il veut, il peut et il doit en tirer le meilleur parti possible. L’individu naît donc avec le droit inaliénable d’aller librement par les chemins qu’il choisit vers les buts qu’il se fixe sans que ses compagnons d’infortune n’y mettent à plaisir des entraves. C’est ça la liberté, au sens que nous lui donnerons dorénavant dans ce texte.

Quand on parle de liberté, nous avons accoutumé d’entendre « démocratie ». Une Nouvelle Société sera démocratique, en effet, parce que, le temps aidant, il est devenu incontestable qu’une structure de pouvoir peut gérer plus efficacement l’État si elle adopte, comme principes de gouvernement, l’appât du gain plutôt que la menace et la participation à la décision plutôt que l’autoritarisme.Malgré un parcours en zigzags qui n’exclut pas des périodes de dictatures, la tendance profonde de l’évolution des sociétés restera donc vers la démocratie, laquelle met en évidence tout au moins l’impression de participer à la prise de décisions.

Une Nouvelle Société – comme l’immense majorité, sans doute, des sociétés de l’avenir – sera démocratique. 

La démocratie, toutefois, ne règle pas tout. Comme tout autre système de gouvernement, la démocratie suscite les moyens d’en abuser. Le pouvoir n’a pas tellement moins de chances de brimer la liberté dans une démocratie ni moins d’occasions d’y exploiter les faible; les moyens qu’il prend pour le faire sont seulement différents. En démocratie, ces moyens sont la manipulation de l’opinion et la corruption des consciences. La démocratie n’est jamais – on l’a dit souvent – que la moins mauvaise des forme de gouvernement.

C’est la notion même de gouvernement qui pose problème. Au fond de chaque être humain il y a le rêve de l’anarchie.

Vous dites, l’anarchie? Bien sûr, comment le diriez-vous? Anarchie signifie « absence de commandement » et c’est abusivement que le mot est devenu synonyme de désordre (le mot correct pour désordre serait « ataxie »). Ce n’est pas une mince tâche que de réhabiliter un mot dont le sens a été perverti, mais faut-il que ceux qui souhaitent plus de liberté pour l’individu et moins de « gouvernement » n’aient d’autre recours que la périphrase pour le dire, sous peine d’être identifiés à la bombe et au couteau entre les dents?

La vérité, c’est que nous sommes tous des « an-archistes » au sens étymologique du terme et que chacun ne souhaite confier à l’État que le minimum de pouvoir sur sa propre vie.

 L’être humain est cet animal « à la nuque raide » dont parle la Bible, qui ne se veut pas de maître et ne courbe pas facilement la tête.  Pour parler de ce minimum on dira « minarchie »  et de celui qui veut s’y tenir on dira libertaire, libertarien… ou ce qu’on voudra.

L’être humain n’accepte quelque gouverne que ce soit qu’à son corps défendant ou s’il y trouve clairement son profit. Quand il se résigne à la tutelle de l’État, c’est pour permettre l’arrimage de ses efforts à ceux de ses co-sociétaires en vue d’un bien commun dont il comprend pouvoir tirer plus de richesse et autres avantages personnels que d’un travail solitaire.

Il cherche avant tout à protéger sa propre liberté des empiétements des autres et sa bonne volonté à obéir à l’État varie donc en fonction directe de son insécurité et en fonction inverse de sa perception de son propre pouvoir. Sa tendance naturelle est de ne céder sa liberté qu’avec parcimonie. 

La structure de pouvoir qui domine une société, au contraire, veut le plus de pouvoir possible.

Parce qu’il est dans la nature de tout pouvoir de vouloir s’agrandir, mais aussi parce que ceux qui détiennent le pouvoir ne dédaignent pas d’en retirer eux-mêmes des avantages bien tangibles; ils cherchent généralement, autant que le leur permet la force dont ils disposent, à exploiter la société à leur profit et à aménager les règles de distribution de la richesse en leur propre faveur.

Pour cette raison, il y a dans toute société une partie ininterrompue de souque-à-la-corde entre l’individu et l’État pour déterminer les pouvoirs de ce-dernier. Compte tenu de cet antagonisme, la première question que doit trancher toute société, avant de choisir la démocratie ou de se soumettre à quelque autre forme de gouvernement, c’est de départager ce qui doit demeurer une décision personnelle de ce qui doit être une décision dite collective. Une décision prise alors par cette structure du pouvoir dont la partie la plus visible est l’État.

Ce partage des pouvoirs entre l’individu et l’État n’est pas immuable et ne doit pas être pris pour acquis; la lutte pour en décider est constante et chaque péripétie du développement social ou scientifique en remet en question le dénouement. L’État ayant la force pour lui, il existe toujours un biais systématique qui favorise un accroissement progressif des pouvoirs de l’État au-delà de ce que suggérerait le simple arbitrage entre les désirs et pouvoirs divergents des sociétaires. Il est donc opportun de corriger ce déséquilibre en maintenant constamment un préjugé favorable envers la liberté.

Ceci dit, si on veut qu’une société fonctionne, il faut bien parfois que cesse le bras-de-fer et qu’on se mette d’accord pour un temps sur les limites du droit d’intervention de la collectivité dans la vie de l’individu et donc sur les obligations et droits de celui-ci comme de celle-là. La société industrielle ayant atteint ses objectifs, le temps est venu de redéfinir la part du collectif et celle de l’individu.

Pierre JC Allard

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