Nouvelle Societe

28-03-05

028 L’État sans-desseins

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:37

Quand l’État qui veut légiférer accepte a priori la dissidence et collabore à ce que se mettent en place des administrations d’exception qui géreront les activités des dissidents avec des normes à eux, il fait reculer l’espace démocratique où l’on agit collectivement et agrandit l’espace libertaire où chacun agit pour soi ou pour son groupe.

Quand l’État donne sa caution qu’il fera respecter les ententes entre les individus et ces administrations et entre ces administrations et l’État, tout comme il ferait respecter les siennes propre entre les individus ou entre toutes autres entités juridiques, il crée, au profit de ce qui est au départ une association d’encadrement, une autorité née de la sienne, mais qui en devient autonome.

Le contrat social, en effet, ne permettra pas que cette autorité lui soit par la suite enlevée ; une « administration dérogatoire » n’est donc pas une AE comme les autres, pour cette raison et pour deux (2) autres.

D’abord, le document qui lui sert de charte constitutive n’est pas une entente sous seing privé, mais lui est accordé par l’État et devient par la suite immuable: on y adhère, on n’en discute pas les termes.  Ensuite, au contraire d’une AE, quiconque le souhaite peut y adhérer, dans le sens de choisir volontairement d’en accepter l’autorité.

Il ne s’agit donc pas d’une convention sélective ; personne ne peut être exclu d’une « administration dérogatoire » à laquelle il souhaite se soumettre… L’exclure serait le refouler vers la norme de la majorité ou une autre structure qui ne correspond pas à son choix, – ce qui serait inique – ou vers un « espace vide », où il ne serait régi par rien, ce qui serait absurde.

En imposant ces deux (2) règles, on marque les limites de la tolérance de la collectivité à la diversité institutionnalisée, limites dont le principe est évident et qui marquent aussi l’acceptation des contraintes techniques propres à une gestion diversifiée. Les normes qu’imposera une administration dérogatoire seront les plus permissives compatibles avec le contrat social, chacune englobant une forme de dissidence et tous ses dissidents, jusqu’à la limite de ce qu’on peut considérer comme la bonne foi et le sens commun.  La liberté y trouvera son compte et personne ne sera lésé.

Évidemment, le contrat social doit déterminer les normes objectives – dont quantitatives – qui justifient la création des administrations exceptionnelles.  Comme tout ne peut être prévu, il y aura des cas d’espèces qui seront des injustices. Il faudra les supporter, car permettre à l’État, ou même au consensus populaire de les modifier, équivaudrait à laisser la majorité seule juge du droit d’une minorité.   C’est un cas  où il faut accepter le moindre mal.

Apparemment, en concédant ce droit systématique à la dissidence, face à tout ajout ou toute nouvelle interprétation du contrat social, on fait que celui-ci demeure inchangé – comme il doit l’être – et que l’espace démocratique reste constant. En réalité, cependant, permettant des « exceptions » de plus en plus nombreuses à des règles en principe faites pour tous, mais dont l’application a finalement lieu dans l’espace libertaire, sauf pour ceux qui, sur ce point en particulier, ont constitué la majorité, l’État consent une lente érosion de l’espace démocratique, lequel tend à se limiter finalement à ce sur quoi tout le monde est d’accord… mais n’intéresse plus personne.

On tend donc vers l’avènement d’un gouvernement  qui n’a aucun projet, aucun préjugé, aucun grand dessein à nous faire partager. On a un l’État littéralement « sans-desseins ». On a alors une gouvernance qui est pure administration et services et s’interdit toute activité de leadership, de créativité ou d’initiative, se bornant à faire le constat de ce qui est parfaitement consensuel au sein de la population et à poser les gestes  qui y donneront forme.

Dans cette structure, aussi libertaire qu’un élémentaire pragmatisme puisse en concevoir, toute idée et tout projet vient  de l’individu. Chaque proposition est relayée par les mécanismes de la société civile et va vers l’État uniquement pour y être appliquée. L’État applique la volonté populaire. Comme la lessiveuve lave, quand VOUS pressez le bouton.

Une proposition trouve son accomplissement dans l’adhésion de tous -ou celle d’une majorité qui en fera la loi, mais en permettant la dissidence – ou dans son renvoi vers le segment de la société qui seul s’y complairait et y donnera suite au sein d’une administration dérogatoire.

L e choix de l’État sans-desseins  est celui de concilier le désir de liberté de l’individu avec les avantages qu’il retire de la société, en faisant du gouvernement une machine à faire décider et exécuter selon des algorithmes, comme le système de production est essentiellement une machine à rendre des services et à fabriquer des objets qui rendent des services.

Cette évolution est-elle un rêve ou un cauchemar ?   Il ne faut pas répondre trop vite à cette question, car les réponses apprises par cœur, ici, viennent trop vite à l’esprit.   Toute discussion sur ce thème est d’ailleurs largement inutile, car ce sont les circonstances qui forceront ou empêcheront que l’État adopte ce rôle, selon qu’elles seront plus ou moins inusitées.  Il est probable  – mais demeure incertain – que, pour l’avenir prévisible, des périodes de pouvoir personnel fort viendront s’intercaler  dans une marche vers une situation de gouvernance minimale couplée à une administration  pratiquement automatisée.

Pierre JC Allard

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