Nouvelle Societe

06-03-05

17 L’assureur universel

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:22

Peut-on penser qu’on obtiendra un vaste consensus social pour cette prise en charge de l’exceptionnel et particulièrement pour poursuivre celle des coûts de la santé qui est aujourd’hui si contestée ? Oui, mais il faut remettre cette prise en charge des frais de la santé dans ce contexte plus général d’un État qui doit être l’assureur universel et se précipiter au secours de l’individu confronté à l’exceptionnel.

OUI. Ce consensus est possible et une nouvelle majorité effective ad hoc va naître pour fixer les limites de la solidarité appliquée aux dépenses exceptionnelles. Quand la moitié du budget de l’État sert à payer les frais de santé – 49%, aujourd’hui au Québec ! – le transfert massif de fonds des « veinards » qui ont la santé vers les « manque-de-pot » qui ne l’ont pas en vient à jouer un rôle plus important que tous les autres discriminants économiques traditionnels réunis…. et il crée sa propre majorité effective.

Les conséquences économiques de la santé comme «événement exceptionnel » deviennent si importantes qu’elles nivellent les autres discriminants. Même les riches ne peuvent plus avoir la certitude de toujours disposer des ressources financières nécessaires pour assumer les coûts d’une médecine qui devient sans cesse plus complexe et plus onéreuse.

Il faudra être de plus en plus riche pour être persuadé que, nécessitant des soins sérieux, on ne sera jamais en position de recevoir d’un système de santé gratuit plus qu’on n’y aura contribué par la fiscalité. Ceux qui jouent la carte d’une assurance privée et pensent pouvoir monopoliser des ressources médicales rares risquent fort un marché de dupes, car il est douteux qu’au moment de vérité, quels que soient leurs droits formels, on les laisse divertir ces ressources à leur seul usage.

C’est naturellement toujours ceux qui ont des biens qui écoperont de la facture – on ne prend rien à celui qui n’a rien – mais, avec l’augmentation des coûts d’une médecine plus performante, le seuil de richesse à partir duquel c’est le citoyen bien portant qui commence à financer son prochain va baisser constamment et, avec le nombre de ceux qui PEUVENT gagner à la solidarité, augmente celui de ceux qui la soutienne.

Une majorité effective va donc se constituer dans la société selon un plan de clivage qui ne recoupera pas celui auquel la société nous a habitués. Confrontée à un exceptionnel imprévisible et menaçant, une majorité va se définir selon son attitude face au risque. Regroupant pauvres et riches, elle va réunir, contre une minorité de risque-tout, la majorité des « prudents ». Ceux qui aujourd’hui s’assurent… Les prudents seront la majorité effective et la société assurera.

Il sera de plus en plus risqué, pour qui que ce soit, de ne pas jouer la carte de la prise en charge par l’État de l’exceptionnel. Un consensus pourrat s’établir pour la solidarité, car celle-ci sera devenu la meilleure solution pour une vaste majorité de la population, surtout si l’État ne commet pas l’erreur de se défiler devant ses responsabilités. Car l’assureur universel ne reste pas collé à la santé… Il doit être partout.

Nous avons pris pour exemple les services de santé jugés essentiels, qui en sont la composante emblématique, mais la responsabilité de l’État de venir au secours de l’individu qui fait face à l’exceptionnel ne se limite pas à ce cas précis du côut des services de santé. L’État doit toujours être présent, quand il faut étaler sur toute la collectivité un risque financier qui a sa source dans un cas fortuit.

Une Nouvelle Société, par exemple, dédommagera les victimes de crimes dont les auteurs sont insolvables. Quelles que soient les mesures que la société ait prises, s’il ya eu une victime innocente, la société n’a pas fait assez. Elle n’a pas toujours commis un faute qui justifierait qu’elle paye une pénalité à la victime, mais elle lui doit un dédommagement objectif. C’est une solidarité qui s’impose. L’État est l’assureur universel.

En sa qualité d’assureur universel, l’État doit aussi compenser ceux qui subissent les conséquences des catastrophes naturelles et autres cas fortuits -_ce qu’on appelle les actes de Dieu ou du Prince – quand les victimes n’en portent pas la responsabilité et dans la mesure où elles n’ont pas contribué à en aggraver les effets par leur propre incurie.

L’État pourrait vouloir fuir cette responsabilité en alléguant que l’on ne peut imposer à la société de couvrir les risques aux biens comme ceux à la personne, puisqu’on accorderait alors une couverture plus importante aux mieux nantis au détriment de ceux qui n’ont rien et que, même si le dommage est exceptionnel, le besoin de la victime n’est pas toujours « essentiel » Ce serait une mauvaise excuse.

Ce serait une bien piètre excuse, car on permettrait ainsi que ce soit le hasard qui vienne discriminer entre le riche « veinard » qui dans une catastrophe n’a rien perdu … et le riche « manque-de-pot » qui devenu pauvre par ce coup du sort…, serait privé du soutien accordé aux « pauvres » parce qu’il a été riche. !

Une excuse d’autant plus inacceptable, que, dans une société qui se finance par un impôt sur le capital, la corrélation est forte entre ceux qui ont des biens – et peuvent donc avoir subis des dommages – et ceux dont c’est l’apport qui, en bout de piste, permet à la société de dédommager les victimes. Si on ne dédommageait que ceux dont les dommages sont inférieurs à un seuil, l’on ferait alors en sorte que, via la fiscalité, ceux qui ont beaucoup, non seulement payent pour ceux qui ont peu, mais ne payent que pour les dommages de ces derniers à l’exclusion de ceux qu’ils ont eux-mêmes subis !

Cette approche serait injuste et absolument contraire à la solidarité. Ce n’est pas l’attitude qu’on veut promouvoir dans une Nouvelle Société. On ne parle pas ici de péréquation, mais d’assurance. La prise en charge des coûts exceptionnels est juste, mais il ne faut pas que soient exclus d’en profiter ceux qui dans des circonstances exceptionnelle pourraient souffrir des dommages à leurs biens.

Pierre JC Allard

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.