Nouvelle Societe

06-03-05

13 Péréquation et solidarité

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:11

Dans les articles précédents de cette section, nous avons parlé de péréquation. Nous allons ici faire le point, puis parler de solidarité.

La péréquation vise à rendre les gens plus égaux… Pour une société, rendre les gens égaux n’est pas une valeur absolue, mais relative. Il y a un optimum social à l’égalité. L’égalité est un avantage si, et seulement si, elle rassemble les citoyens dans un intervalle de revenus qui va de l’essentiel en bas à l’opulence en haut, à l’intérieur duquel la mobilité est si manifestement possible, par le seul effet d’une grande diligence au service d’un talent ordinaire, que la motivation en soit maximale.

Dans un système entrepreneurial, où l’on veut tirer le meilleur parti de la créativité et de l’initiative, c’est vers cette égalité qu’on veut tendre. Non pas l’atteindre, mais la poursuivre, car c’est cette poursuite qui est l’état stable d’un équilibre en mouvement. Plus d’égalité réduit la motivation en rendant la « récompense insuffisante » et celle-ci ne peut plus inciter au meilleur effort ; trop d’inégalité la réduit aussi, en faisant apparaître la pente trop abrupte le défi insurmontable. Il y a un état de grâce à trouver, où le dynamisme est à son plus fort.

Cet état de gràce n’est pas un Graal à découvrir dans un moment d’épiphanie, mais une recherche à mener continuellement, car il dépend des circonstances qui changent sans cesse – en partie seulement comme résultat des gestes que l’on a posés – et, aussi, au gré des attitudes de la population, lesquelles peuvent être modifiées dans le temps par l’éducation, mais sont aussi des chevaux bien rétifs à mener au corral. Il faut empiriquement faire pour le mieux, puis s’adapter… La pente des revenus devrait refléter cette recherche d’un optimum dans l’égalité. Or, elle tend normalement à le faire en suivant la courbe de Pareto. Il y a donc des ajustements à faire. Pour l’équité, mais aussi pour maintenir la demande effective et en stabiliser le profil. Un travail de péréquation

Un premier ajustement est imposé par la concentration de la richesse inhérente au capitalisme. Le désir d’accumulation – une excellent incitatif – mène naturellement à ce que la richesse s’accumule, ce qui modifie progressivement la motivation des joueurs et aussi, bien concrètement, la courbe idéale des revenus qu’on cherche à atteindre, puisque le simple paiement d’un intérêt ajoute une autre source d’enrichissement au travail et à sa performance.

Une Nouvelle Société ne veut pas empêcher qu’on s’enrichisse – s’enrichir est un facteur de dynamisme – mais enlever la richesse qui s’accumule et dont on en vient inévitablement à privilégier la conservation plutôt que l’utilisation. La richesse, vue comme un accomplissement, devient inerte et doit être enlevée, comme on enlève la cendre pour que la combustion se poursuive. Une Nouvelle Société enlève la « cendre » par une confiscation douce, dont l’imposition directe du capital et une inflation contrôlée sont les principaux mécanismes.

Le deuxième ajustement à faire est au palier de l’enrichissement lui-même. La répartition inégale des talents et la propension humaine égoïste à en abuser rend cet ajustement nécessaire. Une Nouvelle Société favorise une péréquation directe, par la réduction des écarts entre les taux de rémunération du travail à un rythme acceptable. Ce processus véhicule bien une notion consensuelle d’équité, et permet la convergence progressive de tous les travailleurs vers cet intervalle de la courbe des revenus où la motivation est à son meilleur. L’assistanat ne s’y ajoute que quand la participation par le travail est impossible.

Il y a aussi une péréquation indirecte. Gérer les segments à usage divis et indivis du patrimoine collectif est un volet incontournable de la mission de l’État, mais quand l’État intervient à ce titre il fait évidemment oeuvre de péréquation. Il oriente manifestement la consommation et donc la société elle-même. Il s’écarte alors de son principe de non ingérence, pourtant essentiel au rôle d’arbitre que l’État doit assumer. Il faut donc n’utiliser que parcimonieusement cette péréquation indirecte et voir à ce que l’effet en soit restreint à ce qui est vraiment à l’avantage indéniable de la société.

La solidarité est une toute autre affaire. On n’en discute ici avec la péréquation que parce que les mesures qui se réclament de la solidarité viennent s’ajouter à celles de péréquation pour produire une redistribution circonstancielle de la richesse. Distinct de la péréquation qui tend à rendre les gens égaux, il y a la solidarité, dont le but est de protéger l’individu en lui apportant le soutien de la collectivité quand il doit affronter l’exceptionnel.

Il y a un optimum pour l’égalité et donc pour la péréquation, mais Il n’y a pas d’autre optimum à la solidarité que le respect de la liberté de l’individu et donc l’adhésion libre de chaque sociétaire à un contrat social qui définit cette solidarité. Avec la solidarité augmente la cohésion de la société et, sous réserve d’un débat philosophique sur la notion d’individu et le sens de la vie, nous pouvons, nous en tenant à l’objectif de ce site qui est de voir l’individu en société, considérer que, pour l’animal social, plus de solidarité et du sentiment d’appartenance qui en découle est toujours mieux.

Dans la sphère économique d’une société, l’outil privilégié de la solidarité est l’assurance : une application bien pratique de la Loi des Grands Nombres. L’assurance permet qu’on étale les risques et qu’on mette ainsi à profit le fait d’être ensemble. Assurer est une obligation fondamentale de l’État. C’est le prolongement normal de sa mission de protection, qui ne doit pas s’arrêter à défendre le citoyen contre ses ennemis visibles de l’extérieur et de intérieur de la société, mais à le défendre aussi, dans toute la mesure du possible, contre les coups immérités du destin.

Ces coups bas du destin sont les événements imprévisibles contre lesquels l’individu ne peut se prémunir, parce qu’ils résultent du hasard ou de circonstances exceptionnelles. Ce sont aussi, même bien prévisibles, mais souvent imprévus, ceux contre lesquels l’individu seul est impuissant, alors que tous ensemble on peut les affronter.

Pierre JC Allard

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