Nouvelle Societe

06-03-05

06 La péréquation naturelle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:37

Une Nouvelle Société se veut « tendanciellement égalitaire ». Elle ne prêche pas une utopique et d’ailleurs peu motivante égalité, mais elle croit qu’il est dans la nature de l’évolution sociale que les écarts de revenu diminuent, réagissant à la complémentarité croissante des fonctions dans un système de production complexe qui rend tous les participants indispensables. Elle croit qu’il faut soutenir et non pas contrarier cette tendance.

Directe, indirecte ou circonstancielle, la péréquation ne disparaîtra pas d’une Nouvelle Société. Elle se poursuivra et augmentera. Elle devra, toutefois, s’appliquer différemment pour répondre au défi du passage à une économie tertiaire, remplaçant, chaque fois que faire se peut, la charité par la justice et donc la gratuité par la rétribution équitable de l’apport de chacun.

Une Nouvelle Société a un préjugé favorable envers la liberté de choix de l’individu et souscrit au principe que rien n’oriente mieux globalement un système de production de biens et services que sa soumission à la demande effective et donc son fonctionnement selon les normes et critères d’une économie de marché.

Quand une intervention est nécessaire pour rétablir un équilibre ou corriger une inéquité, on va donc tenter une action sur les variables « offre » et « demande » elles-mêmes, plutôt qu’en biaisant les mécanismes de leur interrelation. Dans cette perspective, c’est la péréquation directe qui est l’outil privilégié d’une Nouvelle Société.

La péréquation indirecte, qui agit par une intervention de l’État modifiant sciemment le rapport entre l’offre et la demande pour diverses classes de biens et de services, n’est toujours qu’un pis aller. Quant à la péréquation circonstancielle, elle est clairement perçue comme une effet secondaire d’une manifestation de solidarité qui est voulue, mais dont le but n’est PAS la péréquation.

Quand on parle de péréquation directe, aujourd’hui, on pense aux paiements de transfert propres à l’assistanat : pensions de vieillesse, allocations familiales, assurance-chômage et autres mesures de sécurité ou d’assistance sociale. Dans une Nouvelle Société, cependant, la mise en place d’un régime universel de travail/revenu garanti modifie singulièrement le paysage. Le premier élémentd’une la politique de péréquation doit être le travail lui-même.

Le revenu provenant du travail parviendra plus souvent à réduire seul les disparités entre sociétaires, sans recours à l’assistanat, parce qu’on travaillera plus et parce que la valeur du travail aura été considérablement augmentée. La part du revenu global dédié à la rémunération du travail augmentera donc aussi, ce qui est la clef d’une société plus équitable.

D’abord, on travaillera plus, car il n’y aura plus de chômage. Toute personne valide, majeure et saine d’esprit qui en fait la demande est affectée à une activité pour laquelle elle reçoit le salaire qui correspond à sa certification professionnelle. Le travailleur n’est pas tenu de faire cette demande; il peut s’en remettre uniquement à une activité autonome pour obtenir le revenu qu’il souhaite, mais le filet de l’emploi est là. Il lui devient plus facile d’agir comme entrepreneur, parce qu’il a cette protection rassurante d’un travail/revenu garanti. Il peut même toucher son salaire et le compléter en se livrant en parallèle à un travail autonome !

Ensuite, une Nouvelle Société se commet à une HAUSSE GÉNÉRALE DE LA VALEUR DU TRAVAIL, ce qui est la forme la plus naturelle de péréquation. Elle y parvient en maintenant des salaires constants pour des horaires progressivement réduits, selon le mécanisme décrit à la Section « Travail ». Ce sont d’abord les emplois salariés qui profitent de cette hausse de la valeur du travail, mais celle-ci se répercute rapidement sur le prix des services des travailleurs autonomes et sur les profits des entrepreneurs. C’est le travail sous toutes ses formes qui est mieux rémunéré.

Cette hausse de la valeur du travail n’est pas un voeu pieu. Personne n’a l’illusion naïve de faire apparaître par une simple décision administrative la richesse que cette hausse représente. Le bouleversement serait insupportable. Monétairement, cette richesse provient d’un transfert. Elle découle de la baisse des taux d’intérêts, conséquence d’une nouvelle politique fiscale et de l’effet régulateur de l’intervention de l’État sur la circulation du capital de risque.

Elle représente une augmentation de la part du revenu global de la société qui est allouée au travail. Dans une Nouvelle Société, la rémunération du capital baisse, puisque la fiscalité repose sur l’imposition du capital et non du revenu. La rente sur les ressources naturelles diminue aussi, puisque la propriété en passe à la collectivité qui ne cherche pas à en tirer un gain. Les deux autres facteurs de production touchant moins, la part qui correspond à la rémunération du facteur travail augmente. C’est le premier de deux (2) changements significatifs touchant la péréquation par le travail qui vont déterminer une meilleure répartition de la richesse dans la société.

Le deuxième changement significatif, concernant la péréquation par le travail, c’est la redistribution des revenus du travail autour de leur moyenne. Une Nouvelle Société y veillera et non seulement la part du revenu allouée au travail augmentera-t-elle considérablement, mais l’écart entre les revenus provenant des divers types de travail se réduira aussi peu à peu.

Il se réduira spontanément, comme effet induit de la spécialisation croissante qui accompagne la complexification du travail. Chaque travailleur tend à devenir de plus en plus indispensable, ce qui entraîne donc que ses exigences augmentent. Son pouvoir de négociation augmente aussi et permet ­ en fait, impose ­ que sa rémunération tende vers la moyenne pour tenir compte de ce phénomène d’étalement du pouvoir. Plus d’équité, donc, dans la distribution du revenu découlant du travail, comme conséquence de l’indispensabilité d’un nombre croissant de postes de travail, dont naturellement la valeur des fonctions constituantes augmente alors aussi.

Ensuite, les écarts de rémunération se réduiront parce que c’est un arbitrage, émanant de la classe des travailleurs eux-mêmes ou d’un organisme judiciaire impartial, qui déterminera la valeur relative de la rémunération pour les diverses catégories du travail salarié, celui-ci servant naturellement de référence à la détermination du coût des autres formes de travail. La péréquation directe commence au travail. Au niveau macroconomique, il n’y a pas de meilleure péréquation.

Pierre JC Allard

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