Nouvelle Societe

07-02-05

T4 L’inprogrammable

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:23

Pour les fins de l’emploi, la vraie distinction utile,  n’est plus entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire; il faut plutôt considérer les activités selon qu’elles sont ou non « programmables » et susceptibles  ou non d’être exécutées par des machines, des ordinateurs, des automates programmables.

Il y a, même au tertiaire,  des activités dont les machines, ordinateurs et automates, peuvent s’acquitter et dont on peut dire qu’elles sont  déjà « programmées »… et il y a les autres. Or,  Il n’y a qu’un un seul critère indiscutable pour décider de la programmation d’une tâche : sa programmabilité, absolue ou relative.  Le reste est affaire de temps.

Il y a aujourd’hui des activités dont la programmation est déja techniquement un fait accompli, mais pour lesquelles, pour des motifs économiques, on laisse encore des travailleurs s’agiter  dans une concurrence impossible avec la machine, en mettant a profit les écarts de niveaux de vie entre régions et pays.  On le fait sous divers  prétextes, dont le plus convaincant – même si moralement abject – est que les salaires que touchent les travailleurs  sont si bas que l’investissement en capital fixe  pour les remplacer par des machines n’est pas rentable pour le producteur.   Mais que veut dire « rentable » ?

Il est vrai que parfois, dans l’état actuel de la technologie et au coût actuel de la main-d’oeuvre qualifiée pour les exécuter,  la valeur ajoutée qui en découle ne justifie pas encore pour l’investisseur le coût d’implantation d’une machine. Mais  la société y perd en production et la production d ebiens ou services est la seule  est la seule VRAIE richesse matérielle qui s »ajoute a ce que le nature nous sonne déjà. Le reste est illusions ou arnaque.

On comprend que c’est une situation en équilibre instable, en constante évolution… et dans un seul sens.  Puisque nos technologies s’améliorent chaque jour et que le coût moyen du travail augmente constamment en fonction de notre enrichissement collectif, nous devons accepter que, tôt ou tard, la  contrainte de la demande effective fera disparaitre les emplois  qui regroupent ces tâches qui programmables, mais ne sont pas non encore  programmées  dans les faits.

Ces emplois, du tertiaire comme du secondaire  seront adaptées, programmées et confiées à des machines.  Il est évident que, même dans le tiers-monde le plus pauvre, on doit s’attendre à ce que l’offre comme la demande pour ces emplois périclite… et il n’y aura pas de rémission.   Il faudra  escorter hors de leurs emplois et vers un autre travail utile ceux qui occupent ces fonctions.  Ces travailleurs sont aussi en sursis de ne plus travailler.

Ce qui nous crée un dilemme, car on ne peut pas aujourd’hui négliger d’affecter des ressources humaines à ces activités; nous y serons tenus jusqu’à ce que la programmation en devienne rentable, ce qui, pour certaines d’entre elles, prendra quelque temps. Mais il ne faut pas rêver que l’on fera l‘économie de cette transformation. Inéluctablement, leur programmation viendra et contribuera aussi à la disparition progressive des emplois. Une politique de main-d’oeuvre doit donc désormais tenir compte de cette imminence de la programmation des diverses tâches qui constituent la maquette de production des services, tout autant que de celles qui constituent la maquette de production des biens.  Pour chaque tâche, métier, profession, Il faut prévoir  aussi la durée du sursis…

Quels travailleurs ne sont PAS en sursis ?  Par-delà tout ce que l’on sait qui sera programmé, il y a ce qui nous semble ne devoir jamais l’être :  le domaine des activités « inprogrammables ». Certaines  activités, nous apparaissent aujourd’hui  totalement « inprogrammables », parce qu’elles exigent de la créativité, de l’initiative ou le talent d’établir et de maintenir une communication interpersonnelle efficace et gratifiante, ce qu’une machine ne peut pas faire. Du moins nous le croyons…   Ce sont celles qui nous intéressent le plus.

Ce domaine semble le havre idéal pour la main-d’œuvre. Peut-on établir notre politique de main-d’œuvre sur cette prémisse ? Les activités « inprogrammables » constituent-elles la vraie part réservée au travail humain dans le processus de production ? Ce serait suffisant: il y a certainement assez de désirs humains dont la satisfaction exige l’exécution de tâches qui nous paraissent  « inprogrammables », pour garder tout le monde au travail jusqu’à la fin des temps! Mais il faut tout de même se garder une double réserve.

D’abord, les postes de travail actuels qu’on dit « inprogrammables » sont en fait des agglomérats de tâches, dont certaines exigent des caractéristiques humaines, mais dont les autres sont souvent éminemment programmables. Ces postes vont être en constante mutation au cours des prochaines années, au fil des avancées de la technologie, et il est bien hasardeux de prédire ce qui restera d’inprogrammable quand la dissection aura eu lieu. Plus on progressera, plus petite la part qui en restera pour l’humain.

Ensuite, l’inprogrammable va certes être la source de la demande de travail, mais ce travail se fera-t-il dans le cadre d’un emploi? Rien n’est moins sûr. Qu’une activité soit inprogrammable, est une réalité technique objective; mais toute fonction à exercer ou toute tâche à remplir n’est pas ipso facto une invitation à créer un emploi. L’emploi, nous l’avons dit, n’est qu’une des modalités du travail et ce ne sera sans doute pas celle que  privilégiera une société tertiaire.

Pour régler la crise actuelle, il ne faut donc pas penser « chômage » et vouloir créer des emplois ; il faut penser production et voir le travail comme une contrainte, comme LA malédiction  biblique qui est fâcheusement un intrant nécessaire à la production. Il ne faut plus vouloir « produire pour travailler », mais « travailler pour produire » et cesser de prétendre qu’on accomplit une mission enrichissante pour la société, quand on réussit à faire exécuter par deux ou plusieurs travailleurs une tâche pour laquelle un seul suffirait.

Pierre JC Allard

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8 commentaires »

  1. Tout à fait d’accord, la taylorisation se fera par la programmation imminente de toutes ces tâches subalternes.
    Bien que suite au Tertiaire, nous en sommes au secteur Quaternaire… le monde de l’Information avec ses ramifications complexes. Un secteur où l’automatisation est essentielle, mais il faudra encore des cerveaux pour en décoder la compilation et l’intérêt de toute cette masse d’informations.

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 08-02-10 @ 3:41

  2. @ 1975jmr:

    Il semble que vous ayez intercepté ce texte en vol pendant que la section où il s’insère était en publication. Pour voir cet article dans son contexte, voyez les autres textes de la section « Travail » qui sont maintenant en ligne.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/travail/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 08-02-10 @ 4:59

  3. Absolument, autant pour moi…
    Je vois qu’il s’inscrit dans une logique de 23 billets, y-en aura-t’il d’autres ?
    Je tâcherai de tout lire avant de faire une remarque en dehors du contexte 🙂

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 08-02-10 @ 5:14

  4. 2 1975jmr. OUI. Sur le travail parallèle, la notion de plan de carrière, la détermination du revenu garanti par professions, les relations travailleurs employeurs, l’évolution de la relation syndicale et le rôle de l’État par son Mnistère du Travail. Ces textes sont faits, mais je ne les ai pas en disponibilité pour les introduire avant quelques jours.

    PICA

    Commentaire par pierrejcallard — 09-02-10 @ 3:32

  5. @ 1975jmr

    La Section « Travail » du site est maintenant complétée… Jusqu’à ce que tout change, bien sûr … 🙂

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 19-02-10 @ 9:20

  6. Bonjour,
    Merci pour l’info, je vais m’y plonger d’ici peu de temps. Je suis très pris actuellement avec mes projets et autres contraintes pro… Madagascar n’est pas abonné aux 35 heures 😉
    Cordialement

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 22-02-10 @ 12:44

  7. 1975jmr

    Je me souviens avec une certaine nostalgie de mes séjours a Ant., Fort Dauphin – est ce devenu Tolagnaro pour vrai, maintenant ? – et Nosy Be. J’ajoute deux photos, pour ceux qui ne connaissent pas…

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2005/02/23/imagesmada/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 23-02-10 @ 5:19

  8. Bonjour,

    Et bien oui, enfin si on veut… C’est Madagascar… entre ce qui est dit et appliqué… on parle toujours en ancien francs malgaches et on se les échange toujours dans la vie courante (pour la menu monnaie j’entends, le plus gros se fait en ariary).

    Pour les villes, oui c’est Tolagnaro, mais tout le monde dit Fort Dauphin. Idem pour Tananarive, on ne dit pas toujours Antananarivo, ou Tana plutôt. Tuléar ou Toliara, Tamatave ou Toamasina, Diego Suarez ou Antsiranana … etc

    Deux bien belles photos, au lever du jour pour la vue sur le lac Anosy 😉

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 23-02-10 @ 8:22


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