Nouvelle Societe

10-01-05

Les coûts du système de santé

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:15

Obama, aux USA, est à jouer le sort de son administration et sa place dans l’histoire pour mettre en place un systeme de santé  humain.   Nous, nous l’avons !  Hosannah !

Bravo.  Mais Sarah Palin vient de nous dire – ce qui a fait un tabac sur le blog de Lagacé  et ailleurs – qu’il faudrait  liquider ce systeme de santé « socialiste » qui nous ruine.   De quoi elle se mêle, la Palin  ! … mais bien des Québécois  pensent la même chose.   Il coûte cher, notre systeme de santé. En avons-nous les moyens ?…

Avant de penser à le saborder, il faudrait tout de même se demander si on ne pourrait pas en réduire le coût. Or, il y a une façon de réduire radicalement les coûts de la médecine: en formant une autre  sorte de médecins.

En 1996, le Gouvernement du Québec a pris la décision mal avisée de pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins en exercice.  Le Québec ne s’est jamais remis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à bâtir à grands frais. J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele).

Mais pourquoi l’a-t-on prise ? Parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe e fait sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que de réduire le nombre de médecins !

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs…. mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, il y a dix ans, on les avait réduits.

Augmentez les effectifs, et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Y a-t-il une alternative  ?  OUI !  La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales.  Si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation. Il faut la faire en deux étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout en Europe. Même aux USA, meme si la ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes  payés par capitation de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation avec l’État et chaque médecin est ensuite payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste des spécialistes – des chirurgiens, des anesthésistes, etc –  dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte, mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi la rémunération des médecins en place, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser.

Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à prix faramineux !  Nous n’en avons pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération élevée est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans cette deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra; mais ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose.

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus.

On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique.  POURQUOI ne considère-on pas cette approche ? Serait-ce que prévaut au Québec la même situation que confronte Obama aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est l’une des premieres sources de financement des partis politiques ?

Je ne le crois pas.  Je pense qu’au Québec on pourrait en discuter sobrement et faire  le choix de la solidarité.  Le faisant, nous garderons un système « humain » . Si nous ne réalisons pas cette économie –  ou d’autres, mais lesquelles ? – rien n’est moins sûr.

Pierre JC Allard

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