Nouvelle Societe

18-06-04

625 LE DILEMME DE LA DÉMOCRATIE

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 3:02

 

Quand on comprend qu’il y a une solution optimale à l’équation de la gouvernance – (l’ensemble des gestes à poser pour atteindre le résultat que veut la population) – on comprend dès lors le dilemme d’une gouvernance qui, se voulant une démocratie et donc une émanation fidèle représentative de la volonté populaire, en perd ses coudées franches pour résoudre au meilleur de ses moyens les problèmes que lui posent l’évolution et la simple survie du groupe dont elle a charge.

Elle ne les a plus, parce qu’une démocratie ne peut plus prendre la voie facile de privilégier sans réserve l’expertise de son fonctionnariat au risque de brimer les pulsions parfois capricieuses et bien erratiques du citoyen lambda. Si elle prend ce risque, c’est celui, grave, de se priver de l’appui de ce lambda qui lui qui est devenu indispensable. Indispensable, car ne s’agit plus seulement de nobles principes, de respect et de dignité humaine – toutes considérations qu’on encense, mais avec lesquelles on prend parfois des liberté, mais de la cruelle réalité qui ne pardonne pas d’incartades.

La réalité est que, d’une part, nous ne pouvons gérer une société complexe sans nous en remettre à la competence pointue des experts que sont nos fonctionnaires, mais que, d’autre part, la diffusion large d’une myriade de petites compétences complémentaires au sein de la population a fait fait qu il n’est plus davantage possible, désormais, de gérer la société efficacement sans la bonne volonté de presque tout le monde. Lambda qui a une mini compétence est nécessaire, lui aussi, et s’il ne se sent pas respecté, devient un saboteur inconscient. L’indispensabilité de la somme des petites compétences limite la dictature des grandes

Gouverner  en démocratie, c’est montrer a Lambda qu’on le respecte. C’est donc composer avec le dilemme de concilier ce qui est populaire avec ce qui est efficace. Une gouvernance doit se dire le «peuple » et agir comme le « peuple », mais simultanément, toutefois, elle ne peut renoncer à se distinguer du peuple au moins sur ce point essentiel, tout bête, de prétendre avoir des réponses là où la majorité du peuple doit bien admettre qu’il n’a que des questions!

La société démocratique doit donc garder un juste équilibre entre le recours à la compétence de ses fonctionnaires nommés et non élus – sans lesquels les roues ne tourneront pas correctement – et son respect du consensus populaire, sans lequel son autorité sera contestée… et toutes les roues entravées. Cet équilibre, qui n’est pas facile à maintenir, repose en partie sur des changements bien réels à apporter à la répartition des tâches de la gouvernance et aux mécanismes de la démocratie, mais la résolution du dilemme démocratique dépend aussi de la façon dont les choses seront expliquées.

Crucial d’expliquer, car le rapport de force entre fonctionnaires et quidams est une métaphore de celui entre l’élite et le monde ordinaire du demos. La gouvernance démocratique doit à tout prix éviter l’élitisme, mais aussi bien faire comprendre à tous que la société ne peut survivre si la différenciation y est jugée intolérable et une négation de la démocratie, puisque cette differenciation est indissociable de la notion de complémentarité qui est l’assise même du désir fondateur de vivre en société.

La société démocratique qui, par souci égalitariste, ne garde pas un juste équilibre entre le recours à la compétence et le respect du consensus est en grand péril de ceder à la tentation de promouvoir une égalité de pure forme, ostentatoire, dans le piège d’une gratifiante, mais bien  inepte égalité ostentatoire qui peut se transforme en un attachement à l’indifférenciation. Un refus d’accepter les différence de rôles qui la condamnera à la stagnation, comme un organisme pluricellulaire qui resterait un agglomérat sans accepter la symbiose.

Ce qui nous ramène à la vieille fable des membres et de l’estomac, par laquelle les patriciens de Rome avaient convaincu leurs protestataires de l’époque de retourner au travail, et d’accepter l’injustice que ceux-là travaillent alors que ce dernier en profite…. ou à la métaphore plus contemporaine de la cellule cancéreuse qui se développe en total mépris des besoins de l’organisme…

Parlant de démocratie, on doit parler bien sur parler d’égalité. Mais insiste-t-on assez sur cette évidence que l’égalité dans une société ne serait parfaitement satisfaite que dans la mesure où tous les citoyens deviendraient indispensables les uns aux autres… et auraient donc une égale importance, puisque rien ne pourrait se faire sans l’accord de tous.? Précise-t-on, surtout, que ce cas-limite de parfaite égalité est bien ce vers quoi tend implicitement toute collectivité, mais sans jamais pouvoir l’atteindre, ni même sérieusement le souhaiter, car il implique un renoncement à l’individualité qui n’est certes pas dans nos plans à court terme comme humanité…

L’avenir d’une société est dans sa solidarité, le désir d’égalité et l’idéal démocratique. Vrai. La démocratie, toutefois, ne peut fonctionner que si elle est définie de telle sorte qu’une gouvernance en ait les apparences, mais sans être contrainte par cette exigence d’une impossible égalité. Il faut donc rendre le discours pour la démocratie conforme à ce qu’une population désormais mieux éduquée peut en accepter sans dissonances cognitives.

Il faut aussi tout faire pour introduire dans la gouvernance que nous voulons des éléments de vraie consultation populaire et des moments de décisions VRAIMENT démocratiques. Autant que la société peut supporter de ces décisions capricieuses et discrétionnaires d’une population qui est fondamentalement émotive et changeante, sans compromettre la marche de la société vers le but commun que cette société s’est donné, ni l’atteinte des objectifs intermédiaires essentiels dont le consensus en son sein a convenu.

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