Nouvelle Societe

18-06-04

624 LE POUVOIR DÉLÉGUÉ

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 3:01

 

En fait, le peuple sait très bien qui, dans une démocratie moderne, résout en continu jour après jour, année après année, l’équation mouvante de la gouvernance: c’est une armée d’experts divers dont on ne dit pas qu’ils gouvernent, mais qu’ils ADMINISTRENT une société,  Quand nous parlons de démocratie, aujourd’hui, nous sous-entendons par défaut une démocratie moderne « à l’Occidentale », cachant sous l’euphémisme qu’elle est représentative et non pas « directe », un passe-passe sur les mots qui cache qu’elle n’est pas vraiment une démocratie.

On peut bien la dire « représentative », mais c’est une discussion un peu spécieuse, car aucune décision d’un groupe ne peut se discuter, se prendre et être appliquée sans une bonne part de représentativité le long du cheminement décisionnel qui va, par exemple, de planter des pommes de terres au suivi de la corvée de patates.  C’est donc  uniquement sur plus ou  moins de représentativité que l’on ergote, alors que le véritable problème est bien ailleurs…  Le problème n’est pas que l’on se représente, mais qu’on se délègue. Nous sommes dans une démocratie qui DÉLÈGUE presque tous ses pouvoirs, ce qui cache pudiquement qu’il ne lui en reste que bien peu, si même il lui en reste…

Dans un État moderne dit démocratique, la véritable gestion de l’État est laissée à des experts qui savent de quoi il retourne et constituent une structure, généralement cohérente: l’appareil de l’État.  Un apport utile, car  avec la croissance exponentielle des connaissance et la compréhension de plus en plus précise que nous avons des liens entre les événements, les effets de risques aveugles et de hasard diminuent  Nous pouvons prévoir pour divers horizons les conséquences des geste que nous posons et l’incertitude s’estompe.  Il a de moins en moins de doutes quand aux décisions qui doivent être prises pour atteindre les buts que nous nous fixons.  On sait comment se rendre là où l’on choisit d’aller, « on » étant la somme des experts de État.

Avec les fonctionnaires, nous avons quitté le monde des mancies pour celui des « logues » de diverses obédiences, et simple question de temps avant qu’on puisse même sérieusement se dire « politonome » plutôt que politologue. Le facteur humain reste en principe impondérable, mais on connait la nature humaine et la Loi des Grands Nombres. On accepte qu’il y a souvent une solution optimale à l’équation de la gouvernance et que  les fonctionnaires la connaissent.  N’est-ce pas la solution que l’on doit appliquer ?

Sans doute, mais on transforme ainsi la gouvernance d’une démocratie en une étrange bête bicéphale, avec une tête qui doit tout savoir et comprendre… et l’autre dont on dit qu’elle devrait tout décider sans vraiment s’y connaitre . Je ne parle pas ici de partage de tâches entre élus et DGS ou cadres territoriaus, avec des empiettements des premiers sur les attributions des seconds, mais du rapport de la decison a l’execution qui, en prinipce est parfaitement clair: l’élu decide, le fonctionnaire excecute.  Mais les pionniers de l’analyse de tâches on vu combien il pouvait être difficile de dissocier une action ou un geste du processus mental qui sous tend son exécution.

Il n’est pas si facile  de départager les responsabilités du gouvernant qui décide de celles du fonctionnaire qui exécute, car si une directive implique l’autorisation de tout faire pour lui obéir, les liens qui relient tout dans une société complexe donnent à celui qui exécute un pouvoir démesuré et à celui qui ordonne  une responsabilité imprévisible.  Si, au contraire, on veut y poser des conditions et y fixer des bornes, on a une casuistique dont seul « celui qui connait »  peut établir et  manoeuvrer les règles, ce qui donne toujours à l’éxécutant la discrétion de se récuser.  Le fonctionnaire a tous les as…

Notre démocratie prétend mettreen place une structure politique qui en principe dira aux experts ce que le peuple veut; mais pour un but visé il y a un seul meilleur chemin, comme une seule droite entre deux points. Les faits ont leur logique a laquelle on n’échappe pas,  Dira-t-on à la rivière de remonter la pente ?  Dès que  le but aété déterminé, la chaine des causes et effets suit sa logique et donne tout pouvoir à l’expert. C’est sa compétence, alors, qui prend charge et le pouvoir lui est délégué. Un pouvoir  qui s’impose, qui est total et  n’a rien de démocratique. Cette primauté à la compétence ne peut être défiée que par une plongée dans l’irrationnel . Est-ce un but a rechercher?

Pour cette raison, on parle parfois de « tyrannie de la compétence ». Ce qui semble semble abusif, car la compétence  tend vers le bien – si on définit le bien comme l’atteinte du but visé –  n’a rien de capricieux, et le consensus pour lui obéir est là. Disons donc seulement qu’il y a une « dictature » de la compétence, comme on parle de « despote éclairé »…   Mais la démocratie n’en est pas moins écartée

On donne l’apparence de la démocratie à ce qui est en réalité une dictature de la compétence. La démocratie devient un leurre.  On veut projeter l’image des élus concevant des politiques et en confiant la réalisation à des fonctionnaires, mais cette image est fallacieuse :  les élus n’ont pas cette compétence de concevoir de proposer et de disposer.  Ils n’ont même pas le loisir de l’acquérir, car être politicien c’est convaincre et c’est un job à plein temps.

On souhaiterait que le rôle de l’homme politique qui représente le peuple soit d’abord de connaître ce que le peuple veut. Il semble inadmissible qu’il ne le sache pas… Mais prend-t-il toujours cette peine ?   N’en a-t-il pas, la plupart du temps, que  la compréhension minimale étroite de ce qu’il a pu faire accepter à ses commettants pour être élu, en réconciliant la volonté  populaire avec ses propres idées et intérêts, faisant les ajustements requis selon sa propre conscience ?  Sa vision est biaisée, mais supposons-la parfaite, comme parfaite sa bonne foi et son intégrité; au moment de voter, est-il plus qu’un simple jeton entre les mains de son parti qui l’a fait élire et à qui il a promis obéissance ?

Ne nous attardons méme pas au député, au représentant qui n’est qu’un figurant. Voyons le Chef de parti, celui qui gouverne… … A-t-il eu plus de temps pour penser ?  Supposant qu’il sache ce que le peuple veut et que, devenu responsable de l’adoption des politiques qui devront s’appliquer,  il veuille voir à ce que s’accomplisse la volonté populaire.   Comment y parviendra-t-il?  Quelle sera sa priorité dès qu’il s’installera dans le cadre des fonctions qu’on lui a confiées?  Consulter ceux qui savent…

Demander comment on peut se rendre d’ ICI à LÀ… – et çà, où que LÀ puisse être ! – …, en évitant tout ce qui n’est pas possible et tous les pièges que poseront ceux qui ne seront pas d’accord. Comment gouverner en utilisant les ressources de l’État… Seul le sait l’appareil gouvernemental permanent d’exécution qui est déjà sur place quand arrive celui que le peuple a choisi.. et qui y restera encore quand ce dernier partira. Car rien ne se fait que selon un protocole et des règles que seuls les fonctionnaires connaissent… puisqu’ils les ont formulées.  La priorité du gouvernant est de s’informer de ce que veut l’État.  Et l’Etat véritable, permanent, inamovible, – ne nous y trompons pas – , C’EST LE  FONCTION

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