Nouvelle Societe

18-06-04

621 L’OBÉISSANCE CONSENTIE

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:51

L’OBÉISSANCE CONSENTIE

Une société est un groupe qui se crée parce que l’on croit, souvent à juste titre, que mettant à profit la complémentarité des participants on pourra, ensemble, se défendre et produire plus et mieux que chacun pour soi.

Le groupe peut être créé par consensus, sans contraintes ni engagements, comme des pèlerins se rencontrant au hasard d’une route qui peuvent ajuster leur pas et faire un bout de chemin ensemble. On a alors un groupe fluide qui croît, décroît et se dissout quand la colonne s’étire. Un groupe éphémère, qui dure le temps que le veulent les participants. Mais il y a des circonstances où ça dure ….

Ça dure, la plupart du temps, quand se constitue, au sein du groupe, un sous-groupe de ceux qui, ayant des intérêts communs et une même vision de la direction à prendre, ont la volonté de maintenir la cohésion du groupe et la force d’y faire prévaloir l’orientation qu’ils veulent donner à l’effort commun.

Dans tout groupe – au collège, en prison ou en vacances, entre voisins et entre habitués de chaque « Café de la Gare » ou du Commerce – il se forme des sous-groupes qui ont des velléités de permanence…, et aussi de dominance, pour trivial que puisse paraître ce qu’il y a à dominer et les avantages à en retirer. Quand un sous groupe s’affirme et domine, il constitue une « majorité effective ». Le groupuscule devient un embryon de société, une fractale de la plus grande où il est né, et perdure alors en la forme et pour le temps dont décident ceux en son sein qui ont ainsi constitué ce sous-groupe dominant et lui conservent son pouvoir.

Ce qui est vrai en bas l’est en haut. À une autre échelle, un sous-groupe dominant, tout en en tirant profit, assure à NOTRE société sa gouvernance, gérant, en les agençant plus ou moins efficacement, les complémentarités qui confèrent à celle-ci sa valeur, veillant à ce que des règles soient établies et respectées, à ce que des décisions soient prises et exécutées. La majorité effective gouverne.

Il faut qu’une société soit gouvernée. Elle l’est, de façon plus ou moins autoritaire, par un mélange ad hoc de menaces et de promesses, de punitions et de récompenses qui découle de son histoire et des circonstances.   La première décision d’une gouvernance est de se positionner sur cet axe qui va de l’autoritarisme au consensualisme. Par la suite, elle tentera pour un temps de s’en remettre, sans trop se dédire, au mix idoine de « promesses-récompenses » et de « menaces-punitions » qui devient le patron de gouvernement auquel elle a habitué ses gouvernés.

Qui décide de ce patron ? La nécessité. Un Alexandre, un César ou un Napoléon peut venir brouiller les cartes, bien sûr, mais à terme, ce qui va normalement s’imposer à la majorité effective et donc à la société, c’est le mode de gouvernance qui répond le mieux aux exigences de la situation. Une société pastorale comme celle les Israélites avant Saül, ou d’éleveurs de bétail au Far-West américain, va tendre à être gouvernée « de facto » par une gouvernance de type consensuel, un« arbitrage » entre égaux, par des « juges » ou des shérifs qui souvent n’interviendront que sur demande.

Au contraire, si une coopération constante est essentielle – si on doit par exemple partager une ressource rare, gérer les crues du Nil ou maintenir des barrages en Chaldée – la gouvernance doit être plus présente et il nait un consensus pour qu’elle le soit. Paradoxalement, ce consensus qui pourra rester un non-dit sans perdre sa force contraignante, pourra être que trop de consensus n’est PAS une bonne solution…

Tout mode de gouvernance évolue et s’adapte sans cesse. Mais, depuis la révolution industrielle, les flux et reflux de l’autoritarisme doivent obéir à deux (2) tendance lourdes dont nous avons déjà parlé et qui sont désormais toujours à l’œuvre pour que la férule devienne progressivement plus discrète.

La première, c’est qu’une société qui devient plus complexe devient dépendante d’un nombre croissant de compétences, dont chacune n’appartient plus qu’à un nombre décroissant de travailleurs. Ceux-ci cessent alors d’être interchangeables. Moins nombreux, différents, chacun devient et se sait plus nécessaire… et à la limite indispensable. Naturellement, le pouvoir de chacun en est alors augmenté d’autant. Le syndicalisme a été une manifestation de ce phénomène de différentiation qui confère un pouvoir grandissant à des groupes de plus en plus en restreints. Contrôleurs aériens, programmeurs informatiques, irremplaçables spécialistes et un jour, qui sait, vous et moi qui le serons devenus…

La seconde tendance lourde est que le travail devenant fourniture d’un service plutôt que production d’un bien, ce que le travailleur met de bonne volonté et de sa personnalité au produit en devient autant sinon plus important que les composantes matérielles et autres variables quantitatives. Le travailleur est alors le principal créateur de la valeur réelle de son service, puisque cette valeur dépend pour beaucoup de son attitude, de son ton, de sa manière de l’offrir, de l’empathie dont il témoigne. On comprend que le fouetter ne donnerait pas le résultat voulu…. Il faut donc cajoler le travailleur producteur, l’amadouer, le séduire, en faire un partenaire consentant du processus..,

Ces deux (2) développements OBLIGENT à maintenir une ambiance plus courtoise, plus amène dans la société. Nous avons dit « travailleurs », mais le même phénomène a son impact sur tous les rapports entre l’Etat et ses citoyens et les citoyens entre eux. Nous sommes en marche vers une société et une gouvernance plus consensuelles, à la mesure du besoin que nous avons et ressentons les uns des autres. On peut dire que c’est la liberté qui avance…

Où en sommes-nous nous de cette évolution ? On veut voir ce que nous appelons notre « démocratie » comme une étape de cette marche vers le consensuel, mais est-ce bien vrai? Penser consensus, ne serait-ce pas avant tout penser raison ? Car nos émotions nous mènent, les uns comme les autres, dans des voies diverses et ce n’est qu’en acceptant l’arbitrage de la raison que nous renonçons à régler nos différends par la force.  Or quand la démocratie privilégie la force par le nombre, c’est encore la force qu’elle privilégie… et force n’est pas raison.

En vérité, quand on y regarde de près, la démocratie qui prévaut aujourd’hui dans notre société occidentale et celles qui la prennent pour modèle n’est raisonnable ni dans des principes, ni dans ses applications. … Telle qu’elle nous est offerte et servie, elle est une arnaque et un obstacle à la liberté. Personne ne le conteste sérieusement.

 

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