Nouvelle Societe

18-06-04

622 L’AXIOME DU MOINDRE MAL

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:54

 

La démocratie est une des formes de la gouvernance par la force. Ici, la force du nombre. La tyrannie de la majorité. Si d’un groupe de trois (3) deux votent la mort du troisième, c’est la démocratie. Immoral ? Absurde ? Nous discutons ailleurs de ce que, à défaut de le dire « nécessaire » en logique formelle, nous pourrions appeler l’impérieuse opportunité de soumettre la démocratie à une éthique qui la transcende et en encadre l’exercice. Ici, restons-en au constat du double langage qui souffle le chaud et le froid sur la démocratie

C’est ce double langage que résume si bien la boutade archi-connue attribuée à Churchill : « La démocratie est la pire forme de gouvernement… sauf toutes les autres que l’on a essayées ! ». Clair. Personne ou presque, en son for intérieur , ne croit que la démocratie que nous avons soit une forme raisonnable de gouvernance, mais on veut que tout le monde ou presque la dise acceptable. Nous voulons être d’accord pour poser en axiome qu’elle est le moindre mal.

Ce soutien à la démocratie repose sur un très large consensus qu’on a réussi à créer pour la thèse du moindre mal, en en faisant le credo de tous les medias et en ne tolérant aucune critique de cette tyrannie de la majorité. Aucune hérésie n’est permise. Ne pas encenser la démocratie est blasphématoire partout, sauf quelques cénacles de provocateurs marginaux.

La raison bien transparente pour laquelle on ne badine pas sur ce point, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’alternative. Dans un monde d’interdépendance, de compétences réparties et de pouvoir diffus, les gouvernés ne le sont que s’ils acceptent de l’être, et ne le sont efficacement que comme ils choisissent de l’être, pas autrement …. Gouverner implique donc désormais deux (2) opérations distinctes, dont la seconde est bien de coordonner les ressources de la société – dont le travail de tous, sous ses multiples facettes qu’on veut complémentaires pour atteindre le but qu’on s’est fixé est de très loin la plus importante – …, mais dont la première est de CONVAINCRE . Passer sous les fourches caudines de cette étape incontournable est ce qu’on appelle la démocratie

« Gouverner », maintenant, c’est d’abord convaincre et séduire. Quiconque gouverne quoi que ce soit, qui que ce soit, où que ce soit, doit encore faire au départ le choix entre la force et la persuasion et en pratique se choisir un compromis entre les deux ; mais ce choix est devenu discret, quasi illusoire.

On peut toujours prétendre gouverner par la force, par ukases et diktats, mais la persuasion est tellement plus efficace que la coercition – et il est si clair qu’elle le deviendra de plus en plus – qu’annoncer formellement qu’on choisit l’autoritarisme est exclu. Le dire ne peut être qu’un bluff, un effet de manche ou une psychopathie, une gratification puérile et inane de l’égo avec des effets risqués qui peuvent être dévastateurs. Si on veut utiliser la force, on le fait, mais subrepticement.

L’autoritarisme est d’autant plus inepte que, quoi qu’on dise, au moment de VRAIMENT gouverner, on cherchera toujours à convaincre plutôt qu’a imposer: pousser ce lourd véhicule qu’est la masse populaire contre son gré – sans dégager les freins, en quelque sorte –  est trop harassant.  Pourquoi poursuivre dans la voie du « viol des foules » dont on a temps parlé en mal, quand on peut obtenir, par des techniques de manipulation aujourd,hui bien maitrisées et qui confinent à l’hupnose, un OUI qui rendra tout plus facile ? Séduire ; là est la clef. A fortiori au palier du discours, le message est : « Démocratie, en avant toute » ! La démocratie est deveue le système de gouvernance par défaut.

Mais tout çà, naturellement, ne change rien au fait que ce qu’on appelle la démocratie repose sur des énoncés absurdes, suppose chez le citoyen moyen une vigilance de tous les instants pour apprivoiser ses dissonances cognitives, et un cynisme sans faille chez tous ceux qui en discutent ou y participent. La question fondamentale, comme le dit si bien Alice à Humpty Dumpty, « c’est de savoir si on peut donner aux mots tant de sens différents » … Or, la réponse de Humpty Dumpty est bien connue et le Système la connaît : « Il suffit d’avoir le pouvoir. »

Aujourd’hui, quand on a le pouvoir – la force, le fric et les médias – le baratin de la démocratie comme « moindre mal »  passe donc encore en Occident…  mais tout juste.  L’éducation et l’information ont transformé peu à peu les travailleurs ignares – bêtes-de-somme du XIXe siècle, attachés à la noria du « produire à la chaine » par un fil à la patte – en quidams curieux, nourris à l’internet, tous différents comme de vraies personnes et posant des questions différentes auxquelles il faut donner des réponses sensées si on veut convaincre.   Ce discours passe surtout très mal au tiers-monde qui n’a pas été nourri dès la berceau de la sève des Lumières.

Le marketing de la panacée « démocratie » est donc à revoir. Vite, avant que l’option de la démocratie « moindre mal » ne soit mise hors jeu, discréditée sans appel, et que l’on ne se retrouve devant un choix simple, mais navrant, entre fascisme et anarchie.

Ce ne sera pas facile de rehabiliter notre mal-nommée démocratie représentative, car il y a deux  (2) obstacles  à surmonter.

D’abord, celui d’une méfiance  bien compréhensible envers  la notion même de démocratie « représentative »,  un concept qui s’autocontredit, puisqu’en déléguant son pouvoir de décision à ses representants – dont il fait ainsi ipso facto une oligarchie –  le peuple renonce à l’exercer lui-même et rend donc le ‘demos‘ impuissant. Peut-on faire confiance à un  mode gouvernance qui, a sa face même, repose sur une contradiction ?

Ensuite, même en supposant que pour des raisons pragmatiques on acccepte cette amibuité et que, continuant à  priver le vocable de son sens et le demos de pouvoir, on veuille néanmoins garder de la démocratie le nom, son pouvoir d’attration et ses symboles, quid des failles béantes du processus électoral menant au choix des acteurs de cette « démocratie » au pouvoir en quelque sorte délégué ?

Il faut voir çà de plus près, car notre démocratie a un grave probleme de crédibilité.

 

PIERRE JC ALLARD

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