Nouvelle Societe

18-06-04

623 DÉMOCRATIE, COMPÉTENCE ET FOI PERDUE

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:56

 

On a dit au peuple « démocratie » et que c’est lui qui décidait. On a ainsi taré la démocratie d’un problème insoluble de crédibilité, car on a fait flotter le leurre que le peuple souverain décidait de tout, alors que non seulement il voit bien qu’il ne décide de presque rien, mais sa propre expérience personnelle a montré clairement à chaque quidam qu’il ne POURRAIT PAS EN ËTRE AUTREMENT. Le citoyen a toutes les raisons du monde de pas croire à cette  démocratie d’Epinal dont on le fait rêver, avec des citoyens égaux, sages et décrétés omniscients, collaborant de bonne foi à la gouvernance de la chose publique.

Pourquoi n’y croirait-il pas ? Parce qu’il vit une évolution totalement opposée sur le plan qui lui importe le plus: celui de la production, du travail, et de la répartition des fruits du travail.  C’est que Quidam Lambda a vu son propre statut de travailleur s’améliorer depuis la révolution industrielle, au rythme de sa compétence qui s’est accrue et l’a rendu différent. Utile. Unique. Important…. Il se voit jouir désormais d’une prime à la compétence qui lui donne le pouvoir de faire, lui, ce que tout le monde NE PEUT PAS faire. Il a sa spécialité. Sa chasse gardée… et en est heureux.  Mais il a parfaitement assimilé la leçon de la complémentarité ; il comprend que cette même évolution, qui rend incontournable le recours à sa compétence propre pour que soit fait ce que lui sait faire, lui enlève en revanche tout espoir raisonnable de prétendre opiner, lui, sur la façon dont doit se faire ce qu’il ne connaît pas.

Lambda, plombier, marchand de fruits ou architecte et qui s’en sait la compétence, sait pertinemment qu’il n’a pas celle de gérer les finances ni les armées de l’État, ni sa diplomatie, ni une politique de santé, d’éducation ou d’accès la justice: il n’y connait rien   Il sait que, même si on lui donne comme citoyen, le droit démocratique d’en discuter, ce qu’il en pense ne vaut que ce que valait son opinion comme travailleur interchangeable avant qu’il n’ait un métier utile et une compétence pointue, c’est-à-dire bien peu de chose … tendant vers rien du tout.

Le peuple SAIT que dans les faits qu il est écarté des grandes décisions de la gouvernence. En est-il vraiment déçu? Rien n’est moins sûr. Ce n’est pas son boulot… Or il veut qu’on respecte son boulot et a le respect du boulot des autres. Le peuple sait bien que, dans une société complexe, les situations ont leur logique ad hoc qui exige de rendre compatibles des bribes de solutions proposées par ceux qui ne peuvent connaitre chacun qu’une partie de la question, ce qui réduit le champ des solutions raisonnables.   Il sait que réaliser cette compatibilité est un travail d’expert. Une mission pour ceux qui peuvent reconnaître et rejeter les solutions approximatives ou capricieuses et ne garder que celles qui sont cohérentes, voire trouver la seule qui soit optimale. Il souhaiterait que cette solution optimale soit trouvée, s’impose par sa seule logique, et soit appliqué. IL SAIT QU’IL N’A PAS LA COMPETENCE DE LE FAIRE

Le citoyen ne se voit pas résoudre l’équation globale de la gouvernance d’une société, avec ses innombrables variables et paramètres, pas plus qu’il ne voudrait devoir choisir son médecin sur une liste où apparaitraient des noms d’avocats et de mécanos mélangés à ceux des toubibs. Le peuple, au départ, n’est pas déçu que planifier et organiser la société ne soit pas son boulot ; il sait que les décisions sont mieux prises et les choses mieux faites si elles le sont par ceux qui savent plutôt que par ceux qui ne savent pas. Il ne se désole pas de ne pas gouverner le royaume.

Il ne s’en désole pas avant qu’on ne lui présente une pseudo démocratie « représentative », maquillée à coup de sophismes et de slogans, lui chuchotant a l’oreille, comme le Serpent à Eve, que c’est de droit divin son privilège et sa responsabilité de décider de toutes ces choses qu’il ne comprend pas

Quand le Serpent lui parle par les médias, Quidam Lambda le croit-il vraiment ? Certainement pas. Il sait bien que quand on lui parle de sa sagesse populaire on veut le manipuler et que, quoi qu’il fasse, le Système n’en fera jamais qu’à sa tête. Il sait qu’un Système n’écoute que les experts.  Se sachant expert en quelque chose, il serait horrifié, d’ailleurs, que son sort puisse dépendre d’une gouvernance qui agirait autrement. Il sait donc, en s’appuyant sur sa propre foi en son propre jugement et sa propre compétence, que quand on le consulte sur ces grandes questions de l’Etat auxquelles il ne connait rien, on se moque de lui…..

Quand l’ayant consulté on ne tient pas compte de son avis, jetant à la poubelle le résultat d’un referendum, par exemple, on ajoute au parjure l’outrage. Il n’est pas vraiment déçu, mais offusqué. Pourquoi le lui avoir demandé ? Il se sent méprisé et il a bien raison.   Il voit clairement qu’on s’est payé sa tête. Il comprend qu’il a eu le rôle du cheval dont les parieurs s’amusent à laisser les efforts décider du sort de leurs mises, mais sans douter un instant que le véritable jeu ait été de se targuer de leur propre astuce à choisir le bon canasson. Les gros pontes de la société jouent à la démocratie, comparant leur talent à convaincre les quidams selon les règles dont ils ont convenu plutôt que de tout régler au bras de fer. Civilisé ? En fait, dilatoire, car quel que soit le jugement de ce Pâris jocrisse qu’est le peuple, on sait bien qu’en son temps, qui sera celui dont auront décidé les dieux les riches et futés,  la guerre de Troie aura lieu…  La démocratie, c’est pour l’intendance au quotidien, la rotation des bibelots et le plaisir des gros pontes. … Fumisterie.  C’est quand les quidams le voient, qu’ils commencent à cracher sur la démocratie.

Aujourd’hui la démocratie ne convainc plus, car Lambda non seulement ne se voit pas décider des grands choix sociaux et économiques, mais il n’est pas du tout persuadé que le peuvent tous ces gens, ses représentants, qui l’ont démocratiquement « convaincu » de leur passer collectivement le volant.   Le peuple sait que résoudre l’équation de la bonne gouvernance est une affaire de COMPÉTENCE et que ce n’est pas plus celle des élus que la sienne. La compétence ne se légitime pas par un vote populaire. Ni celle du medecin, ni celle d’un gouvernant. Identifier ceux qui savent, c’est pour ça qu’existent les diplômes… Mais n’y a pas de parchemins pour faire foi des qualités du politicien qu’on élit, ni même de son élémentaire bon sens, encore moins de sa probité. Pas de test pour avoir un maroquin, pas d’examen d’entrée à l’Élysée. Ce qui complique un peu la démarche démocratique de Quidam Lambda, car il ne voit pas très bien qui résoudra la complexe équation de la gouvernance.

 

PIERRE JC ALLARD

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