Nouvelle Societe

20-04-12

Les mercenaires, de l’Irak à l’UQAM

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:22

  

  

Montherlant disait – plus élégamment, puisqu’il était Montherlant – que si, dans une querelle, les deux parties vous attaquent à tour de rôle, c’est que vous êtes sans doute un esprit libre… Je vais sans doute avoir fait un grand pas vers la liberté d’esprit avec ce dossier des revendications étudiantes pour la gratuité des étude universitaires, car je ne me suis pas à m’y faire des amis…

J’ai répété, dès le début de cette grève, ce que je disais depuis longtemps : la gratuité des études. universitaires est une mauvaise solution. Ce n’est pas une mesure progressiste, mais élitiste, faisant porter par la classe moyenne le coût de formation et donc les frais d’établissement d’une minorité privilégiée. Mes amis de la Gauche ont grincé des dents…

Quand j’ai dit, cependant, que la gestion provocatrice de la crise par la gouvernement indiquait que celui-ci comptait bien attiser ce conflit pour qu’il en résulte une bavure qui lui permettrait de se faire réélire par une population apeurée, c’est la Droite qui s’est voilée la face, comprenant que ma position dans dossier n’était pas le commencement de ma conversion au libéralisme.

Je restais néanmoins dans une sorte de no man’s land idéologique, puis hier, patatras ! Je suis retombé relaps impénitent dans mes vieux péchés de gauchiste. Car je continue de penser qu’il faut prêter et non donner à ceux qui suivent une formation professionnelle, mais la faute du gouvernement qui ne propose pas sérieusement cette solution évidente devient tout a coup infiniment plus grave que celle des étudiants qui ne la réclament pas.

C’est que le gouvernement vient de faire un pas tragique dans l’escalade. Il a transformé nos étudiants en Taliban. Vous croyez que même si le mot « taliban » signifie bien « étudiants » en arabe et en pashtan, il n’y a rien en commun, entre les fondamentalistes qui explosent les statues du Bouddha et lapident des femmes en Afghanistan et nos étudiants québécois ?

Détrompez vous. Les étudiants de l’UQAM ont maintenant UNE chose en commun avec les Talibans : on leur a donné pour adversaires des mercenaires. Et pas n’importe quels mercenaires : les agents de sécurité de BEST, une filiale de la même société, GARDA, qui fournit des mercenaires en Irak.

De ceux dont on a dit qu’ils étaient responsables du plus clair des atrocités et des exactions. Ces familles décimées, ces femmes violées par douzaines, ces films innombrable où l’on voit et entend ces mecs rigoler en tirant sur tout ce qui bouge… Ce n’étaient pas seulement des mercenaires, les responsables, mais c’était SURTOUT des mercenaires.

Tous les mercenaires ne sont sans doute pas des brutes sadiques – ce serait une impossibilité mathématique – mais peut-on avoir un préjugé favorable concernant la bonne conduite d’individus qui choisissent d’aller brutaliser et tuer au besoin des gens qu’ils ne connaissent pas ? Et qui ne le font pas comme des soldats sous prétexte de défendre une patrie en danger, mais pour gagner pas mal de fric ?

Quand arrivent les mercenaires – à Montréal, comme à Kandahar et à Bagdad – c’est le signe que l’on ne fait plus trop confiances aux forces régulières pour mater l’adversaire avec toute la brutalité qu’il faudrait; un sursaut d’humanité est trop vite arrivé chez un policier ou un militaire honnête qui tape sur un honnête homme …

À ceux qui se battent pour une cause le pouvoir oppose donc des mercenaires. Le bon mercenaire est payé et il fait son boulot sans états d’âme. Le mercenariat a une longue tradition d’excellence dans l’abomination depuis Carthage, mais, ne regardons qu’hier,

Ce sont les agents de sécurité de Pinkerton qui ont tabassé les grevistes pendant les décennies noires de l’histoire syndicale des USA. C’est le même genre de ressources qui tapaient sur les grévistes à Asbestos. Ce sont d’autres mercenaires qui ont fait et défait les gouvernements en Afrique depuis l’affaire du Katanga dans le Congo des années ‘’60. On les appelait « les affreux »…

Encore des mercenaires qui ont tué et massacré sous contrat au Guatemala et au Salvador, puis massivement au Nicaragua : où on a parlé des « Contras ». N’oublions pas la Colombie, où l’on a mis en lignes les « Paramilitaires », payés par les propriétaires terriens, qui ont fait depuis 20 ans chez les paysans 10 fois plus de victimes que la guérilla… Seul le nom change.

Introduire des mercenaires dans un conflit a toujours mené à des bavures… Je ne trouve donc pas raisonnable de mettre au front les agents de BEST contre les étudiants en grève de l’UQAM ou d’ailleurs. Nous en baverons beaucoup et, depuis hier, c’est déjà commencé, avec les profs qu’on veut intimider. Une grave erreur du gouvernement…

Mais est-ce une erreur ? Seule une énorme bavure dans le déroulement de la grève étudiante pourrait arracher à la population un autre mandat pour le gouvernement discrédité de Jean Charest. Alors, quand le gouvernement provoque les étudiants, comme il le fait à Gatineau, par exemple, c’est de la bêtise ou une astuce ?

Je crois que le gouvernement est bête, SURTOUT s’il se croit astucieux. Il devient si évident qu’on a tendu un piége aux étudiants qu’on ne pourra que faire porter au gouvernement la responsabilité des conséquences qui en résulteront.

Or, le gouvernement ne semble pas comprendre que, dans un conflit urbain violent, les techniques modernes modifient radicalement l’équilibre des forces entre la société et l’individu. L’État ne peut pas prendre en otage toute une population où se mêlent ses amis et ses ennemis. Tout affrontement entre insurgés anonymes et les forces de l’ordre – qui ne peuvent jouer leur rôle qu’en s’identifiant – se transforme donc en une lutte inégale entre voyants et aveugles…

Il serait pourtant si facile de proposer un plan RAISONNABLE de financement a long terme… Si un malheur arrive, quel que soit le camp qu’on voudra en accuser, je prétends que Jean Charest en sera le grand responsable.

Pierre JC Allard

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9 commentaires »

  1. Avoir recours à des mercenaires est un aveu de faiblesse et un constat d’impuissance quant à maitriser ses propres forces institutionelles, sans oublier des dégâts collatéraux que vous évoquez.

    Commentaire par zelectron — 21-04-12 @ 4:56

  2. @ Zelectron

    Oui, et il en a toujours été ainsi. Il semble parfois que l’humanité n’apprend rien.

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 21-04-12 @ 7:04

  3. L’humanité apprend, Mr Allard, mais lentement et à coup d’énormes catastrophes. L’important est de ne jamais laisser s’effacer le souvenir de ces luttes, de leurs instigateurs, et des solutions à côté desquelles nous passons parfois.

    Commentaire par Amipb — 24-04-12 @ 1:36

  4. @ Amipb

    Bien d’accord. Ce sont les échelles de temps qui sont si disproportionnées que nous avons cette illusion de stagnation et, concrètement, quand on ne voit pas à partir de Sirius, on fait bien du sur place. Nous ne revivons pas exactement la période 1929-1945, mais j’ai bien peur que l’impact ne soit le même.

    Commentaire par pierrejcallard — 24-04-12 @ 9:40

  5. J’ai proposé par courriel à la CLASSE et à la FEUQ d’utiliser le Stade OLympique. Il me semble que de cette façon plusieurs objectifs pourront être atteint en même temps et les étudiant seront à l’abri des « intempéries ».

    Commentaire par Jean-François Belliard — 27-04-12 @ 10:27

  6. @ JFB

    Je suis sûr qu’ils auront apprécié l’humour…. Cela dit, on pense toujours défilé, mais, avec l’été qui vient, pouvoir réunir 100 000 personnes à quelques heures d’avis et les envoyer n’importe où serait un message fort qui ferait non seulement RDI et le 20 heures, mais le tour de la planète..

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 27-04-12 @ 11:01

  7. @PJCA

    Le 27 avril 2012,

    http://twitter.com/#!/mmflint

    Michael Moore ‏ @MMFlint

    We are the only country on earth that believes in putting shackles($50K+ of student debt) on our kids as they leave college. UK,Canada:Stop!

    Michael Moore ‏ @MMFlint

    Y R 180K Quebec students on strike? http://mmflint.me/IcXPzZ
    So they don’t become US students w/$1 trillion in debt http://mmflint.me/IVF2sG

    Tuition hikes, student strikes and lessons in applied politics

    April 25, 2012 00:04:00

    Pierre Martin http://www.thestar.com/iphone/opinion/editorialopinion/article/1168096–tuition-hikes-student-strikes-and-lessons-in-applied-politics

    Today was supposed to be final exam day in my American politics class, but no one will take the test. Instead, we have a full month of classes ahead of us, if a solution ever emerges from secret talks now being held in Quebec City.

    Since I have some time on my hands, let’s try to figure out what’s going on. Is there any way out of this mess? Will there be any winners in this game, whether at the polls or in classrooms?

    First, however, I have to address the obvious question that readers outside Quebec might ask: Why all the fuss? Quebec’s university tuitions are the lowest in Canada and CEGEPs are virtually tuition-free, so what are people fretting about?

    In fact, at the risk of reinforcing the perceptions of mutual indifference that Michael Ignatieff maladroitly brought to the surface recently, Quebecers in general do not pay much attention to what other provinces do, particularly in education. University administrators and policy-makers might like to compare themselves to the rest of Canada but for the vast majority of Quebec students, the Quebec system is as distinct as the society it serves.

    Since my own student days, when tuitions were around $500 a year, activists have been clamouring for one of the unrealized promises of the 1960s’ Quiet Revolution: higher education should be seen as a collective good for society as a whole rather than a personal investment made by individuals in search of future income gains, and therefore reformists at the time determined that the new CEGEP system should be tuition-free, and advocated that universities should also one day be tuition-free.

    Starting in the late 1980s, however, Liberal governments have instated successive increases in university tuition, up to about $2,400 now. The latest series of increases under Jean Charest’s watch were grudgingly swallowed by students, but the projected $1,625 hike, albeit over five years, was the straw that broke the camel’s back.

    Is higher education a public good or a private investment? Of course, in Quebec as elsewhere, it is a mix of the two, but the recent moves by the Charest government tipped the balance toward the latter approach in an unprecedented way, thus clashing with the well-entrenched views of large segments of the population.

    This is not the only way in which Quebec’s culture of higher education differs from that of other Canadians. Over the years, the low costs of higher education have made it possible for young adults to pay their own way through university without necessarily relying on their parents’ financial assistance. This expectation of self-reliance is part of what makes Quebec’s culture of higher education distinct, and it is important to take it into account to understand the reaction of many students to the projected tuition hike.

    All this being said, however, the student movement is far from united, and many student associations in areas that tend to favour a more “instrumental” view of higher education, such as economics, business or some of the professional schools, have resisted the calls for strike.

    Also, the unfortunate association of radical elements prone to violence and vandalism has tarnished the movement in many of its public demonstrations, leading to a gradual erosion of support for their cause, both in the public and inside student bodies.

    For example, of my department’s five student associations, one opposes the strike (the politics and economics double majors, unsurprisingly) but others hold on while condemning acts of violence or vandalism (some within our own walls). Whether support for the strike will last as the prospect of losing a semester looms closer is anyone’s guess.

    Negotiations are underway to settle the issue for the time being and salvage the semester of thousands of students, mine included. But whatever is bargained for in a closed room shouldn’t be more than a temporary solution. Many students will lose the benefits of a full semester, but they might gain some experience in applied politics.

    In the long run, the level of tuitions is a choice that voters should settle, but the atmosphere generated by the strike is unlikely to make decisions any easier for Quebec voters.

    If anything, recent polls suggest that this season of student discontent has muddied the waters enough to make Jean Charest’s decision whether to call an election in the spring or in the fall even more of a gamble than it already was.

    Pierre Martin is a professor of political science at the Université de Montréal.

    Commentaire par Jean-François Belliard — 28-04-12 @ 8:48

  8. @ JFB

    Texte intéressant, mais je dois vous demander de produire à l’avenir des textes en français ou accompagnés d’une traduction en français.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 28-04-12 @ 10:27

  9. @PJCA
    J’en prends bonne note.

    Commentaire par Jean-François Belliard — 29-04-12 @ 12:01


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