Nouvelle Societe

02-04-12

YHA: L’avant-garde de la postbourgeoisie

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 10:34

 
 

 
 
J’ai écrit récemment sur Avox et aussi sur d’autres sites, un petit article sur les YHA qui en a étonné plusieurs. « Comment quelqu’un de votre maturité peut-il s’abaisser.… » « YHA ? Du tourisme a bon marché pour adolescents… ». Etc, etc…

Derrière ces commentaires et d’autres, le même non-dit : il est irresponsable et un peu pervers de parler de trivialités pendant que se déroule entre Hollande et Sarkozy une lutte titanesque dont dépend le sort de la France éternelle et donc sans doute de l’humanité … Bon. Et pourquoi pas celui du cosmos ?

Je vais vous dire pourquoi je pense qu’il fallait le faire. Je vais dire pourquoi les élections en France sont une pitrerie … et pourquoi parler du YHA n’est pas trivial. Et pour ne pas bousculer encore davantage les idées établies, je vais même le faire selon le modèle des thèses traditionnelles en Sorbonne : une (1) introduction et deux (2) parties. Mais rassurez vous, ce sera plus court :-)

Introduction : la situation actuelle

La démocratie capitaliste néo-libérale, qui a gagné le derby-démolition idéologique du XXe siècle en éliminant monarchies, dictatures, fascisme, communisme et autres modèles de gouvernance concurrents, se retrouve maintenant seule maîtresse du terrain.

Bravo. Mais elle est maintenant copieusement sifflée par la foule … ! Il semble qu’à peu près tout le monde ait vu en même temps que la démocratie actuelle n’était qu’un leurre permettant aux citoyens de choisir le visage de ceux qui portent le baldaquin du vrai pouvoir.

Il semblerait qu’on ait compris que, médias et corruption aidant, élus de gauche comme de droite dînent au Siècle et sont aux ordres de ce vrai pouvoir, lesquel est financier, n’a rien de démocratique et se renouvelle par cooptation.

L’argent apparaît pour l’illusion qu’il a toujours été, notre civilisation occidentale, qui s’est recroquevillée depuis un siècle, est a disparaître par plaques comme une flaque d’eau au soleil… et l’on n’a même plus de véritable projet crédible de société !

Le peuple est mécontent. Il grogne. On regarde cette mer de pouces pointés vers le bas dans les estrades et on se dit qu’on va bientôt lyncher les vedettes et prendre la voie du désordre. Il faut gerer ce mecontentement. Que faire ?

Partie I La solution des vrais croyants.

Il y a ceux qui croient que si la démocratie actuelle ne convainc plus, il faudrait en mettre plus. On va faire voter les Libyens, les Irakiens, les autochtones de Nouvelle Guinée… Mais, surtout, on va faire voter encore les Français puis les Américains : ça les tient tranquilles.

Il devrait être bien évident que la politique de la France est déjà établie par d’autres depuis longtemps et que ces élections à venir ne la changeront pas. Croire autre chose est bien naïf et voter est donc bien ridicule. Mais on veut tellement y croire…

Alors on se cherche un avantage tangible bien précis à en retirer et on se dit qu’on vote par intérêt : on va en retirer quelque chose pour soi… Ça fait sérieux et on ne badine plus.

Remarquez que ce n’est pas très joli. Car la distribution du butin étant une opération à somme nulle et les riches étant hors-concours, une campagne électorale "par intérêt" devient ainsi uniquement une série de promesses d’avantager Pierre ou Paul – personnellement ou par le biais d’un groupe auquel il appartient – au détriment des autres groupes ou de l’ensemble de la nation. “A nous les vieux … et non aux jeunes ; à nous les malades… et non aux pauvres ; à nous les syndiqués… et non aux sans-travail…”

Ce maquignonnage assez inique pour tirer à soi la couverture serait assez dégoûtant, si l’on ne savait pas que ce ne sont que des bobards. On sait, au fond, que l’on ne prendra vraiment des uns pour donner aux autres que dans la mesure où le Système l’aura jugé conforme à ses intérêts et en se fichant comme d’une guigne de la façon dont vous allez voter… Mais on fait semblant.

La vérité, c’est qu’on sait qu’on vote pour rien. La « lutte titanesque » entre Hollo et Sarko n’est que querelle entre deux canards dans un étang … Si le peuple, visant le noir tue le blanc, il pleurera pour rien, car ces élections ne peuvent rien changer. Et c’est parce que la France est dans ce déni qu’il FAUT parler d’autre chose

Il faut parler d’autre chose, car ce n’est pas un homme ou un parti, c’est la démocratie capitaliste néo-libérale elle-même, avec le mode de pensée qui la sous-tend, qu’il faut remettre en question. Si le Système ne nous satisfait plus, c’est qu’il a été conçu pour répondre à un paradigme qui a changé. Il faut penser AUTREMENT.

L’ancien paradigme, c’est que l’important était de passer de la pénurie à l’abondance. On ne pouvait donc faire mieux qu’une société néolibérale, tout-entière tournée vers la compétition. Une société dite « bourgeoise », avec la richesse possédée comme signe distinctif et comme trophée. La caste gagnante était celle des bourgeois. Le pouvoir venait en prime, discrètement.

On ne pouvait faire mieux que le libéralisme et la démocratie, car quoi de plus performant qu’une démocratie ostentatoire cachant un pouvoir financier immuable ? On pouvait parler de liberté… puis manipuler tranquillement, par la promesse et la récompense. Une manipulation qui n’était pas plus morale, mais était certes plus EFFICACE, que de brandir la menace et le châtiment. C’est cette efficacité qui a conduit à la victoire des USA sur l’URSS.

Pour enrichir une société, pas mieux que le néolibéralisme, mais il y a des zones sombres. Le défi du bourgeois est de posséder plus. Indéfiniment. Ce qui crée la misère autour de lui., car le partage inégal qui est l’enjeu de la compétition, va tendre à créer une infinie pauvreté. Dommage… Mais l’important est de s’enrichir, n’est-ce pas ? Le but était d’atteindre l’abondance…

Ce l’était, mais c’était le paradigme d’hier. Aujourd’hui, l’abondance est là. On fait tout pour le cacher, mais le monde, avec l’industrialisation, peut désormais produire bien plus que pour les besoins de l’humanité. La pauvreté actuelle qui persiste dans un monde devenu d’abondance est donc voulue : c’est une DÉCISION POLITIQUE pour maintenir en place la hiérarchie actuelle du pouvoir.

Mais cette décision est battue en brèche. Dans un monde d’abondance,POSSEDER la richesse ne vaut plus rien : seule la satisfaction compte. Or la corrélation entre possession et jouissance est si imparfaite, que Bill Gates ou Buffet, entre autres, peuvent trouver leur satisfaction à se départir de dizaines de milliards de dollars ! L’abondance a créé un nouveau paradigme. Il faut une nouvelle façon de penser et ces èlections qui semblent "sérieuses" sont une pitrerie. Comme la farce d’Obama et des petits méchants aux USA…

Soyons sérieux : esclaffons nous… et parlons d’autre chose.

Partie II Parlons de "trivialités".

Dans le nouveau paradigme, ce n’est plus la possession de la richesse, mais la satisfaction qu’elle peut apporter – et dont elle n’est que l’un des facteurs – qui devient le nouvel objectif social formel. Le monde n’est plus unidimensionnel. On peut penser autrement et avoir raison… sans que les autres aient tort.

Les conséquences sont multiples, mais il y a celle fondamentale que les contacts humains sont adoucis. L’espace où la vie est un jeu “à somme nulle” se rétrécit, alors que croît celui où il vaut mieux coopérer.

Bonne nouvelle, car depuis quelques temps, je me demandais si l’évolution conduirait nécessairement à l’élimination des humains que nous jugeons aujourd’hui « normaux » par les psychopathes tels que les décrit Lobaczewski. N’est-ce pas ces derniers qui semblent le mieux armés dans la lutte pour la vie ?

Je ne le crains plus ou, plus prudemment, disons que je ne suis plus résigné à la fatalité du triomphe de la violence et de la cruauté sur le désir d’amour et de paix. Je pense que le monde en devenir exigera tellement plus de collaboration, qu’il deviendra essentiel de penser d’abord à s’allier plutôt qu’a se détruire.

L’égoïsme ne cessera pas d’être à la base du comportement humain, mais la NECESSITÉ de la solidarité apparaîtra si clairement que le comportement de tous en société deviendra de plus en plus correct.

C’est dans cette optique que j’ai cherché à identifier les « contrariants ». Ceux dont le comportement n’est PAS de posséder d’avantage, mais d’optimiser leur satisfaction. Je ne suis qu’au début de cette recherche, mais je vois beaucoup de pistes. Ce sont celles que suivent des gens qui s’intéressent aux trivialités et que dédaignent les "psychopathes" et ceux qui en ont peur.

Le choix de renoncer à plus de revenus pour avoir plus de loisirs – quoi de plus trivial que le loisir ? – en est une manifestation. De même, tout le phénomène de la « simplicité volontaire »,qui est loin d’être toujours le choix de la pauvreté est-il vrament trivial … ou est-il absolument essentiel si on veut que cette planète survive ? La vie en YHA en est un excellent exemple.

Ce qui ressort du modele YHA, c’est d’une part une tres grande acceptation de l’autre, ayant pour corollaire un effort constant pour être soi-même « acceptable ». On a ainsi des micro-sociétés qui se policent elles-mêmes avec une grande efficacité et où la vie est sereine. Il y a là des leçons IMPORTANTES à tirer.

Le YHA, c’est aussi, d’autre part, une optimisation des ressources qui, au prix de concessions bien tolérables, permet à chacun un niveau de vie bien supérieur. C’est précisément ce que cherche les missionnaires de l’environnement. Le principe d’utilisation en commun des équipements ne pourrai-il pas être reproduit dans d’autres contextes ? Il faut chercher… et ce n’est pas sans importance.

Pourquoi pas un parc de véhicules qui répondrait aux besoins et même aux caprices de ceux qui le détiendrait en commun … ? Et à un coût bien moindre que celui d’un véhicule par famille ( ou d’un par personne comme ce peut souvent être le cas en banlieue !) Pourquoi pas des services domestiques partagés ? Des services de garderie partagés ?

Dès qu’on pense « libre collaboration » et qu’on ne voit plus “posséder” comme une fin en soi, mais comme un moyen, on peut concevoir un nouveau schème de vie mieux adapté à ce qu’est devenue la cohabitation en société. Les YHA en sont un modèle à scruter de près. On aurait tort de prendre leur exemple à la légère. J’y reviendrai.

Pierre JC Allard

About these ads

2 Commentaires »

  1. Merci PJC, grace a vous et a qques autres (dont Etienne Chouard), j’ai enfin compris comme de nombreux autres, je l’espere, que nos pseudo democraties nous ont fait avaler des couleuvres pendant des dizaines d’années, il va falloir faire (mais quoi, la révolution?) pour que nous puissions etre liberés de nos dirigeants politiques professionnels qui sont aux ordres de l’oligarchie de l’argent.
    Tout d’abord, je vais pour le moins en parler autour de moi de facons a faire prendre conscience au plus grand nombre, et certainement pas voter ni pour Sarkosy, ni pour Hollande, je crois que seule Eva Joly est la seule a avoir un minimum d’honnêteté intellectuelle.

    Saludos desde el Perú.

    Jean Louis MAZE

    Commentaire par Jean Louis MAZE — 06-04-12 @ 12:55

  2. Merci,
    Abdellatif de Bruxelles

    Commentaire par Abdellatif — 04-06-12 @ 8:16


Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Thème Rubric. Create a free website or blog at WordPress.com.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 48 followers